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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15377 字 更新时间:2026-6-19 10:46

mon esprit, et ma science, et mes lettres, prêt à vivre avec vous,

damoiselle, comme il vous plaira, chastement ou joyeusement, mari et

femme, si vous le trouvez bon, frère et soeur, si vous le trouvez mieux.

Gringoire se tut, attendant l'effet de sa harangue sur la jeune fille. Elle

avait les yeux fixés à terre.

− Phoebus, disait−elle à mi−voix. Puis se tournant vers le poète : −

Phoebus, qu'est−ce que cela veut dire ?

Gringoire, sans trop comprendre quel rapport il pouvait y avoir entre son

allocution et cette question, ne fut pas fâché de faire briller son érudition. Il

répondit en se rengorgeant :

− C'est un mot latin qui veut dire soleil.

− Soleil ! reprit−elle.

− C'est le nom d'un très bel archer, qui était dieu, ajouta Gringoire.

− Dieu ! répéta l'égyptienne. Et il y avait dans son accent quelque chose de

pensif et de passionné.

En ce moment, un de ses bracelets se détacha et tomba. Gringoire se baissa

vivement pour le ramasser. Quand il se releva, la jeune fille et la chèvre

avaient disparu. Il entendit le bruit d'un verrou. C'était une petite porte

communiquant sans doute à une cellule voisine, qui se fermait en dehors.

− M'a−t−elle au moins laissé un lit ? dit notre philosophe.

Il fit le tour de la cellule. Il n'y avait de meuble propre au sommeil qu'un

assez long coffre de bois, et encore le couvercle en était−il sculpté, ce qui

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procura à Gringoire, quand il s'y étendit, une sensation à peu près pareille à

celle qu'éprouverait Micromégas en se couchant tout de son long sur les

Alpes.

− Allons, dit−il en s'y accommodant de son mieux. Il faut se résigner. Mais

voilà une étrange nuit de noces. C'est dommage. Il y avait dans ce mariage

à la cruche cassée quelque chose de naïf et d'antédiluvien qui me plaisait.

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LIVRE TROISIÈME

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Sans doute c'est encore aujourd'hui un majestueux et sublime édifice que

l'église de Notre−Dame de Paris.

Mais, si belle qu'elle se soit conservée en vieillissant, il est difficile de ne

pas soupirer, de ne pas s'indigner devant les dégradations, les mutilations

sans nombre que simultanément le temps et les hommes ont fait subir au

vénérable monument, sans respect pour Charlemagne qui en avait posé la

première pierre, pour Philippe−Auguste qui en avait posé la dernière.

Sur la face de cette vieille reine de nos cathédrales, à côté d'une ride on

trouve toujours une cicatrice.

Tempus edax, homo edacior.

Ce que je traduirais volontiers ainsi : le temps est aveugle, l'homme est

stupide.

Si nous avions le loisir d'examiner une à une avec le lecteur les diverses

traces de destruction imprimées à l'antique église, la part du temps serait la

moindre, la pire celle des hommes, surtout des hommes de l'art.

Il faut bien que je dise des hommes de l'art, puisqu'il y a eu des individus

qui ont pris la qualité d'architectes dans les deux siècles derniers.

Et d'abord, pour ne citer que quelques exemples capitaux, il est, à coup sûr,

p e u d e p l u s b e l l e s p a g e s a r c h i t e c t u r a l e s q u e c e t t e f a ç a d e o ù ,

successivement et à la fois, les trois portails creusés en ogive, le cordon

brodé et dentelé des vingt−huit niches royales, l'immense rosace centrale

flanquée de ses deux fenêtres latérales comme le prêtre du diacre et du

sous−diacre, la haute et frêle galerie d'arcades à trèfle qui porte une lourde

plate−forme sur ses fines colonnettes, enfin les deux noires et massives

tours avec leurs auvents d'ardoise, parties harmonieuses d'un tout

magnifique, superposées en cinq étages gigantesques, se développent à

l'oeil, en foule et sans trouble, avec leurs innombrables détails de statuaire,

de sculpture et de ciselure, ralliés puissamment à la tranquille grandeur de

l'ensemble ; vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; oeuvre colossale

d'un homme et d'un peuple, tout ensemble une et complexe comme les

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Iliades et les Romanceros dont elle est soeur ; produit prodigieux de la

cotisation de toutes les forces d'une époque, où sur chaque pierre on voit

saillir en cent façons la fantaisie de l'ouvrier disciplinée par le génie de

l'artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde

comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double

caractère : variété, éternité.

Et ce que nous disons ici de la façade, il faut le dire de l'église entière ; et

ce que nous disons de l'église cathédrale de Paris, il faut le dire de toutes

les églises de la chrétienté au moyen âge. Tout se tient dans cet art venu de

lui−même, logique et bien proportionné. Mesurer l'orteil du pied, c'est

mesurer le géant.

