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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15380 字 更新时间:2026-6-19 10:46

d'échantillons de plusieurs siècles, et les plus beaux ont disparu. La

capitale ne s'accroît qu'en maisons, et quelles maisons ! Du train dont va

Paris, il se renouvellera tous les cinquante ans. Aussi la signification

historique de son architecture s'efface−t−elle tous les jours. Les

monuments y deviennent de plus en plus rares, et il semble qu'on les voie

s'engloutir peu à peu, noyés dans les maisons. Nos pères avaient un Paris

de pierre ; nos fils auront un Paris de plâtre.

Quant aux monuments modernes du Paris neuf nous nous dispenserons

volontiers d'en parler. Ce n'est pas que nous ne les admirions comme il

convient. La Sainte−Geneviève de M. Soufflot est certainement le plus

beau gâteau de Savoie qu'on ait jamais fait en pierre. Le palais de la

Légion d'honneur est aussi un morceau de pâtisserie fort distingué. Le

dôme de la Halle au blé est une casquette de jockey anglais sur une grande

échelle. Les tours Saint−Sulpice sont deux grosses clarinettes, et c'est une

forme comme une autre ; le télégraphe tortu et grimaçant fait un aimable

accident sur leur toiture. Saint−Roch a un portail qui n'est comparable pour

la magnificence qu'à Saint−Thomas d'Aquin. Il a aussi un calvaire en

ronde−bosse dans une cave et un soleil de bois doré. Ce sont là des choses

tout à fait merveilleuses. La lanterne du labyrinthe du Jardin des Plantes

est aussi fort ingénieuse. Quant au palais de la Bourse, qui est grec par sa

colonnade, romain par le plein cintre de ses portes et fenêtres, de la

renaissance par sa grande voûte surbaissée, c'est indubitablement un

monument très correct et très pur. La preuve, c'est qu'il est couronné d'un

attique comme on n'en voyait pas à Athènes, belle ligne droite,

gracieusement coupée çà et là par des tuyaux de poêle. Ajoutons que, s'il

est de règle que l'architecture d'un édifice soit adaptée à sa destination de

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telle façon que cette destination se dénonce d'elle−même au seul aspect de

l'édifice, on ne saurait trop s'émerveiller d'un monument qui peut être

indifféremment un palais de roi, une chambre des communes, un hôtel de

ville, un collège, un manège, une académie, un entrepôt, un tribunal, un

musée, une caserne, un sépulcre, un temple, un théâtre. En attendant, c'est

une Bourse. Un monument doit en outre être approprié au climat. Celui−ci

est évidemment construit exprès pour notre ciel froid et pluvieux. Il a un

toit presque plat comme en Orient, ce qui fait que l'hiver, quand il neige,

on balaye le toit, et il est certain qu'un toit est fait pour être balayé. Quant à

cette destination dont nous parlions tout à l'heure, il la remplit à merveille ;

il est Bourse en France, comme il eût été temple en Grèce. Il est vrai que

l'architecte a eu assez de peine à cacher le cadran de l'horloge qui eût

détruit la pureté des belles lignes de la façade ; mais en revanche on a cette

colonnade qui circule autour du monument, et sous laquelle, dans les

grands jours de solennité religieuse, peut se développer majestueusement

la théorie des agents de change et des courtiers de commerce.

Ce sont là sans aucun doute de très superbes monuments. Joignons−y force

belles rues, amusantes et variées comme la rue de Rivoli, et je ne désespère

pas que Paris vu à vol de ballon ne présente un jour aux yeux cette richesse

de lignes, cette opulence de détails, cette diversité d'aspects, ce je ne sais

quoi de grandiose dans le simple et d'inattendu dans le beau qui caractérise

un damier.

Toutefois, si admirable que vous semble le Paris d'à présent, refaites le

Paris du quinzième siècle, reconstruisez−le dans votre pensée, regardez le

jour à travers cette haie surprenante d'aiguilles, de tours et de clochers,

répandez au milieu de l'immense ville, déchirez à la pointe des îles, plissez

aux arches des ponts la Seine avec ses larges flaques vertes et jaunes, plus

changeante qu'une robe de serpent, détachez nettement sur un horizon

d'azur le profil gothique de ce vieux Paris, faites−en flotter le contour dans

une brume d'hiver qui s'accroche à ses nombreuses cheminées ; noyez−le

dans une nuit profonde, et regardez le jeu bizarre des ténèbres et des

lumières dans ce sombre labyrinthe d'édifices ; jetez−y un rayon de lune

qui le dessine vaguement, et fasse sortir du brouillard les grandes têtes des

tours ; ou reprenez cette noire silhouette, ravivez d'ombre les mille angles

aigus des flèches et des pignons, et faites−la saillir, plus dentelée qu'une

Notre Dame de Paris

II − PARIS À VOL D'OISEAU

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mâchoire de requin, sur le ciel de cuivre du couchant. − Et puis, comparez.

