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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15442 字 更新时间:2026-6-19 10:46

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Notre Dame de Paris

Auteur : Victor Hugo

Catégorie : Romans / Nouvelles

Il y a aujourd'hui trois cent quarante−huit ans six mois et dix−neuf jours

que les parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à

grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville.

Ce n'est cependant pas un jour dont l'histoire ait gardé souvenir que le 6

janvier 1482. Rien de notable dans l'événement qui mettait ainsi en branle,

dès le matin, les cloches et les bourgeois de Paris.

Licence : Domaine public

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LIVRE PREMIER

LIVRE PREMIER

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I − LA GRAND'SALLE

Il y a aujourd'hui trois cent quarante−huit ans six mois et dix−neuf jours

que les parisiens s'éveillèrent au bruit de toutes les cloches sonnant à

grande volée dans la triple enceinte de la Cité, de l'Université et de la Ville.

Ce n'est cependant pas un jour dont l'histoire ait gardé souvenir que le 6

janvier 1482. Rien de notable dans l'événement qui mettait ainsi en branle,

dès le matin, les cloches et les bourgeois de Paris. Ce n'était ni un assaut de

picards ou de bourguignons, ni une châsse menée en procession, ni une

révolte d'écoliers dans la vigne de Laas, ni une entrée de notredit très

redouté seigneur monsieur le roi, ni même une belle pendaison de larrons

et de larronnesses à la Justice de Paris. Ce n'était pas non plus la survenue,

si fréquente au quinzième siècle, de quelque ambassade chamarrée et

empanachée. Il y avait à peine deux jours que la dernière cavalcade de ce

genre, celle des ambassadeurs flamands chargés de conclure le mariage

entre le dauphin et Marguerite de Flandre, avait fait son entrée à Paris, au

grand ennui de Monsieur le cardinal de Bourbon, qui, pour plaire au roi,

avait dû faire bonne mine à toute cette rustique cohue de bourgmestres

flamands, et les régaler, en son hôtel de Bourbon, d'une moult belle

moralité, sotie et farce, tandis qu'une pluie battante inondait à sa porte ses

magnifiques tapisseries.

Le 6 janvier, ce qui mettait en émotion tout le populaire de Paris, comme

dit Jehan de Troyes, c'était la double solennité, réunie depuis un temps

immémorial, du jour des Rois et de la Fête des Fous. Ce jour−là, il devait y

avoir feu de joie à la Grève, plantation de mai à la chapelle de Braque et

mystère au Palais de Justice. Le cri en avait été fait la veille à son de

trompe dans les carrefours, par les gens de Monsieur le prévôt, en beaux

hoquetons de camelot violet, avec de grandes croix blanches sur la

poitrine.

La foule des bourgeois et des bourgeoises s'acheminait donc de toutes parts

dès le matin, maisons et boutiques fermées, vers l'un des trois endroits

désignés. Chacun avait pris parti, qui pour le feu de joie, qui pour le mai,

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qui pour le mystère. Il faut dire, à l'éloge de l'antique bon sens des badauds

de Paris, que la plus grande partie de cette foule se dirigeait vers le feu de

joie, lequel était tout à fait de saison, ou vers le mystère, qui devait être

représenté dans la grand'salle du Palais bien couverte et bien close, et que

les curieux s'accordaient à laisser le pauvre mai mal fleuri grelotter tout

seul sous le ciel de janvier dans le cimetière de la chapelle de Braque.

Le peuple affluait surtout dans les avenues du Palais de Justice, parce

qu'on savait que les ambassadeurs flamands, arrivés de la surveille, se

proposaient d'assister à la représentation du mystère et à l'élection du pape

des fous, laquelle devait se faire également dans la grand'salle.

Ce n'était pas chose aisée de pénétrer ce jour−là dans cette grand'salle,

réputée cependant alors la plus grande enceinte couverte qui fût au monde.

(Il est vrai que Sauval n'avait pas encore mesuré la grande salle du château

de Montargis.) La place du Palais, encombrée de peuple, offrait aux

curieux des fenêtres l'aspect d'une mer, dans laquelle cinq ou six rues,

comme autant d'embouchures de fleuves, dégorgeaient à chaque instant de

nouveaux flots de têtes. Les ondes de cette foule, sans cesse grossies, se

heurtaient aux angles des maisons qui s'avançaient çà et là, comme autant

de promontoires, dans le bassin irrégulier de la place. Au centre de la haute

façade gothique du Palais, le grand escalier, sans relâche remonté et

descendu par un double courant qui, après s'être brisé sous le perron

intermédiaire, s'épandait à larges vagues sur ses deux pentes latérales, le

grand escalier, dis−je, ruisselait incessamment dans la place comme une

cascade dans un lac. Les cris, les rires, le trépignement de ces mille pieds

faisaient un grand bruit et une grande clameur. De temps en temps cette

clameur et ce bruit redoublaient, le courant qui poussait toute cette foule

vers le grand escalier rebroussait, se troublait, tourbillonnait. C'était une

bourrade d'un archer ou le cheval d'un sergent de la prévôté qui ruait pour

rétablir l'ordre ; admirable tradition que la prévôté a léguée à la

connétablie, la connétablie à la maréchaussée, et la maréchaussée à notre

gendarmerie de Paris.