Revenons à la façade de Notre−Dame, telle qu'elle nous apparaît encore à

présent, quand nous allons pieusement admirer la grave et puissante

cathédrale, qui terrifie, au dire de ses chroniqueurs : quae mole sua

terrorem incutit spectantibus.

Trois choses importantes manquent aujourd'hui à cette façade. D'abord le

degré de onze marches qui l'exhaussait jadis au−dessus du sol ; ensuite la

série inférieure de statues qui occupait les niches des trois portails, et la

série supérieure des vingt−huit plus anciens rois de France, qui garnissait

l a g a l e r i e d u p r e m i e r é t a g e , à p a r t i r d e C h i l d e b e r t j u s q u ' à

Philippe−Auguste, tenant en main " la pomme impériale ".

Le degré, c'est le temps qui l'a fait disparaître en élevant d'un progrès

irrésistible et lent le niveau du sol de la Cité. Mais, tout en faisant dévorer

une à une, par cette marée montante du pavé de Paris, les onze marches qui

ajoutaient à la hauteur majestueuse de l'édifice, le temps a rendu à l'église

plus peut−être qu'il ne lui a ôté, car c'est le temps qui a répandu sur la

façade cette sombre couleur des siècles qui fait de la vieillesse des

monuments l'âge de leur beauté.

Mais qui a jeté bas les deux rangs de statues ? qui a laissé les niches

vides ? qui a taillé au beau milieu du portail central cette ogive neuve et

bâtarde ? qui a osé y encadrer cette fade et lourde porte de bois sculpté à la

Louis XV à côté des arabesques de Biscornette ? Les hommes ; les

architectes, les artistes de nos jours.

Et si nous entrons dans l'intérieur de l'édifice, qui a renversé ce colosse de

saint Christophe, proverbial parmi les statues au même titre que la

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grand'salle du Palais parmi les halles, que la flèche de Strasbourg parmi les

clochers ?

Et ces myriades de statues qui peuplaient tous les entre−colonnements de

la nef et du choeur, à genoux, en pied, équestres, hommes, femmes,

enfants, rois, évêques, gendarmes, en pierre, en marbre, en or, en argent, en

cuivre, en cire même, qui les a brutalement balayées ? Ce n'est pas le

temps.

Et qui a substitué au vieil autel gothique, splendidement encombré de

châsses et de reliquaires ce lourd sarcophage de marbre à têtes d'anges et à

nuages, lequel semble un échantillon dépareillé du Val−de−Grâce ou des

Invalides ? Qui a bêtement scellé ce lourd anachronisme de pierre dans le

pavé carlovingien de Hercandus ? N'est−ce pas Louis XIV accomplissant

le voeu de Louis XIII ?

Et qui a mis de froides vitres blanches à la place de ces vitraux " hauts en

couleur " qui faisaient hésiter l'oeil émerveillé de nos pères entre la rose du

grand portail et les ogives de l'abside ? Et que dirait un sous−chantre du

seizième siècle, en voyant le beau badigeonnage jaune dont nos vandales

archevêques ont barbouillé leur cathédrale ?

Il se souviendrait que c'était la couleur dont le bourreau brossait les

édifices scélérés ; il se rappellerait l'hôtel du Petit−Bourbon, tout englué de

jaune aussi pour la trahison du connétable, " jaune après tout de si bonne

trempe, dit Sauval, et si bien recommandé, que plus d'un siècle n'a pu

encore lui faire perdre sa couleur ". Il croirait que le lieu saint est devenu

infâme, et s'enfuirait.

Et si nous montons sur la cathédrale, sans nous arrêter à mille barbaries de

tout genre, qu'a−t−on fait de ce charmant petit clocher qui s'appuyait sur le

point d'intersection de la croisée, et qui, non moins frêle et non moins hardi

que sa voisine la flèche (détruite aussi) de la Sainte−Chapelle, s'enfonçait

dans le ciel plus avant que les tours, élancé, aigu, sonore, découpé à jour ?

Un architecte de bon goût (1787) l'a amputé et a cru qu'il suffisait de

masquer la plaie avec ce large emplâtre de plomb qui ressemble au

couvercle d'une marmite.

