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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15404 字 更新时间:2026-6-19 10:46

de Gondelaurier, toute vêtue de soie et de velours, épelait avec son joli

doigt l'écriteau permanent accroché au bois de lit : ENFANTS TROUVÉS.

− En vérité, dit la dame en se détournant avec dégoût, je croyais qu'on

n'exposait ici que des enfants.

Elle tourna le dos, en jetant dans le bassin un florin d'argent qui retentit

parmi les liards et fit ouvrir de grands yeux aux pauvres bonnes−femmes

de la chapelle Étienne−Haudry.

Un moment après, le grave et savant Robert Mistricolle, protonotaire du

roi, passa avec un énorme missel sous un bras et sa femme sous l'autre

(damoiselle Guillemette la Mairesse), ayant de la sorte à ses côtés ses deux

régulateurs spirituel et temporel.

− Enfant trouvé ! dit−il après avoir examiné l'objet. Trouvé apparemment

sur le parapet du fleuve Phlégéto !

− On ne lui voit qu'un oeil, observa demoiselle Guillemette. Il a sur l'autre

une verrue.

− Ce n'est pas une verrue, reprit maître Robert Mistricolle. C'est un oeuf

qui renferme un autre démon tout pareil, lequel porte un autre petit oeuf

qui contient un autre diable, et ainsi de suite.

− Comment savez−vous cela ? demanda Guillemette la Mairesse.

− Je le sais pertinemment, répondit le protonotaire.

− Monsieur le protonotaire, demanda Gauchère, que pronostiquez−vous de

ce prétendu enfant trouvé ?

− Les plus grands malheurs, répondit Mistricolle.

− Ah ! mon Dieu ! dit une vieille dans l'auditoire, avec cela qu'il y a eu une

considérable pestilence l'an passé et qu'on dit que les Anglais vont

débarquer en compagnie à Harefleu.

− Cela empêchera peut−être la reine de venir à Paris au mois de septembre,

reprit une autre. La marchandise va déjà si mal !

Notre Dame de Paris

I − LES BONNES ÂMES

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− Je suis d'avis, s'écria Jehanne de la Tarme, qu'il vaudrait mieux pour les

manants de Paris que ce petit magicien−là fût couché sur un fagot que sur

une planche.

− Un beau fagot flambant ! ajouta la vieille.

− Cela serait plus prudent, dit Mistricolle.

Depuis quelques moments un jeune prêtre écoutait le raisonnement des

haudriettes et les sentences du protonotaire. C'était une figure sévère, un

front large, un regard profond. Il écarta silencieusement la foule, examina

le petit magicien, et étendit la main sur lui. Il était temps. Car toutes les

dévotes se léchaient déjà les barbes du beau fagot flambant.

− J'adopte cet enfant, dit le prêtre.

Il le prit dans sa soutane, et l'emporta. L'assistance le suivit d'un oeil effaré.

Un moment après, il avait disparu par la Porte−Rouge qui conduisait alors

de l'église au cloître.

Quand la première surprise fut passée, Jehanne de la Tarme se pencha à

l'oreille de la Gaultière :

− Je vous avais bien dit, ma soeur, que ce jeune clerc monsieur Claude

Frollo est un sorcier.

Notre Dame de Paris

I − LES BONNES ÂMES

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II − CLAUDE FROLLO

En effet, Claude Frollo n'était pas un personnage vulgaire. Il appartenait à

une de ces familles moyennes qu'on appelait indifféremment dans le

langage impertinent du siècle dernier haute bourgeoisie ou petite noblesse.

Cette famille avait hérité des frères Paclet le fief de Tirechappe, qui

relevait de l'évêque de Paris, et dont les vingt−une maisons avaient été au

treizième siècle l'objet de tant de plaidoiries par−devant l'official. Comme

possesseur de ce fief Claude Frollo était un des sept vingt−un seigneurs

prétendant censive dans Paris et ses faubourgs ; et l'on a pu voir longtemps

son nom inscrit en cette qualité, entre l'hôtel de Tancarville, appartenant à

maître François Le Rez, et le collège de Tours, dans le cartulaire déposé à

Saint−Martin des Champs.

Claude Frollo avait été destiné dès l'enfance par ses parents à l'état

ecclésiastique. On lui avait appris à lire dans du latin. Il avait été élevé à

baisser les yeux et à parler bas. Tout enfant, son père l'avait cloîtré au

collège de Torchi en l'Université. C'est là qu'il avait grandi, sur le missel et

le Lexicon.

C'était d'ailleurs un enfant triste, grave, sérieux, qui étudiait ardemment et

apprenait vite. Il ne jetait pas grand cri dans les récréations, se mêlait peu

aux bacchanales de la rue du Fouarre, ne savait ce que c'était que dare

alapas et capillos laniare, et n'avait fait aucune figure dans cette mutinerie

de 1463 que les annalistes enregistrent gravement sous le titre de : "

Sixième trouble de l'Université ". Il lui arrivait rarement de railler les

pauvres écoliers de Montagu pour les cappettes dont ils tiraient leur nom,

ou les boursiers du Collège de Dormans pour leur tonsure rase et leur

surtout tri−parti de drap pers, bleu et violet, azurini coloris et bruni,

comme dit la charte du cardinal des Quatre−Couronnes.

