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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15382 字 更新时间:2026-6-19 10:46

de ces beaux édifices étaient le produit du même art que les simples toits

qu'ils dépassaient, et n'étaient en définitive qu'une multiplication au carré

ou au cube de la même figure géométrique, ils compliquaient donc

l'ensemble sans le troubler, le complétaient sans le charger. La géométrie

est une harmonie. Quelques beaux hôtels faisaient aussi çà et là de

magnifiques saillies sur les greniers pittoresques de la rive gauche, le logis

de Nevers, le logis de Rome, le logis de Reims qui ont disparu ; l'hôtel de

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Cluny, qui subsiste encore pour la consolation de l'artiste, et dont on a si

bêtement découronné la tour il y a quelques années. Près de Cluny, ce

palais romain, à belles arches cintrées, c'étaient les Thermes de Julien, il y

avait aussi force abbayes d'une beauté plus dévote, d'une grandeur plus

grave que les hôtels, mais non moins belles, non moins grandes. Celles qui

éveillaient d'abord l'oeil, c'étaient les Bernardins avec leurs trois clochers ;

Sainte−Geneviève, dont la tour carrée, qui existe encore, fait tant regretter

le reste ; la Sorbonne, moitié collège, moitié monastère dont il survit une si

admirable nef, le beau cloître quadrilatéral des Mathurins ; son voisin le

cloître de Saint−Benoît, dans les murs duquel on a eu le temps de bâcler un

théâtre entre la septième et la huitième édition de ce livre ; les Cordeliers,

avec leurs trois énormes pignons juxtaposés ; les Augustins, dont la

gracieuse aiguille faisait, après la Tour de Nesle, la deuxième dentelure de

ce côté de Paris, à partir de l'occident. Les collèges, qui sont en effet

l'anneau intermédiaire du cloître au monde, tenaient le milieu dans la série

monumentale entre les hôtels et les abbayes, avec une sévérité pleine

d'élégance, une sculpture moins évaporée que les palais, une architecture

moins sérieuse que les couvents, il ne reste malheureusement presque rien

de ces monuments où l'art gothique entrecoupait avec tant de précision la

richesse et l'économie. Les églises (et elles étaient nombreuses et

splendides dans l'Université, et elles s'échelonnaient là aussi dans tous les

âges de l'architecture depuis les pleins cintres de Saint−Julien jusqu'aux

ogives de Saint−Séverin), les églises dominaient le tout, et, comme une

harmonie de plus dans cette masse d'harmonie, elles perçaient à chaque

instant la découpure multiple des pignons de flèches tailladées, de clochers

à jour, d'aiguilles déliées dont la ligne n'était aussi qu'une magnifique

exagération de l'angle aigu des toits.

Le sol de l'Université était montueux. La montagne Sainte−Geneviève y

faisait au sud−est une ampoule énorme, et c'était une chose à voir du haut

de Notre−Dame que cette foule de rues étroites et tortues (aujourd'hui le

pays latin), ces grappes de maisons qui, répandues en tous sens du sommet

de cette éminence, se précipitaient en désordre et presque à pic sur ses

flancs jusqu'au bord de l'eau, ayant l'air, les unes de tomber, les autres de

regrimper, toutes de se retenir les unes aux autres. Un flux continuel de

mille points noirs qui s'entrecroisaient sur le pavé faisait tout remuer aux

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yeux. C'était le peuple, vu ainsi de haut et de loin.

Enfin, dans les intervalles de ces toits, de ces flèches, de ces accidents

d'édifices sans nombre qui pliaient, tordaient et dentelaient d'une manière

si bizarre la ligne extrême de l'Université, on entrevoyait, d'espace en

espace, un gros pan de mur moussu, une épaisse tour ronde, une porte de

ville crénelée, figurant la forteresse : c'était la clôture de Philippe−Auguste.

