饭饭TXT > 海外名作 > 《苏菲的世界(中法版)》作者:[挪威]乔斯坦·贾德【完结】 > 苏菲的世界(法语版).txt

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作者:挪威-乔斯坦·贾德 当前章节:15457 字 更新时间:2026-6-15 19:54

— Vois-tu à quel point ce jardin ressemble au tien, allée des

Trèfles?

Hilde avait finalement décidé d'attendre son père sur la

— Oui, c'est vrai. La balancelle et tout. Je peux aller la

retrouver? jetée . Depuis que son père avait atterri sur le sol norvégien,

— évidemment. Je t'attends ici... elle s'était mentalement représenté, au quart d'heure près, ses

Sophie courut vers la jetée. Elle faillit trébucher et bousculer moindres faits et gestes ainsi que ses réactions. Elle avait noté

Hilde, mais elle se calma et s'assit tranquillement à coté d'elle. tous ses horaires sur un bout de papier qu'elle n'avait pas

Elle était en train de jouer avec les amarres d'une barque laché de la journée.

attachée à l'embarcadère. Dans la main gauche, elle tenait un Et s'il se mettait en colère? Mais il devait bien se douter

petit papier. Il était clair qu'elle attendait. Elle regarda plu- qu'après lui avoir écrit un livre aussi étrange les choses ne

sieurs fois sa montre. pouvaient plus être comme avant.

Sophie trouva qu'elle était si belle ! Ses longs cheveux blonds Elle regarda encore une fois sa montre. Il était dix heures et

tombaient en boucles sur ses épaules et ses yeux brillaient d'un quart. Il devait arriver d'un instant à l'autre.

bel éclat vert clair. Elle portait une robe d'été jaune. Elle lui fai- Mais qu'est-ce que c'était? N'entendait-elle pas un faible

sait un peu penser à Jorunn. souffle, tout comme dans le rêve de Sophie ?

Sophie essaya de lui dire quelque chose, bien qu'elle sut que

c'était inutile. Elle tourna rapidement la tête. Il y avait vraiment une pré-

— Hilde ! C'est moi, Sophie ! sence, elle en était sure. Mais une présence de quoi ?

Aucune réaction. N'était-ce que le charme mystérieux d'une soirée d'été?

Sophie se mit à genoux et essaya de lui crier dans les oreilles : L'espace de quelques secondes, elle se crut douée de voyance.

— Tu m'entends, Hilde? Ou est-ce que tu es sourde et aveugle? — Ma petite Hilde chérie !

Il lui sembla lire un certain étonnement dans son regard. Elle tourna la tête de l'autre coté. C'était son père ! Il

N'était-ce pas le signe qu'elle avait entendu quelque chose, l'attendait là-haut dans le jardin.

même très faiblement? Hilde se leva et courut vers lui. Ils se retrouvèrent près de la

Hilde se retourna, fit un brusque mouvement de tête sur la balancelle, il la souleva de terre et la fit tournoyer dans ses bras.

droite et regarda Sophie droit dans les yeux. Mais son regard ne Hilde avait les larmes aux yeux et le major avait lui aussi

faisait que la traverser, à la recherche d'autre chose. du mal à retenir ses larmes.

— Pas si fort, Sophie ! — Comme tu as grandi, Hilde ! Une vraie petite femme,

C'était Alberto qui lui parlait de là-haut, à coté de la voiture dis donc !

de sport rouge.

— Je ne veux pas voir ce jardin envahi par des sirènes. — Et toi, tu es devenu un vrai écrivain, répondit Hilde en

Sophie resta silencieuse. Elle était heureuse de pouvoir enfin s'essuyant les yeux avec la manche de sa robe jaune.

être assise à coté de Hilde. — Alors on est quittes ?

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546 LE MONDE DE SOPHIE CONTREPOINT 547

— On est quittes ! Elle ne pourrait jamais l'atteindre!

Ils se mirent à table. Hilde voulut savoir en détail tout ce Elle enviait tellement Hilde d'être une vraie personne en

qui s'était passé à l'aéroport de Copenhague et sur le chemin chair et en os...

du retour. Ce fut une succession de fous rires. Au moment où Hilde et le major passèrent à table, elle enten-

— Alors tu n'as pas trouvé l'enveloppe dans la cafétéria? dit Alberto klaxonner de la voiture.

— Je n'ai pas eu une minute pour m'asseoir et boire Sophie leva les yeux. Et Hilde, ne faisait-elle pas de même ?

Elle sauta dans la voiture et s'assit à coté d'Alberto.

quelque chose, petite peste, va ! Je meurs littéralement de faim. — On va rester là un petit moment pour voir quelle tournure

— Pauvre petit Papa ! prennent les événements, dit-il.

— Le coup de la dinde farcie, c'était une blague, hein? Sophie acquiesca.

— Mais non ! J'ai tout préparé. Aujourd'hui, c'est Maman — Tu as pleuré ?

qui fait le service. Sophie fit un nouveau signe de tête.