En revanche, il était assidu aux grandes et petites écoles de la rue

Saint−Jean−de−Beauvais. Le premier écolier que l'abbé de Saint−Pierre de

Val, au moment de commencer sa lecture de droit canon, apercevait

t o u j o u r s c o l l é v i s − à − v i s d e s a c h a i r e à u n p i l i e r d e l ' é c o l e

II − CLAUDE FROLLO

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Saint−Vendregesile, c'était Claude Frollo, armé de son écritoire de corne,

mâchant sa plume, griffonnant sur son genou usé, et l'hiver soufflant dans

ses doigts. Le premier auditeur que messire Miles d'Isliers, docteur en

Décret, voyait arriver chaque lundi matin, tout essoufflé, à l'ouverture des

portes de l'école du Chef−Saint−Denis, c'était Claude Frollo. Aussi, à seize

ans, le jeune clerc eût pu tenir tête, en théologie mystique à un père de

église, en théologie canonique à un père des conciles, en théologie

scolastique à un docteur de Sorbonne.

La théologie dépassée, il s'était précipité dans le Décret. Du Maître des

S e n t e n c e s , i l é t a i t t o m b é a u x C a p i t u l a i r e s d e C h a r l e m a g n e . E t

successivement il avait dévoré, dans son appétit de science, décrétales sur

décrétales, celles de Théodore, évêque d'Hispale, celles de Bouchard,

évêque de Worms, celles d'Yves, évêque de Chartres ; puis le Décret de

Gratien qui succéda aux Capitulaires de Charlemagne ; puis le recueil de

Grégoire IX ; puis l'épître Super specula d'Honorius III. Il se fit claire, il se

fit familière cette vaste et tumultueuse période du droit civil et du droit

canon en lutte et en travail dans le chaos du moyen âge, période que

l'évêque Théodore ouvre en 618 et que ferme en 1227 le pape Grégoire.

Le Décret digéré, il se jeta sur la médecine, et sur les arts libéraux. Il étudia

la science des herbes, la science des onguents. Il devint expert aux fièvres

et aux contusions, aux navrures et aux apostumes. Jacques d'Espars l'eût

reçu médecin physicien, Richard Hellain, médecin chirurgien. Il parcourut

également tous les degrés de licence, maîtrise et doctorerie des arts. Il

étudia les langues, le latin, le grec, l'hébreu, triple sanctuaire alors bien peu

fréquenté. C'était une véritable fièvre d'acquérir et de thésauriser en fait de

science. À dix−huit ans, les quatre facultés y avaient passé. Il semblait au

jeune homme que la vie avait un but unique : savoir.

Ce fut vers cette époque environ que l'été excessif de 1466 fit éclater cette

grande peste qui enleva plus de quarante mille créatures dans la vicomté de

Paris, et entre autres, dit Jean de Troyes, " maître Arnoul, astrologien du

roi, qui était fort homme de bien, sage et plaisant ". Le bruit se répandit

dans l'Université que la rue Tirechappe était en particulier dévastée par la

maladie. C'est là que résidaient, au milieu de leur fief, les parents de

Claude. Le jeune écolier courut fort alarmé à la maison paternelle. Quand

il y entra, son père et sa mère étaient morts de la veille. Un tout jeune frère

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qu'il avait au maillot vivait encore et criait abandonné dans son berceau.

C'était tout ce qui restait à Claude de sa famille. Le jeune homme prit

l'enfant sous son bras, et sortit pensif. Jusque−là il n'avait vécu que dans la

science, il commençait à vivre dans la vie.

Cette catastrophe fut une crise dans l'existence de Claude. Orphelin, aîné,

chef de famille à dix−neuf ans, il se sentit rudement rappelé des rêveries de

l'école aux réalités de ce monde. Alors, ému de pitié, il se prit de passion et

de dévouement pour cet enfant, son frère ; chose étrange et douce qu'une

affection humaine à lui qui n'avait encore aimé que des livres.

