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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15414 字 更新时间:2026-6-19 10:46

génie gothique s'est à jamais éteint à l'horizon de l'art, l'architecture va se

ternissant, se décolorant, s'effaçant de plus en plus. Le livre imprimé, ce

ver rongeur de l'édifice, la suce et la dévore. Elle se dépouille, elle

s'effeuille, elle maigrit à vue d'oeil. Elle est mesquine, elle est pauvre, elle

est nulle. Elle n'exprime plus rien, pas même le souvenir de l'art d'un autre

temps. Réduite à elle−même, abandonnée des autres arts parce que la

pensée humaine l'abandonne, elle appelle des manoeuvres à défaut

d'artistes. La vitre remplace le vitrail. Le tailleur de pierre succède au

sculpteur. Adieu toute sève, toute originalité, toute vie, toute intelligence.

Elle se traîne, lamentable mendiante d'atelier, de copie en copie.

Michel−Ange, qui dès le seizième siècle la sentait sans doute mourir, avait

eu une dernière idée, une idée de désespoir. Ce titan de l'art avait entassé le

Panthéon sur le Parthénon, et fait Saint−Pierre de Rome. Grande oeuvre

qui méritait de rester unique, dernière originalité de l'architecture,

signature d'un artiste géant au bas du colossal registre de pierre qui se

fermait. Michel−Ange mort, que fait cette misérable architecture qui se

survivait à elle−même à l'état de spectre et d'ombre ? Elle prend

Saint−Pierre de Rome, et le calque, et le parodie. C'est une manie. C'est

une pitié. Chaque siècle a son Saint−Pierre de Rome ; au dix−septième

siècle le Val−de−Grâce, au dix−huitième Sainte−Geneviève. Chaque pays

a son Saint−Pierre de Rome. Londres a le sien. Pétersbourg a le sien. Paris

en a deux ou trois. Testament insignifiant, dernier radotage d'un grand art

décrépit qui retombe en enfance avant de mourir.

Si au lieu de monuments caractéristiques comme ceux dont nous venons de

p a r l e r n o u s e x a m i n o n s l ' a s p e c t g é n é r a l d e l ' a r t d u s e i z i è m e a u

dix−huitième siècle, nous remarquons les mêmes phénomènes de

décroissance et d'étisie. À partir de François II, la forme architecturale de

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l'édifice s'efface de plus en plus et laisse saillir la forme géométrique,

comme la charpente osseuse d'un malade Les belles lignes de l'art font

place aux froides et inexorables lignes du géomètre. Un édifice n'est plus

un édifice, c'est un polyèdre. L'architecture cependant se tourmente pour

cacher cette nudité. Voici le fronton grec qui s'inscrit dans le fronton

romain et réciproquement. C'est toujours le Panthéon dans le Parthénon,

Saint−Pierre de Rome. Voici les maisons de brique de Henri IV à coins de

pierre ; la place Royale, la place Dauphine. Voici les églises de Louis XIII,

lourdes, trapues, surbaissées, ramassées, chargées d'un dôme comme d'une

bosse. Voici l'architecture mazarine, le mauvais pasticcio italien des

Quatre−Nations. Voici les palais de Louis XIV, longues casernes à

courtisans, roides, glaciales, ennuyeuses. Voici enfin Louis XV, avec les

chicorées et les vermicelles, et toutes les verrues et tous les fungus qui

défigurent cette vieille architecture caduque, édentée et coquette. De

François II à Louis XV, le mal a crû en progression géométrique. L'art n'a

plus que la peau sur les os. Il agonise misérablement. Cependant, que

devient l'imprimerie ? Toute cette vie qui s'en va de l'architecture vient

chez elle.

À mesure que l'architecture baisse, l'imprimerie s'enfle et grossit. Ce

capital de forces que la pensée humaine dépensait en édifices, elle le

dépense désormais en livres. Aussi dès le seizième siècle la presse, grandie

au niveau de l'architecture décroissante, lutte avec elle et la tue. Au

dix−septième, elle est déjà assez souveraine, assez triomphante, assez

assise dans sa victoire pour donner au monde la fête d'un grand siècle

littéraire. Au dix−huitième, longtemps reposée à la cour de Louis XIV, elle

ressaisit la vieille épée de Luther, en arme Voltaire, et court, tumultueuse,

à l'attaque de cette ancienne Europe dont elle a déjà tué l'expression

architecturale. Au moment où le dix−huitième siècle s'achève, elle a tout

détruit. Au dix−neuvième, elle va reconstruire.

Or, nous le demandons maintenant, lequel des deux arts représente

réellement depuis trois siècles la pensée humaine ? lequel la traduit ?

lequel exprime, non pas seulement ses manies littéraires et scolastiques,

mais son vaste, profond, universel mouvement ?. Lequel se superpose

constamment, sans rupture et sans lacune, au genre humain qui marche,

monstre à mille pieds ? L'architecture ou l'imprimerie ?

