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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15363 字 更新时间:2026-6-19 10:46

Guillaume et de Saint−Jean−le−Rond à la Sainte−Chapelle, puis à la

maison de Nicolas Flamel, rue Marivaulx, à son tombeau, qui est aux

Saints−Innocents, à ses deux hôpitaux rue de Montmorency. Je vous ferai

lire les hiéroglyphes dont sont couverts les quatre gros chenets de fer du

portail de l'hôpital Saint−Gervais et de la rue de la Ferronnerie. Nous

é p e l l e r o n s e n c o r e e n s e m b l e l e s f a ç a d e s d e S a i n t − C ô m e , d e

S a i n t e − G e n e v i è v e − d e s − A r d e n t s , d e S a i n t − M a r t i n , d e

Saint−Jacques−de−la−Boucherie...

Il y avait déjà longtemps que le Tourangeau, si intelligent que fût son

regard, paraissait ne plus comprendre dom Claude. Il l'interrompit.

− Pasquedieu ! qu'est−ce que c'est donc que vos livres ?

− En voici un, dit l'archidiacre.

Et ouvrant la fenêtre de la cellule, il désigna du doigt l'immense église de

Notre−Dame, qui, découpant sur un ciel étoilé la silhouette noire de ses

deux tours, de ses côtes de pierre et de sa croupe monstrueuse, semblait un

énorme sphinx à deux têtes assis au milieu de la ville.

L'archidiacre considéra quelque temps en silence le gigantesque édifice,

puis étendant avec un soupir sa main droite vers le livre imprimé qui était

ouvert sur sa table et sa main gauche vers Notre−Dame, et promenant un

triste regard du livre à l'église :

− Hélas ! dit−il, ceci tuera cela.

Coictier qui s'était approché du livre avec empressement ne put s'empêcher

de s'écrier : − Hé mais ! qu'y a−t−il donc de si redoutable en ceci ;

GLOSSA IN EPISTOLAS D. PAULI. Norimbergae, Antonius Koburger,

1474 ? Ce n'est pas nouveau. C'est un livre de Pierre Lombard, le Maître

des Sentences. Est−ce parce qu'il est imprimé ?

− Vous l'avez dit, répondit Claude, qui semblait absorbé dans une profonde

méditation et se tenait debout, appuyant son index reployé sur l'in−folio

sorti des presses fameuses de Nuremberg. Puis il ajouta ces paroles

mystérieuses : − Hélas ! hélas ! les petites choses viennent à bout des

grandes ; une dent triomphe d'une masse. Le rat du Nil tue le crocodile,

Notre Dame de Paris

I − ABBAS BEATI MARTINI

169

l'espadon tue la baleine, le livre tuera l'édifice !

Le couvre−feu du cloître sonna au moment où le docteur Jacques répétait

tout bas à son compagnon son éternel refrain : Il est fou. − À quoi le

compagnon répondit cette fois : − Je crois que oui.

C'était l'heure où aucun étranger ne pouvait rester dans le cloître. Les deux

visiteurs se retirèrent. − Maître, dit le compère Tourangeau, en prenant

congé de l'archidiacre, j'aime les savants et les grands esprits, et je vous

tiens en estime singulière. Venez demain au palais des Tournelles, et

demandez l'abbé de Saint−Martin de Tours.

L'archidiacre rentra chez lui stupéfait, comprenant enfin quel personnage

c'était que le compère Tourangeau, et se rappelant ce passage du cartulaire

de Saint−Martin de Tours : Abbas beati Martini, SCILICET REX

FRANCIAE, est canonicus de consuetudine et habet parvam praebendam

quam habet sanctus Venantius et debet sedere in sede thesaurarii.

On affirmait que depuis cette époque l'archidiacre avait de fréquentes

conférences avec Louis XI, quand sa majesté venait à Paris, et que le crédit

de dom Claude faisait ombre à Olivier le Daim et à Jacques Coictier,

lequel, selon sa manière, en rudoyait fort le roi.

Notre Dame de Paris

I − ABBAS BEATI MARTINI

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II − CECI TUERA CELA

Nos lectrices nous pardonneront de nous arrêter un moment pour chercher

quelle pouvait être la pensée qui se dérobait sous ces paroles énigmatiques

de l'archidiacre : Ceci tuera cela. Le livre tuera l'édifice.

À notre sens, cette pensée avait deux faces. C'était d'abord une pensée de

prêtre. C'était l'effroi du sacerdoce devant un agent nouveau, l'imprimerie.

