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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15438 字 更新时间:2026-6-19 10:46

apercevait pas.

− Sur mon âme, dit enfin Claude en lui serrant la main, je suis aise de vous

voir en si grande santé.

− Merci, maître Claude.

− À propos, s'écria dom Claude, comment va votre royal malade ?

− Il ne paie pas assez son médecin, répondit le docteur en jetant un regard

de côté à son compagnon.

− Vous trouvez, compère Coictier ? dit le compagnon.

Cette parole, prononcée du ton de la surprise et du reproche, ramena sur ce

personnage inconnu l'attention de l'archidiacre qui, à vrai dire, ne s'en était

pas complètement détournée un seul moment depuis que cet étranger avait

franchi le seuil de la cellule. Il avait même fallu les mille raisons qu'il avait

de ménager le docteur Jacques Coictier, le tout−puissant médecin du roi

Louis XI, pour qu'il le reçût ainsi accompagné. Aussi sa mine n'eut−elle

rien de bien cordial quand Jacques Coictier lui dit :

− À propos, dom Claude, je vous amène un confrère qui vous a voulu voir

sur votre renommée.

− Monsieur est de la science ? demanda l'archidiacre en fixant sur le

compagnon de Coictier son oeil pénétrant. Il ne trouva pas sous les sourcils

de l'inconnu un regard moins perçant et moins défiant que le sien.

C'était, autant que la faible clarté de la lampe permettait d'en juger, un

vieillard d'environ soixante ans et de moyenne taille, qui paraissait assez

malade et cassé. Son profil, quoique d'une ligne très bourgeoise, avait

quelque chose de puissant et de sévère, sa prunelle étincelait sous une

arcade sourcilière très profonde comme une lumière au fond d'un antre ; et

sous le bonnet rabattu qui lui tombait sur le nez on sentait tourner les

larges plans d'un front de génie.

Il se chargea de répondre lui−même à la question de l'archidiacre.

− Révérend maître, dit−il d'une voix grave, votre renom est venu jusqu'à

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moi, et j'ai voulu vous consulter. Je ne suis qu'un pauvre gentilhomme de

province qui ôte ses souliers avant d'entrer chez les savants. Il faut que

vous sachiez mon nom. Je m'appelle le compère Tourangeau.

− Singulier nom pour un gentilhomme ! pensa l'archidiacre. Cependant il

se sentait devant quelque chose de fort et de sérieux. L'instinct de sa haute

intelligence lui en faisait deviner une non moins haute sous le bonnet

fourré du compère Tourangeau ; et en considérant cette grave figure, le

rictus ironique que la présence de Jacques Coictier avait fait éclore sur son

visage morose s'évanouit peu à peu comme le crépuscule à un horizon de

nuit. Il s'était rassis morne et silencieux sur son grand fauteuil, son coude

avait repris sa place accoutumée sur la table, et son front sur sa main.

Après quelques moments de méditation, il fit signe aux deux visiteurs de

s'asseoir, et adressa la parole au compère Tourangeau.

− Vous venez me consulter, maître, et sur quelle science ?

− Révérend, répondit le compère Tourangeau, je suis malade, très malade.

On vous dit grand Esculape, et je suis venu vous demander un conseil de

médecine.

− Médecine ! dit l'archidiacre en hochant la tête. Il sembla se recueillir un

instant et reprit : − Compère Tourangeau, puisque c'est votre nom, tournez

la tête. Vous trouverez ma réponse tout écrite sur le mur.

Le compère Tourangeau obéit, et lut au−dessus de sa tête cette inscription

g r a v é e s u r l a m u r a i l l e : − L a m é d e c i n e e s t f i l l e d e s s o n g e s . −

JAMBLIQUE.

Cependant le docteur Jacques Coictier avait entendu la question de son

compagnon avec un dépit que la réponse de dom Claude avait redoublé. Il

se pencha à l'oreille du compère Tourangeau et lui dit, assez bas pour ne

pas être entendu de l'archidiacre : − Je vous avais prévenu que c'était un

fou. Vous l'avez voulu voir !

− C'est qu'il se pourrait fort bien qu'il eût raison, ce fou, docteur Jacques !

répondit le compère du même ton, et avec un sourire amer.

− Comme il vous plaira ! répliqua Coictier sèchement. Puis s'adressant à

l'archidiacre : − Vous êtes preste en besogne, dom Claude, et vous n'êtes

guère plus empêché d'Hippocratès qu'un singe d'une noisette. La médecine

un songe ! Je doute que les pharmacopoles et les maîtres−myrrhes se

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tinssent de vous lapider s'ils étaient là. Donc vous niez l'influence des

philtres sur le sang, des onguents sur la chair ! Vous niez cette éternelle

pharmacie de fleurs et de métaux qu'on appelle le monde, faite exprès pour

cet éternel malade qu'on appelle l'homme !

