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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15413 字 更新时间:2026-6-19 10:46

lèvres gonflées, les narines ouvertes, les joues rouges comme une pomme

d'api, les prunelles rayonnantes d'éclairs. En même temps, la chevrette

blanche se plaça devant elle, et présenta à Gringoire un front de bataille,

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hérissé de deux cornes jolies, dorées et fort pointues. Tout cela se fit en un

clin d'oeil. La demoiselle se faisait guêpe et ne demandait pas mieux que

de piquer.

Notre philosophe resta interdit, promenant tour à tour de la chèvre à la

jeune fille des regards hébétés.

− Sainte Vierge ! dit−il enfin quand la surprise lui permit de parler, voilà

deux luronnes !

La bohémienne rompit le silence de son côté.

− Il faut que tu sois un drôle bien hardi !

− Pardon, mademoiselle, dit Gringoire en souriant. Mais pourquoi donc

m'avez−vous pris pour mari ?

− Fallait−il te laisser pendre ?

− Ainsi, reprit le poète un peu désappointé dans ses espérances

amoureuses, vous n'avez eu d'autre pensée en m'épousant que de me sauver

du gibet ?

− Et quelle autre pensée veux−tu que j'aie eue ?

Gringoire se mordit les lèvres. − Allons, dit−il, je suis pas encore si

triomphant en Cupido que je croyais. Mais alors, à quoi bon avoir cassé

cette pauvre cruche ?

Cependant le poignard de la Esmeralda et les cornes de la chèvre étaient

toujours sur la défensive.

− Mademoiselle Esmeralda, dit le poète, capitulons. Je ne suis pas

clerc−greffier au Châtelet, et ne vous chicanerai pas de porter ainsi une

dague dans Paris à la barbe des ordonnances et prohibitions de monsieur le

prévôt. Vous n'ignorez pas pourtant que Noël Lescripvain a été condamné

il y a huit jours en dix sols parisis pour avoir porté un braquemard. Or ce

n'est pas mon affaire, et je viens au fait. Je vous jure sur ma part de paradis

de ne pas vous approcher sans votre congé et permission ; mais

donnez−moi à souper.

Au fond, Gringoire, comme M. Despréaux, était " très peu voluptueux ". Il

n'était pas de cette espèce chevalière et mousquetaire qui prend les jeunes

filles d'assaut. En matière d'amour, comme en toute autre affaire, il était

volontiers pour les temporisations et les moyens termes ; et un bon souper,

en tête à tête aimable, lui paraissait, surtout quand il avait faim, un entr'acte

excellent entre le prologue et le dénoûment d'une aventure d'amour.

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L'égyptienne ne répondit pas. Elle fit sa petite moue dédaigneuse, dressa la

tête comme un oiseau, puis éclata de rire, et le poignard mignon disparut

comme il était venu, sans que Gringoire pût voir où l'abeille cachait son

aiguillon.

Un moment après, il y avait sur la table un pain de seigle, une tranche de

lard, quelques pommes ridées et un broc de cervoise. Gringoire se mit à

manger avec emportement. À entendre le cliquetis furieux de sa fourchette

de fer et de son assiette de faïence, on eût dit que tout son amour s'était

tourné en appétit.

La jeune fille assise devant lui le regardait faire en silence, visiblement

préoccupée d'une autre pensée à laquelle elle souriait de temps en temps,

tandis que sa douce main caressait la tête intelligente de la chèvre

mollement pressée entre ses genoux.

Une chandelle de cire jaune éclairait cette scène de voracité et de rêverie.

Cependant, les premiers bêlements de son estomac apaisés, Gringoire

sentit quelque fausse honte de voir qu'il ne restait plus qu'une pomme. −

Vous ne mangez pas, mademoiselle Esmeralda ?

Elle répondit par un signe de tête négatif, et son regard pensif alla se fixer

à la voûte de la cellule.

De quoi diable est−elle occupée ? pensa Gringoire, et regardant ce qu'elle

regardait : − Il est impossible que ce soit la grimace de ce nain de pierre

sculpté dans la clef de voûte qui absorbe ainsi son attention. Que diable ! je

puis soutenir la comparaison !

Il haussa la voix : − Mademoiselle !

Elle ne paraissait pas l'entendre.

Il reprit plus haut encore : − Mademoiselle Esmeralda !

Peine perdue. L'esprit de la jeune fille était ailleurs, et la voix de Gringoire

n'avait pas la puissance de le rappeler. Heureusement la chèvre s'en mêla.

Elle se mit à tirer doucement sa maîtresse par la manche : − Que veux−tu,

Djali ? dit vivement l'égyptienne, comme réveillée en sursaut.

− Elle a faim, dit Gringoire, charmé d'entamer la conversation. La

Esmeralda se mit à émietter du pain, que Djali mangeait gracieusement

dans le creux de sa main.

Du reste Gringoire ne lui laissa pas le temps de reprendre sa rêverie. Il

hasarda une question délicate.

