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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15398 字 更新时间:2026-6-19 10:46

sois−tu, fille d'Égypte ! maudite ! maudite !

Notre Dame de Paris

IV − UNE LARME POUR UNE GOUTTE D'EAU

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V − FIN DE L'HISTOIRE DE LA GALETTE

La Esmeralda pâlit, et descendit du pilori en chancelant. La voix de la

recluse la poursuivit encore : − Descends ! descends ! larronnesse

d'Égypte, tu y remonteras !

− La sachette est dans ses lubies, dit le peuple en murmurant ; et il n'en fut

rien de plus. Car ces sortes de femmes étaient redoutées, ce qui les faisait

sacrées. On ne s'attaquait pas volontiers alors à qui priait jour et nuit.

L'heure était venue de remmener Quasimodo. On le détacha, et la foule se

dispersa.

Près du Grand−Pont, Mahiette, qui s'en revenait avec ses deux compagnes,

s'arrêta brusquement : − À propos, Eustache ! qu'as−tu fait de la galette ?

− Mère, dit l'enfant, pendant que vous parliez avec cette dame qui était

dans le trou, il y avait un gros chien qui a mordu dans ma galette. Alors

j'en ai mangé aussi.

− Comment, monsieur, reprit−elle, vous avez tout mangé ?

− Mère, c'est le chien. Je lui ai dit, il ne m'a pas écouté. Alors j'ai mordu

aussi, tiens !

− C'est un enfant terrible, dit la mère souriant et grondant à la fois.

Voyez−vous, Oudarde, il mange déjà à lui seul tout le cerisier de notre clos

de Charlerange. Aussi son grand−père dit que ce sera un capitaine. − Que

je vous y reprenne, monsieur Eustache. − Va, gros lion !

V − FIN DE L'HISTOIRE DE LA GALETTE

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LIVRE SEPTIÈME

LIVRE SEPTIÈME

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I − DU DANGER DE CONFIER SON SECRET

À UNE CHÈVRE

Plusieurs semaines s'étaient écoulées.

On était aux premiers jours de mars. Le soleil, que Dubartas, ce classique

ancêtre de la périphrase, n'avait pas encore nommé le grand−duc des

chandelles, n'en était pas moins joyeux et rayonnant pour cela. C'était une

de ces journées de printemps qui ont tant de douceur et de beauté que tout

Paris, répandu dans les places et les promenades, les fête comme des

dimanches. Dans ces jours de clarté, de chaleur et de sérénité, il y a une

certaine heure surtout où il faut admirer le portail de Notre−Dame. C'est le

moment où le soleil, déjà incliné vers le couchant, regarde presque en face

la cathédrale. Ses rayons, de plus en plus horizontaux, se retirent lentement

du pavé de la place, et remontent le long de la façade à pic dont ils font

saillir les mille rondes−bosses sur leur ombre, tandis que la grande rose

centrale flamboie comme un oeil de cyclope enflammé des réverbérations

de la forge.

On était à cette heure−là.

Vis−à\u8722Xvis la haute cathédrale rougie par le couchant, sur le balcon de

pierre pratiqué au−dessus du porche d'une riche maison gothique qui faisait

l'angle de la place et de la rue du Parvis, quelques belles jeunes filles

riaient et devisaient avec toute sorte de grâce et de folie. À la longueur du

voile qui tombait, du sommet de leur coiffe pointue enroulée de perles,

jusqu'à leurs talons, à la finesse de la chemisette brodée qui couvrait leurs

épaules en laissant voir, selon la mode engageante d'alors, la naissance de

leurs belles gorges de vierges, à l'opulence de leurs jupes de dessous, plus

précieuses encore que leur surtout (recherche merveilleuse !), à la gaze, à

la soie, au velours dont tout cela était étoffé, et surtout à la blancheur de

leurs mains qui les attestait oisives et paresseuses, il était aisé de deviner

de nobles et riches héritières. C'était en effet damoiselle Fleur−de−Lys de

Gondelaurier et ses compagnes, Diane de Christeuil, Amelotte de

Montmichel, Colombe de Gaillefontaine, et la petite de Champchevrier ;

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toutes filles de bonne maison, réunies en ce moment chez la dame veuve

de Gondelaurier, à cause de monseigneur de Beaujeu et de madame sa

femme, qui devaient venir au mois d'avril à Paris, et y choisir des

accompagneresses d'honneur pour madame la Dauphine Marguerite,

lorsqu'on l'irait recevoir en Picardie des mains des flamands. Or, tous les

hobereaux de trente lieues à la ronde briguaient cette faveur pour leurs

filles, et bon nombre d'entre eux les avaient déjà amenées ou envoyées à

Paris. Celles−ci avaient été confiées par leurs parents à la garde discrète et

vénérable de madame Aloïse de Gondelaurier, veuve d'un ancien maître

des arbalétriers du roi, retirée avec sa fille unique, en sa maison de la place

du parvis Notre−Dame, à Paris.