C'est ainsi que l'art merveilleux du moyen âge a été traité presque en tout

pays, surtout en France. On peut distinguer sur sa ruine trois sortes de

lésions qui toutes trois l'entament à différentes profondeurs : le temps

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d'abord, qui a insensiblement ébréché çà et là et rouillé partout sa surface ;

ensuite, les révolutions politiques et religieuses, lesquelles, aveugles et

colères de leur nature, se sont ruées en tumulte sur lui, ont déchiré son

riche habillement de sculptures et de ciselures, crevé ses rosaces, brisé ses

colliers d'arabesques et de figurines, arraché ses statues, tantôt pour leur

mitre, tantôt pour leur couronne ; enfin, les modes, de plus en plus

grotesques et sottes, qui depuis les anarchiques et splendides déviations de

la renaissance, se sont succédé dans la décadence nécessaire de

l'architecture. Les modes ont fait plus de mal que les révolutions. Elles ont

tranché dans le vif, elles ont attaqué la charpente osseuse de l'art, elles ont

coupé, taillé, désorganisé, tué l'édifice, dans la forme comme dans le

symbole, dans sa logique comme dans sa beauté. Et puis, elles ont refait ;

prétention que n'avaient eue du moins ni le temps, ni les révolutions. Elles

ont effrontément ajusté, de par le bon goût, sur les blessures de

l'architecture gothique, leurs misérables colifichets d'un jour, leurs rubans

de marbre, leurs pompons de métal, véritable lèpre d'oves, de volutes,

d'entournements, de draperies, de guirlandes, de franges, de flammes de

pierre, de nuages de bronze, d'amours replets, de chérubins bouffis, qui

commence à dévorer la face de l'art dans l'oratoire de Catherine de

Médicis, et le fait expirer, deux siècles après, tourmenté et grimaçant, dans

le boudoir de la Dubarry.

Ainsi, pour résumer les points que nous venons d'indiquer, trois sortes de

ravages défigurant aujourd'hui l'architecture gothique. Rides et verrues à

l'épiderme, c'est l'oeuvre du temps ; voies de fait, brutalités, contusions,

fractures, c'est l'oeuvre des révolutions depuis Luther jusqu'à Mirabeau.

Mutilations, amputations, dislocation de la membrure, restaurations, c'est

le travail grec, romain et barbare des professeurs selon Vitruve et Vignole.

Cet art magnifique que les vandales avaient produit, les académies l'ont

tué. Aux siècles, aux révolutions qui dévastent du moins avec impartialité

et grandeur, est venue s'adjoindre la nuée des architectes d'école, patentés,

jurés et assermentés, dégradant avec le discernement et le choix du

mauvais goût, substituant les chicorées de Louis XV aux dentelles

gothiques pour la plus grande gloire du Parthénon. C'est le coup de pied de

l'âne au lion mourant. C'est le vieux chêne qui se couronne, et qui, pour

comble, est piqué, mordu, déchiqueté par les chenilles.

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Qu'il y a loin de là à l'époque où Robert Cenalis, comparant Notre−Dame

de Paris à ce fameux temple de Diane à Éphèse, tant réclamé par les

anciens païens, qui a immortalisé Érostrate, trouvait la cathédrale gauloise

" plus excellente en longueur, largeur, haulteur et structure "

Notre−Dame de Paris n'est point du reste ce qu'on peut appeler un

monument complet, défini, classé. Ce n'est plus une église romane, ce n'est

pas encore une église gothique. Cet édifice n'est pas un type. Notre−Dame

de Paris n'a point, comme l'abbaye de Tournus, la grave et massive carrure,

la ronde et large voûte, la nudité glaciale, la majestueuse simplicité des

édifices qui ont le plein cintre pour générateur. Elle n'est pas, comme la

cathédrale de Bourges, le produit magnifique, léger, multiforme, touffu,

hérissé, efflorescent de l'ogive. Impossible de la ranger dans cette antique

famille d'églises sombres, mystérieuses, basses et comme écrasées par le

plein cintre ; presque égyptiennes au plafond près ; toutes hiéroglyphiques,

toutes sacerdotales, toutes symboliques ; plus chargées dans leurs

ornements de losanges et de zigzags que de fleurs, de fleurs que d'animaux,

d'animaux que d'hommes ; oeuvre de l'architecte moins que de l'évêque ;

première transformation de l'art, tout empreinte de discipline théocratique

et militaire, qui prend racine dans le bas−empire et s'arrête à Guillaume le

Conquérant. Impossible de placer notre cathédrale dans cette autre famille

d'églises hautes, aériennes, riches de vitraux et de sculptures ; aiguës de

formes, hardies d'attitudes ; communales et bourgeoises comme symboles

politiques libres, capricieuses, effrénées, comme oeuvre d'art ; seconde

transformation de l'architecture, non plus hiéroglyphique, immuable et

sacerdotale, mais artiste, progressive et populaire, qui commence au retour

des croisades et finit à Louis XI. Notre−Dame de Paris n'est pas de pure

race romaine comme les premières, ni de pure race arabe comme les

secondes.

C'est un édifice de la transition. L'architecte saxon achevait de dresser les

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