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− Vous ne voulez donc pas de moi pour votre mari ?

La jeune fille le regarda fixement, et dit : − Non.

− Pour votre amant ? reprit Gringoire.

Elle fit sa moue, et répondit : − Non.

− Pour votre ami ? poursuivit Gringoire.

Elle le regarda encore fixement, et dit après un moment de réflexion : −

Peut−être.

Ce peut−être, si cher aux philosophes, enhardit Gringoire.

− Savez−vous ce que c'est que l'amitié ? demanda−t−il.

− Oui, répondit l'égyptienne. C'est être frère et soeur, deux âmes qui se

touchent sans se confondre, les deux doigts de la main.

− Et l'amour ? poursuivit Gringoire.

− Oh ! l'amour ! dit−elle, et sa voix tremblait, et son oeil rayonnait. C'est

être deux et n'être qu'un. Un homme et une femme qui se fondent en un

ange. C'est le ciel.

La danseuse des rues était, en parlant ainsi, d'une beauté qui frappait

singulièrement Gringoire, et lui semblait en rapport parfait avec l'exaltation

presque orientale de ses paroles. Ses lèvres roses et pures souriaient à

demi ; son front candide et serein devenait trouble par moments sous sa

pensée, comme un miroir sous une haleine ; et de ses longs cils noirs

baissés s'échappait une sorte de lumière ineffable qui donnait à son profil

cette suavité idéale que Raphaël retrouva depuis au point d'intersection

mystique de la virginité, de la maternité et de la divinité.

Gringoire n'en poursuivit pas moins.

− Comment faut−il donc être pour vous plaire ?

− Il faut être homme.

− Et moi, dit−il, qu'est−ce que je suis donc ?

− Un homme a le casque en tête, l'épée au poing et des éperons d'or aux

talons.

− Bon, dit Gringoire, sans le cheval point d'homme. − Aimez−vous

quelqu'un ?

− D'amour ?

− D'amour.

Elle resta un moment pensive, puis elle dit avec une expression

particulière : − Je saurai cela bientôt.

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− Pourquoi pas ce soir ? reprit alors tendrement le poète. Pourquoi pas

moi ?

Elle lui jeta un coup d'oeil grave.

− Je ne pourrai aimer qu'un homme qui pourra me protéger.

Gringoire rougit et se le tint pour dit. Il était évident que la jeune fille

faisait allusion au peu d'appui qu'il lui avait prêté dans la circonstance

critique où elle s'était trouvée deux heures auparavant. Ce souvenir, effacé

par ses autres aventures de la soirée, lui revint. Il se frappa le front.

− À propos, mademoiselle, j'aurais dû commencer par là. Pardonnez−moi

mes folles distractions. Comment donc avez−vous fait pour échapper aux

griffes de Quasimodo ?

Cette question fit tressaillir la bohémienne.

− Oh ! l'horrible bossu ! dit−elle en se cachant le visage dans ses mains ; et

elle frissonnait comme dans un grand froid.

− Horrible en effet ! dit Gringoire qui ne lâchait pas son idée ; mais

comment avez−vous pu lui échapper ?

La Esmeralda sourit, soupira, et garda le silence.

− Savez−vous pourquoi il vous avait suivie ? reprit Gringoire, tâchant de

revenir à sa question par un détour.

− Je ne sais pas, dit la jeune fille. Et elle ajouta vivement : Mais vous qui

me suiviez aussi, pourquoi me suiviez−vous ?

− En bonne foi, répondit Gringoire, je ne sais pas non plus.

Il y eut un silence. Gringoire tailladait la table avec son couteau. La jeune

fille souriait et semblait regarder quelque chose à travers le mur. Tout à

coup elle se prit à chanter d'une voix à peine articulée :

Quando las pintadas aves

Mudas están, y la tierra...

Elle s'interrompit brusquement, et se mit à caresser Djali.

− Vous avez là une jolie bête, dit Gringoire.

− C'est ma soeur, répondit−elle.

− Pourquoi vous appelle−t−on la Esmeralda ? demanda le poète.

− Je n'en sais rien.

− Mais encore ?

Elle tira de son sein une espèce de petit sachet oblong suspendu à son cou

par une chaîne de grains d'adrézarach. Ce sachet exhalait une forte odeur

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de camphre. Il était recouvert de soie verte, et portait à son centre une

grosse verroterie verte, imitant l'émeraude.

− C'est peut−être à cause de cela, dit−elle.

Gringoire voulut prendre le sachet. Elle recula. − N'y touchez pas. C'est

une amulette ; tu ferais mal au charme, ou le charme à toi.

La curiosité du poète était de plus en plus éveillée.

− Qui vous l'a donnée ?

Elle mit un doigt sur sa bouche et cacha l'amulette dans son sein. Il essaya

d'autres questions, mais elle répondait à peine.

− Que veut dire ce mot : la Esmeralda ?

− Je ne sais pas, dit−elle.

− À quelle langue appartient−il ?

