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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15399 字 更新时间:2026-6-19 10:46

fantaisie et le caprice. Pourvu que le prêtre ait sa basilique et son autel, il

n'a rien à dire. Les quatre murs sont à l'artiste. Le livre architectural

n'appartient plus au sacerdoce, à la religion, à Rome ; il est à l'imagination,

à la poésie, au peuple. De là les transformations rapides et innombrables de

cette architecture qui n'a que trois siècles, si frappantes après l'immobilité

stagnante de l'architecture romane qui en a six ou sept. L'art cependant

marche à pas de géant. Le génie et l'originalité populaires font la besogne

que faisaient les évêques. Chaque race écrit en passant sa ligne sur le livre ;

elle rature les vieux hiéroglyphes romans sur le frontispice des cathédrales,

et c'est tout au plus si l'on voit encore le dogme percer çà et là sous le

nouveau symbole qu'elle y dépose. La draperie populaire laisse à peine

deviner l'ossement religieux. On ne saurait se faire une idée des licences

que prennent alors les architectes, même envers l'église. Ce sont des

chapiteaux tricotés de moines et de nonnes honteusement accouplés,

comme à la salle des Cheminées du Palais de Justice à Paris. C'est

l'aventure de Noé sculptée en toutes lettres comme sous le grand portail de

Bourges. C'est un moine bachique à oreilles d'âne et le verre en main riant

au nez de toute une communauté, comme sur le lavabo de l'abbaye de

Bocherville. Il existe à cette époque, pour la pensée écrite en pierre, un

privilège tout à fait comparable à notre liberté actuelle de la presse. C'est la

liberté de l'architecture.

Cette liberté va très loin. Quelquefois un portail, une façade, une église

tout entière présente un sens symbolique absolument étranger au culte, ou

même hostile à l'église. Dès le treizième siècle Guillaume de Paris, Nicolas

F l a m e l a u q u i n z i è m e , o n t é c r i t d e c e s p a g e s s é d i t i e u s e s .

Saint−Jacques−de−la−Boucherie était toute une église d'opposition.

La pensée alors n'était libre que de cette façon, aussi ne s'écrivait−elle tout

entière que sur ces livres qu'on appelait édifices. Sans cette forme édifice,

elle se serait vue brûler en place publique par la main du bourreau sous la

forme manuscrit, si elle avait été assez imprudente pour s'y risquer. La

pensée portail d'église eût assisté au supplice de la pensée livre. Aussi

n'ayant que cette voie, la maçonnerie, pour se faire jour, elle s'y précipitait

de toutes parts. De là l'immense quantité de cathédrales qui ont couvert

l'Europe, nombre si prodigieux qu'on y croit à peine, même après l'avoir

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vérifié. Toutes les forces matérielles, toutes les forces intellectuelles de la

société convergèrent au même point : l'architecture. De cette manière, sous

prétexte de bâtir des églises à Dieu, l'art se développait dans des

proportions magnifiques.

Alors, quiconque naissait poète se faisait architecte. Le génie épars dans

les masses, comprimé de toutes parts sous la féodalité comme sous une

t e s t u d o d e b o u c l i e r s d ' a i r a i n , n e t r o u v a n t i s s u e q u e d u c ô t é d e

l'architecture, débouchait par cet art, et ses Iliades prenaient la forme de

cathédrales. Tous les autres arts obéissaient et se mettaient en discipline

sous l'architecture. C'étaient les ouvriers du grand oeuvre. L'architecte, le

poète, le maître totalisait en sa personne la sculpture qui lui ciselait ses

façades, la peinture qui lui enluminait ses vitraux, la musique qui mettait sa

cloche en branle et soufflait dans ses orgues. Il n'y avait pas jusqu'à la

pauvre poésie proprement dite, celle qui s'obstinait à végéter dans les

manuscrits, qui ne fût obligée pour être quelque chose de venir s'encadrer

dans l'édifice sous la forme d'hymne ou de prose ; le même rôle, après tout,

qu'avaient joué les tragédies d'Eschyle dans les fêtes sacerdotales de la

Grèce, la Genèse dans le temple de Salomon.

Ainsi, jusqu'à Gutenberg, l'architecture est l'écriture principale, l'écriture

universelle. Ce livre granitique commencé par l'Orient, continué par

l'antiquité grecque et romaine, le moyen−âge en a écrit la dernière page.