Au delà verdoyaient les prés, au delà s'enfuyaient les routes, le long

desquelles traînaient encore quelques maisons de faubourg, d'autant plus

rares qu'elles s'éloignaient plus. Quelques−uns de ces faubourgs avaient de

l'importance. C'était d'abord, à partir de la Tournelle, le bourg

Saint−Victor, avec son pont d'une arche sur la Bièvre, son abbaye, où on

lisait l'épitaphe de Louis le Gros, epitaphium Ludovici Grossi, et son église

à flèche octogone flanquée de quatre clochetons du onzième siècle (on en

peut voir une pareille à Étampes ; elle n'est pas encore abattue) ; puis le

bourg Saint−Marceau, qui avait déjà trois églises et un couvent. Puis, en

laissant à gauche le moulin des Gobelins et ses quatre murs blancs, c'était

le faubourg Saint−Jacques avec la belle croix sculptée de son carrefour,

l'église de Saint−Jacques du Haut−Pas, qui était alors gothique, pointue et

charmante, Saint−Magloire, belle nef du quatorzième siècle, dont

Napoléon fit un grenier à foin, Notre−Dame−des−Champs où il y avait des

mosaïques byzantines. Enfin, après avoir laissé en plein champ le

monastère des Chartreux, riche édifice contemporain du Palais de Justice,

avec ses petits jardins à compartiments et les ruines mal hantées de

Vauvert, l'oeil tombait à l'occident sur les trois aiguilles romanes de

Saint−Germain−des−Prés. Le bourg Saint−Germain, déjà une grosse

commune, faisait quinze ou vingt rues derrière. Le clocher aigu de

Saint−Sulpice marquait un des coins du bourg. Tout à côté on distinguait

l'enceinte quadrilatérale de la foire Saint−Germain, où est aujourd'hui le

marché ; puis le pilori de l'abbé, jolie petite tour ronde bien coiffée d'un

cône de plomb. La tuilerie était plus loin, et la rue du Four, qui menait au

four banal, et le moulin sur sa butte, et la maladrerie, maisonnette isolée et

mal vue. Mais ce qui attirait surtout le regard, et le fixait longtemps sur ce

point, c'était l'abbaye elle−même. Il est certain que ce monastère, qui avait

une grande mine et comme église et comme seigneurie, ce palais abbatial,

où les évêques de Paris s'estimaient heureux de coucher une nuit, ce

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réfectoire auquel l'architecte avait donné l'air, la beauté et la splendide

rosace d'une cathédrale, cette élégante chapelle de la Vierge, ce dortoir

monumental, ces vastes jardins, cette herse, ce pont−levis, cette enveloppe

de créneaux qui entaillait aux yeux la verdure des prés d'alentour, ces cours

où reluisaient des hommes d'armes mêlés à des chapes d'or, le tout groupé

et rallié autour des trois hautes flèches à plein cintre bien assises sur une

abside gothique, faisaient une magnifique figure à l'horizon.

Quand enfin, après avoir longtemps considéré l'Université, vous vous

tourniez vers la rive droite, vers la Ville, le spectacle changeait

brusquement de caractère. La Ville, en effet, beaucoup plus grande que

l'Université, était aussi moins une. Au premier aspect, on la voyait se

diviser en plusieurs masses singulièrement distinctes. D'abord, au levant,

dans cette partie de la Ville qui reçoit encore aujourd'hui son nom du

marais où Camulogène embourba César, c'était un entassement de palais.

Le pâté venait jusqu'au bord de l'eau.

Quatre hôtels presque adhérents, Jouy, Sens, Barbeau, le logis de la Reine,

miraient dans la Seine leurs combles d'ardoise coupés de sveltes tourelles.

Ces quatre édifices emplissaient l'espace de la rue des Nonaindières à

l'abbaye des Célestins, dont l'aiguille relevait gracieusement leur ligne de

pignons et de créneaux. Quelques masures verdâtres penchées sur l'eau

devant ces somptueux hôtels n'empêchaient pas de voir les beaux angles de

leurs façades, leurs larges fenêtres carrées à croisées de pierre, leurs

porches ogives surchargés de statues, les vives arêtes de leurs murs

toujours nettement coupés, et tous ces charmants hasards d'architecture qui

font que l'art gothique a l'air de recommencer ses combinaisons à chaque

monument. Derrière ces palais, courait dans toutes les directions, tantôt

refendue, palissadée et crénelée comme une citadelle, tantôt voilée de

grands arbres comme une chartreuse, l'enceinte immense et multiforme de

ce miraculeux hôtel de Saint−Pol, où le roi de France avait de quoi loger

superbement vingt−deux princes de la qualité du Dauphin et du duc de

Bourgogne avec leurs domestiques et leurs suites, sans compter les grands

seigneurs, et l'empereur quand il venait voir Paris, et les lions, qui avaient

leur hôtel à part dans l'hôtel royal.

Disons ici qu'un appartement de prince ne se composait pas alors de moins

de onze salles, depuis la chambre de parade jusqu'au priez−Dieu, sans

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parler des galeries, des bains, des étuves et autres " lieux superflus " dont

chaque appartement était pourvu ; sans parler des jardins particuliers de

chaque hôte du roi ; sans parler des cuisines, des celliers, des offices, des

réfectoires généraux de la maison ; des basses−cours où il y avait

v i n g t − d e u x l a b o r a t o i r e s g é n é r a u x d e p u i s l a f o u r i l l e j u s q u ' à

l'échansonnerie ; des jeux de mille sortes, le mail, la paume, la bague ; des

volières, des poissonneries, des ménageries, des écuries, des étables ; des

bibliothèques, des arsenaux et des fonderies. Voilà ce que c'était alors

qu'un palais de roi, un Louvre, un hôtel Saint−Pol. Une cité dans la cité.

