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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15441 字 更新时间:2026-6-19 10:46

premiers piliers de la nef, lorsque l'ogive qui arrivait de la croisade est

venue se poser en conquérante sur ces larges chapiteaux romans qui ne

devaient porter que des pleins cintres. L'ogive, maîtresse dès lors, a

construit le reste de l'église. Cependant, inexpérimentée et timide à son

début, elle s'évase, s'élargit, se contient, et n'ose s'élancer encore en flèches

et en lancettes comme elle l'a fait plus tard dans tant de merveilleuses

Notre Dame de Paris

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cathédrales. On dirait qu'elle se ressent du voisinage des lourds piliers

romans.

D'ailleurs, ces édifices de la transition du roman au gothique ne sont pas

moins précieux à étudier que les types purs. Ils expriment une nuance de

l'art qui serait perdue sans eux. C'est la greffe de l'ogive sur le plein cintre.

Notre−Dame de Paris est en particulier un curieux échantillon de cette

variété. Chaque face, chaque pierre du vénérable monument est une page

non seulement de l'histoire du pays, mais encore de l'histoire de la science

et de l'art. Ainsi, pour n'indiquer ici que les détails principaux, tandis que

la petite Porte−Rouge atteint presque aux limites des délicatesses

gothiques du quinzième siècle, les piliers de la nef, par leur volume et leur

g r a v i t é , r e c u l e n t j u s q u ' à l ' a b b a y e c a r l o v i n g i e n n e d e

Saint−Germain−des−Prés. On croirait qu'il y a six siècles entre cette porte

et ces piliers. Il n'est pas jusqu'aux hermétiques qui ne trouvent dans les

symboles du grand portail un abrégé satisfaisant de leur science, dont

l'église de Saint−Jacques−de−la−Boucherie était un hiéroglyphe si

complet. Ainsi, l'abbaye romane, l'église philosophale, l'art gothique, l'art

saxon, le lourd pilier rond qui rappelle Grégoire VII, le symbolisme

hermétique par lequel Nicolas Flamel préludait à Luther, l'unité papale, le

schisme, Saint−Germain−des−Prés, Saint−Jacques−de−la−Boucherie, tout

est fondu, combiné, amalgamé dans Notre−Dame. Cette église centrale et

génératrice est parmi les vieilles églises de Paris une sorte de chimère ; elle

a la tête de l'une, les membres de celle−là, la croupe de l'autre ; quelque

chose de toutes.

Nous le répétons, ces constructions hybrides ne sont pas les moins

intéressantes pour l'artiste, pour l'antiquaire, pour l'historien. Elles font

sentir à quel point l'architecture est chose primitive, en ce qu'elles

démontrent, ce que démontrent aussi les vestiges cyclopéens, les

pyramides d'Égypte, les gigantesques pagodes hindoues, que les plus

grands produits de l'architecture sont moins des oeuvres individuelles que

des oeuvres sociales ; plutôt l'enfantement des peuples en travail que le jet

des hommes de génie ; le dépôt que laisse une nation ; les entassements

que font les siècles ; le résidu des évaporations successives de la société

humaine ; en un mot, des espèces de formations. Chaque flot du temps

superpose son alluvion, chaque race dépose sa couche sur le monument,

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chaque individu apporte sa pierre. Ainsi font les castors, ainsi font les

abeilles, ainsi font les hommes. Le grand symbole de l'architecture, Babel,

est une ruche.

Les grands édifices, comme les grandes montagnes, sont l'ouvrage des

siècles. Souvent l'art se transforme qu'ils pendent encore : pendent opera

interrupta ; ils se continuent paisiblement selon l'art transformé. L'art

nouveau prend le monument où il le trouve, s'y incruste, se l'assimile, le

développe à sa fantaisie et l'achève s'il peut. La chose s'accomplit sans

trouble, sans effort, sans réaction, suivant une loi naturelle et tranquille.

C'est une greffe qui survient, une sève qui circule, une végétation qui

reprend. Certes, il y a matière à bien gros livres, et souvent histoire

universelle de l'humanité, dans ces soudures successives de plusieurs arts à

plusieurs hauteurs sur le même monument. L'homme, l'artiste, l'individu

s'effacent sur ces grandes masses sans nom d'auteur ; l'intelligence

humaine s'y résume et s'y totalise. Le temps est l'architecte, le peuple est le

maçon.

