eux, avait son origine et sa fin dans ce qu'il appelait l'<< infini >>, rien, estimait Parménide. Ce qui n'est pas ne peut pas non plus
c'est-à-dire l'illimité. Difficile de dire ce qu'il entendait claire- devenir quelque chose.
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Mais Parménide alla plus loin que les autres. Pour lui il n'y paix, la faim et la satiété >>, déclarait-il. Il employait le terme
avait pas de réelle transformation. Rien ne pouvait devenir << Dieu >>, mais il va sans dire qu'il ne faisait aucunement réfé-
autre chose que ce qu'il est. Il était bien conscient que la nature rence aux dieux des mythes. Pour Héraclite, Dieu ou le divin est
offrait des formes en changement perpétuel. Ses sens perce- quelque chose qui englobe le monde entier. Dieu se manifeste
vaient comment les choses se modifiaient. Mais sa raison lui justement dans les transformations et les contrastes de la
tenait un autre discours. Et quitte à choisir entre les sens et la nature.
raison, il préférait se fier à sa raison. à la place du mot << Dieu >>, il emploie souvent le terme grec
Tu connais l'expression : << Ne pas y croire avant de l'avoir (logos). Cela signifie raison. Bien que nous autres
vu de ses propres yeux >>? Eh bien, pour Parménide, tout ca, hommes ne pensions pas la même chose ni n'ayons la même
c'est du vent. Les sens, selon lui, nous donnent une fausse image faculté de raisonner, il doit toutefois exister, selon Héraclite,
du monde, une image qui ne correspond pas à ce que dit la rai- une sorte de << raison universelle >> qui gouverne tout ce qui se
son. Son travail de philosophe consista à mettre en évidence la passe dans la nature. Cette << raison universelle >> ou cette << loi
trahison des sens sous toutes ses formes. universelle >> est commune à tous et chacun doit s'y référer.
Cette foi inébranlable dans la raison de l'homme, cela Cependant, d'après Héraclite, chacun n'en fait qu'à sa tête.
s'appelle le rationalisme. Un rationaliste est celui pour qui la Comme tu vois, il ne tenait pas les autres hommes en très haute
raison est la source de toute connaissance au monde. estime. << L'opinion de la plupart des gens peut se comparer à
des jeux d'enfant >>, disait-il.
Tout s'écoule Derrière toutes ces transformations et oppositions dans la
à la même époque que Parménide vivait Héraclite (environ nature, Héraclite voyait donc une unité ou un tout. Ce << quelque
540-480 avant Jésus-Christ) qui, lui, était originaire d'éphèse chose >> à l'origine de tout, il l'appelait << Dieu >> ou << logos >>.
en Asie Mineure. Que tout change constamment de forme, tel
était, selon lui, le trait caractéristique de la nature. Nous pou- Les quatre éléments primitifs
vons peut-être avancer que Héraclite faisait plus confiance aux Parménide et Héraclite soutenaient des thèses complètement
sens que Parménide.
opposées. La raison de Parménide expliquait que rien ne pou-
<< Tout s'écoule >>, dit Héraclite. Tout est en mouvement et vait changer. Tandis que les expériences de nos sens confir-
rien n'est éternel. C'est pourquoi nous ne pouvons pas << des- maient à Héraclite que la nature était en perpétuelle mutation.
cendre deux fois dans le même fleuve >>. Car quand je me Lequel des deux avait raison? Devons-nous croire ce que nous
baigne la deuxième fois, le fleuve a changé et moi aussi. dit notre raison ou bien faire confiance à nos sens ?
Héraclite mit aussi l'accent sur les oppositions inhérentes au Parménide, comme Héraclite, affirme deux choses. Il sou-
monde. Si nous n'étions jamais malades, nous ne saurions pas tient que :
ce qu'est la santé. Si nous ne souffrions jamais de la faim, nous
ne connaitrions pas la joie d'avoir assez à manger. S'il n'y avait a) rien ne peut se transformer ;
pas la guerre, nous n'apprécierions pas la paix à sa juste valeur b) nos sens sont par conséquent trompeurs.
et si l'hiver n'existait pas, nous ne pourrions pas assister à
l'éclosion du printemps. Héraclite en revanche défend la thèse que :
Le bien comme le mal ont leur place nécessaire dans l'ordre a) tout se transforme ( << tout s'écoule >>) ;
des choses selon Héraclite. Sans le jeu constant entre ces
contraires, le monde n'existerait plus. b) nos sens sont fiables.
<< Dieu est le jour et la nuit, l'hiver et l'été, la guerre et la On peut difficilement être plus antagonistes ! Mais qui a rai-
son? Eh bien, Empédocle (environ 490-430 avant Jésus-Christ),
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originaire de Sicile, sortit la philosophie de cette impasse. Tous Mais si j'ai des ?ufs, de la farine, du lait et du sucre, alors je
les deux avaient raison dans une de leurs affirmations, mais peux faire une infinité de gateaux différents à partir de ces
tous deux avaient aussi tort sur un point. quatre matières premières.
