饭饭TXT > 海外名作 > 《苏菲的世界(中法版)》作者:[挪威]乔斯坦·贾德【完结】 > 苏菲的世界(法语版).txt

第 103 页

作者:挪威-乔斯坦·贾德 当前章节:15439 字 更新时间:2026-6-15 19:54

temps et sur le fait que Sophie était dorénavant presque une —: Je crois que je vais m'évanouir! s'exclama madame

adulte. Ingebrigtsen.

Ils étaient à table depuis une bonne demi-heure lorsqu'un — Je vous en prie, pas au-dessus de la table ! fut l'unique

homme d'une quarantaine d'années avec une barbiche noire et commentaire de la mère de Sophie.

coiffé d'un béret franchit la porte du jardin. Il tenait à la main — Et pourquoi pas? demanda Alberto en se tournant vers

un bouquet de quinze roses rouges. elle.

— Alberto! — Quelle question !

Sophie se leva et courut à sa rencontre. Elle se jeta à son cou — Toutes les questions se valent pour qui est un vrai philo-

et prit le bouquet qu'il lui tendait. La seule réaction d'Alberto à sophe.

cet accueil fut qu'il fit mine de fouiller dans ses poches. Il en Quelques-uns des garcons qui, eux, n'avaient pas recu de

sortit quelques pétards qu'il alluma avant de les lancer en l'air. baiser commencèrent à lancer leurs os de poulet sur le toit de la

Puis, tout en se dirigeant vers la table, il alluma un cierge maison.

magique qu'il planta au sommet de la pièce montée et s'appro- — Oh ! soyez gentils, ne faites pas ca! C'est tellement

cha de la chaise restée vide entre Sophie et sa mère. ennuyeux de retrouver des os de poulet dans la gouttière du

— Je suis très heureux d'être ici ! dit-il. toit, se contenta de répondre la mère de Sophie.

Toute l'assemblée resta stupéfaite. Madame Ingebrigtsen — Désolé, répondit un des garcons.

----------------------- 页面 259-----------------------

520 LE MONDE DE SOPHIE LA RéCEPTION EN PLEIN AIR 52 1

Et tous de se mettre à lancer leurs os par-dessus la haie du L'assemblée applaudit et un des garcons jeta une fusée dans le

jardin à la place. poirier. Jorunn, à son tour, se leva de table et entraina J0rgen. Il

— Je crois qu'on peut desservir et apporter les gateaux, se laissa faire et ils se retrouvèrent tous deux à s'embrasser dans

ajouta la mère de Sophie. Qui prendra du café? l'herbe avant de disparaitre en roulant derrière des groseilliers.

Les parents de Jorunn, Alberto et quelques invités levèrent la — De nos jours, ce sont les filles qui prennent l'initiative,

main. déclara le conseiller financier.

— Si Sophie et Jorunn veulent bien me donner un petit coup Sur ce, il se leva et, marchant résolument vers les arbustes, alla

de main... observer le phénomène d'un peu plus près. Toute l'assemblée sui-

Le temps d'arriver à la cuisine, nos deux amies en profitè- vit son exemple. Seuls Sophie et Alberto restèrent assis. En un

rent pour discuter un peu. rien de temps, les invités firent demi-cercle autour de Jorunn et

— Pourquoi tu l'as embrassé ? J0rgen, qui avaient depuis longtemps passé le cap du premier

—J'étais là bien tranquille à regarder sa bouche quand sou- baiser et en étaient à des gestes beaucoup moins innocents.

dain j'en ai eu terriblement envie. Tu ne le trouves pas — Je crois qu'on ne pourra plus les arrêter, dit madame

craquant? Ingebrigtsen avec une certaine fierté dans la voix.

— Euh... et c'était comment? — Non, la race suit l'appel de la race, lanca son mari.

