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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15408 字 更新时间:2026-6-19 10:46

dans cette officine de terribles astrologies.

Notre Dame de Paris

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Là est aujourd'hui la place Royale.

Comme nous venons de le dire, le quartier de palais dont nous avons tâché

de donner quelque idée au lecteur, en n'indiquant néanmoins que les

sommités, emplissait l'angle que l'enceinte de Charles V faisait avec la

Seine à l'orient. Le centre de la Ville était occupé par un monceau de

maisons à peuple. C'était là en effet que se dégorgeaient les trois ponts de

la Cité sur la rive droite, et les ponts font des maisons avant des palais. Cet

amas d'habitations bourgeoises, pressées comme les alvéoles dans la ruche,

avait sa beauté. Il en est des toits d'une capitale comme des vagues d'une

mer, cela est grand. D'abord les rues, croisées et brouillées, faisaient dans

le bloc cent figures amusantes. Autour des Halles, c'était comme une étoile

à mille raies. Les rues Saint−Denis et Saint−Martin, avec leurs

innombrables ramifications, montaient l'une après l'autre comme deux gros

arbres qui mêlent leurs branches. Et puis, des lignes tortues, les rues de la

Plâtrerie, de la Verrerie, de la Tixeranderie, etc., serpentaient sur le tout. Il

y avait aussi de beaux édifices qui perçaient l'ondulation pétrifiée de cette

mer de pignons. C'était, à la tête du Pont−aux−Changeurs derrière lequel

on voyait mousser la Seine sous les roues du Pont−aux−Meuniers, c'était le

Châtelet, non plus tour romaine comme sous Julien l'Apostat, mais tour

féodale du treizième siècle, et d'une pierre si dure que le pic en trois heures

n'en levait pas l'épaisseur du poing. C'était le riche clocher carré de

Saint−Jacques−de−la−Boucherie, avec ses angles tout émoussés de

sculptures, déjà admirable, quoiqu'il ne fût pas achevé au quinzième siècle.

Il lui manquait en particulier ces quatre monstres qui, aujourd'hui encore,

perchés aux encoignures de son toit, ont l'air de quatre sphinx qui donnent

à deviner au nouveau Paris l'énigme de l'ancien ; Rault, le sculpteur, ne les

posa qu'en 1526, et il eut vingt francs pour sa peine. C'était la

Maison−aux−Piliers, ouverte sur cette place de Grève dont nous avons

donné quelque idée au lecteur. C'était Saint−Gervais, qu'un portail de bon

goût a gâté depuis ; Saint−Méry dont les vieilles ogives étaient presque

encore des pleins cintres ; Saint−Jean dont la magnifique aiguille était

proverbiale ; c'étaient vingt autres monuments qui ne dédaignaient pas

d'enfouir leurs merveilles dans ce chaos de rues noires, étroites et

profondes. Ajoutez les croix de pierre sculptées plus prodiguées encore

dans les carrefours que les gibets ; le cimetière des Innocents dont on

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apercevait au loin par−dessus les toits l'enceinte architecturale ; le pilori

des Halles, dont on voyait le faîte entre deux cheminées de la rue de la

Cossonnerie ; l'échelle de la Croix−du−Trahoir dans son carrefour toujours

noir de peuple ; les masures circulaires de la Halle au blé ; les tronçons de

l'ancienne clôture de Philippe−Auguste qu'on distinguait çà et là, noyés

dans les maisons, tours rongées de lierre, portes ruinées, pans de murs

croulants et déformés ; le quai avec ses mille boutiques et ses écorcheries

s a i g n a n t e s ; l a S e i n e c h a r g é e d e b a t e a u x d u P o r t − a u − F o i n a u

For−l'Évêque ; et vous aurez une image confuse de ce qu'était en 1482 le

trapèze central de la Ville.

Avec ces deux quartiers, l'un d'hôtels, l'autre de maisons, le troisième

élément de l'aspect qu'offrait la Ville, c'était une longue zone d'abbayes qui

la bordait dans presque tout son pourtour, du levant au couchant, et en

arrière de l'enceinte de fortifications qui fermait Paris lui faisait une

seconde enceinte intérieure de couvents et de chapelles. Ainsi,

immédiatement à côté du parc des Tournelles, entre la rue Saint−Antoine

et la vieille rue du Temple, il y avait Sainte−Catherine avec son immense

culture, qui n'était bornée que par la muraille de Paris. Entre la vieille et la

nouvelle rue du Temple, il y avait le Temple, sinistre faisceau de tours,

haut, debout et isolé au milieu d'un vaste enclos crénelé. Entre la rue

N e u v e − d u − T e m p l e e t l a r u e S a i n t − M a r t i n , c ' é t a i t l ' a b b a y e d e

Saint−Martin, au milieu de ses jardins, superbe église fortifiée, dont la

ceinture de tours, dont la tiare de clochers, ne le cédaient en force et en

splendeur qu'à Saint−Germain−des−Prés. Entre les deux rues Saint−Martin

et Saint−Denis, se développait l'enclos de la Trinité.