Cette affection se développa à un point singulier. Dans une âme aussi

neuve, ce fut comme un premier amour. Séparé depuis l'enfance de ses

parents, qu'il avait à peine connus, cloîtré et comme muré dans ses livres,

avide avant tout d'étudier et d'apprendre, exclusivement attentif jusqu'alors

à son intelligence qui se dilatait dans la science, à son imagination qui

grandissait dans les lettres, le pauvre écolier n'avait pas encore eu le temps

de sentir la place de son coeur. Ce jeune frère sans père ni mère, ce petit

enfant, qui lui tombait brusquement du ciel sur les bras, fit de lui un

homme nouveau, il s'aperçut qu'il y avait autre chose dans le monde que

les spéculations de la Sorbonne et les vers d'Homerus, que l'homme avait

besoin d'affections, que la vie sans tendresse et sans amour n'était qu'un

rouage sec, criard et déchirant ; seulement il se figura, car il était dans l'âge

où les illusions ne sont encore remplacées que par des illusions, que les

affections de sang et de famille étaient les seules nécessaires, et qu'un petit

frère à aimer suffisait pour remplir toute une existence. Il se jeta donc dans

l'amour de son petit Jehan avec la passion d'un caractère déjà profond,

ardent, concentré. Cette pauvre frêle créature, jolie, blonde, rose et frisée,

cet orphelin sans autre appui qu'un orphelin, le remuait jusqu'au fond des

entrailles ; et, grave penseur qu'il était, il se mit à réfléchir sur Jehan avec

une miséricorde infinie. Il en prit souci et soin comme de quelque chose de

très fragile et de très recommandé. Il fut à l'enfant plus qu'un frère, il lui

devint une mère.

Le petit Jehan avait perdu sa mère, qu'il tétait encore. Claude le mit en

nourrice. Outre le fief de Tirechappe, il avait eu en héritage de son père le

fief du Moulin, qui relevait de la tour carrée de Gentilly. C'était un moulin

sur une colline, près du château de Winchestre (Bicêtre). Il y avait la

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meunière qui nourrissait un bel enfant ; ce n'était pas loin de l'Université.

Claude lui porta lui−même son petit Jehan.

Dès lors, se sentant un fardeau à traîner, il prit la vie très au sérieux. La

pensée de son petit frère devint non seulement la récréation, mais encore le

but de ses études, il résolut de se consacrer tout entier à un avenir dont il

répondait devant Dieu, et de n'avoir jamais d'autre épouse, d'autre enfant

que le bonheur et la fortune de son frère. Il se rattacha donc plus que

jamais à sa vocation cléricale. Son mérite, sa science, sa qualité de vassal

immédiat de l'évêque de Paris, lui ouvraient toutes grandes les portes de

l'église. À vingt ans, par dispense spéciale du saint−siège, il était prêtre, et

desservait, comme le plus jeune des chapelains de Notre−Dame, l'autel

qu'on appelle, à cause de la messe tardive qui s'y dit, altare pigrorum.

Là, plus que jamais plongé dans ses chers livres qu'il ne quittait que pour

courir une heure au fief du Moulin, ce mélange de savoir et d'austérité, si

rare à son âge, l'avait rendu promptement le respect et l'admiration du

cloître. Du cloître, sa réputation de savant avait été au peuple, où elle avait

un peu tourné, chose fréquente alors, au renom de sorcier.

C'est au moment où il revenait, le jour de la Quasimodo, de dire sa messe

des paresseux à leur autel, qui était à côté de la porte du choeur tendant à la

nef, à droite, proche l'image de la Vierge, que son attention avait été

é v e i l l é e p a r l e g r o u p e d e v i e i l l e s g l a p i s s a n t a u t o u r d u l i t d e s

enfants−trouvés.

C'est alors qu'il s'était approché de la malheureuse petite créature si haïe et

si menacée. Cette détresse, cette difformité, cet abandon, la pensée de son

jeune frère, la chimère qui frappa tout à coup son esprit que, s'il mourait,

son cher petit Jehan pourrait bien aussi, lui, être jeté misérablement sur la

planche des enfants−trouvés, tout cela lui était venu au coeur à la fois, une

grande pitié s'était remuée en lui, et il avait emporté l'enfant.

Quand il tira cet enfant du sac, il le trouva bien difforme en effet. Le

pauvre petit diable avait une verrue sur l'oeil gauche, la tête dans les

épaules, la colonne vertébrale arquée, le sternum proéminent, les jambes

torses ; mais il paraissait vivace ; et quoiqu'il fût impossible de savoir

quelle langue il bégayait, son cri annonçait quelque force et quelque santé.

La compassion de Claude s'accrut de cette laideur ; et il fit voeu dans son

coeur d'élever cet enfant pour l'amour de son frère, afin que, quelles que

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fussent dans l'avenir les fautes du petit Jehan, il eût par devers lui cette

charité, faite à son intention. C'était une sorte de placement de bonnes

oeuvres qu'il effectuait sur la tête de son jeune frère ; c'était une pacotille

de bonnes actions qu'il voulait lui amasser d'avance, pour le cas où le petit

drôle un jour se trouverait à court de cette monnaie, la seule qui soit reçue

au péage du paradis.

Il baptisa son enfant adoptif, et le nomma Quasimodo, soit qu'il voulût

marquer par là le jour où il l'avait trouvé, soit qu'il voulût caractériser par

ce nom à quel point la pauvre petite créature était incomplète et à peine

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