− Je ne nie, dit froidement dom Claude, ni la pharmacie ni le malade. Je

nie le médecin.

− Donc il n'est pas vrai, reprit Coictier avec chaleur, que la goutte soit une

dartre en dedans, qu'on guérisse une plaie d'artillerie par l'application d'une

souris rôtie, qu'un jeune sang convenablement infusé rende la jeunesse à de

vieilles veines ; il n'est pas vrai que deux et deux font quatre, et que

l'emprosthotonos succède à l'opisthotonos !

L'archidiacre répondit sans s'émouvoir : − Il y a certaines choses dont je

pense d'une certaine façon.

Coictier devint rouge de colère.

− Là, là, mon bon Coictier, ne nous fâchons pas, dit le compère

Tourangeau, Monsieur l'archidiacre est notre ami.

Coictier se calma en grommelant à demi−voix : − Après tout, c'est un fou !

− Pasquedieu, maître Claude, reprit le compère Tourangeau après un

silence, vous me gênez fort. J'avais deux consultations à requérir de vous,

l'une touchant ma santé, l'autre touchant mon étoile.

− Monsieur, repartit l'archidiacre, si c'est là votre pensée, vous auriez aussi

bien fait de ne pas vous essouffler aux degrés de mon escalier. Je ne crois

pas à la médecine. Je ne crois pas à l'astrologie.

− En vérité ! dit le compère avec surprise.

Coictier riait d'un rire forcé.

− Vous voyez bien qu'il est fou, dit−il tout bas au compère Tourangeau. Il

ne croit pas à l'astrologie !

− Le moyen d'imaginer, poursuivit dom Claude, que chaque rayon d'étoile

est un fil qui tient à la tête d'un homme !

− Et à quoi croyez−vous donc ? s'écria le compère Tourangeau.

L'archidiacre resta un moment indécis, puis il laissa échapper un sombre

sourire qui semblait démentir sa réponse : − Credo in Deum.

− Dominum nostrum, ajouta le compère Tourangeau avec un signe de

croix.

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− Amen, dit Coictier.

− Révérend maître, reprit le compère, je suis charmé dans l'âme de vous

voir en si bonne religion. Mais, grand savant que vous êtes, l'êtes−vous

donc à ce point de ne plus croire à la science ?

− Non, dit l'archidiacre en saisissant le bras du compère Tourangeau, et un

éclair d'enthousiasme se ralluma dans sa terne prunelle, non, je ne nie pas

la science. Je n'ai pas rampé si longtemps à plat ventre et les ongles dans la

terre à travers les innombrables embranchements de la caverne sans

apercevoir, au loin devant moi, au bout de l'obscure galerie, une lumière,

une flamme, quelque chose, le reflet sans doute de l'éblouissant laboratoire

central où les patients et les sages ont surpris Dieu.

− Et enfin, interrompit le Tourangeau, quelle chose tenez−vous vraie et

certaine ?

− L'alchimie.

Coictier se récria : − Pardieu, dom Claude, l'alchimie a sa raison sans

doute, mais pourquoi blasphémer la médecine et l'astrologie ?

− Néant, votre science de l'homme ! néant, votre science du ciel ! dit

l'archidiacre avec empire.

− C'est mener grand train Épidaurus et la Chaldée, répliqua le médecin en

ricanant.

− Écoutez, messire Jacques. Ceci est dit de bonne foi. Je ne suis pas

médecin du roi, et sa majesté ne m'a pas donné le jardin Dédalus pour y

observer les constellations.

− Ne vous fâchez pas et écoutez−moi. − Quelle vérité avez−vous tirée, je

ne dis pas de la médecine, qui est chose par trop folle, mais de

l'astrologie ? Citez−moi les vertus du boustrophédon vertical, les

trouvailles du nombre ziruph et du nombre zephirod.

− Nierez−vous, dit Coictier, la force sympathique de la clavicule et que la

cabalistique en dérive ?

− Erreur, messire Jacques ! aucune de vos formules n'aboutit à la réalité.

Tandis que l'alchimie a ses découvertes. Contesterez−vous des résultats

comme ceux−ci ? La glace enfermée sous terre pendant mille ans se

transforme en cristal de roche. − Le plomb est l'aïeul de tous les métaux.

(Car l'or n'est pas un métal, l'or est la lumière.) − Il ne faut au plomb que

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quatre périodes de deux cents ans chacune pour passer successivement de

l'état de plomb à l'état d'arsenic rouge, de l'arsenic rouge à l'étain, de l'étain

à l'argent. − Sont−ce là des faits ? Mais croire à la clavicule, à la ligne

pleine et aux étoiles, c'est aussi ridicule que de croire, avec les habitants du

Grand−Cathay, que le loriot se change en taupe et les grains de blé en

poisson du genre cyprin !

− J'ai étudié l'hermétique, s'écria Coictier, et j'affirme...

