饭饭TXT > 海外名作 > 《巴黎圣母院(法文版)》作者:[法]维克多·雨果【完结】 > 巴黎圣母院(法文版).txt

第 70 页

作者:法-维克多·雨果 当前章节:15417 字 更新时间:2026-6-19 10:46

pendre aussi celui−là ?

C'était la première parole qu'il proférait.

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

435

− Peuh ! répondit négligemment le roi. Je n'y vois pas d'inconvénients.

− J'en vois beaucoup, moi ! dit Gringoire. Notre philosophe était en ce

moment plus vert qu'une olive. Il vit à la mine froide et indifférente du roi

qu'il n'y avait plus de ressource que dans quelque chose de très pathétique,

et se précipita aux pieds de Louis XI en s'écriant avec une gesticulation

désespérée :

− Sire ! votre majesté daignera m'entendre !. Sire ! n'éclatez pas en

tonnerre sur si peu de chose que moi. La grande foudre de Dieu ne

bombarde pas une laitue. Sire, vous êtes un auguste monarque très

puissant, ayez pitié d'un pauvre homme honnête, et qui serait plus empêché

d'attiser une révolte qu'un glaçon de donner une étincelle ! Très gracieux

sire, la débonnaireté est vertu de lion et de roi. Hélas ! la rigueur ne fait

qu'effaroucher les esprits, les bouffées impétueuses de la bise ne sauraient

faire quitter le manteau au passant, le soleil donnant de ses rayons peu à

peu l'échauffe de telle sorte qu'il le fera mettre en chemise. Sire, vous êtes

le soleil. Je vous le proteste, mon souverain maître et seigneur, je ne suis

pas un compagnon truand, voleur et désordonné. La révolte et les

briganderies ne sont pas de l'équipage d'Apollo. Ce n'est pas moi qui m'irai

précipiter dans ces nuées qui éclatent en des bruits de séditions. Je suis un

fidèle vassal de votre majesté. La même jalousie qu'a le mari pour

l'honneur de sa femme, le ressentiment qu'a le fils pour l'amour de son

père, un bon vassal les doit avoir pour la gloire de son roi, il doit sécher

pour le zèle de sa maison, pour l'accroissement de son service. Toute autre

passion qui le transporterait ne serait que fureur. Voilà, sire, mes maximes

d'état. Donc, ne me jugez pas séditieux et pillard à mon habit usé aux

coudes. Si vous me faites grâce, sire, je l'userai aux genoux à prier Dieu

soir et matin pour vous ! Hélas ! je ne suis pas extrêmement riche, c'est

vrai. Je suis même un peu pauvre. Mais non vicieux jour cela. Ce n'est pas

ma faute. Chacun sait que les grandes richesses ne se tirent pas des

belles−lettres, et que les plus consommés aux bons livres n'ont pas toujours

gros feu l'hiver. La seule avocasserie prend tout le grain et ne laisse que la

paille aux autres professions scientifiques. Il y a quarante très excellents

proverbes sur le manteau troué des philosophes. Oh ! sire ! la clémence est

la seule lumière qui puisse éclairer l'intérieur d'une grande âme. La

clémence porte le flambeau devant toutes les autres vertus. Sans elle, ce

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

436

sont des aveugles qui cherchent Dieu à tâtons. La miséricorde, qui est la

même chose que la clémence, fait l'amour des sujets qui est le plus puissant

corps de garde à la personne du prince. Qu'est−ce que cela vous fait, à vous

majesté dont les faces sont éblouies, qu'il y ait un pauvre homme de plus

sur la terre ? un pauvre innocent philosophe, barbotant dans les ténèbres de

la calamité, avec son gousset vide qui résonne sur son ventre creux ?

