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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15367 字 更新时间:2026-6-19 10:46

vacillait ; lui, criait et grinçait des dents, ses cheveux roux se hérissaient, sa

poitrine faisait le bruit d'un soufflet de forge, son oeil jetait des flammes, la

cloche monstrueuse hennissait toute haletante sous lui, et alors ce n'était

plus ni le bourdon de Notre−Dame ni Quasimodo, c'était un rêve, un

tourbillon, une tempête ; le vertige à cheval sur le bruit ; un esprit

cramponné à une croupe volante ; un étrange centaure moitié homme,

moitié cloche ; une espèce d'Astolphe horrible emporté sur un prodigieux

hippogriffe de bronze vivant. La présence de cet être extraordinaire faisait

circuler dans toute la cathédrale je ne sais quel souffle de vie. Il semblait

qu'il s'échappât de lui, du moins au dire des superstitions grossissantes de

la foule, une émanation mystérieuse qui animait toutes les pierres de

Notre−Dame et faisait palpiter les profondes entrailles de la vieille église.

Il suffisait qu'on le sût là pour que l'on crût voir vivre et remuer les mille

statues des galeries et des portails. Et de fait, la cathédrale semblait une

créature docile et obéissante sous sa main ; elle attendait sa volonté pour

élever sa grosse voix ; elle était possédée et remplie de Quasimodo comme

d'un génie familier. On eût dit qu'il faisait respirer l'immense édifice. Il y

était partout en effet, il se multipliait sur tous les points du monument.

Tantôt on apercevait avec effroi au plus haut d'une des tours un nain

bizarre qui grimpait, serpentait, rampait à quatre pattes, descendait en

dehors sur l'abîme, sautelait de saillie en saillie, et allait fouiller dans le

ventre de quelque gorgone sculptée ; c'était Quasimodo dénichant des

Notre Dame de Paris

III − IMMANIS PECORIS CUSTOS IMMANIOR...

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corbeaux. Tantôt on se heurtait dans un coin obscur de l'église à une sorte

de chimère vivante, accroupie et renfrognée ; c'était Quasimodo pensant.

Tantôt on avisait sous un clocher une tête énorme et un paquet de membres

désordonnés se balançant avec fureur au bout d'une corde ; c'était

Quasimodo sonnant les vêpres ou l'angélus. Souvent, la nuit, on voyait

errer une forme hideuse sur la frêle balustrade découpée en dentelle qui

couronne les tours et borde le pourtour de l'abside ; c'était encore le bossu

de Notre−Dame. Alors, disaient les voisines, toute l'église prenait quelque

chose de fantastique, de surnaturel, d'horrible ; des yeux et des bouches s'y

ouvraient çà et là ; on entendait aboyer les chiens, les guivres, les tarasques

de pierre qui veillent jour et nuit, le cou tendu et la gueule ouverte, autour

de la monstrueuse cathédrale ; et si c'était une nuit de Noël, tandis que la

grosse cloche qui semblait râler appelait les fidèles à la messe ardente de

minuit, il y avait un tel air répandu sur la sombre façade qu'on eût dit que

le grand portail dévorait la foule et que la rosace la regardait. Et tout cela

venait de Quasimodo. L'Égypte l'eût pris pour le dieu de ce temple ; le

moyen−âge l'en croyait le démon ; il en était l'âme.

À tel point que pour ceux qui savent que Quasimodo a existé, Notre−Dame

est aujourd'hui déserte, inanimée, morte. On sent qu'il y a quelque chose de

disparu. Ce corps immense est vide ; c'est un squelette ; l'esprit l'a quitté,

on en voit la place, et voilà tout. C'est comme un crâne où il y a encore des

trous pour les yeux, mais plus de regard.

Notre Dame de Paris

III − IMMANIS PECORIS CUSTOS IMMANIOR...

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IV − LE CHIEN ET SON MAÎTRE

Il y avait pourtant une créature humaine que Quasimodo exceptait de sa

malice et de sa haine pour les autres, et qu'il aimait autant, plus peut−être

que sa cathédrale ; c'était Claude Frollo.

La chose était simple. Claude Frollo l'avait recueilli, l'avait adopté, l'avait

nourri, l'avait élevé. Tout petit, c'est dans les jambes de Claude Frollo qu'il

avait coutume de se réfugier quand les chiens et les enfants aboyaient après

lui. Claude Frollo lui avait appris à parler, à lire, à écrire. Claude Frollo

enfin l'avait fait sonneur de cloches. Or, donner la grosse cloche en

mariage à Quasimodo, c'était donner Juliette à Roméo.

Aussi la reconnaissance de Quasimodo était−elle profonde, passionnée,

sans borne ; et quoique le visage de son père adoptif fût souvent brumeux

et sévère, quoique sa parole fût habituellement brève, dure, impérieuse,

jamais cette reconnaissance ne s'était démentie un seul instant.