− C'est de l'égyptien, je crois.

− Je m'en étais douté, dit Gringoire, vous n'êtes pas de France ?

− Je n'en sais rien.

− Avez−vous vos parents ?

Elle se mit à chanter sur un vieil air :

Mon père est oiseau.

Ma mère est oiselle.

Je passe l'eau sans nacelle.

Je passe l'eau sans bateau.

Ma mère est oiselle.

Mon père est oiseau.

− C'est bon, dit Gringoire. À quel âge êtes−vous venue en France ?

− Toute petite.

− À Paris ?

− L'an dernier. Au moment où nous entrions par la Porte−Papale, j'ai vu

filer en l'air la fauvette de roseaux ; c'était à la fin d'août ; j'ai dit : L'hiver

sera rude.

− Il l'a été, dit Gringoire, ravi de ce commencement de conversation ; je l'ai

passé à souffler dans mes doigts. Vous avez donc le don de prophétie ?

Elle retomba dans son laconisme.

− Non.

− Cet homme que vous nommez le duc d'Égypte, c'est le chef de votre

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tribu ?

− Oui.

− C'est pourtant lui qui nous a mariés, observa timidement le poète.

Elle fit sa jolie grimace habituelle. − Je ne sais seulement pas ton nom.

− Mon nom ? si vous le voulez, le voici : Pierre Gringoire.

− J'en sais un plus beau, dit−elle.

− Mauvaise ! reprit le poète. N'importe, vous ne m'irriterez pas. Tenez,

vous m'aimerez peut−être en me connaissant mieux ; et puis vous m'avez

conté votre histoire avec tant de confiance que je vous dois un peu la

mienne. Vous saurez donc que je m'appelle Pierre Gringoire, et que je suis

fils du fermier du tabellionage de Gonesse. Mon père a été pendu par les

bourguignons et ma mère éventrée par les picards, lors du siège de Paris, il

y a vingt ans. À six ans donc, j'étais orphelin, n'ayant pour semelle à mes

pieds que le pavé de Paris. Je ne sais comment j'ai franchi l'intervalle de

six ans à seize. Une fruitière me donnait une prune par−ci, un talmellier me

jetait une croûte par−là ; le soir je me faisais ramasser par les onze−vingts

qui me mettaient en prison, et je trouvais là une botte de paille. Tout cela

ne m'a pas empêché de grandir et de maigrir, comme vous voyez. L'hiver,

je me chauffais au soleil, sous le porche de l'hôtel de Sens, et je trouvais

fort ridicule que le feu de la Saint−Jean fût réservé pour la canicule. À

seize ans, j'ai voulu prendre un état. Successivement j'ai tâté de tout. Je me

suis fait soldat ; mais je n'étais pas assez brave. Je me suis fait moine ;

mais je n'étais pas assez dévot. Et puis, je bois mal. De désespoir, j'entrai

apprenti parmi les charpentiers de la grande coignée ; mais je n'étais pas

assez fort. J'avais plus de penchant pour être maître d'école ; il est vrai que

je ne savais pas lire ; mais ce n'est pas une raison. Je m'aperçus au bout

d'un certain temps qu'il me manquait quelque chose pour tout ; et voyant

que je n'étais bon à rien, je me fis de mon plein gré poète et compositeur de

rythmes. C'est un état qu'on peut toujours prendre quand on est vagabond,

et cela vaut mieux que de voler, comme me le conseillaient quelques

jeunes fils brigandiniers de mes amis. Je rencontrai par bonheur un beau

jour dom Claude Frollo, le révérend archidiacre de Notre−Dame. Il prit

intérêt à moi, et c'est à lui que je dois d'être aujourd'hui un véritable lettré,

sachant le latin depuis les Offices de Cicero jusqu'au Mortuologe des pères

célestins, et n'étant barbare ni en scolastique, ni en poétique, ni en

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rythmique, ni même en hermétique, cette sophie des sophies. C'est moi qui

suis l'auteur du mystère qu'on a représenté aujourd'hui avec grand triomphe

et grand concours de populace en pleine grand'salle du Palais. J'ai fait aussi

un livre qui aura six cents pages sur la comète prodigieuse de 1465 dont un

homme devint fou. J'ai eu encore d'autres succès. Étant un peu menuisier

d'artillerie, j'ai travaillé à cette grosse bombarde de Jean Maugue, que vous

savez qui a crevé au Pont de Charenton le jour où l'on en a fait l'essai, et

tué vingt−quatre curieux. Vous voyez que je ne suis pas un méchant parti

de mariage. Je sais bien des façons de tours fort avenants que j'enseignerai

à votre chèvre ; par exemple, à contrefaire l'évêque de Paris, ce maudit

pharisien dont les moulins éclaboussent les passants tout le long du

Pont−aux−Meuniers. Et puis, mon mystère me rapportera beaucoup

d'argent monnayé, si l'on me le paie. Enfin, je suis à vos ordres, moi, et

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