饭饭TXT > 海外名作 > 《苏菲的世界(中法版)》作者:[挪威]乔斯坦·贾德【完结】 > 苏菲的世界(法语版).txt

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作者:挪威-乔斯坦·贾德 当前章节:15458 字 更新时间:2026-6-15 19:54

— Nous voilà réduits à être les victimes du major qui lache savoir où sont ses taupes et où elles réapparaitront.

ses moutons. Mais c'est ma faute, c'est moi qui ai commencé à — Mais, même si nous ne sommes que les images d'un rêve,

parler de tout ce qui peut nous passer par la tête. je n'en reste pas moins la fille de quelqu'un. Tu sais, il est cinq

— Ne rejette pas la faute sur toi ! heures et il faut que je rentre à la maison préparer la fête au

— Je voulais dire que l'imagination est importante égale- jardin.

ment pour nous autres philosophes. Car pour trouver des idées — Hum... Tu ne pourrais pas me rendre un petit service sur

neuves, il faut oser se lancer. Mais maintenant, c'est vraiment ton chemin de retour ?

n'importe quoi. — De quoi s'agit-il?

— Ne t'en fais pas ! — Essaie d'attirer un peu son attention. Ce serait bien si tu

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obligeais le major à te suivre du regard tout le long du chemin. 32

Essaie de penser à lui quand tu rentreras, comme ca il sera bien

contraint lui aussi de penser à toi. L'époque contemporaine

— à quoi ca peut servir?

— Ca me laissera le champ libre pour peaufiner notre plan

secret. Je vais plonger dans l'inconscient du major et y resterai ... l'homme est condamné à être libre.

jusqu'à notre prochaine rencontre.

Le réveil indiquait 23.55. Hilde resta encore un moment

éveillée à fixer le plafond. Elle essaya de laisser flotter ses

pensées et, à chaque fois qu'elle s'arrêtait au bout d'une

chaine d'association d'idées, elle se demandait pourquoi elle

n'arrivait pas à continuer.

Ne serait-elle pas par hasard en train de refouler quelque

chose ?

Si seulement elle réussissait à ne rien censurer, elle pour-

rait se mettre à rêver les yeux grands ouverts Rien qu'à y

penser, elle en avait des frissons.

Plus elle se décontractait et laissait flotter son esprit, plus

elle s'imaginait au bord du lac, dans le chalet du major, avec

la forêt tout autour.

Qu'est-ce qu'Alberto était en train de mijoter? Bien sur,

c'était son père qui avait décrété qu'Alberto allait mijoter

quelque chose. Savait-il ce que préparait Alberto ? Après tout,

qui sait s'il ne rendait pas un peu de liberté à ses personnages

dans l'espoir de se laisser surprendre à son tour?

Il ne restait plus tellement de pages à lire. Tiens, et si elle

jetait un coup d'?il sur la dernière page? Non, ce serait de la

triche. Mais ce n'était pas la seule raison : elle n'était finale-

ment pas si sure que le dénouement fut déjà décidé.

C'était une étrange pensée en vérité ! Le classeur était ici, il

était hors de question que son père put y changer quoi que ce

soit. à moins qu'Alberto ne réussisse à prendre une initiative

et à renverser la situation...

Hilde allait pour sa part se charger de lui préparer quelques

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Je fis une nuit un rêve étrange :

surprises aussi. Il n'exercait aucun controle sur elle. Mais Une voix inconnue me parlait

avait-elle le plein controle d'elle-même? — lointaine comme une source souterraine —

Qu'est-ce que c'était, la conscience? Ne touchait-elle pas Je me levai et demandai : Que me veux-tu ?

là à un des plus grands mystères de l'univers ? Et la mémoire ?

Qu'est-ce qui faisait qu'on se << rappelait >> tout ce qu'on avait Elle était encore à la fenêtre quand sa mère entra dans la

vu ou vécu ? chambre.

Par quel étrange mécanisme laissait-on chaque nuit défiler — Quoi ! Tu es déjà réveillée?

son cinéma personnel dans ses rêves ? — Ca, je n'en suis pas si sure...

Plongée dans ses pensées, elle s'amusait à ouvrir et fermer — Je rentrerai vers quatre heures, comme d'habitude.

les yeux. Puis elle finit par oublier de les rouvrir. — D'accord.

Elle s'était endormie. — Bon, j'espère que tu profiteras bien de ta journée de

Quand elle fut réveillée par les cris des mouettes affa- vacances, Hilde.

mées, il était très exactement 6.66. Voilà qui était un chiffre — Merci. Bon courage !

plutot bizarre ! Hilde se leva et alla comme d'habitude à la Dès qu'elle entendit la porte d'entrée se refermer, elle

fenêtre regarder la baie. C'était devenu un rituel, été comme sauta dans son lit et rouvrit le grand classeur.

hiver.