D'ailleurs, sire, je suis un lettré. Les grands rois se font une perle à leur

couronne de protéger les lettres. Hercules ne dédaignait pas le titre de

Musagetes. Mathias Corvin favorisait Jean de Monroyal, l'ornement des

mathématiques. Or, c'est une mauvaise manière de protéger les lettres que

de pendre les lettrés. Quelle tache à Alexandre s'il avait fait pendre

Aristoteles ! Ce trait ne serait pas un petit moucheron sur le visage de sa

réputation pour l'embellir, mais bien un malin ulcère pour le défigurer.

Sire ! j'ai fait un très expédient épithalame pour madamoiselle de Flandre

et monseigneur le très auguste dauphin. Cela n'est pas d'un boute−feu de

rébellion. Votre majesté voit que je ne suis pas un grimaud, que j'ai étudié

excellemment, et que j'ai beaucoup d'éloquence naturelle. Faites−moi

grâce, sire. Cela faisant, vous ferez une action galante à Notre−Dame, et je

vous jure que je suis très effrayé de l'idée d'être pendu ! En parlant ainsi, le

désolé Gringoire baisait les pantoufles du roi, et Guillaume Rym disait tout

bas à Coppenole : − Il fait bien de se traîner à terre. Les rois sont comme le

Jupiter de Crète, ils n'ont des oreilles qu'aux pieds. − Et, sans s'occuper du

Jupiter de Crète, le chaussetier répondait avec un lourd sourire, l'oeil fixé

sur Gringoire : − Oh ! que c'est bien cela ! je crois entendre le chancelier

Hugonet me demander grâce.

Quand Gringoire s'arrêta enfin tout essoufflé, il leva la tête en tremblant

vers le roi qui grattait avec son ongle une tache que ses chausses avaient au

genou. Puis sa majesté se mit à boire au hanap de tisane. Du reste, elle ne

soufflait mot, et ce silence torturait Gringoire. Le roi le regarda enfin. −

Voilà un terrible braillard ! dit−il. Puis se tournant vers Tristan l'Hermite :

− Bah ! lâchez−le !

Gringoire tomba sur le derrière, tout épouvanté de joie.

− En liberté ! grogna Tristan. Votre majesté ne veut−elle pas qu'on le

retienne un peu en cage ?

− Compère, repartit Louis XI, crois−tu que ce soit pour de pareils oiseaux

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

437

que nous faisons faire des cages de trois cent soixante−sept livres huit sols

trois deniers ? − Lâchez−moi incontinent le paillard (Louis XI affectionnait

ce mot, qui faisait avec Pasque−Dieu le fond de sa jovialité), et mettez−le

hors avec une bourrade !

− Ouf ! s'écria Gringoire, que voilà un grand roi !

Et de peur d'un contre−ordre, il se précipita vers la porte que Tristan lui

rouvrit d'assez mauvaise grâce. Les soldats sortirent avec lui en le poussant

devant eux à grands coups de poing, ce que Gringoire supporta en vrai

philosophe stoïcien.

La bonne humeur du roi, depuis que la révolte contre le bailli lui avait été

annoncée, perçait dans tout. Cette clémence inusitée n'en était pas un

médiocre signe. Tristan l'Hermite dans son coin avait la mine renfrognée

d'un dogue qui a vu et qui n'a pas eu.

Le roi cependant battait gaiement avec les doigts sur le bras de sa chaise la

marche de Pont−Audemer. C'était un prince dissimulé, mais qui savait

beaucoup mieux cacher ses peines que ses joies. Ces manifestations

extérieures de joie à toute bonne nouvelle allaient quelquefois très loin ;

ainsi, à la mort de Charles le Téméraire, jusqu'à vouer des balustrades

d'argent à Saint−Martin de Tours ; à son avènement au trône jusqu'à

oublier d'ordonner les obsèques de son père.

− Hé ! sire ! s'écria tout à coup Jacques Coictier, qu'est devenue la pointe

aiguë de maladie pour laquelle votre majesté m'avait fait mander ?

− Oh ! dit le roi, vraiment je souffre beaucoup, mon compère. J'ai l'oreille

sibilante, et des râteaux de feu qui me raclent la poitrine.