L'archidiacre avait en Quasimodo l'esclave le plus soumis, le valet le plus

docile, le dogue le plus vigilant. Quand le pauvre sonneur de cloches était

devenu sourd, il s'était établi entre lui et Claude Frollo une langue de

signes, mystérieuse et comprise d'eux seuls. De cette façon l'archidiacre

é t a i t l e s e u l ê t r e h u m a i n a v e c l e q u e l Q u a s i m o d o e û t c o n s e r v é

communication. Il n'était en rapport dans ce monde qu'avec deux choses,

Notre−Dame et Claude Frollo.

Rien de comparable à l'empire de l'archidiacre sur le sonneur, à

l'attachement du sonneur pour l'archidiacre. Il eût suffi d'un signe de

Claude et de l'idée de lui faire plaisir pour que Quasimodo se précipitât du

haut des tours de Notre−Dame. C'était une chose remarquable que toute

cette force physique, arrivée chez Quasimodo à un développement si

extraordinaire, et mise aveuglément par lui à la disposition d'un autre. Il y

avait là sans doute dévouement filial, attachement domestique ; il y avait

aussi fascination d'un esprit par un autre esprit. C'était une pauvre, gauche

et maladroite organisation qui se tenait la tête basse et les yeux suppliants

devant une intelligence haute et profonde, puissante et supérieure. Enfin et

IV − LE CHIEN ET SON MAÎTRE

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par−dessus tout, c'était reconnaissance. Reconnaissance tellement poussée

à sa limite extrême que nous ne saurions à quoi la comparer. Cette vertu

n'est pas de celles dont les plus beaux exemples sont parmi les hommes.

Nous dirons donc que Quasimodo aimait l'archidiacre comme jamais

chien, jamais cheval, jamais éléphant n'a aimé son maître.

Notre Dame de Paris

IV − LE CHIEN ET SON MAÎTRE

152

V − SUITE DE CLAUDE FROLLO

En 1482, Quasimodo avait environ vingt ans, Claude Frollo environ

trente−six : l'un avait grandi, l'autre avait vieilli.

Claude Frollo n'était plus le simple écolier du collège Torchi, le tendre

protecteur d'un petit enfant, le jeune et rêveur philosophe qui savait

beaucoup de choses et qui en ignorait beaucoup. C'était un prêtre austère,

grave, morose ; un chargé d'âmes ; monsieur l'archidiacre de Josas, le

second acolyte de l'évêque, ayant sur les bras les deux décanats de

Montlhéry et de Châteaufort et cent soixante−quatorze curés ruraux. C'était

un personnage imposant et sombre devant lequel tremblaient les enfants de

c h o e u r e n a u b e e t e n j a q u e t t e , l e s m a c h i c o t s , l e s c o n f r è r e s d e

Saint−Augustin, les clercs matutinels de Notre−Dame, quand il passait

lentement sous les hautes ogives du choeur, majestueux, pensif, les bras

croisés et la tête tellement ployée sur la poitrine qu'on ne voyait de sa face

que son grand front chauve.

Dom Claude Frollo n'avait abandonné du reste ni la science, ni l'éducation

de son jeune frère, ces deux occupations de sa vie. Mais avec le temps il

s'était mêlé quelque amertume à ces choses si douces. À la longue, dit Paul

Diacre, le meilleur lard rancit. Le petit Jehan Frollo, surnommé du Moulin

à cause du lieu où il avait été nourri, n'avait pas grandi dans la direction

que Claude avait voulu lui imprimer. Le grand frère comptait sur un élève

pieux, docile, docte, honorable. Or le petit frère, comme ces jeunes arbres

qui trompent l'effort du jardinier et se tournent opiniâtrement du côté d'où

leur viennent l'air et le soleil, le petit frère ne croissait et ne multipliait, ne

poussait de belles branches touffues et luxuriantes que du côté de la

paresse, de l'ignorance et de la débauche. C'était un vrai diable, fort

désordonné, ce qui faisait froncer le sourcil à dom Claude, mais fort drôle

et fort subtil, ce qui faisait sourire le grand frère. Claude l'avait confié à ce

même collège de Torchi où il avait passé ses premières années dans l'étude

et le recueillement ; et c'était une douleur pour lui que ce sanctuaire

autrefois édifié du nom de Frollo en fût scandalisé aujourd'hui. Il en faisait

V − SUITE DE CLAUDE FROLLO

153

quelquefois à Jehan de fort sévères et de fort longs sermons, que celui−ci

essuyait intrépidement. Après tout, le jeune vaurien avait bon coeur,

comme cela se voit dans toutes les comédies. Mais, le sermon passé, il n'en

reprenait pas moins tranquillement le cours de ses séditions et de ses

énormités. Tantôt c'était un béjaune (on appelait ainsi les nouveaux

débarqués à l'Université) qu'il avait houspillé pour sa bienvenue ; tradition

précieuse qui s'est soigneusement perpétuée jusqu'à nos jours. Tantôt il

avait donné le branle à une bande d'écoliers, lesquels étaient classiquement

jetés sur un cabaret, quasi classico excitati, puis avaient battu le tavernier "

avec bâtons offensifs ", et joyeusement pillé la taverne jusqu'à effondrer

les muids de vin dans la cave. Et puis, c'était un beau rapport en latin que

le sous−moniteur de Torchi apportait piteusement à dom Claude avec cette

douloureuse émargination : Rixa ; prima causa vinum optimum potatum.