Du reste, ce phénomène d'une architecture de peuple succédant à une

architecture de caste que nous venons d'observer dans le moyen−âge, se

reproduit avec tout mouvement analogue dans l'intelligence humaine aux

autres grandes époques de l'histoire. Ainsi, pour n'énoncer ici que

sommairement une loi qui demanderait à être développée en des volumes,

dans le haut Orient, berceau des temps primitifs, après l'architecture

hindoue, l'architecture phénicienne, cette mère opulente de l'architecture

arabe ; dans l'antiquité, après l'architecture égyptienne dont le style

étrusque et les monuments cyclopéens ne sont qu'une variété, l'architecture

grecque, dont le style romain n'est qu'un prolongement surchargé du dôme

carthaginois ; dans les temps modernes, après l'architecture romane,

l'architecture gothique. Et en dédoublant ces trois séries, on retrouvera sur

les trois soeurs aînées, l'architecture hindoue, l'architecture égyptienne,

l'architecture romane, le même symbole : c'est−à\u8722Xdire la théocratie, la

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caste, l'unité, le dogme, le mythe, Dieu ; et pour les trois soeurs cadettes,

l'architecture phénicienne, l'architecture grecque, l'architecture gothique,

quelle que soit du reste la diversité de forme inhérente à leur nature, la

même signification aussi ; c'est−à\u8722Xdire la liberté, le peuple, l'homme.

Qu'il s'appelle bramine, mage ou pape, dans les maçonneries hindoue,

égyptienne ou romane, on sent toujours le prêtre, rien que le prêtre. Il n'en

est pas de même dans les architectures de peuple. Elles sont plus riches et

moins saintes. Dans la phénicienne, on sent le marchand ; dans la grecque,

le républicain ; dans la gothique, le bourgeois.

Les caractères généraux de toute architecture théocratique sont

l'immutabilité, l'horreur du progrès, la conservation des lignes

traditionnelles, la consécration des types primitifs, le pli constant de toutes

les formes de l'homme et de la nature aux caprices incompréhensibles du

symbole. Ce sont des livres ténébreux que les initiés seuls savent

déchiffrer. Du reste, toute forme, toute difformité même y a un sens qui la

fait inviolable. Ne demandez pas aux maçonneries hindoue, égyptienne,

romane, qu'elles réforment leur dessin ou améliorent leur statuaire. Tout

perfectionnement leur est impiété. Dans ces architectures, il semble que la

roideur du dogme se soit répandue sur la pierre comme une seconde

pétrification. − Les caractères généraux des maçonneries populaires au

contraire sont la variété, le progrès, l'originalité, l'opulence, le mouvement

perpétuel. Elles sont déjà assez détachées de la religion pour songer à leur

beauté, pour la soigner, pour corriger sans relâche leur parure de statues ou

d'arabesques. Elles sont du siècle. Elles ont quelque chose d'humain

qu'elles mêlent sans cesse au symbole divin sous lequel elles se produisent

encore. De là des édifices pénétrables à toute âme, à toute intelligence, à

toute imagination, symboliques encore, mais faciles à comprendre comme

la nature. Entre l'architecture théocratique et celle−ci, il y a la différence

d'une langue sacrée à une langue vulgaire, de l'hiéroglyphe à l'art, de

Salomon à Phidias. Si l'on résume ce que nous avons indiqué jusqu'ici très

sommairement en négligeant mille preuves et aussi mille objections de

détail, on est amené à ceci : que l'architecture a été jusqu'au quinzième

siècle le registre principal de l'humanité, que dans cet intervalle il n'est pas

apparu dans le monde une pensée un peu compliquée qui ne se soit faite

édifice, que toute idée populaire comme toute loi religieuse a eu ses

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monuments ; que le genre humain enfin n'a rien pensé d'important qu'il ne

l'ait écrit en pierre. Et pourquoi ? C'est que toute pensée, soit religieuse,

soit philosophique, est intéressée à se perpétuer, c'est que l'idée qui a

remué une génération veut en remuer d'autres, et laisser trace. Or quelle

immortalité précaire que celle du manuscrit ! Qu'un édifice est un livre

bien autrement solide, durable, et résistant ! Pour détruire la parole écrite il

suffit d'une torche et d'un turc. Pour démolir la parole construite, il faut une

révolution sociale, une révolution terrestre. Les barbares ont passé sur le

Colisée, le déluge peut−être sur les Pyramides.

Au quinzième siècle tout change.

La pensée humaine découvre un moyen de se perpétuer non seulement plus

durable et plus résistant que l'architecture, mais encore plus simple et plus

facile. L'architecture est détrônée. Aux lettres de pierre d'Orphée vont

succéder les lettres de plomb de Gutenberg.