— Pas tout à fait comme je me l'étais imaginé, mais... Il jeta un regard autour de lui dans l'espoir de récolter

— C'était la première fois? quelques compliments pour ces termes si choisis. Ne rencon-

— Mais ce ne sera pas la dernière. trant que des visages qui acquiescaient silencieusement, il crut

Entre-temps, on avait servi le café et posé tous les gateaux bon d'ajouter :

sur la table. Alberto avait commencé à distribuer des fusées aux — Il n'y a rien à y faire.

garcons. On entendit à nouveau un verre tinter et la mère de De loin, Sophie comprit que J0rgen essayait de déboutonner

Sophie reprit la parole : le chemisier blanc de Jorunn, lequel était déjà couvert de

— Je ne veux pas faire un long discours, commenca-t-elle. taches d'herbe. Quant à Jorunn, elle avait fort à faire avec le

Mais je n'ai qu'une fille et cela fait exactement une semaine et ceinturon de J0rgen.

un jour qu'elle a eu quinze ans. Comme vous pouvez le consta- — N'attrapez pas froid, surtout! dit madame Ingebrigtsen.

ter, nous avons vu grand. Il y a vingt-quatre anneaux dans le Sophie jeta un regard désespéré à Alberto.

gateau aux amandes, comme ca il y aura au moins un anneau —- Tout se passe un peu plus vite que je n'aurais cru, dit-il. Il

pour chacun. Ceux qui se serviront les premiers pourront donc faut vite partir d'ici, mais avant je voudrais prononcer

en prendre deux. Les anneaux deviennent, comme chacun sait, quelques mots.

de plus en plus grands au fur et à mesure qu'on se sert. à Sophie s'empressa de claquer des mains :

l'image de nos vies. Lorsque Sophie n'était encore qu'un petit — Allez, venez vous rasseoir, Alberto voudrait dire quelque

bout de chou, elle trottinait en décrivant de tout petits cercles. chose.

En grandissant, les cercles aussi sont devenus plus grands. Ils Tous, à l'exception de Jorunn et J0rgen, revinrent s'asseoir.

vont maintenant de la maison jusqu'à la vieille ville. Sans comp- — Dites, c'est vrai, vous allez réellement faire un discours?

ter qu'avec un père toujours par monts et par vaux elle télé- s'enquit la mère de Sophie. Comme c'est aimable de votre part !

phone dans le monde entier. Allez, joyeux anniversaire, Sophie! — Je vous remercie de votre attention.

— Splendide ! s'exclama madame Ingebrigtsen. — Il parait que vous aimez beaucoup vous promener? C'est

Sophie se demanda si le commentaire concernait sa mère, le important pour rester en forme, à ce qu'on dit. Mais je trouve

discours qu'elle venait de faire, le gateau aux amandes ou que c'est particulièrement sympathique d'emmener son chien

Sophie en personne. en balade. Il s'appelle Hermès, n'est-ce pas ?

----------------------- 页面 260-----------------------

522 LE MONDE DE SOPHIE LA RéCEPTIO N EN PLEIN AIR 523

Alberto se leva et tapota sa tasse à café avec une cuiller. cours de philosophie destiné à sa fille. Ce qui revient à dire

— Ma chère Sophie, commenca-t-il, je tiens à rappeler que que la Mercedes blanche garée devant la porte ne vaut pas un

ceci est une réception à caractère philosophique. C'est pourquoi clou. Cela en soi n'a aucune espèce d'importance. Elle est

je tiendrai un discours philosophique. comme toutes ces Mercedes qui roulent dans la tête de ce

Une salve d'applaudissements accueillit ses propos. pauvre major de l'ONU qui vient de s'asseoir sous un palmier

— Dans cette fête qui tourne à la débauche, il me parait fort pour éviter une insolation. Les journées sont chaudes au

à propos de revenir à une certaine raison. N'oublions pas qu'il Liban, mes amis.

s'agit de célébrer les quinze ans d'une jeune fille. — C'est insensé ! s'exclama à cet instant le conseiller finan-

A peine avait-il prononcé ces mots qu'ils entendirent le cier. Qu'est-ce que c'est que ces histoires à dormir debout?

vrombissement d'un moteur d'avion qui se rapprochait. On le — La parole est naturellement libre, continua Alberto,

vit survoler à basse altitude le jardin trainant une banderole impassible. Mais la vérité, c'est que toute cette réception est

sur laquelle était écrit : Bon anniversaire ! une histoire à dormir debout. La seule petite once de raison se

Cela provoqua des applaudissements encore plus chaleureux. trouve dans ce discours.