Coictier prit la main du roi, et se mit à lui tâter le pouls mec une mine

capable.

− Regardez, Coppenole, disait Rym à voix basse. Le voilà entre Coictier et

Tristan. C'est là toute sa cour. Un médecin pour lui, un bourreau pour les

autres.

En tâtant le pouls du roi, Coictier prenait un air de plus en plus alarmé.

Louis XI le regardait avec quelque anxiété. Coictier se rembrunissait à vue

d'oeil. Le brave homme n'avait d'autre métairie que la mauvaise santé du

roi. Il l'exploitait de son mieux.

− Oh ! oh ! murmura−t−il enfin, ceci est grave, en effet.

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

438

− N'est−ce pas ? dit le roi inquiet.

− Pulsus creber, anhelans, crepitans, irregularis, continua le médecin.

− Pasque−Dieu !

− Avant trois jours, ceci peut emporter son homme.

− Notre−Dame ! s'écria le roi. Et le remède.

− J'y songe, sire.

Il fit tirer la langue à Louis XI, hocha la tête, fit la grimace, et tout au

milieu de ces simagrées : − Pardieu, dit−il tout à coup, il faut que je vous

conte qu'il y a une recette des régales vacante, et que j'ai un neveu.

− Je donne ma recette à ton neveu, compère Jacques, répondit le roi ; mais

tire−moi ce feu de la poitrine.

− Puisque votre majesté est si clémente, reprit le médecin, elle ne refusera

p a s d e m ' a i d e r u n p e u e n l a b â t i s s e d e m a m a i s o n r u e

Saint−André\u8722Xdes−Arcs.

− Heuh ! dit le roi.

− Je suis au bout de ma finance, poursuivit le docteur, et il serait vraiment

dommage que la maison n'eût pas de toit. Non pour la maison, qui est

simple et toute bourgeoise, mais pour les peintures de Jehan Fourbault, qui

en égaient le lambris. Il y a une Diane en l'air qui vole, mais si excellente,

si tendre, si délicate, d'une action si ingénue, la tête si bien coiffée et

couronnée d'un croissant, la chair si blanche qu'elle donne de la tentation à

ceux qui la regardent trop curieusement. Il y a aussi une Cérès. C'est

encore une très belle divinité. Elle est assise sur des gerbes de blé, et

coiffée d'une guirlande galante d'épis entrelacés de salsifis et autres fleurs.

Il ne se peut rien voir de plus amoureux que ses yeux, de plus rond que ses

jambes, de plus noble que son air, de mieux drapé que sa jupe. C'est une

des beautés les plus innocentes et les plus parfaites qu'ait produites le

pinceau.

− Bourreau ! grommela Louis XI, où en veux−tu venir ?

− Il me faut un toit sur ces peintures, sire, et, quoique ce soit peu de chose,

je n'ai plus d'argent.

− Combien est−ce, ton toit ?

− Mais... un toit de cuivre historié et doré, deux mille livres au plus.

− Ah ! l'assassin ! cria le roi. Il ne m'arrache pas une dent qui ne soit un

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

439

diamant.

− Ai−je mon toit ? dit Coictier.

− Oui ! et va au diable, mais guéris−moi.

Jacques Coictier s'inclina profondément et dit : − Sire, c'est un répercussif

qui vous sauvera. Nous vous appliquerons sur les reins le grand défensif,

composé avec le cérat, le bol d'Arménie, le blanc d'oeuf, l'huile et le

vinaigre. Vous continuerez votre tisane, et nous répondons de votre

majesté.

Une chandelle qui brille n'attire pas qu'un moucheron. Maître Olivier,

voyant le roi en libéralité et croyant le moment bon, s'approcha à son tour :

− Sire...

− Qu'est−ce encore ? dit Louis XI.

− Sire, votre majesté sait que maître Simon Radin est mort ?

− Eh bien ?

− C'est qu'il était conseiller du roi sur le fait de la justice du trésor.

