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作者:挪威-乔斯坦·贾德 当前章节:15429 字 更新时间:2026-6-15 19:54

En soi, ce n'est peut-être pas quelque chose de nouveau, — Ca parait logique.

mais Freud montra que ce genre de besoins fondamentaux peu- — Mais je brule les étapes. Examinons tout d'abord la des-

vent apparaitre déguisés, masqués, et ainsi diriger nos actions cription que fait Freud de l'ame humaine. As-tu déjà observé

sans que nous en soyons conscients. Il montra en outre que les un nouveau-né ?

petits enfants aussi ont une sorte de sexualité. Qu'il ait osé — J'ai un cousin qui a maintenant quatre ans.

parler de << sexualité infantile >> ligua toute la bonne bourgeoisie — Quand nous venons au monde, nous manifestons de facon

de Vienne contre lui et le rendit très impopulaire. directe et sans la moindre gêne tous nos besoins physiques et

— Ca ne m'étonne pas. psychiques. Si l'on ne nous donne pas du lait, nous crions.

— Nous parlons de l'époque dite << victorienne >> (c'est-à-dire Même chose si notre couche est mouillée. Nous exprimons par

sous le règne de la reine Victoria d'Angleterre) où tout ce qui ailleurs de manière claire et directe que nous désirons un peu

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de tendresse et de chaleur. Ce << principe de pulsion >>, de << plai- d'aller sur n'importe quelle plage pour s'en rendre compte. à

sir >> en nous, Freud l'appelle le ca. Le nouveau-né n'est prati- l'époque de Freud, l'enfant de deux ou trois ans recevait en

quement qu'une forme de << ca >>. général une petite tape sur les doigts accompagnée de : << Oh ! le

— Continue ! vilain petit garcon! >> ou : << Tu n'as pas honte? >> ou encore :

— Le ca, ou ce principe de plaisir, nous le gardons en nous et << Allez, mets tes mains bien à plat sur le drap ! >>

traversons toute notre vie d'adulte avec. Mais progressivement — Mais c'est complètement fou !

nous apprenons à modérer nos désirs et à nous conformer aux — On crée de cette facon un sentiment de culpabilité lié à

règles du monde qui nous entoure. Nous apprenons à laisser tout ce qui a trait aux organes sexuels et à la sexualité. Et

s'effacer le principe de plaisir devant le principe de réalité. Freud comme ce sentiment de culpabilité reste dans le surmoi, beau-

dit que nous construisons un moi qui exerce cette fonction régu- coup de personnes (Freud pense qu'il s'agit en fait de la majo-

latrice. Même si nous avons envie de quelque chose, nous rité) vivront toute leur vie avec ce sentiment de culpabilité lié à

savons que nous ne pouvons pas tout simplement nous asseoir la sexualité, alors que les désirs et les besoins sexuels font partie

et hurler jusqu'à ce que nous obtenions la satisfaction de nos intégrante du corps de l'homme tel qu'il a été concu. D'où, ma

désirs ou de nos besoins. chère Sophie, l'éternel conflit entre le désir et la culpabilité.

— Bien sur que non. — Tu ne crois pas que ce conflit est quand même devenu

— Il nous arrive souvent de désirer ardemment quelque moins violent depuis l'époque de Freud?

chose que le monde extérieur nous refuse. Nous sommes donc — Très certainement. Mais un grand nombre des patients de

obligés de refouler nos désirs. C'est-à-dire que nous essayons de Freud vécurent ce conflit de manière si dramatique qu'ils déve-

les écarter de nous et de les oublier. loppèrent ce que Freud appelle des névroses. Une de ses

— Je comprends. patientes par exemple était secrètement amoureuse de son

— Mais Freud mit en évidence une troisième instance dans beau-frère. Quand sa s?ur mourut des suites d'une maladie,

l'ame de l'homme. Dès notre enfance, nous sommes confrontés elle se dit : << Le voilà enfin libre de m'épouser! >> Mais cette

aux exigences morales des adultes et de notre milieu. Si nous pensée se heurta à son surmoi qui la trouva indécente et la

nous y prenons mal pour faire quelque chose, les parents refoula sur-le-champ, écrivit Freud. Il veut dire par là qu'elle

s'exclament : << Mais pas comme ca! >> ou << Ce que tu peux être rejeta cette idée dans son inconscient. << La jeune femme tomba

bête! >>. Ainsi, en grandissant, nous trainons derrière nous malade, présentant de graves symptomes d'hystérie et, en ia

toutes ces exigences et ces préjugés moraux. C'est comme si soignant, je m'apercus qu'elle avait complètement oublié ia

nous avions fini par intérioriser toutes ces attentes du monde scène où elle se tenait au chevet de sa s?ur et où ce désir

extérieur sur le plan moral et qu'elles étaient devenues une par- inavouable et égoiste avait surgi en elle. Mais au cours du trai-

tie de nous. C'est ce que Freud a appelé le surmoi. tement, cela lui revint en mémoire : elle reproduisit alors dans

— Est-ce qu'il voulait parler de la conscience? une extrême agitation ce moment pathologique et fut guérie par

— La conscience fait partie du surmoi, mais pour Freud le ce traitement. >>

surmoi nous prévient quand nous avons des désirs << sales >> ou — Je comprends mieux ce que tu as voulu dire tout à l'heure

<< de mauvais gout >>. Cela concerne surtout, il va sans dire, les en parlant d'<< archéologie de l'ame >>.