— Comme vous pouvez voir, cet homme sait faire autre chose Le conseiller financier se leva alors et déclara :

que de lancer des fusées, interrompit la mère de Sophie. — C'est bien la peine d'essayer de se couvrir avec une assu-

— Merci, ce n'était pas grand-chose. Sophie et moi-même rance tous risques. Vous allez voir que ce poseur va vouloir

avons mené ces dernières semaines une grande recherche philo- tout détruire au nom de prétendues affirmations << philoso-

sophique. Nous aimerions, ici et maintenant, vous communi- phiques >> !

quer les résultats de notre travail. Nous allons vous révéler le Alberto fit un signe approbateur et ajouta :

plus grand des secrets concernant notre existence. — Rien ne résiste à ce genre d'analyse philosophique. Nous

Tout le monde s'était tu, on pouvait de nouveau entendre le parlons de quelque chose de bien pire que les catastrophes

chant des oiseaux, sans compter quelques bruits étouffés du naturelles, monsieur le conseiller financier. Qui, d'ailleurs, ne

coté des groseilliers. sont pas couvertes, elles non plus, par les compagnies d'assu-

— Continue ! dit Sophie. rances.

— Après des recherches philosophiques approfondies qui se — Il ne s'agit nullement ici d'une catastrophe naturelle.

sont étendues des premiers philosophes grecs jusqu'à — Non, c'est une catastrophe existentielle. Il suffit de jeter

aujourd'hui, nous sommes en mesure d'affirmer que nos vies un coup d'?il derrière les groseilliers pour s'en persuader. On

se déroulent dans la conscience d'un major. Il est actuellement ne peut pas s'assurer contre le fait qu'un jour toute son exis-

en poste comme observateur de l'ONU au Liban, mais il a aussi tence s'effondre. On ne peut pas non plus contracter une assu-

écrit un livre sur nous, pour sa fille qui habite à Lillesand. Elle rance pour éviter que le Soleil ne s'éteigne.

s'appelle Hilde M0ller Knag et a eu quinze ans le même jour — Et nous sommes censés accepter ca? demanda le père de

que Sophie. Ce livre qui parle de nous tous, elle l'a trouvé en se Jorunn en s'adressant à sa femme.

réveillant sur sa table de nuit, le matin de son anniversaire, le Elle secoua la tête, tout comme la mère de Sophie.

15 juin. Il s'agit d'un grand classeur, pour être plus précis. A — Voilà qui est bien triste. Et nous qui avions cru si bien

cet instant, elle sent sous ses doigts qu'il ne lui reste plus beau- faire !

coup de pages à lire. Les jeunes, eux, ne quittaient pas Alberto des yeux. C'est un

Une vague de nervosité avait gagné l'assistance. fait reconnu que les jeunes sont plus ouverts aux nouveaux cou-

— Notre existence n'est donc ni plus ni moins qu'une forme rants d'idées que ceux qui ont déjà vécu un moment.

distrayante de cadeau d'anniversaire pour Hilde M0ller — On aimerait bien en apprendre un peu plus, fit un garcon

Knag. Nous sommes tous inventés pour servir de décor à un à lunettes, aux cheveux blonds et frisés.

目录
设置
设置
阅读主题
字体风格
雅黑 宋体 楷书 卡通
字体大小
适中 偏大 超大
保存设置
恢复默认
手机
手机阅读
扫码获取链接,使用浏览器打开
书架同步,随时随地,手机阅读
首 页 < 上一章 章节列表 下一章 > 尾 页