Aux portes, aux fenêtres, aux lucarnes, sur les toits, fourmillaient des

milliers de bonnes figures bourgeoises, calmes et honnêtes, regardant le

palais, regardant la cohue, et n'en demandant pas davantage ; car bien des

gens à Paris se contentent du spectacle des spectateurs, et c'est déjà pour

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nous une chose très curieuse qu'une muraille derrière laquelle il se passe

quelque chose. S'il pouvait nous être donné à nous, hommes de 1830, de

nous mêler en pensée à ces parisiens du quinzième siècle et d'entrer avec

eux, tiraillés, coudoyés, culbutés, dans cette immense salle du Palais, si

étroite le 6 janvier 1482, le spectacle ne serait ni sans intérêt ni sans

charme, et nous n'aurions autour de nous que des choses si vieilles qu'elles

nous sembleraient toutes neuves.

Si le lecteur y consent, nous essaierons de retrouver par la pensée

l'impression qu'il eût éprouvée avec nous en franchissant le seuil de cette

grand'salle au milieu de cette cohue en surcot, en hoqueton et en

cotte−hardie.

Et d'abord, bourdonnement dans les oreilles, éblouissement dans les yeux.

Au−dessus de nos têtes une double voûte en ogive, lambrissée en

sculptures de bois, peinte d'azur, fleurdelysée en or ; sous nos pieds, un

pavé alternatif de marbre blanc et noir. À quelques pas de nous, un énorme

pilier, puis un autre, puis un autre ; en tout sept piliers dans la longueur de

la salle, soutenant au milieu de sa largeur les retombées de la double voûte.

Autour des quatre premiers piliers, des boutiques de marchands, tout

étincelantes de verre et de clinquants ; autour des trois derniers, des bancs

de bois de chêne, usés et polis par le haut−de−chausses des plaideurs et la

robe des procureurs. À l'entour de la salle, le long de la haute muraille,

entre les portes, entre les croisées, entre les piliers, l'interminable rangée

des statues de tous les rois de France depuis Pharamond ; les rois fainéants,

les bras pendants et les yeux baissés ; les rois vaillants et bataillards, la tête

et les mains hardiment levées au ciel. Puis, aux longues fenêtres ogives,

des vitraux de mille couleurs ; aux larges issues de la salle, de riches portes

finement sculptées ; et le tout, voûtes, piliers, murailles, chambranles,

lambris, portes, statues, recouvert du haut en bas d'une splendide

enluminure bleu et or, qui, déjà un peu ternie à l'époque où nous la voyons,

avait presque entièrement disparu sous la poussière et les toiles d'araignée

en l'an de grâce 1549, où Du Breul l'admirait encore par tradition.

Qu'on se représente maintenant cette immense salle oblongue, éclairée de

la clarté blafarde d'un jour de janvier, envahie par une foule bariolée et

bruyante qui dérive le long des murs et tournoie autour des sept piliers, et

l'on aura déjà une idée confuse de l'ensemble du tableau dont nous allons

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essayer d'indiquer plus précisément les curieux détails.

Il est certain que, si Ravaillac n'avait point assassiné Henri IV, il n'y aurait

point eu de pièces du procès de Ravaillac déposées au greffe du Palais de

Justice ; point de complices intéressés à faire disparaître lesdites pièces ;

partant, point d'incendiaires obligés, faute de meilleur moyen, à brûler le

greffe pour brûler les pièces, et à brûler le Palais de Justice pour brûler le

greffe ; par conséquent enfin, point d'incendie de 1618. Le vieux Palais

serait encore debout avec sa vieille grand'salle ; je pourrais dire au lecteur :

Allez la voir ; et nous serions ainsi dispensés tous deux, moi d'en faire, lui

d'en lire une description telle quelle. − Ce qui prouve cette vérité neuve :

que les grands événements ont des suites incalculables.

Il est vrai qu'il serait fort possible d'abord que Ravaillac n'eût pas de

complices, ensuite que ses complices, si par hasard il en avait, ne fussent

pour rien dans l'incendie de 1618. Il en existe deux autres explications très

plausibles. Premièrement, la grande étoile enflammée, large d'un pied,

haute d'une coudée, qui tomba, comme chacun sait, du ciel sur le Palais, le

7 mars après minuit. Deuxièmement, le quatrain de Théophile :

Certes, ce fut un triste jeu

Quand à Paris dame Justice,

Pour avoir mangé trop d'épice,

Se mit tout le palais en feu.