désirs érotiques ou sexuels. Et, comme je l'ai dit, Freud souli- — Nous pouvons à ce stade brosser un tableau de l'ame

gna le fait que ces désirs déplacés ou << pervers >> étaient déjà humaine en général. Après des années d'expérience au contact

latents au stade de l'enfance. de ses patients, Freud parvint à la conclusion que la conscience

— Explique ! de l'homme ne constitue qu'une infime partie de l'ame

— Nous savons et nous voyons aujourd'hui que de tout humaine. Ce qui est conscient peut se comparer à la partie

jeunes enfants aiment toucher leurs organes sexuels. Il suffit émergée de l'iceberg. Sous la surface de l'eau — en decà de la

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conscience — il y a tout ce dont nous ne sommes pas conscients, — Mais le << trouble-fête >> n'a pas dit son dernier mot,

le subconscient ou encore l'inconscient. Sophie. C'est en tout cas ce qui se passe avec les pensées et les

— L'inconscient, c'est donc ce que nous avons en nous, mais pulsions refoulées. Nous vivons sous la pression constante de

que nous avons oublié et dont nous ne pouvons plus nous sou- ces pensées refoulées qui essaient de se frayer un chemin

venir? jusqu'à la conscience. C'est pourquoi il nous arrive souvent

— Toutes nos expériences ne sont pas présentes en perma- d'avoir << la langue qui fourche >>, c'est-à-dire de faire des lap-

nence dans notre conscience. Mais toutes les pensées ou les sus. C'est ainsi que des réactions inconscientes peuvent guider

expériences qui peuvent nous revenir en mémoire, pour peu nos sentiments et nos actions.

que nous nous donnions la peine de nous concentrer, forment — De quelle manière ?

ce que Freud appelait le préconscient. Il n'utilisait le terme — Freud met au jour différents mécanismes de cet ordre. Il y

inconscient que pour parler de ce que nous avons refoulé, c'est- a d'abord ce qu'il appelle les mauvaises réactions. Nous disons

à-dire toutes ces pensées et ces choses que nous nous sommes ou faisons de nous-mêmes quelque chose que nous avons autre-

efforcés d'oublier parce qu'elles étaient inconvenantes et dépla- fois essayé de refouler. Il cite l'exemple de cet ouvrier qui devait

cées, voire dégoutantes. Quand un désir est rejeté par la un jour porter un toast à son patron. Le problème, c'était que

conscience ou le surmoi, nous le reléguons à l'étage inférieur. personne n'aimait ce patron. Il était même ce que certains qua-

Bon débarras ! lifient sans hésiter de << salaud >>.

— Je comprends. — Oh!

— Ce mécanisme fonctionne chez tous les êtres en bonne — L'ouvrier se leva le verre à la main et déclara solennelle-

santé. Mais certains doivent déployer de tels efforts pour refou- ment : << Et maintenant buvons à la santé de notre cher

ler des pensées dérangeantes ou interdites qu'ils finissent par salaud ! >>

éprouver de réelles souffrances nerveuses. Car le refoulé tente — Ca alors !

constamment de remonter à la conscience et les personnes — L'ouvrier non plus n'en est pas revenu. En fait il avait

s'épuisent à maintenir cet équilibre artificiel entre leurs désirs juste dit ce qu'il pensait réellement, mais il n'avait jamais eu

et la réalité. Lorsque Freud fit des conférences aux états-Unis l'intention de le faire. Tu veux un autre exemple?

en 1909, il cita un exemple de ce mécanisme de refoulement. — Volontiers,

— Eh bien, je t'écoute. — Dans la famille d'un pasteur où il y avait beaucoup de filles

— Il dit à ses auditeurs qu'il fallait s'imaginer la présence douces et bien élevées, on attendit un jour la visite d'un évêque.

d'un élément perturbateur dans la salle qui en riant, en inter- Cet homme avait vraiment un nez incroyablement long. Ordre

venant à tout bout de champ et en frappant du pied, gênerait fut donné aux filles de ne surtout pas faire allusion à son nez. Et

son exposé au point d'obliger l'orateur à s'arrêter. Quelques tu sais qu'il n'y a rien de tel qu'un enfant pour vous envoyer vos

solides gaillards se lèveraient probablement pour conduire quatre vérités en pleine figure, tout simplement parce que chez

manu militari l'intrus dans le couloir. Il serait donc refoulé et un enfant le mécanisme de refoulement n'est pas aussi au point

l'orateur pourrait poursuivre en paix sa conférence. Pour être que chez un adulte. L'évêque se rendit chez le pasteur, et les

même bien surs qu'il n'y ait pas de nouvelle intrusion — c'est- petites filles si adorables et bien élevées s'appliquèrent terrible-

à-dire que le refoulement a réussi —, ces mêmes hommes s'ins- ment pour ne pas faire de commentaires sur son long nez. Mais

talleraient avec leurs chaises devant la porte d'entrée pour ser- ce n'est pas tout : elles s'évertuèrent à ne pas regarder le nez du

vir de << barrage >>. Il suffit de nommer la salle le << conscient >> et tout, à faire comme s'il n'existait pas tout en ne pensant qu'à ca.

le couloir l'<< inconscient >> pour avoir une bonne image du pro- Mais voilà qu'une des filles devait faire passer le sucre pour le

cessus de refoulement. café. Elle se posta devant l'évêque si digne en demandant :

— Je reconnais que c'était une bonne image en effet. << Vous prendrez bien un peu de sucre avec votre nez ? >>

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— Oh ! la la ! Ca a du être vraiment pénible. rendre compte certains objets apparemment anodins. Sans par-

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