C'était l'épouvante et l'éblouissement de l'homme du sanctuaire devant la

presse lumineuse de Gutenberg. C'était la chaire et le manuscrit, la parole

parlée et la parole écrite, s'alarmant de la parole imprimée ; quelque chose

de pareil à la stupeur d'un passereau qui verrait l'ange Légion ouvrir ses six

millions d'ailes. C'était le cri du prophète qui entend déjà bruire et

fourmiller l'humanité émancipée, qui voit dans l'avenir l'intelligence saper

la foi, l'opinion détrôner la croyance, le monde secouer Rome. Pronostic du

philosophe qui voit la pensée humaine, volatilisée par la presse, s'évaporer

du récipient théocratique. Terreur du soldat qui examine le bélier d'airain et

qui dit : La tour croulera. Cela signifiait qu'une puissance allait succéder à

une autre puissance. Cela voulait dire : La presse tuera l'église.

Mais sous cette pensée, la première et la plus simple sans doute, il y en

avait à notre avis une autre, plus neuve, un corollaire de la première moins

facile à apercevoir et plus facile à contester, une vue, tout aussi

philosophique, non plus du prêtre seulement, mais du savant et de l'artiste.

C'était pressentiment que la pensée humaine en changeant de forme allait

changer de mode d'expression, que l'idée capitale de chaque génération ne

s'écrirait plus avec la même matière et de la même façon, que le livre de

pierre, si solide et si durable, allait faire place au livre de papier, plus

solide et plus durable encore. Sous ce rapport, la vague formule de

l'archidiacre avait un second sens ; elle signifiait qu'un art allait détrôner

un autre art. Elle voulait dire : L'imprimerie tuera l'architecture.

En effet, depuis l'origine des choses jusqu'au quinzième siècle de l'ère

chrétienne inclusivement, l'architecture est le grand livre de l'humanité,

l'expression principale de l'homme à ses divers états de développement soit

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comme force, soit comme intelligence.

Quand la mémoire des premières races se sentit surchargée, quand le

bagage des souvenirs du genre humain devint si lourd et si confus que la

parole, nue et volante, risqua d'en perdre en chemin, on les transcrivit sur

le sol de la façon la plus visible, la plus durable et la plus naturelle à la

fois. On scella chaque tradition sous un monument.

Les premiers monuments furent de simples quartiers de roche que le fer

n'avait pas touchés, dit Moïse. L'architecture commença comme toute

écriture. Elle fut d'abord alphabet. On plantait une pierre debout, et c'était

une lettre, et chaque lettre était un hiéroglyphe, et sur chaque hiéroglyphe

reposait un groupe d'idées comme le chapiteau sur la colonne. Ainsi firent

les premières races, partout, au même moment, sur la surface du monde

entier. On retrouve la pierre levée des celtes dans la Sibérie d'Asie, dans

les pampas d'Amérique.

Plus tard on fit des mots. On superposa la pierre à la pierre, on accoupla

ces syllabes de granit, le verbe essaya quelques combinaisons. Le dolmen

et le cromlech celtes, le tumulus étrusque, le galgal hébreu, sont des mots.

Quelques−uns, le tumulus surtout, sont des noms propres. Quelquefois

même, quand on avait beaucoup de pierre et une vaste plage, on écrivait

une phrase. L'immense entassement de Karnac est déjà une formule tout

entière.

Enfin on fit des livres. Les traditions avaient enfanté des symboles, sous

lesquels elles disparaissaient comme le tronc de l'arbre sous son feuillage ;

tous ces symboles, auxquels l'humanité avait foi, allaient croissant, se

multipliant, se croisant, se compliquant de plus en plus ; les premiers

monuments ne suffisaient plus à les contenir ; ils en étaient débordés de

toutes parts ; à peine ces monuments exprimaient−ils encore la tradition

primitive, comme eux simple, nue et gisante sur le sol. Le symbole avait

besoin de s'épanouir dans l'édifice. L'architecture alors se développa avec

la pensée humaine ; elle devint géante à mille têtes et à mille bras, et fixa

sous une forme éternelle, visible, palpable, tout ce symbolisme flottant.

Tandis que Dédale, qui est la force, mesurait, tandis qu'Orphée, qui est

l'intelligence, chantait, le pilier qui est une lettre, l'arcade qui est une

syllabe, la pyramide qui est un mot, mis en mouvement à la fois par une loi

de géométrie et par une loi de poésie, se groupaient, se combinaient,

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s'amalgamaient, descendaient, montaient, se juxtaposaient sur le sol,

s'étageaient dans le ciel, jusqu'à ce qu'ils eussent écrit, sous la dictée de

l'idée générale d'une époque, ces livres merveilleux qui étaient aussi de

merveilleux édifices ; la pagode d'Eklinga, le Rhamseïon d'Égypte, le

temple de Salomon.

L'idée mère, le verbe, n'était pas seulement au fond de tous ces édifices,

mais encore dans la forme. Le temple de Salomon, par exemple, n'était

point simplement la reliure du livre saint, il était le livre saint lui−même.