Le balcon où étaient ces jeunes filles s'ouvrait sur une chambre richement

tapissée d'un cuir de Flandre de couleur fauve imprimé à rinceaux d'or. Les

solives qui rayaient parallèlement le plafond amusaient l'oeil par mille

bizarres sculptures peintes et dorées.

Sur des bahuts ciselés, de splendides émaux chatoyaient çà et là ; une hure

de sanglier en faïence couronnait un dressoir magnifique dont les deux

degrés annonçaient que la maîtresse du logis était femme ou veuve d'un

chevalier banneret.. Au fond, à côté d'une haute cheminée armoriée et

blasonnée du haut en bas, était assise, dans un riche fauteuil de velours

rouge, la dame de Gondelaurier, dont les cinquante−cinq ans n'étaient pas

moins écrits sur son vêtement que sur son visage. À côté d'elle se tenait

debout un jeune homme d'assez fière mine, quoique un peu vaine et

bravache, un de ces beaux garçons dont toutes les femmes tombent

d'accord, bien que les hommes graves et physionomistes en haussent les

épaules. Ce jeune cavalier portait le brillant habit de capitaine des archers

de l'ordonnance du roi, lequel ressemble beaucoup trop au costume de

Jupiter, qu'on a déjà pu admirer au premier livre de cette histoire, pour que

nous en fatiguions le lecteur d'une seconde description.

Les damoiselles étaient assises, partie dans la chambre, partie sur le

balcon, les unes sur des carreaux de velours d'Utrecht à cornières d'or, les

autres sur des escabeaux de bois de chêne sculptés à fleurs et à figures.

Chacune d'elles tenait sur ses genoux un pan d'une grande tapisserie à

l'aiguille, à laquelle elles travaillaient en commun, et dont un bon bout

traînait sur la natte qui recouvrait le plancher.

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Elles causaient entre elles avec cette voix chuchotante et ces demi−rires

étouffés d'un conciliabule de jeunes filles au milieu desquelles il y a un

jeune homme. Le jeune homme, dont la présence suffisait pour mettre en

jeu tous ces amours−propres féminins, paraissait, lui, s'en soucier

médiocrement ; et tandis que c'était parmi les belles à qui attirerait son

attention, il paraissait surtout occupé à fourbir avec son gant de peau de

daim l'ardillon de son ceinturon.

De temps en temps la vieille dame lui adressait la parole tout bas, et il lui

répondait de son mieux avec une sorte de politesse gauche et contrainte.

Aux sourires, aux petits signes d'intelligence de madame Aloïse, aux clins

d'yeux qu'elle détachait vers sa fille Fleur−de−Lys, en parlant bas au

capitaine, il était facile de voir qu'il s'agissait de quelque fiançaille

consommée, de quelque mariage prochain sans doute entre le jeune

homme et Fleur−de−Lys. Et à la froideur embarrassée de l'officier, il était

facile de voir que, de son côté du moins, il ne s'agissait plus d'amour.

Toute sa mine exprimait une pensée de gêne et d'ennui que nos

sous−lieutenants de garnison traduiraient admirablement aujourd'hui par :

Quelle chienne de corvée !

La bonne dame, fort entêtée de sa fille, comme une pauvre mère qu'elle

était, ne s'apercevait pas du peu d'enthousiasme de l'officier, et s'évertuait à

lui faire remarquer tout bas les perfections infinies avec lesquelles

Fleur−de−Lys piquait son aiguille ou dévidait son écheveau.

− Tenez, petit cousin, lui disait−elle en le tirant par la manche pour lui

parler à l'oreille.

Regardez−la donc ! la voilà qui se baisse.

− En effet, répondait le jeune homme ; et il retombait dans son silence

distrait et glacial.

Un moment après, il fallait se pencher de nouveau, et dame Aloïse lui

disait :

− Avez−vous jamais vu figure plus avenante et plus égayée que votre

accordée ? Est−on plus blanche et plus blonde ? ne sont−ce pas là des

mains accomplies ? et ce cou−là, ne prend−il pas, à ravir, toutes les façons

d'un cygne ? Que je vous envie par moments ! et que vous êtes heureux

d'être homme, vilain libertin que vous êtes ! N'est−ce pas que ma

Fleur−de−Lys est belle par adoration et que vous en êtes éperdu ?

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− Sans doute, répondait−il tout en pensant à autre chose.

− Mais parlez−lui donc, dit tout à coup madame Aloïse en le poussant par

l'épaule. Dites−lui donc quelque chose. Vous êtes devenu bien timide.

Nous pouvons affirmer à nos lecteurs que la timidité n'était ni la vertu ni le

défaut du capitaine. Il essaya pourtant de faire ce qu'on lui demandait.

− Belle cousine, dit−il en s'approchant de Fleur−de−Lys, quel est le sujet

de cet ouvrage de tapisserie que vous façonnez ?

− Beau cousin, répondit Fleur−de−Lys avec un accent de dépit, je vous l'ai

déjà dit trois fois. C'est la grotte de Neptunus.