Enfin on disait, horreur dans un enfant de seize ans, que ses débordements

allaient souventes fois jusqu'à la rue de Glatigny.

De tout cela, Claude, contristé et découragé dans ses affections humaines,

s'était jeté avec plus d'emportement dans les bras de la science, cette soeur

qui du moins ne vous rit pas au nez et vous paie toujours, bien qu'en

monnaie quelquefois un peu creuse, les soins qu'on lui a rendus. Il devint

donc de plus en plus savant, et en même temps, par une conséquence

naturelle, de plus en plus rigide comme prêtre, de plus en plus triste

comme homme. Il y a, pour chacun de nous, de certains parallélismes entre

notre intelligence, nos moeurs et notre caractère, qui se développent sans

discontinuité, et ne se rompent qu'aux grandes perturbations de la vie.

Comme Claude Frollo avait parcouru dès sa jeunesse le cercle presque

entier des connaissances humaines positives, extérieures et licites, force lui

fut, à moins de s'arrêter ubi defuit orbis, force lui fut d'aller plus loin et de

chercher d'autres aliments à l'activité insatiable de son intelligence.

L'antique symbole du serpent qui se mord la queue convient surtout à la

science. Il paraît que Claude Frollo l'avait éprouvé. Plusieurs personnes

graves affirmaient qu'après, avoir épuisé le tas du savoir humain, il avait

osé pénétrer dans le nefas. Il avait, disait−on, goûté successivement toutes

les pommes de l'arbre de l'intelligence, et, faim ou dégoût, il avait fini par

mordre au fruit défendu. Il avait pris place tour à tour, comme nos lecteurs

l'ont vu, aux conférences des théologiens en Sorbonne, aux assemblées des

Notre Dame de Paris

V − SUITE DE CLAUDE FROLLO

154

artiens à l'image Saint−Hilaire, aux disputes des décrétistes à l'image

Saint−Martin, aux congrégations des médecins au bénitier de Notre−Dame,

ad cupam Nostrae Dominae ; tous les mets permis et approuvés que ces

quatre grandes cuisines, appelées les quatre facultés, pouvaient élaborer et

servir à une intelligence, il les avait dévorés et la satiété lui en était venue

avant que sa faim fût apaisée ; alors il avait creusé plus avant, plus bas,

dessous toute cette science finie, matérielle, limitée ; il avait risqué

peut−être son âme, et s'était assis dans la caverne à cette table mystérieuse

des alchimistes, des astrologues, des hermétiques, dont Averroès,

Guillaume de Paris et Nicolas Flamel tiennent le bout dans le moyen−âge,

et qui se prolonge dans l'Orient, aux clartés du chandelier à sept branches,

jusqu'à Salomon, Pythagore et Zoroastre.

C'était du moins ce que l'on supposait, à tort ou à raison.

Il est certain que l'archidiacre visitait souvent le cimetière des

Saints−Innocents où son père et sa mère avaient été enterrés, il est vrai,

avec les autres victimes de la peste de 1466 ; mais qu'il paraissait beaucoup

moins dévot à la croix de leur fosse qu'aux figures étranges dont était

chargé le tombeau de Nicolas Flamel et de Claude Pernelle, construit tout à

côté. Il est certain qu'on l'avait vu souvent longer la rue des Lombards et

entrer furtivement dans une petite maison qui faisait le coin de la rue des

Écrivains et de la rue Marivaulx. C'était la maison que Nicolas Flamel

avait bâtie, où il était mort vers 1417, et qui, toujours déserte depuis lors,

commençait déjà à tomber en ruine, tant les hermétiques et les souffleurs

de tous les pays en avaient usé les murs rien qu'en y gravant leurs noms.

Quelques voisins même affirmaient avoir vu une fois par un soupirail

l'archidiacre Claude creusant, remuant et bêchant la terre dans ces deux

caves dont les jambes étrières avaient été barbouillées de vers et

d'hiéroglyphes sans nombre par Nicolas Flamel lui−même. On supposait

que Flamel avait enfoui la pierre philosophale dans ces caves, et les

alchimistes, pendant deux siècles, depuis Magistri jusqu'au père Pacifique,

n'ont cessé d'en tourmenter le sol que lorsque la maison, si cruellement

fouillée et retournée, a fini par s'en aller en poussière sous leurs pieds.

Il est certain encore que l'archidiacre s'était épris d'une passion singulière

pour le portail symbolique de Notre−Dame, cette page de grimoire écrite

en pierre par l'évêque Guillaume de Paris, lequel a sans doute été damné

Notre Dame de Paris

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