Enfin, entre la rue Saint−Denis et la rue Montorgueil, les Filles−Dieu. À

côté, on distinguait les toits pourris et l'enceinte dépavée de la Cour des

Miracles. C'était le seul anneau profane qui se mêlât à cette dévote chaîne

de couvents.

Enfin, le quatrième compartiment qui se dessinait de lui−même dans

l'agglomération des toits de la rive droite, et qui occupait l'angle occidental

de la clôture et le bord de l'eau en aval, c'était un nouveau noeud de palais

e t d ' h ô t e l s s e r r é s a u x p i e d s d u L o u v r e . L e v i e u x L o u v r e d e

Philippe−Auguste, cet édifice démesuré dont la grosse tour ralliait

vingt−trois maîtresses tours autour d'elle, sans compter les tourelles,

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semblait de loin enchâssé dans les combles gothiques de l'hôtel d'Alençon

et du Petit−Bourbon. Cette hydre de tours, gardienne géante de Paris, avec

ses vingt−quatre têtes toujours dressées, avec ses croupes monstrueuses,

plombées ou écaillées d'ardoises, et toutes ruisselantes de reflets

métalliques, terminait d'une manière surprenante la configuration de la

Ville au couchant.

Ainsi, un immense pâté, ce que les Romains appelaient insula, de maisons

bourgeoises, flanqué à droite et à gauche de deux blocs de palais couronnés

l'un par le Louvre, l'autre par les Tournelles, bordé au nord d'une longue

ceinture d'abbayes et d'enclos cultivés, le tout amalgamé et fondu au

regard ; sur ces mille édifices, dont les toits de tuiles et d'ardoises

découpaient les uns sur les autres tant de chaînes bizarres, les clochers

tatoués, gaufrés et guillochés des quarante−quatre églises de la rive droite ;

des myriades de rues au travers ; pour limite d'un côté une clôture de

hautes murailles à tours carrées (celle de l'Université était à tours rondes) ;

de l'autre, la Seine coupée de ponts et charriant force bateaux : voilà la

Ville au quinzième siècle.

Au delà des murailles, quelques faubourgs se pressaient aux portes, mais

moins nombreux et plus épars que ceux de l'Université. C'étaient, derrière

la Bastille, vingt masures pelotonnées autour des curieuses sculptures de la

Croix−Faubin et des arcs−boutants de l'abbaye Saint−Antoine des

Champs ; puis Popincourt, perdu dans les blés ; puis la Courtille, joyeux

village de cabarets ; le bourg Saint−Laurent avec son église dont le clocher

de loin semblait s'ajouter aux tours pointues de la Porte Saint−Martin ; le

faubourg Saint−Denis avec le vaste enclos de Saint−Ladre ; hors de la

Porte Montmartre, la Grange−Batelière ceinte de murailles blanches ;

derrière elle, avec ses pentes de craie, Montmartre qui avait alors presque

autant d'églises que de moulins, et qui n'a gardé que les moulins, car la

société ne demande plus maintenant que le pain du corps. Enfin, au delà du

Louvre on voyait s'allonger dans les prés le faubourg Saint−Honoré, déjà

fort considérable alors, et verdoyer la Petite−Bretagne, et se dérouler le

Marché\u8722Xaux−Pourceaux, au centre duquel s'arrondissait l'horrible fourneau

à bouillir les faux−monnayeurs. Entre la Courtille et Saint−Laurent votre

oeil avait déjà remarqué au couronnement d'une hauteur accroupie sur des

plaines désertes une espèce d'édifice qui ressemblait de loin à une

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colonnade en ruine debout sur un soubassement déchaussé. Ce n'était ni un

Parthénon, ni un temple de Jupiter Olympien. C'était Montfaucon.

Maintenant, si le dénombrement de tant d'édifices, quelque sommaire que

nous l'ayons voulu faire, n'a pas pulvérisé, à mesure que nous la

construisions, dans l'esprit du lecteur, l'image générale du vieux Paris, nous

la résumerons en quelques mots. Au centre, l'île de la Cité, ressemblant par

sa forme à une énorme tortue et faisant sortir ses ponts écaillés de tuiles

comme des pattes, de dessous sa grise carapace de toits. À gauche, le

trapèze monolithe, ferme, dense, serré, hérissé, de l'Université. À droite, le

vaste demi−cercle de la Ville beaucoup plus mêlé de jardins et de

monuments. Les trois blocs, Cité, Université, Ville, marbrés de rues sans

nombre. Tout au travers, la Seine, la " nourricière Seine ", comme dit le

père Du Breul, obstruée d'îles, de ponts et de bateaux. Tout autour, une

plaine immense, rapiécée de mille sortes de cultures, semée de beaux

villages ; à gauche, Issy, Vanvres, Vaugirard, Montrouge, Gentilly avec sa

tour ronde et sa tour carrée, etc. ; à droite, vingt autres depuis Conflans

jusqu'à la Ville−l'Évêque. À l'horizon, un ourlet de collines disposées en

cercle comme le rebord du bassin. Enfin, au loin, à l'orient, Vincennes et

ses sept tours quadrangulaires ; au sud, Bicêtre et ses tourelles pointues ;

au septentrion, Saint−Denis et son aiguille ; à l'occident, Saint−Cloud et

son donjon. Voilà le Paris que voyaient du haut des tours de Notre−Dame

les corbeaux qui vivaient en 1482.