Puis il fut bien sur question du grand classeur et de l'his- — Mais que se passe-t-il?

toire de Sophie et d'Alberto. Pendant qu'ils dissertaient en — Elle en a de la chance d'exister réellement... Elle va gran-

long et en large, la dinde fut servie avec la salade Waldorf, du dir et devenir une vraie femme. Elle pourra certainement un

vin rose et le pain en forme de tresse. jour avoir des enfants...

Son père était en train de dire quelque chose à propos de —... et des petits-enfants, Sophie. Mais chaque chose a deux

Platon, quand il fut interrompu par Hilde : faces. C'est ce que j'ai essayé de te faire comprendre tout au

— Chut! début de ce cours de philosophie.

— à quoi penses-tu ?

— Qu'y a-t-il? — Je reconnais comme toi qu'elle a de la chance. Mais celui

— Tu n'as pas entendu ? On aurait dit le cri d'une souris... qui gagne le gros lot de la vie gagne du même coup le lot de la

— Ah? mort. Car le lot de la vie, c'est la mort.

— Je suis sure d'avoir entendu quelque chose. Bon, ce — Mais cela ne valait-il pas la peine d'avoir vécu, même si ce

n'était peut-être qu'une souris. n'était pas une vraie vie, plutot que pas du tout?

— Mais, tu sais, Hilde, le cours de philosophie n'est pas — Nous ne pouvons pas vivre comme Hilde... ou, disons,

tout à fait terminé. comme le major. En revanche, nous ne mourrons jamais. Rap-

— Qu'est-ce que tu veux dire? pelle-toi ce que disait la vieille femme, là-bas dans la forêt. Nous

— Cette nuit, je vais te parler de l'univers. appartenons au peuple invisible. Elle-même disait avoir

Avant d'attaquer le repas, il ajouta : presque deux cents ans. Mais lors de la fête de la Saint-Jean,

— Hilde est peut-être trop grande à présent pour être sur j'ai reconnu des personnages qui avaient plus de trois mille

les genoux de son père, mais pas toi ! ans...

— Peut-être que ce que j'envie le plus chez Hilde, c'est... sa

Et en disant cela, il attira sa femme Marit sur ses genoux. vie de famille.

Elle dut rester là un bon moment avant d'avoir le droit de tou- — Mais toi aussi, tu as une famille. N'as-tu pas aussi un chat,

cher au repas. un couple d'oiseaux et une tortue?

— Et dire que tu vas avoir quarante ans... — Nous avons quitté cette réalité-là.

— Pas du tout. Le major l'a quittée, c'est différent. Il y a mis

En voyant Hilde courir rejoindre son père, Sophie eut les un point final, mon enfant. Et qu'il ne s'imagine pas pouvoir

larmes aux yeux. nous retrouver !

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548 LE MONDE DE SOPHIE

— Tu veux dire qu'on pourra y revenir? 35

— Autant qu'on veut. Mais nous allons d'abord nous faire

de nouveaux amis dans la forêt, derrière la cafétéria Cinderella Le big bang

à Fiane.

La famille M0ller Knag s'était mise à table. Un court instant,

Sophie craignit que le repas ne tourne mal comme lors de sa

fête philosophique, allée des Trèfles. Le major semblait en effet ... nous aussi sommes poussière d'étoiles...

décidé à renverser Marit sur la table. Mais il la fit vite se ras-

seoir sur ses genoux.

La voiture était un peu à l'écart de la famille, toute à son

diner. Des bribes de phrases leur parvenaient. Sophie et Alberto

restèrent à contempler le jardin. Ils eurent le temps de revivre Hilde s'installa confortablement dans la balancelle à coté

tous les événements de la pitoyable fête au jardin. de son père. Il était presque minuit. Ils laissèrent longtemps

Il fallut attendre minuit pour que la famille Knag quitte la leur regard flotter sur la mer tandis que dans le ciel brillait la

table. Hilde et le major se dirigèrent vers la balancelle, en fai- faible clarté des étoiles. Ils entendaient le doux clapotis des

sant un signe de la main à la mère de Hilde qui s'éloignait vers vagues contre les rochers monter jusqu'à eux.

la maison. Ce fut son père qui brisa le silence :

— Allez, va te coucher, Maman ! Il nous reste encore telle- — Ca fait drole de penser que nous vivons sur une petite

ment de choses à discuter.

planète perdue dans l'univers.

— Oui...

— La Terre n'est qu'une des nombreuses planètes qui tour-

nent autour du Soleil. Et pourtant seule notre planète est vivante.

— Elle est la seule dans tout l'univers?

— Oui, il y a de fortes chances. Mais il se peut que l'uni-

vers bouillonne de vie, car l'univers est immensément grand.

Les distances sont telles que nous les mesurons en << minutes-

lumière >> et en << années-lumière >>.

— Ca veut dire quoi exactement ?

— Une minute-lumière est la distance que parcourt la

lumière en une minute. Et c'est beaucoup quand on sait que la

lumière parcourt trois cent mille kilomètres en une seule

seconde. Ce qui fait qu'en une minute la lumière parcourt

soixante fois trois cent mille kilomètres, c'est-à-dire dix-huit

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