Selon Empédocle, toute la confusion provenait de l'hypo- Ce n'est pas un hasard si Empédocle pensait que les
thèse de départ qu'une seule substance était à l'origine de tout. << racines >> de la nature étaient justement la terre, l'air, le feu et
Si tel était le cas, le fossé entre, d'une part, ce que nous dit la l'eau. Avant lui d'autres philosophes avaient tenté de prouver
raison et, d'autre part, << ce que nous voyons de nos propres pourquoi la substance première était soit l'eau, soit l'air, soit le
yeux >> serait tout à fait infranchissable. feu. Que l'eau comme l'air fussent des éléments importants au
L'eau ne peut pas devenir un poisson ou un papillon. En fait sein de la nature, Thalès et Anaximène en étaient tous deux
l'eau ne peut pas du tout changer de nature. L'eau pure restera convaincus. Les Grecs croyaient aussi que le feu était essentiel :
éternellement de l'eau pure. Parménide avait donc raison en il suffisait de considérer l'importance du Soleil pour la vie végé-
affirmant que << rien ne peut se transformer >>. tale et de penser aussi à la chaleur du corps humain ou animal.
D'un autre coté, Empédocle était d'accord avec Héraclite Peut-être qu'Empédocle avait vu bruler un morceau de bois.
pour faire confiance à nos sens. Nous devons croire ce que nous Quelque chose se désagrège. Nous entendons le bois craquer et
voyons, et nous voyons justement une nature en perpétuelle gémir : c'est l'<< eau >>. Quelque chose s'en va en fumée : c'est
mutation. l'<< air >>. Quant au << feu >>, on l'a sous les yeux. Puis il reste
Empédocle en vint donc à la conclusion qu'il fallait rejeter quelque chose quand le foyer s'éteint : c'est la cendre ou la
l'idée d'une substance première et unique. Ni l'eau ni l'air ne << terre >>.
peuvent seuls se transformer en rosier ou en papillon. Il était Quand Empédocle montre que tout ce qui change dans la
impossible que la nature procède d'un seul << élément >>. nature est du à l'alliance et à la séparation des quatre racines, il
Empédocle croyait que la nature disposait de quatre sub- omet quelque chose. Pour quelle raison ces éléments s'assem-
stances élémentaires qu'il appelait << racines >>. Ces quatre blent-ils pour créer la vie? Qu'est-ce qui est à l'origine de leur
racines, c'était la terre, l'air, le feu et l'eau. séparation, dans le cas d'une fleur par exemple?
Tout ce qui se meut dans la nature est du au mélange et à la Pour Empédocle, deux forces différentes sont à l'?uvre dans
séparation de ces quatre éléments. Car tout est composé de la nature : l'amour et la haine. Ce qui unit les choses, c'est
terre, d'air, de feu et d'eau, seules changent les proportions. à l'amour; ce qui les désunit, c'est la haine.
la mort d'une fleur ou d'un animal, les quatre éléments se sépa- Il est intéressant de remarquer qu'il fait une distinction entre
rent à nouveau. Cela peut s'observer à l'?il nu. Mais la terre, un << élément >> et une << force >>. De nos jours, la science fait la
l'air, le feu ou l'eau restent, eux, inchangés, << indemnes >> de distinction entre les << matières élémentaires >> et les << forces
toutes ces métamorphoses. Il n'est pas juste de dire que << tout >> naturelles >>.
se transforme. Au fond, rien ne change. Seuls quatre éléments La science moderne pense que tous les phénomènes naturels
s'unissent et se séparent avant de se mélanger à nouveau. peuvent être ramenés à une alliance entre les diverses sub-
On peut essayer de comparer cela avec le travail d'un stances élémentaires et un petit nombre de forces naturelles.
peintre. Avec une seule couleur à sa disposition, disons le rouge, Empédocle souleva aussi le problème du phénomène de la
il lui est impossible de peindre des arbres verts. Mais s'il a aussi perception. Comment puis-je << voir >> une fleur par exemple ?
le jaune, le bleu et le noir sur sa palette, il peut peindre des cen- Que se passe-t-il exactement? As-tu jamais songé à cela,
taines de couleurs différentes en variant simplement chaque Sophie ? Sinon, c'est le moment ou jamais !
fois leurs proportions respectives. Nos yeux seraient, d'après Empédocle, composés de terre,
Ou prenons la cuisine, par exemple. Avec seulement de la d'air, de feu et d'eau comme tout dans la nature. La << terre >>
farine, je serais un magicien si je parvenais à faire un gateau. dans mon ?il percevrait l'élément terre dans ce que je vois,
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l'<< air >> l'élément air, le << feu >> l'élément feu et l'<< eau >> ce qui Nous nous souvenons qu'Empédode pensait que l'<< amour >>
appartient à l'élément eau. Si un seul de ces éléments faisait unissait les différentes parties pour former des corps entiers.
défaut à mon ?il, je ne pourrais pas voir la nature dans son Anaxagore, lui aussi, concevait une sorte de force qui << struc-
intégralité. ture >> et donne forme aux animaux, aux êtres humains, aux
fleurs et aux arbres. Cette force, il l'appelait l'<< intellect >> ou
Une partie du tout dans tout encore l'<< intelligence >> : (nous).
Anaxagore nous intéresse à un autre titre : il est le premier
Un autre philosophe ne pouvait accepter l'idée qu'une sub- philosophe d'Athènes dont nous entendions parler. Certes il
stance première, comme l'eau par exemple, puisse se transfor- venait d'Asie Mineure, mais il s'installa à Athènes vers l'age de