Il était évident que Fleur−de−Lys voyait beaucoup plus clair que sa mère

aux manières froides et distraites du capitaine. Il sentit la nécessité de faire

quelque conversation.

− Et pour qui toute cette neptunerie ? demanda−t−il.

− Pour l'abbaye Saint−Antoine des Champs, dit Fleur−de−Lys sans lever

les yeux.

Le capitaine prit un coin de la tapisserie :

− Qu'est−ce que c'est, ma belle cousine, que ce gros gendarme qui souffle à

pleines joues dans une trompette ?

− C'est Trito, répondit−elle.

Il y avait toujours une intonation un peu boudeuse dans les brèves paroles

de Fleur−de−Lys. Le jeune homme comprit qu'il était indispensable de lui

dire quelque chose à l'oreille, une fadaise, une galanterie, n'importe quoi. Il

se pencha donc, mais il ne put rien trouver dans son imagination de plus

tendre et de plus intime que ceci : − Pourquoi votre mère porte−t−elle

toujours une cotte−hardie armoriée comme nos grand'mères du temps de

Charles VII ? Dites−lui donc, belle cousine, que ce n'est plus l'élégance d'à

présent, et que son gond et son laurier brodés en blason sur sa robe lui

donnent l'air d'un manteau de cheminée qui marche. En vérité, on ne

s'assied plus ainsi sur sa bannière, je vous jure.

Fleur−de−Lys leva sur lui ses beaux yeux pleins de reproche : − Est−ce là

tout ce que vous me jurez ? dit−elle à voix basse.

Cependant la bonne dame Aloïse, ravie de les voir ainsi penchés et

chuchotant, disait en jouant avec les fermoirs de son livre d'heures : −

Touchant tableau d'amour !

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Le capitaine, de plus en plus gêné, se rabattit sur la tapisserie : − C'est

vraiment un charmant travail ! s'écria−t−il.

À ce propos, Colombe de Gaillefontaine, une autre belle blonde à peau

blanche, bien colletée de damas bleu, hasarda timidement une parole

qu'elle adressa à. Fleur−de−Lys, dans l'espoir que le beau capitaine y

répondrait : − Ma chère Gondelaurier, avez−vous vu les tapisseries de

l'hôtel de la Roche−Guyon ?

− N'est−ce pas l'hôtel où est enclos le jardin de la Lingère du Louvre ?

demanda en riant Diane de Christeuil, qui avait de belles dents et par

conséquent riait à tout propos.

− Et où il y a cette grosse vieille tour de l'ancienne muraille de Paris, ajouta

Amelotte de Montmichel, jolie brune bouclée et fraîche, qui avait

l'habitude de soupirer comme l'autre riait, sans savoir pourquoi.

− Ma chère Colombe, reprit dame Aloïse, voulez−vous pas parler de l'hôtel

qui était à monsieur de Bacqueville, sous le roi Charles VI ? il y a en effet

de bien superbes tapisseries de haute lice.

− Charles VI ! le roi Charles VI ! grommela le jeune capitaine en

retroussant sa moustache. Mon Dieu ! que la bonne dame a souvenir de

vieilles choses !

Madame de Gondelaurier poursuivait : − Belles tapisseries, en vérité. Un

travail si estimé qu'il passe pour singulier !

En ce moment, Bérangère de Champchevrier, svelte petite fille de sept ans,

qui regardait dans la place par les trèfles du balcon, s'écria : − Oh ! voyez,

belle marraine Fleur−de−Lys, la jolie danseuse qui danse là sur le pavé, et

qui tambourine au milieu des bourgeois manants !

En effet, on entendait le frissonnement sonore d'un tambour de basque.

− Quelque égyptienne de Bohême, dit Fleur−de−Lys en se détournant

nonchalamment vers la place.

− Voyons ! voyons ! crièrent ses vives compagnes ; et elles coururent

toutes au bord du balcon, tandis que Fleur−de−Lys, rêveuse de la froideur

de son fiancé, les suivait lentement et que celui−ci, soulagé par cet incident

qui coupait court à une conversation embarrassée, s'en revenait au fond de

l'appartement de l'air satisfait d'un soldat relevé de service. C'était pourtant

un charmant et gentil service que celui de la belle Fleur−de−Lys, et il lui

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avait paru tel autrefois ; mais le capitaine s'était blasé peu à peu ; la

perspective d'un mariage prochain le refroidissait davantage de jour en

jour. D'ailleurs, il était d'humeur inconstante et, faut−il le dire ? de goût un

peu vulgaire. Quoique de fort noble naissance, il avait contracté sous le

harnois plus d'une habitude de soudard. La taverne lui plaisait, et ce qui

s'ensuit. Il n'était à l'aise que parmi les gros mots, les galanteries militaires,

les faciles beautés et les faciles succès. Il avait pourtant reçu de sa famille

quelque éducation et quelques manières ; mais il avait trop jeune couru le

pays, trop jeune tenu garnison, et tous les jours le vernis du gentilhomme

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