− Eh bien ?

− Sire, sa place est vacante.

En parlant ainsi, la figure hautaine de maître Olivier avait quitté

l'expression arrogante pour l'expression basse. C'est le seul rechange qu'ait

une figure de courtisan. Le roi le regarda très en face, et dit d'un ton sec : −

Je comprends.

Il reprit :

− Maître Olivier, le maréchal de Boucicaut disait : Il n'est don que de roi, il

n'est peschier que en la mer. Je vois que vous êtes de l'avis de monsieur de

Boucicaut. Maintenant oyez ceci. Nous avons bonne mémoire. En 68, nous

vous avons fait varlet de notre chambre ; en 69, garde du châtel du Pont de

Saint−Cloud à cent livres tournois de gages (vous les vouliez parisis). En

novembre 73, par lettres données à Gergeole, nous vous avons institué

concierge du bois de Vincennes, au lieu de Gilbert Acle, écuyer ; en 75,

gruyer de la forêt de Rouvray−lez−Saint−Cloud, en place de Jacques Le

Maire ; en 78, nous vous avons gracieusement assis, par lettres patentes

scellées sur double queue de cire verte, une rente de dix livres parisis, pour

vous et votre femme, sur la place aux marchands, sise à l'école

Saint−Germain ; en 79, nous vous avons fait gruyer de la forêt de Senart,

Notre Dame de Paris

V − LE RETRAIT OÙ DIT SES HEURES MONS...

440

au lieu de ce pauvre Jehan Daiz ; puis capitaine du château de Loches ;

puis gouverneur de Saint−Quentin ; puis capitaine du Pont de Meulan, dont

vous vous faites appeler comte. Sur les cinq sols d'amende que paie tout

barbier qui rase un jour de fête, il y a trois sols pour vous, et nous avons

votre reste. Nous avons bien voulu changer votre nom de Le Mauvais, qui

ressemblait trop à votre mine. En 74, nous vous avons octroyé, au grand

déplaisir de notre noblesse, des armoiries de mille couleurs qui vous font

une poitrine de paon. Pasque−Dieu ! n'êtes−vous pas saoul ? La pescherie

n'est−elle point assez belle et miraculeuse ? Et ne craignez−vous pas qu'un

saumon de plus ne fasse chavirer votre bateau ? L'orgueil vous perdra, mon

compère. L'orgueil est toujours talonné de la ruine et de la honte.

Considérez ceci, et taisez−vous.

Ces paroles, prononcées avec sévérité, firent revenir à l'insolence la

physionomie dépitée de maître Olivier.

− Bon, murmura−t−il presque tout haut, on voit bien que le roi est malade

aujourd'hui. Il donne tout au médecin.

Louis XI, loin de s'irriter de cette incartade, reprit avec quelque douceur : −

Tenez, j'oubliais encore que je vous ai fait mon ambassadeur à Gand près

de madame Marie. Oui, messieurs, ajouta le roi en se tournant vers les

flamands, celui−ci a été ambassadeur. − Là, mon compère, poursuivit−il en

s'adressant à maître Olivier, ne nous fâchons pas, nous sommes vieux amis.

Voilà qu'il est très tard. Nous avons terminé notre travail. Rasez−moi.

Nos lecteurs n'ont sans doute pas attendu jusqu'à présent pour reconnaître

dans maître Olivier ce Figaro terrible que la providence, cette grande

faiseuse de drames, a mêlé si artistement à la longue et sanglante comédie

de Louis XI. Ce n'est pas ici que nous entreprendrons de développer cette

figure singulière. Ce barbier du roi avait trois noms. À la cour, on l'appelait

目录
设置
设置
阅读主题
字体风格
雅黑 宋体 楷书 卡通
字体大小
适中 偏大 超大
保存设置
恢复默认
手机
手机阅读
扫码获取链接,使用浏览器打开
书架同步,随时随地,手机阅读
首 页 < 上一章 章节列表 下一章 > 尾 页