Et si vous voulez recevoir de la vieille ville une impression que la moderne

ne saurait plus vous donner, montez, un matin de grande fête, au soleil

levant de Pâques ou de la Pentecôte, montez sur quelque point élevé d'où

vous dominiez la capitale entière, et assistez à l'éveil des carillons. Voyez à

un signal parti du ciel, car c'est le soleil qui le donne, ces mille églises

tressaillir à la fois. Ce sont d'abord des tintements épars, allant d'une église

à l'autre, comme lorsque des musiciens s'avertissent qu'on va commencer ;

puis tout à coup voyez, car il semble qu'en certains instants l'oreille aussi a

sa vue, voyez s'élever au même moment de chaque clocher comme une

colonne de bruit, comme une fumée d'harmonie. D'abord, la vibration de

chaque cloche monte droite, pure et pour ainsi dire isolée des autres, dans

le ciel splendide du matin. Puis, peu à peu, en grossissant elles se fondent,

elles se mêlent, elles s'effacent l'une dans l'autre, elles s'amalgament dans

un magnifique concert. Ce n'est plus qu'une masse de vibrations sonores

qui se dégage sans cesse des innombrables clochers, qui flotte, ondule,

bondit, tourbillonne sur la ville, et prolonge bien au delà de l'horizon le

cercle assourdissant de ses oscillations. Cependant cette mer d'harmonie

n'est point un chaos. Si grosse et si profonde qu'elle soit, elle n'a point

perdu sa transparence. Vous y voyez serpenter à part chaque groupe de

notes qui s'échappe des sonneries ; vous y pouvez suivre le dialogue, tour à

tour grave et criard, de la crécelle et du bourdon ; vous y voyez sauter les

octaves d'un clocher à l'autre ; vous les regardez s'élancer ailées, légères et

sifflantes de la cloche d'argent, tomber cassées et boiteuses de la cloche de

bois ; vous admirez au milieu d'elles la riche gamme qui descend et

remonte sans cesse les sept cloches de Saint−Eustache ; vous voyez courir

tout au travers des notes claires et rapides qui font trois ou quatre zigzags

lumineux et s'évanouissent comme des éclairs. Là\u8722Xbas, c'est l'abbaye

Saint−Martin, chanteuse aigre et fêlée ; ici, la voix sinistre et bourrue de la

Bastille ; à l'autre bout, la grosse Tour du Louvre, avec sa basse−taille. Le

royal carillon du Palais jette sans relâche de tous côtés des trilles

resplendissants sur lesquels tombent à temps égaux les lourdes couppetées

du beffroi de Notre−Dame, qui les font étinceler comme l'enclume sous le

marteau. Par intervalles vous voyez passer des sons de toute forme qui

viennent de la triple volée de Saint−Germain−des−Prés. Puis encore de

Notre Dame de Paris

II − PARIS À VOL D'OISEAU

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temps en temps cette masse de bruits sublimes s'entr'ouvre et donne

passage à la strette de l'Ave Maria qui éclate et pétille comme une aigrette

d'étoiles. Au−dessous, au plus profond du concert, vous distinguez

confusément le chant intérieur des églises qui transpire à travers les pores

vibrants de leurs voûtes. − Certes, c'est là un opéra qui vaut la peine d'être

écouté. D'ordinaire, la rumeur qui s'échappe de Paris le jour, c'est la ville

qui parle ; la nuit, c'est la ville qui respire : ici, c'est la ville qui chante.

Prêtez donc l'oreille à ce tutti des clochers, répandez sur l'ensemble le

murmure d'un demi−million d'hommes, la plainte éternelle du fleuve, les

souffles infinis du vent, le quatuor grave et lointain des quatre forêts

disposées sur les collines de l'horizon comme d'immenses buffets d'orgue,

éteignez−y ainsi que dans une demi−teinte tout ce que le carillon central

aurait de trop rauque et de trop aigu, et dites si vous connaissez au monde

quelque chose de plus riche, de plus joyeux, de plus doré, de plus

éblouissant que ce tumulte de cloches et de sonneries ; que cette fournaise

de musique ; que ces dix mille voix d'airain chantant à la fois dans des

flûtes de pierre hautes de trois cents pieds ; que cette cité qui n'est plus

qu'un orchestre ; que cette symphonie qui fait le bruit d'une tempête.

Notre Dame de Paris

II − PARIS À VOL D'OISEAU

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LIVRE QUATRIÈME

LIVRE QUATRIÈME

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I − LES BONNES ÂMES

Il y avait seize ans à l'époque où se passe cette histoire que, par un beau

matin de dimanche de la Quasimodo, une créature vivante avait été

déposée après la messe dans l'église de Notre−Dame, sur le bois de lit

scellé dans le parvis à main gauche, vis−à\u8722Xvis ce grand image de saint

Christophe que la figure sculptée en pierre de messire Antoine des Essarts,

chevalier, regardait à genoux depuis 1413, lorsqu'on s'est avisé de jeter bas

et le saint et le fidèle. C'est sur ce bois de lit qu'il était d'usage d'exposer les

enfants trouvés à la charité publique. Les prenait là qui voulait. Devant le

bois de lit était un bassin de cuivre pour les aumônes.