Quoi qu'on pense de cette triple explication politique, physique, poétique,

de l'incendie du Palais de Justice en 1618, le fait malheureusement certain,

c'est l'incendie. Il reste bien peu de chose aujourd'hui, grâce à cette

catastrophe, grâce surtout aux diverses restaurations successives qui ont

achevé ce qu'elle avait épargné, il reste bien peu de chose de cette première

demeure des rois de France, de ce palais aîné du Louvre, déjà si vieux du

temps de Philippe le Bel qu'on y cherchait les traces des magnifiques

bâtiments élevés par le roi Robert et décrits par Helgaldus. Presque tout a

disparu. Qu'est devenue la chambre de la chancellerie où saint Louis

consomma son mariage ? le jardin où il rendait la justice, " vêtu d'une cotte

de camelot, d'un surcot de tiretaine sans manches, et d'un manteau

par−dessus de sandal noir, couché sur des tapis, avec Joinville " ? Où est la

chambre de l'empereur Sigismond ? celle de Charles IV ? celle de Jean

sans Terre ? Où est l'escalier d'où Charles VI promulgua son édit de

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grâce ? la dalle où Marcel égorgea, en présence du dauphin, Robert de

Clermont et le maréchal de Champagne ? le guichet où furent lacérées les

bulles de l'antipape Bénédict, et d'où repartirent ceux qui les avaient

apportées, chapés et mitrés en dérision, et faisant amende honorable par

tout Paris ? et la grand'salle, avec sa dorure, son azur, ses ogives, ses

statues, ses piliers, son immense voûte toute déchiquetée de sculptures ? et

la chambre dorée ? et le lion de pierre qui se tenait à la porte, la tête

baissée, la queue entre les jambes, comme les lions du trône de Salomon,

dans l'attitude humiliée qui convient à la force devant la justice ? et les

belles portes ? et les beaux vitraux ? et les ferrures ciselées qui

décourageaient Biscornette ? et les délicates menuiseries de Du Hancy ?...

Qu'a fait le temps, qu'ont fait les hommes de ces merveilles ? Que nous

a−t−on donné pour tout cela, pour toute cette histoire gauloise, pour tout

cet art gothique ? les lourds cintres surbaissés de M. de Brosse, ce gauche

architecte du portail Saint−Gervais, voilà pour l'art ; et quant à l'histoire,

nous avons les souvenirs bavards du gros pilier, encore tout retentissant

des commérages des Patrus. Ce n'est pas grand'chose. − Revenons à la

véritable grand'salle du véritable vieux Palais.

Les deux extrémités de ce gigantesque parallélogramme étaient occupées,

l'une par la fameuse table de marbre, si longue, si large et si épaisse que

jamais on ne vit, disent les vieux papiers terriers, dans un style qui eût

donné appétit à Gargantua, pareille tranche de marbre au monde ; l'autre,

par la chapelle où Louis XI s'était fait sculpter à genoux devant la Vierge,

et où il avait fait transporter, sans se soucier de laisser deux niches vides

dans la file des statues royales, les statues de Charlemagne et de saint

Louis, deux saints qu'il supposait fort en crédit au ciel comme rois de

France. Cette chapelle, neuve encore, bâtie à peine depuis six ans, était

toute dans ce goût charmant d'architecture délicate, de sculpture

merveilleuse, de fine et profonde ciselure qui marque chez nous la fin de

l'ère gothique et se perpétue jusque vers le milieu du seizième siècle dans

les fantaisies féeriques de la renaissance. La petite rosace à jour percée

au−dessus du portail était en particulier un chef−d'oeuvre de ténuité et de

grâce ; on eût dit une étoile de dentelle.

Au milieu de la salle, vis−à\u8722Xvis la grande porte, une estrade de brocart

d'or, adossée au mur, et dans laquelle était pratiquée une entrée particulière

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I − LA GRAND'SALLE

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au moyen d'une fenêtre du couloir de la chambre dorée, avait été élevée

pour les envoyés flamands et les autres gros personnages conviés à la

représentation du mystère.

C'est sur la table de marbre que devait, selon l'usage, être représenté le

mystère. Elle avait été disposée pour cela dès le matin ; sa riche planche de

marbre, toute rayée par les talons de la basoche, supportait une cage de

charpente assez élevée, dont la surface supérieure, accessible aux regards

de toute la salle, devait servir de théâtre, et dont l'intérieur, masqué par des

tapisseries, devait tenir lieu de vestiaire aux personnages de la pièce. Une

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