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L'imprimerie. Qu'on ne s'y trompe pas, l'architecture est morte, morte sans

retour, tuée par le livre imprimé, tuée parce qu'elle dure moins, tuée parce

qu'elle coûte plus cher. Toute cathédrale est un milliard. Qu'on se

représente maintenant quelle mise de fonds il faudrait pour récrire le livre

architectural ; pour faire fourmiller de nouveau sur le sol des milliers

d'édifices ; pour revenir à ces époques où la foule des monuments était

telle qu'au dire d'un témoin oculaire " on eût dit que le monde en se

secouant avait rejeté ses vieux habillements pour se couvrir d'un blanc

vêtement d'églises ". Erat enim ut si mundus, ipse excutiendo semet,

rejecta vetustate, candidam ecclesiarum vestem indueret (GLABER

RADULPHUS).

Un livre est sitôt fait, coûte si peu, et peut aller si loin ! Comment s'étonner

que toute la pensée humaine s'écoule par cette pente ? Ce n'est pas à dire

que l'architecture n'aura pas encore çà et là un beau monument, un

chef−d'oeuvre isolé. On pourra bien encore avoir de temps en temps, sous

le règne de l'imprimerie, une colonne faite, je suppose, par toute une

armée, avec des canons amalgamés, comme on avait, sous le règne de

l'architecture, des Iliades et des Romanceros, des Mahabâhrata et des

Niebelungen, faits par tout un peuple avec des rapsodies amoncelées et

fondues. Le grand accident d'un architecte de génie pourra survenir au

vingtième siècle, comme celui de Dante au treizième. Mais l'architecture

ne sera plus l'art social, l'art collectif, l'art dominant. Le grand poème, le

grand édifice, le grand oeuvre de l'humanité ne se bâtira plus, il

s'imprimera.

Et désormais, si l'architecture se relève accidentellement, elle ne sera plus

maîtresse. Elle subira la loi de la littérature qui la recevait d'elle autrefois.

Les positions respectives des deux arts seront interverties.

Il est certain que dans l'époque architecturale les poèmes, rares, il est vrai,

ressemblent aux monuments. Dans l'Inde, Vyasa est touffu, étrange,

impénétrable comme une pagode. Dans l'orient égyptien, la poésie a,

comme les édifices, la grandeur et la tranquillité des lignes ; dans la Grèce

antique, la beauté, la sérénité, le calme ; dans l'Europe chrétienne, la

majesté catholique, la naïveté populaire, la riche et luxuriante végétation

d'une époque de renouvellement. La Bible ressemble aux Pyramides,

l'Iliade au Parthénon, Homère à Phidias. Dante au treizième siècle, c'est la

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dernière église romane ; Shakespeare au seizième, la dernière cathédrale

gothique.

Ainsi, pour résumer ce que nous avons dit jusqu'ici d'une façon

nécessairement incomplète et tronquée, le genre humain a deux livres,

deux registres, deux testaments, la maçonnerie et l'imprimerie, la bible de

pierre et la bible de papier. Sans doute, quand on contemple ces deux

bibles si largement ouvertes dans les siècles, il est permis de regretter la

majesté visible de l'écriture de granit, ces gigantesques alphabets formulés

en colonnades, en pylônes, en obélisques, ces espèces de montagnes

humaines qui couvrent le monde et le passé depuis la pyramide jusqu'au

clocher, de Chéops à Strasbourg. Il faut relire le passé sur ces pages de

marbre. Il faut admirer et refeuilleter sans cesse le livre écrit par

l'architecture ; mais il ne faut pas nier la grandeur de l'édifice qu'élève à

son tour l'imprimerie.

Cet édifice est colossal.

Je ne sais quel faiseur de statistique a calculé qu'en superposant l'un à

l'autre tous les volumes sortis de la presse depuis Gutenberg on comblerait

l'intervalle de la terre à la lune ; mais ce n'est pas de cette sorte de grandeur

que nous voulons parler. Cependant, quand on cherche à recueillir dans sa

pensée une image totale de l'ensemble des produits de l'imprimerie jusqu'à

nos jours, cet ensemble ne nous apparaît−il pas comme une immense

construction, appuyée sur le monde entier, à laquelle l'humanité travaille

sans relâche, et dont la tête monstrueuse se perd dans les brumes profondes

de l'avenir ? C'est la fourmilière des intelligences. C'est la ruche où toutes

les imaginations, ces abeilles dorées, arrivent avec leur miel. L'édifice a

mille étages, Çà et là, on voit déboucher sur ses rampes les cavernes

ténébreuses de la science qui s'entrecoupent dans ses entrailles. Partout sur

sa surface l'art fait luxurier à l'oeil ses arabesques, ses rosaces et ses

dentelles. Là chaque oeuvre individuelle, si capricieuse et si isolée qu'elle

semble, a sa place et sa saillie. L'harmonie résulte du tout. Depuis la

cathédrale de Shakespeare jusqu'à la mosquée de Byron, mille clochetons

s'encombrent pêle−mêle sur cette métropole de la pensée universelle. À sa

base, on a récrit quelques anciens titres de l'humanité que l'architecture

n'avait pas enregistrés. À gauche de l'entrée, on a scellé le vieux bas−relief

en marbre blanc d'Homère, à droite la Bible polyglotte dresse ses sept

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têtes. L'hydre du Romancero se hérisse plus loin, et quelques autres formes