L'espèce d'être vivant qui gisait sur cette planche le matin de la Quasimodo

en l'an du Seigneur 1467 paraissait exciter à un haut degré la curiosité du

groupe assez considérable qui s'était amassé autour du bois de lit. Le

groupe était formé en grande partie de personnes du beau sexe. Ce n'étaient

presque que des vieilles femmes.

Au premier rang et les plus inclinées sur le lit, on en remarquait quatre qu'à

leur cagoule grise, sorte de soutane, on devinait attachées à quelque

confrérie dévote. Je ne vois point pourquoi l'histoire ne transmettrait pas à

la postérité les noms de ces quatre discrètes et vénérables demoiselles.

C'étaient Agnès la Herme, Jehanne de la Tarme, Henriette la Gaultière,

Gauchère la Violette, toutes quatre veuves, toutes quatre bonnes−femmes

de la chapelle Etienne−Haudry, sorties de leur maison, avec la permission

de leur maîtresse et conformément aux statuts de Pierre d'Ailly, pour venir

entendre le sermon. Du reste, si ces braves haudriettes observaient pour le

moment les statuts de Pierre d'Ailly, elles violaient, certes, à coeur joie,

ceux de Michel de Brache et du cardinal de Pise qui leur prescrivaient si

inhumainement le silence.

− Qu'est−ce que c'est que cela, ma soeur ? disait Agnès Gauchère, en

considérant la petite créature exposée qui glapissait et se tordait sur le lit

de bois, tout effrayée de tant de regards.

− Qu'est−ce que nous allons devenir, disait Jehanne, si c'est comme cela

I − LES BONNES ÂMES

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qu'ils font les enfants à présent ?

− Je ne me connais pas en enfants, reprenait Agnès, mais ce doit être un

péché de regarder celui−ci.

− Ce n'est pas un enfant, Agnès.

− C'est un singe manqué, observait Gauchère.

− C'est un miracle, reprenait Henriette la Gaultière.

− Alors, remarquait Agnès, c'est le troisième depuis le dimanche du

Laetare. Car il n'y a pas huit jours que nous avons eu le miracle du

moqueur de pèlerins puni divinement par Notre−Dame d'Aubervilliers, et

c'était le second miracle du mois.

− C'est un vrai monstre d'abomination que ce soi−disant enfant trouvé,

reprenait Jehanne.

− Il braille à faire sourd un chantre, poursuivait Gauchère. − Tais−toi donc,

petit hurleur !

− Dire que c'est M. de Reims qui envoie cette énormité à M. de Paris !

ajoutait la Gaultière en joignant les mains.

− J'imagine, disait Agnès la Herme, que c'est une bête, un animal, le

produit d'un juif avec une truie ; quelque chose enfin qui n'est pas chrétien

et qu'il faut jeter à l'eau ou au feu.

− J'espère bien, reprenait la Gaultière, qu'il ne sera postulé par personne.

− Ah mon Dieu ! s'écriait Agnès, ces pauvres nourrices qui sont là dans le

logis des enfants trouvés qui fait le bas de la ruelle en descendant la

rivière, tout à côté de monseigneur l'évêque, si on allait leur apporter ce

petit monstre à allaiter ! J'aimerais mieux donner à téter à un vampire.

− Est−elle innocente, cette pauvre la Herme ! reprenait Jehanne. Vous ne

voyez pas, ma soeur, que ce petit monstre a au moins quatre ans et qu'il

aurait moins appétit de votre tétin que d'un tournebroche.

En effet, ce n'était pas un nouveau−né que " ce petit monstre ". (Nous

serions fort empêché nous−même de le qualifier autrement.) C'était une

petite masse fort anguleuse et fort remuante, emprisonnée dans un sac de

toile imprimé au chiffre de messire Guillaume Chartier, pour lors évêque

de Paris, avec une tête qui sortait. Cette tête était chose assez difforme. On

n'y voyait qu'une forêt de cheveux roux, un oeil, une bouche et des dents.

L'oeil pleurait, la bouche criait, et les dents ne paraissaient demander qu'à

Notre Dame de Paris

I − LES BONNES ÂMES

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mordre. Le tout se débattait dans le sac, au grand ébahissement de la foule

qui grossissait et se renouvelait sans cesse à l'entour.

Dame Aloïse de Gondelaurier, une femme riche et noble qui tenait une

jolie fille d'environ six ans à la main et qui traînait un long voile à la corne

d'or de sa coiffe, s'arrêta en passant devant le lit, et considéra un moment la

malheureuse créature, pendant que sa charmante petite fille Fleur−de−Lys

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