De la tour où nous nous sommes placés, l'hôtel Saint−Pol, presque à demi

caché par les quatre grands logis dont nous venons de parler, était encore

fort considérable et fort merveilleux à voir. On y distinguait très bien,

quoique habilement soudés au bâtiment principal par de longues galeries à

vitraux et à colonnettes, les trois hôtels que Charles V avait amalgamés à

son palais, l'hôtel du Petit−Muce, avec la balustrade en dentelle qui ourlait

gracieusement son toit ; l'hôtel de l'abbé de Saint−Maur, ayant le relief d'un

château fort, une grosse tour, des mâchicoulis, des meurtrières, des

moineaux de fer, et sur la large porte saxonne l'écusson de l'abbé entre les

deux entailles du pont−levis ; l'hôtel du comte d'Étampes dont le donjon

ruiné à son sommet s'arrondissait aux yeux, ébréché comme une crête de

coq ; çà et là, trois ou quatre vieux chênes faisant touffe ensemble comme

d'énormes choux−fleurs, des ébats de cygnes dans les claires eaux des

viviers, toutes plissées d'ombre et de lumière ; force cours dont on voyait

des bouts pittoresques ; l'hôtel des Lions avec ses ogives basses sur de

courts piliers saxons, ses herses de fer et son rugissement perpétuel ; tout à

travers cet ensemble la flèche écaillée de l'Ave Maria ; à gauche, le logis

du prévôt de Paris flanqué de quatre tourelles finement évidées ; au milieu,

au fond, l'hôtel Saint−Pol proprement dit avec ses façades multipliées, ses

enrichissements successifs depuis Charles V, les excroissances hybrides

dont la fantaisie des architectes l'avait chargé depuis deux siècles, avec

toutes les absides de ses chapelles, tous les pignons de ses galeries, mille

girouettes aux quatre vents, et ses deux hautes tours contiguës dont le toit

conique, entouré de créneaux à sa base, avait l'air de ces chapeaux pointus

dont le bord est relevé. En continuant de monter les étages de cet

amphithéâtre de palais développé au loin sur le sol, après avoir franchi un

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ravin profond creusé dans les toits de la Ville, lequel marquait le passage

de la rue Saint−Antoine, l'oeil, et nous nous bornons toujours aux

principaux monuments, arrivait au logis d'Angoulême, vaste construction

de plusieurs époques où il y avait des parties toutes neuves et très blanches,

qui ne se fondaient guère mieux dans l'ensemble qu'une pièce rouge à un

pourpoint bleu. Cependant le toit singulièrement aigu et élevé du palais

moderne, hérissé de gouttières ciselées, couvert de lames de plomb où se

roulaient en mille arabesques fantasques d'étincelantes incrustations de

cuivre doré, ce toit si curieusement damasquiné s'élançait avec grâce du

milieu des brunes ruines de l'ancien édifice, dont les vieilles grosses tours,

bombées par l'âge comme des futailles s'affaissant sur elles−mêmes de

vétusté et se déchirant du haut en bas, ressemblaient à de gros ventres

déboutonnés. Derrière, s'élevait la forêt d'aiguilles du palais des

Tournelles. Pas de coup d'oeil au monde, ni à Chambord, ni à l'Alhambra,

plus magique, plus aérien, plus prestigieux que cette futaie de flèches, de

clochetons, de cheminées, de girouettes, de spirales, de vis, de lanternes

trouées par le jour qui semblaient frappées à l'emporte−pièce, de pavillons,

de tourelles en fuseaux, ou, comme on disait alors, de tournelles, toutes

diverses de formes, de hauteur et d'attitude. On eût dit un gigantesque

échiquier de pierre.

À droite des Tournelles, cette botte d'énormes tours d'un noir d'encre,

entrant les unes dans les autres, et ficelées pour ainsi dire par un fossé

circulaire, ce donjon beaucoup plus percé de meurtrières que de fenêtres,

ce pont−levis toujours dressé, cette herse toujours tombée, c'est la Bastille.

Ces espèces de becs noirs qui sortent d'entre les créneaux, et que vous

prenez de loin pour des gouttières, ce sont des canons.

S o u s l e u r b o u l e t , a u p i e d d u f o r m i d a b l e é d i f i c e , v o i c i l a P o r t e

Saint−Antoine, enfouie entre ses deux tours.

Au delà des Tournelles, jusqu'à la muraille de Charles V, se déroulait avec

de riches compartiments de verdure et de fleurs un tapis velouté de cultures

et de parcs royaux, au milieu desquels on reconnaissait, à son labyrinthe

d'arbres et d'allées, le fameux jardin Dédalus que Louis XI avait donné à

Coictier. L'observatoire du docteur s'élevait au−dessus du dédale comme

une grosse colonne isolée ayant une maisonnette pour chapiteau, il s'est fait

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