Le fougueux archidiacre ne le laissa pas achever. − Et moi j'ai étudié la

médecine, l'astrologie et l'hermétique. Ici seulement est la vérité (en parlant

ainsi il avait pris sur le bahut une fiole pleine de cette poudre dont nous

avons parlé plus haut), ici seulement est la lumière ! Hippocratès, c'est un

rêve, Urania, c'est un rêve, Hermès, c'est une pensée. L'or, c'est le soleil,

faire de l'or, c'est être Dieu. Voilà l'unique science. J'ai sondé la médecine

et l'astrologie, vous dis−je ! Néant, néant. Le corps humain, ténèbres ; les

astres, ténèbres !

Et il retomba sur son fauteuil dans une attitude puissante et inspirée. Le

compère Tourangeau l'observait en silence. Coictier s'efforçait de ricaner,

haussait imperceptiblement les épaules, et répétait à voix basse : Un fou !

− Et, dit tout à coup le Tourangeau, le but mirifique, l'avez−vous touché ?

avez−vous fait de l'or ?

− Si j'en avais fait, répondit l'archidiacre en articulant lentement ses

paroles comme un homme qui réfléchit, le roi de France s'appellerait

Claude et non Louis.

Le compère fronça le sourcil.

− Qu'est−ce que je dis là ? reprit dom Claude avec un sourire de dédain.

Que me ferait le trône de France quand je pourrais rebâtir l'empire

d'Orient !

− À la bonne heure ! dit le compère.

− Oh ! le pauvre fou ! murmura Coictier.

L'archidiacre poursuivit, paraissant ne plus répondre qu'à ses pensées :

− Mais non, je rampe encore ; je m'écorche la face et les genoux aux

cailloux de la voie souterraine. J'entrevois, je ne contemple pas ! je ne lis

pas, j'épelle !

− Et quand vous saurez lire, demanda le compère, ferez−vous de l'or ?

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− Qui en doute ? dit l'archidiacre.

− En ce cas, Notre−Dame sait que j'ai grande nécessité d'argent, et je

voudrais bien apprendre à lire dans vos livres. Dites−moi, révérend maître,

votre science est−elle pas ennemie ou déplaisante à Notre−Dame ?

À cette question du compère, dom Claude se contenta de répondre avec

une tranquille hauteur : − De qui suis−je archidiacre ?

− Cela est vrai, mon maître. Eh bien ! vous plairait−il m'initier ?

Faites−moi épeler avec vous.

Claude prit l'attitude majestueuse et pontificale d'un Samuel.

− Vieillard, il faut de plus longues années qu'il ne vous en reste pour

entreprendre ce voyage à travers les choses mystérieuses. Votre tête est

bien grise ! On ne sort de la caverne qu'avec des cheveux blancs, mais on

n'y entre qu'avec des cheveux noirs. La science sait bien toute seule

creuser, flétrir et dessécher les faces humaines ; elle n'a pas besoin que la

vieillesse lui apporte des visages tout ridés. Si cependant l'envie vous

possède de vous mettre en discipline à votre âge et de déchiffrer l'alphabet

redoutable des sages, venez à moi, c'est bien, j'essaierai. Je ne vous dirai

pas, à vous pauvre vieux, d'aller visiter les chambres sépulcrales des

pyramides dont parle l'ancien Hérodotus, ni la tour de briques de

Babylone, ni l'immense sanctuaire de marbre blanc du temple indien

d'Eklinga. Je n'ai pas vu plus que vous les maçonneries chaldéennes

construites suivant la forme sacrée du Sikra, ni le temple de Salomon qui

est détruit, ni les portes de pierre du sépulcre des rois d'Israël qui sont

brisées. Nous nous contenterons des fragments du livre d'Hermès que nous

avons ici. Je vous expliquerai la statue de saint Christophe, le symbole du

Semeur, et celui des deux anges qui sont au portail de la Sainte−Chapelle,

et dont l'un a sa main dans un vase et l'autre dans une nuée...

Ici, Jacques Coictier, que les répliques fougueuses de l'archidiacre avaient

désarçonné, se remit en selle, et l'interrompit du ton triomphant d'un savant

qui en redresse un autre : − Erras, amice Claudi. Le symbole n'est pas le

nombre. Vous prenez Orpheus pour Hermès.

− C'est vous qui errez, répliqua gravement l'archidiacre. Dedalus, c'est le

soubassement, Orpheus, c'est la muraille, Hermès, c'est l'édifice. C'est le

tout. − Vous viendrez quand vous voudrez, poursuivit−il en se tournant

vers le Tourangeau, je vous montrerai les parcelles d'or restées au fond du

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creuset de Nicolas Flamel, et vous les comparerez à l'or de Guillaume de

Paris. Je vous apprendrai les vertus secrètes du mot grec peristera. Mais

avant tout, je vous ferai lire l'une après l'autre les lettres de marbre de

l'alphabet, les pages de granit du livre. Nous irons du portail de l'évêque

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