Elle était là à rêvasser lorsqu'elle eut soudain l'impression ... Je vais plonger dans l'inconscient du major et y resterai

que son cerveau se trouvait tout éclaboussé de couleurs. Son jusqu'à notre prochaine rencontre.

rêve lui revint alors en mémoire. Mais c'était plus qu'un

simple rêve. Elle pouvait encore nettement en percevoir les C'était bien là ! Elle se remit à lire tout en sentant avec

couleurs et les contours... son index droit qu'il ne lui restait que peu de pages à

Elle avait rêvé que son père rentrait du Liban et tout son découvrir.

rêve était une prolongation du rêve de Sophie lorsqu'elle

avait retrouvé sa croix en or sur la jetée. Quand Sophie sortit du chalet du major, elle apercut bien

Hilde était assise sur le bord de la jetée — comme dans le encore quelques personnages de Walt Disney au bord du lac,

mais ils semblaient se dissoudre au fur et à mesure qu'elle

rêve de Sophie — et elle avait entendu une toute petite voix approchait. Quand elle atteignit le bateau, ils avaient tous

lui murmurer : << Hilde ! C'est moi, Sophie! >> Hilde s'était disparu.

bien gardée de bouger d'un pouce dans l'espoir de localiser Pendant toute la traversée, et quand elle tira la barque

d'où venait cette voix. Ca reprit sous forme d'un faible parmi les roseaux, elle s'appliqua à faire des grimaces et de

gémissement, comme si c'était un insecte qui lui parlait : grands moulinets avec les bras afin d'attirer l'attention du

<< Tu m'entends, Hilde? Ou est-ce que tu es sourde et major et de permettre à Alberto de rester discrètement au

aveugle? >> L'instant d'après, son père, en uniforme de chalet.

l'ONU, apparaissait dans le jardin. << Ma petite Hilde ché- En courant sur le sentier du retour, elle fit quelques cabrioles

rie ! >> s'écriait-il. Hilde courait se jeter dans ses bras. Et audacieuses, puis essaya de marcher comme un automate. Pour

c'était la fin du rêve. varier un peu, elle se mit aussi à chanter à tue-tête.

à un moment, elle marqua une pause et essaya de deviner ce

Des vers du poète norvégien Arnulf 0verland lui revinrent

tout à coup en mémoire :

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que pouvait bien manigancer Alberto. Mais elle eut tot fait de plus, j'ai organisé une garden-party philosophique samedi

se ressaisir et grimpa dans un arbre, tellement elle avait mau- prochain.

vaise conscience. — Tiens, ca m'intéresse ce que tu viens de dire. Alors je sup-

Sophie grimpa aussi haut qu'elle put. Mais une fois parve- pose que ceci est un livre philosophique. Quand j'ai survolé la

nue presque au sommet, elle dut s'avouer qu'elle était bien Suède avec Nils Holgersson, on a atterri un jour à Marbacka

dans le Varmland. Nils a fait là-bas la rencontre d'une vieille

incapable de redescendre. Elle allait encore essayer, mais en femme qui, toute sa vie, avait rêvé d'écrire un livre sur la Suède

attendant, il fallait bien trouver quelque chose. Sinon le major à l'intention des écoliers. Il fallait que ce soit un livre à la fois

risquait de s'ennuyer et de tourner son regard du coté instructif et véridique. En écoutant Nils lui raconter ses aven-

d'Alberto pour le surveiller. tures, elle a décidé de rédiger un livre sur son voyage sur le dos

Sophie fit semblant de battre des ailes, elle tenta même de du jars.

lancer de vaillants << Cocorico >> comme si elle était un coq et — C'était pas mal comme idée.

finit par pousser des << Tralala itou >> à la manière des Bavarois.

— Je reconnais qu'il y avait une part d'ironie là-dedans

C'était la première fois de sa vie qu'elle vocalisait ainsi et, vu le puisque en réalité nous étions déjà dans ce livre.

cadre, elle n'était pas mécontente du résultat. Sophie sentit qu'on lui donnait une petite tape sur la joue et

Elle voulut descendre par une autre voie, mais elle était bel et elle rapetissa instantanément. L'arbre devint une immense

bien coincée. C'est alors qu'un gros jars gris vint se poser sur forêt à lui tout seul et le jars avait la taille d'un cheval.

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