C'est pourtant de cette ville que Voltaire a dit qu'avant Louis XIV elle ne

possédait que quatre beaux monuments : le dôme de la Sorbonne, le

Val−de−Grâce, le Louvre moderne, et je ne sais plus le quatrième, le

Luxembourg peut−être. Heureusement Voltaire n'en a pas moins fait

Candide, et n'en est pas moins de tous les hommes qui se sont succédé

dans la longue série de l'humanité celui qui a le mieux eu le rire

diabolique. Cela prouve d'ailleurs qu'on peut être un beau génie et ne rien

comprendre à un art dont on n'est pas. Molière ne croyait−il pas faire

beaucoup d'honneur à Raphaël et à Michel−Ange en les appelant : ces

Mignards de leur âge ?

Revenons à Paris et au quinzième siècle.

Ce n'était pas alors seulement une belle ville ; c'était une ville homogène,

un produit architectural et historique du moyen âge, une chronique de

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pierre. C'était une cité formée de deux couches seulement, la couche

romane et la couche gothique, car la couche romaine avait disparu depuis

longtemps, excepté aux Thermes de Julien où elle perçait encore la croûte

épaisse du moyen âge. Quant à la couche celtique, on n'en trouvait même

plus d'échantillons en creusant des puits.

Cinquante ans plus tard, lorsque la renaissance vint mêler à cette unité si

sévère et pourtant si variée le luxe éblouissant de ses fantaisies et de ses

systèmes, ses débauches de pleins cintres romains, de colonnes grecques et

de surbaissements gothiques, sa sculpture si tendre et si idéale, son goût

particulier d'arabesques et d'acanthes, son paganisme architectural

contemporain de Luther, Paris fut peut−être plus beau encore, quoique

moins harmonieux à l'oeil et à la pensée. Mais ce splendide moment dura

peu. La renaissance ne fut pas impartiale ; elle ne se contenta pas d'édifier,

elle voulut jeter bas, il est vrai qu'elle avait besoin de place. Aussi le Paris

gothique ne fut−il complet qu'une minute. On achevait à peine

Saint−Jacques−de−la−Boucherie qu'on commençait la démolition du vieux

Louvre.

Depuis, la grande ville a été se déformant de jour en jour. Le Paris

gothique sous lequel s'effaçait le Paris roman s'est effacé à son tour. Mais

peut−on dire quel Paris l'a remplacé ?

Il y a le Paris de Catherine de Médicis, aux Tuileries, le Paris de Henri II, à

l'Hôtel de Ville, deux édifices encore d'un grand goût ; le Paris de Henri

IV, à la place Royale : façades de briques à coins de pierre et à toits

d ' a r d o i s e , d e s m a i s o n s t r i c o l o r e s ; l e P a r i s d e L o u i s X I I I , a u

Val−de−Grâce : une architecture écrasée et trapue, des voûtes en anses de

panier, je ne sais quoi de ventru dans la colonne et de bossu dans le dôme ;

le Paris de Louis XIV, aux Invalides : grand, riche, doré et froid ; le Paris

de Louis XV, à Saint−Sulpice : des volutes, des noeuds de rubans, des

nuages, des vermicelles et des chicorées, le tout en pierre ; le Paris de

Louis XVI, au Panthéon : Saint−Pierre de Rome mal copié (l'édifice s'est

tassé gauchement, ce qui n'en a pas raccommodé les lignes) ; le Paris de la

République, à l'École de médecine : un pauvre goût grec et romain qui

ressemble au Colisée ou au Parthénon comme la constitution de l'an III aux

lois de Minos, on l'appelle en architecture le goût messidor ; le Paris de

Napoléon, à la place Vendôme : celui−là est sublime, une colonne de

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bronze faite avec des canons ; le Paris de la restauration, à la Bourse : une

colonade fort blanche supportant une frise fort lisse, le tout est carré et a

coûté vingt millions.

À chacun de ces monuments caractéristiques se rattache par une similitude

de goût, de façon et d'attitude, une certaine quantité de maisons éparses

dans divers quartiers et que l'oeil du connaisseur distingue et date

aisément. Quand on sait voir, on retrouve l'esprit d'un siècle et la

physionomie d'un roi jusque dans un marteau de porte.

Le Paris actuel n'a donc aucune physionomie générale. C'est une collection

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