Sur chacune de ses enceintes concentriques les prêtres pouvaient lire le

v e r b e t r a d u i t e t m a n i f e s t é a u x y e u x , e t i l s s u i v a i e n t a i n s i s e s

transformations de sanctuaire en sanctuaire jusqu'à ce qu'ils le saisissent

dans son dernier tabernacle sous sa forme la plus concrète qui était encore

de l'architecture : l'arche. Ainsi le verbe était enfermé dans l'édifice, mais

son image était sur son enveloppe comme la figure humaine sur le cercueil

d'une momie.

Et non seulement la forme des édifices mais encore l'emplacement qu'ils se

choisissaient révélait la pensée qu'ils représentaient. Selon que le symbole

à exprimer était gracieux ou sombre, la Grèce couronnait ses montagnes

d'un temple harmonieux à l'oeil, l'Inde éventrait les siennes pour y ciseler

ces difformes pagodes souterraines portées par de gigantesques rangées

d'éléphants de granit.

Ainsi, durant les six mille premières années du monde, depuis la pagode la

plus immémoriale de l'Hindoustan jusqu'à la cathédrale de Cologne,

l'architecture a été la grande écriture du genre humain. Et cela est tellement

vrai que non seulement tout symbole religieux, mais encore toute pensée

humaine a sa page dans ce livre immense et son monument.

Toute civilisation commence par la théocratie et finit par la démocratie.

Cette loi de la liberté succédant à l'unité est écrite dans l'architecture. Car,

insistons sur ce point, il ne faut pas croire que la maçonnerie ne soit

puissante qu'à édifier le temple, qu'à exprimer le mythe et le symbolisme

sacerdotal, qu'à transcrire en hiéroglyphes sur ses pages de pierre les tables

mystérieuses de la loi. S'il en était ainsi, comme il arrive dans toute société

humaine un moment où le symbole sacré s'use et s'oblitère sous la libre

pensée, où l'homme se dérobe au prêtre, où l'excroissance des philosophies

et des systèmes ronge la face de la religion, l'architecture ne pourrait

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reproduire ce nouvel état de l'esprit humain, ses feuillets, chargés au recto,

seraient vides au verso, son oeuvre serait tronquée, son livre serait

incomplet. Mais non. Prenons pour exemple le moyen−âge, où nous

voyons plus clair parce qu'il est plus près de nous. Durant sa première

période, tandis que la théocratie organise l'Europe, tandis que le Vatican

rallie et reclasse autour de lui les éléments d'une Rome faite avec la Rome

qui gît écroulée autour du Capitole, tandis que le christianisme s'en va

recherchant dans les décombres de la civilisation antérieure tous les étages

de la société et rebâtit avec ces ruines un nouvel univers hiérarchique dont

le sacerdoce est la clef de voûte, on entend sourdre d'abord dans ce chaos,

puis on voit peu à peu sous le souffle du christianisme, sous la main des

barbares, surgir des déblais des architectures mortes, grecque et romaine,

c e t t e m y s t é r i e u s e a r c h i t e c t u r e r o m a n e , s o e u r d e s m a ç o n n e r i e s

théocratiques de l'Égypte et de l'Inde, emblème inaltérable du catholicisme

pur, immuable hiéroglyphe de l'unité papale. Toute la pensée d'alors est

écrite en effet dans ce sombre style roman. On y sent partout l'autorité,

l'unité, l'impénétrable, l'absolu, Grégoire VII ; partout le prêtre, jamais

l'homme ; partout la caste, jamais le peuple. Mais les croisades arrivent.

C'est un grand mouvement populaire ; et tout grand mouvement populaire,

quels qu'en soient la muse et le but dégage toujours de son dernier

précipité l'esprit de liberté. Des nouveautés vont se faire jour. Voici que

s'ouvre la période orageuse des Jacqueries, des Pragueries et des Ligues.

L'autorité s'ébranle, l'unité se bifurque. La féodalité demande à partager

avec la théocratie, en attendant le peuple qui surviendra inévitablement et

qui se fera, comme toujours, la part du lion. Quia nominor leo. La

seigneurie perce donc sous le sacerdoce, la commune sous la seigneurie.

La face de l'Europe est changée. Eh bien ! la face de l'architecture est

changée aussi. Comme la civilisation, elle a tourné la page, et l'esprit

nouveau des temps la trouve prête à écrire sous sa dictée. Elle est revenue

des croisades avec l'ogive, comme les nations avec la liberté. Alors, tandis

que Rome se démembre peu à peu, l'architecture romane meurt.

L'hiéroglyphe déserte la cathédrale et s'en va blasonner le donjon pour

faire un prestige à la féodalité. La cathédrale elle−même, cet édifice

autrefois si dogmatique, envahie désormais par la bourgeoisie, par la

commune, par la liberté, échappe au prêtre et tombe au pouvoir de l'artiste.

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II − CECI TUERA CELA

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L'artiste la bâtit à sa guise. Adieu le mystère, le mythe, la loi. Voici la

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