À n'envisager ici que l'architecture européenne chrétienne, cette soeur

puînée des grandes maçonneries de l'Orient, elle apparaît aux yeux comme

une immense formation divisée en trois zones bien tranchées qui se

superposent : la zone romane, la zone gothique, la zone de la renaissance,

que nous appellerions volontiers gréco−romaine. La couche romane, qui

est la plus ancienne et la plus profonde, est occupée par le plein cintre, qui

reparaît porté par la colonne grecque dans la couche moderne et supérieure

de la renaissance. L'ogive est entre deux. Les édifices qui appartiennent

exclusivement à l'une de ces trois couches sont parfaitement distincts, uns

et complets. C'est l'abbaye de Jumièges, c'est la cathédrale de Reims, c'est

Sainte−Croix d'Orléans. Mais les trois zones se mêlent et s'amalgament par

les bords, comme les couleurs dans le spectre solaire. De là les monuments

complexes, les édifices de nuance et de transition. L'un est roman par les

pieds, gothique au milieu, gréco−romain par la tête. C'est qu'on a mis six

cents ans à le bâtir. Cette variété est rare. Le donjon d'Étampes en est un

échantillon. Mais les monuments de deux formations sont plus fréquents.

C'est Notre−Dame de Paris, édifice ogival, qui s'enfonce par ses premiers

piliers dans cette zone romane où sont plongés le portail de Saint−Denis et

la nef de Saint−Germain−des−Prés. C'est la charmante salle capitulaire

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demi−gothique de Bocherville à laquelle la couche romane vient jusqu'à

mi−corps. C'est la cathédrale de Rouen qui serait entièrement gothique si

elle ne baignait pas l'extrémité de sa flèche centrale dans la zone de la

renaissance.

Du reste, toutes ces nuances, toutes ces différences n'affectent que la

surface des édifices. C'est l'art qui a changé de peau. La constitution même

de l'église chrétienne n'en est pas attaquée. C'est toujours la même

charpente intérieure, la même disposition logique des parties. Quelle que

soit l'enveloppe sculptée et brodée d'une cathédrale, on retrouve toujours

dessous, au moins à l'état de germe et de rudiment, la basilique romaine.

Elle se développe éternellement sur le sol selon la même loi. Ce sont

imperturbablement deux nefs qui s'entrecoupent en croix, et dont

l'extrémité supérieure arrondie en abside forme le choeur ; ce sont toujours

des bas−côtés, pour les processions intérieures, pour les chapelles, sortes

d e p r o m e n o i r s l a t é r a u x o ù l a n e f p r i n c i p a l e s e d é g o r g e p a r l e s

entrecolonnements. Cela posé, le nombre des chapelles, des portails, des

clochers, des aiguilles, se modifie à l'infini, suivant la fantaisie du siècle,

du peuple, de l'art. Le service du culte une fois pourvu et assuré,

l'architecture fait ce que bon lui semble. Statues, vitraux, rosaces,

arabesques, dentelures, chapiteaux, bas−reliefs, elle combine toutes ces

imaginations selon le logarithme qui lui convient. De là la prodigieuse

variété extérieure de ces édifices au fond desquels réside tant d'ordre et

d'unité. Le tronc de l'arbre est immuable, la végétation est capricieuse.

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II − PARIS À VOL D'OISEAU

Nous venons d'essayer de réparer pour le lecteur cette admirable église de

Notre−Dame de Paris. Nous avons indiqué sommairement la plupart des

beautés qu'elle avait au quinzième siècle et qui lui manquent aujourd'hui ;

mais nous avons omis la principale, c'est la vue du Paris qu'on découvrait

alors du haut de ses tours.

C'était en effet, quand, après avoir tâtonné longtemps dans la ténébreuse

spirale qui perce perpendiculairement l'épaisse muraille des clochers, on

débouchait enfin brusquement sur l'une des deux hautes plates−formes,

inondées de jour et d'air, c'était un beau tableau que celui qui se déroulait à

la fois de toutes parts sous vos yeux ; un spectacle sui generis, dont

peuvent aisément se faire une idée ceux de nos lecteurs qui ont eu le

bonheur de voir une ville gothique entière, complète, homogène, comme il

en reste encore quelques−unes, Nuremberg en Bavière, Vittoria en

Espagne ; ou même de plus petits échantillons, pourvu qu'ils soient bien

conservés, Vitré en Bretagne, Nordhausen en Prusse.

Le Paris d'il y a trois cent cinquante ans, le Paris du quinzième siècle était

déjà une ville géante. Nous nous trompons en général, nous autres

Parisiens, sur le terrain que nous croyons avoir gagné depuis. Paris, depuis

Louis XI, ne s'est pas accru de beaucoup plus d'un tiers. Il a, certes, bien

plus perdu en beauté qu'il n'a gagné en grandeur.