Le livre va tuer l'édifice. L'invention de l'imprimerie est le plus grand

événement de l'histoire. C'est la révolution mère. C'est le mode

d'expression de l'humanité qui se renouvelle totalement, c'est la pensée

humaine qui dépouille une forme et en revêt une autre, c'est le complet et

définitif changement de peau de ce serpent symbolique qui, depuis Adam,

représente l'intelligence.

Sous la forme imprimerie, la pensée est plus impérissable que jamais ; elle

est volatile, insaisissable, indestructible. Elle se mêle à l'air. Du temps de

l'architecture, elle se faisait montagne et s'emparait puissamment d'un

siècle et d'un lieu. Maintenant elle se fait troupe d'oiseaux, s'éparpille aux

quatre vents, et occupe à la fois tous les points de l'air et de l'espace.

Nous le répétons, qui ne voit que de cette façon elle est bien plus

indélébile ? De solide qu'elle était elle devient vivace. Elle passe de la

durée à l'immortalité. On peut démolir une masse, comment extirper

l'ubiquité ? Vienne un déluge, la montagne aura disparu depuis longtemps

sous les flots que les oiseaux voleront encore ; et, qu'une seule arche flotte

à la surface du cataclysme, ils s'y poseront, surnageront avec elle,

assisteront avec elle à la décrue des eaux, et le nouveau monde qui sortira

de ce chaos verra en s'éveillant planer au−dessus de lui, ailée et vivante, la

pensée du monde englouti.

Et quand on observe que ce mode d'expression est non seulement le plus

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conservateur, mais encore le plus simple, le plus commode, le plus

praticable à tous, lorsqu'on songe qu'il ne traîne pas un gros bagage et ne

remue pas un lourd attirail, quand on compare la pensée obligée pour se

traduire en un édifice de mettre en mouvement quatre ou cinq autres arts et

des tonnes d'or, toute une montagne de pierres, toute une forêt de

charpentes, tout un peuple d'ouvriers, quand on la compare à la pensée qui

se fait livre, et à qui il suffit d'un peu de papier, d'un peu d'encre et d'une

plume, comment s'étonner que l'intelligence humaine ait quitté

l'architecture pour l'imprimerie ? Coupez brusquement le lit primitif d'un

fleuve d'un canal creusé au−dessous de son niveau, le fleuve désertera son

lit.

Aussi voyez comme à partir de la découverte de l'imprimerie l'architecture

se dessèche peu à peu, s'atrophie et se dénude. Comme on sent que l'eau

baisse, que la sève s'en va, que la pensée des temps et des peuples se retire

d'elle ! Le refroidissement est à peu près insensible au quinzième siècle, la

presse est trop débile encore, et soutire tout au plus à la puissante

architecture une surabondance de vie. Mais, dès le seizième siècle, la

m a l a d i e d e l ' a r c h i t e c t u r e e s t v i s i b l e ; e l l e n ' e x p r i m e d é j à p l u s

essentiellement la société ; elle se fait misérablement art classique ; de

gauloise, d'européenne, d'indigène, elle devient grecque et romaine, de

vraie et de moderne, pseudo−antique. C'est cette décadence qu'on appelle

renaissance. Décadence magnifique pourtant, car le vieux génie gothique,

ce soleil qui se couche derrière la gigantesque presse de Mayence, pénètre

encore quelque temps de ses derniers rayons tout cet entassement hybride

d'arcades latines et de colonnades corinthiennes.

C'est ce soleil couchant que nous prenons pour une aurore.

Cependant, du moment où l'architecture n'est plus qu'un art comme un

autre, dès qu'elle n'est plus l'art total, l'art souverain, l'art tyran, elle n'a plus

la force de retenir les autres arts. Ils s'émancipent donc, brisent le joug de

l'architecte, et s'en vont chacun de leur côté. Chacun d'eux gagne à ce

divorce. L'isolement grandit tout. La sculpture devient statuaire, l'imagerie

devient peinture, le canon devient musique. On dirait un empire qui se

démembre à la mort de son Alexandre et dont les provinces se font

royaumes.

De là Raphaël, Michel−Ange, Jean Goujon, Palestrina, ces splendeurs de

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l'éblouissant seizième siècle.

En même temps que les arts, la pensée s'émancipe de tous côtés. Les

hérésiarques du moyen−âge avaient déjà fait de larges entailles au

catholicisme. Le seizième siècle brise l'unité religieuse. Avant

l'imprimerie, la réforme n'eût été qu'un schisme, l'imprimerie la fait

révolution. Otez la presse, l'hérésie est énervée. Que ce soit fatal ou

providentiel, Gutenberg est le précurseur de Luther.

Cependant, quand le soleil du moyen−âge est tout à fait couché, quand le

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