hybrides, les Védas et les Niebelungen. Du reste le prodigieux édifice

demeure toujours inachevé. La presse, cette machine géante, qui pompe

sans relâche toute la sève intellectuelle de la société, vomit incessamment

de nouveaux matériaux pour son oeuvre. Le genre humain tout entier est

sur l'échafaudage. Chaque esprit est maçon. Le plus humble bouche son

trou ou met sa pierre. Rétif de la Bretonne apporte sa hottée de plâtras.

Tous les jours une nouvelle assise s'élève. Indépendamment du versement

original et individuel de chaque écrivain, il y a des contingents collectifs.

Le dix−huitième siècle donne l'Encyclopédie, la révolution donne le

Moniteur. Certes, c'est là aussi une construction qui grandit et s'amoncelle

en spirales sans fin ; là aussi il y a confusion des langues, activité

incessante, labeur infatigable, concours acharné de l'humanité tout entière,

refuge promis à l'intelligence contre un nouveau déluge, contre une

submersion de barbares. C'est la seconde tour de Babel du genre humain.

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LIVRE SIXIÈME

LIVRE SIXIÈME

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I − C O U P D ' O E I L I M P A R T I A L S U R

L'ANCIENNE MAGISTRATURE

C'était un fort heureux personnage, en l'an de grâce 1482, que noble

homme Robert d'Estouteville, chevalier, sieur de Beyne, baron d'Yvri et

Saint−Andry en la Marche, conseiller et chambellan du roi, et garde de la

prévôté de Paris. Il y avait déjà près de dix−sept ans qu'il avait reçu du roi,

le 7 novembre 1465, l'année de la comète, cette belle charge de prévôt de

Paris, qui était réputée plutôt seigneurie qu'office, dignitas, dit Joannes

Loemnoeus, quae cum non exigua potestate politiam concernente, atque

praerogativis multis et juribus conjuncta est. La chose était merveilleuse en

82 qu'un gentilhomme ayant commission du roi et dont les lettres

d'institution remontaient à l'époque du mariage de la fille naturelle de

Louis XI avec monsieur le bâtard de Bourbon. Le même jour où Robert

d'Estouteville avait remplacé Jacques de Villiers dans la prévôté de Paris,

maître Jean Dauvet remplaçait messire Hélye de Thorrettes dans la

première présidence de la cour de parlement, Jean Jouvenel des Ursins

supplantait Pierre de Morvilliers dans l'office de chancelier de France,

Regnault des Dormans désappointait Pierre Puy de la charge de maître des

requêtes ordinaires de l'hôtel du roi. Or, sur combien de têtes la présidence,

la chancellerie et la maîtrise s'étaient−elles promenées depuis que Robert

d'Estouteville avait la prévôté de Paris ! Elle lui avait été baillée en garde,

disaient les lettres patentes ; et certes, il la gardait bien. Il s'y était

cramponné, il s'y était incorporé, il s'y était identifié. Si bien qu'il avait

échappé à cette furie de changement qui possédait Louis XI, roi défiant,

taquin et travailleur qui tenait à entretenir, par des institutions et des

révocations fréquentes, l'élasticité de son pouvoir. Il y a plus, le brave

chevalier avait obtenu pour son fils la survivance de sa charge, et il y avait

déjà deux ans que le nom de noble homme Jacques d'Estouteville, écuyer,

figurait à côté du sien en tête du registre de l'ordinaire de la prévôté de

Paris. Rare, certes, et insigne faveur ! Il est vrai que Robert d'Estouteville

était un bon soldat, qu'il avait loyalement levé le pennon contre la ligue du

I − COUP D'OEIL IMPARTIAL SUR L'ANCIE...

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bien public, et qu'il avait offert à la reine un très merveilleux cerf en

confitures le jour de son entrée à Paris en 14... Il avait plus la bonne amitié

de messire Tristan l'Hermite, prévôt des maréchaux de l'hôtel du roi. C'était

donc une très douce et plaisante existence que celle de messire Robert.

D'abord, de fort bons gages, auxquels se rattachaient et pendaient, comme

des grappes de plus à sa vigne, les revenus des greffes civil et criminel de

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