Paris est né, comme on sait, dans cette vieille île de la Cité qui a la forme

d'un berceau. La grève de cette île fut sa première enceinte, la Seine son

premier fossé. Paris demeura plusieurs siècles à l'état d'île, avec deux

ponts, l'un au nord, l'autre au midi, et deux têtes de pont, qui étaient à la

fois ses portes et ses forteresses, le Grand−Châtelet sur la rive droite, le

Petit−Châtelet sur la rive gauche. Puis, dès les rois de la première race,

trop à l'étroit dans son île, et ne pouvant plus s'y retourner, Paris passa

l'eau. Alors, au delà du Grand, au delà du Petit−Châtelet, une première

enceinte de murailles et de tours commença à entamer la campagne des

deux côtés de la Seine. De cette ancienne clôture il restait encore au siècle

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dernier quelques vestiges ; aujourd'hui il n'en reste que le souvenir, et çà et

là une tradition, la Porte Baudets ou Baudoyer, Porta Bagauda. Peu à peu,

le flot des maisons, toujours poussé du coeur de la ville au dehors,

déborde, ronge, use et efface cette enceinte. Philippe−Auguste lui fait une

nouvelle digue. Il emprisonne Paris dans une chaîne circulaire de grosses

tours, hautes et solides. Pendant plus d'un siècle, les maisons se pressent,

s'accumulent et haussent leur niveau dans ce bassin comme l'eau dans un

réservoir. Elles commencent à devenir profondes, elles mettent étages sur

étages, elles montent les unes sur les autres, elles jaillissent en hauteur

comme toute sève comprimée, et c'est à qui passera la tête par−dessus ses

voisines pour avoir un peu d'air. La rue de plus en plus se creuse et se

rétrécit ; toute place se comble et disparaît. Les maisons enfin sautent

par−dessus le mur de Philippe−Auguste, et s'éparpillent joyeusement dans

la plaine sans ordre et tout de travers, comme des échappées. Là, elles se

carrent, se taillent des jardins dans les champs, prennent leurs aises. Dès

1367, la ville se répand tellement dans le faubourg qu'il faut une nouvelle

clôture, surtout sur la rive droite. Charles V la bâtit. Mais une ville comme

Paris est dans une crue perpétuelle. Il n'y a que ces villes−là qui deviennent

capitales. Ce sont des entonnoirs où viennent aboutir tous les versants

géographiques, politiques, moraux, intellectuels d'un pays, toutes les

pentes naturelles d'un peuple ; des puits de civilisation, pour ainsi dire, et

aussi des égouts, où commerce, industrie, intelligence, population, tout ce

qui est sève, tout ce qui est vie, tout ce qui est âme dans une nation, filtre et

s'amasse sans cesse goutte à goutte, siècle à siècle. L'enceinte de Charles V

a donc le sort de l'enceinte de Philippe−Auguste. Dès la fin du quinzième

siècle, elle est enjambée, dépassée, et le faubourg court plus loin. Au

seizième, il semble qu'elle recule à vue d'oeil et s'enfonce de plus en plus

dans la vieille ville, tant une ville neuve s'épaissit déjà au dehors. Ainsi,

dès le quinzième siècle, pour nous arrêter là, Paris avait déjà usé les trois

cercles concentriques de murailles qui, du temps de Julien l'Apostat,

étaient, pour ainsi dire, en germe dans le Grand−Châtelet et le

Petit−Châtelet. La puissante ville avait fait craquer successivement ses

quatre ceintures de murs, comme un enfant qui grandit et qui crève ses

vêtements de l'an passé. Sous Louis XI, on voyait, par places, percer, dans

cette mer de maisons, quelques groupes de tours en ruine des anciennes

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enceintes, comme les pitons des collines dans une inondation, comme des

archipels du vieux Paris submergé sous le nouveau.

Depuis lors, Paris s'est encore transformé, malheureusement pour nos

yeux ; mais il n'a franchi qu'une enceinte de plus, celle de Louis XV, ce

misérable mur de boue et de crachat, digne du roi qui l'a bâti, digne du

poète qui l'a chanté :

Le mur murant Paris rend Paris murmurant.

Au quinzième siècle, Paris était encore divisé en trois villes tout à fait

distinctes et séparées, ayant chacune leur physionomie, leur spécialité,

leurs moeurs, leurs coutumes, leurs privilèges, leur histoire : la Cité,

l'Université, la Ville. La Cité, qui occupait l'île, était la plus ancienne, la

moindre, et la mère des deux autres, resserrée entre elles, qu'on nous passe

la comparaison, comme une petite vieille entre deux grandes belles filles.

L'Université couvrait la rive gauche de la Seine, depuis la Tournelle

jusqu'à la Tour de Nesle, points qui correspondent dans le Paris

d'aujourd'hui l'un à la Halle aux vins, l'autre à la Monnaie. Son enceinte

échancrait assez largement cette campagne où Julien avait bâti ses thermes.

La montagne de Sainte−Geneviève y était renfermée. Le point culminant

de cette courbe de murailles était la Porte Papale, c'est−à\u8722Xdire à peu près

l'emplacement actuel du Panthéon. La Ville, qui était le plus grand des

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