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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15411 字 更新时间:2026-6-19 10:46

poliment Olivier le Daim ; parmi le peuple, Olivier le Diable. Il s'appelait

de son vrai nom Olivier le Mauvais.

Olivier le Mauvais donc resta immobile, boudant le roi, en regardant

Jacques Coictier de travers. − Oui, oui ! le médecin ! disait−il entre ses

dents.

− Eh ! oui, le médecin, reprit Louis XI avec une bonhomie singulière, le

médecin a plus de crédit encore que toi. C'est tout simple. Il a prise sur

nous par tout le corps, et tu ne nous tiens que par le menton. Va, mon

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pauvre barbier, cela se retrouvera. Que dirais−tu donc, et que deviendrait ta

charge si j'étais un roi comme le roi Chilpéric qui avait pour geste de tenir

sa barbe d'une main ? − Allons, mon compère, vaque à ton office,

rase−moi. Va chercher ce qu'il te faut.

Olivier, voyant que le roi avait pris le parti de rire et qu'il n'y avait pas

même moyen de le fâcher, sortit en grondant pour exécuter ses ordres.

Le roi se leva, s'approcha de la fenêtre, et tout à coup l'ouvrant avec une

agitation extraordinaire : − Oh ! oui ! s'écria−t−il en battant des mains,

voilà une rougeur dans le ciel sur la Cité. C'est le bailli qui brûle. Ce ne

peut être que cela. Ah ! mon bon peuple ! voilà donc que tu m'aides enfin à

l'écroulement des seigneuries !

Alors, se tournant vers les flamands : − Messieurs, venez voir ceci.

N'est−ce pas un feu qui rougeoie ?

Les deux gantois s'approchèrent.

− Un grand feu, dit Guillaume Rym.

− Oh ! ajouta Coppenole, dont les yeux étincelèrent tout à coup, cela me

rappelle le brûlement de la maison du seigneur d'Hymbercourt. Il doit y

avoir une grosse révolte là\u8722Xbas.

− Vous croyez, maître Coppenole ? − Et le regard de Louis XI était

presque aussi joyeux que celui du chaussetier.

− N'est−ce pas qu'il sera difficile d'y résister ?

− Croix−Dieu ! sire ! votre majesté ébréchera là\u8722Xdessus bien des

compagnies de gens de guerre !

− Ah ! moi ! c'est différent, repartit le roi. Si je voulais !...

Le chaussetier répondit hardiment :

− Si cette révolte est ce que je suppose, vous auriez beau vouloir, sire !

− Compère, dit Louis XI, avec deux compagnies de mon ordonnance et

une volée de serpentine, on a bon marché d'une populace de manants.

Le chaussetier, malgré les signes que lui faisait Guillaume Rym, paraissait

déterminé à tenir tête au roi.

− Sire, les suisses aussi étaient des manants. Monsieur le duc de

Bourgogne était un grand gentilhomme, et il faisait fi de cette canaille. À

la bataille de Grandson, sire, il criait : Gens de canons ! feu sur ces

vilains ! et il jurait par Saint−Georges. Mais l'avoyer Scharnachtal se rua

sur le beau duc avec sa massue et son peuple, et de la rencontre des

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paysans à peaux de buffle la luisante armée bourguignonne s'éclata comme

une vitre au choc d'un caillou. Il y eut là bien des chevaliers de tués par des

marauds ; et l'on trouva monsieur de Château−Guyon, le plus grand

seigneur de la Bourgogne, mort avec son grand cheval grison dans un petit

pré de marais.

− L'ami, repartit le roi, vous parlez d'une bataille. Il s'agit d'une mutinerie.

Et j'en viendrai à bout quand il me plaira de froncer le sourcil.

L'autre répliqua avec indifférence :

− Cela se peut, sire. En ce cas, c'est que l'heure du peuple n'est pas venue.

Guillaume Rym crut devoir intervenir. − Maître Coppenole, vous parlez à

un puissant roi.

− Je le sais, répondit gravement le chaussetier.

− Laissez−le dire, monsieur Rym mon ami, dit le roi, j'aime ce

franc−parler. Mon père Charles septième disait que la vérité était malade.

Je croyais, moi, qu'elle était morte, et qu'elle n'avait point trouvé de

confesseur. Maître Coppenole me détrompe.

Alors, posant familièrement sa main sur l'épaule de Coppenole :

− Vous disiez donc, maître Jacques ?...

− Je dis, sire, que vous avez peut−être raison, que l'heure du peuple n'est

pas venue chez vous.

Louis XI le regarda avec son oeil pénétrant.

− Et quand viendra cette heure, maître ?

− Vous l'entendrez sonner.

− À quelle horloge, s'il vous plaît ?

Coppenole avec sa contenance tranquille et rustique fit approcher le roi de

la fenêtre. − Écoutez, sire ! Il y a ici un donjon, un beffroi, des canons, des

bourgeois, des soldats. Quand le beffroi bourdonnera, quand les canons

gronderont, quand le donjon croulera à grand bruit, quand bourgeois et

soldats hurleront et s'entre−tueront, c'est l'heure qui sonnera.

Le visage de Louis devint sombre et rêveur. Il resta un moment silencieux,

puis il frappa doucement de la main, comme on flatte une croupe de

destrier, l'épaisse muraille du donjon. − Oh ! que non ! dit−il. N'est−ce pas

que tu ne crouleras pas si aisément, ma bonne Bastille ?

Et se tournant d'un geste brusque vers le hardi flamand :

− Avez−vous jamais vu une révolte, maître Jacques ?

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− J'en ai fait, dit le chaussetier.

− Comment faites−vous, dit le roi, pour faire une révolte ?

− Ah ! répondit Coppenole, ce n'est pas bien difficile. Il y a cent façons.

D'abord il faut qu'on soit mécontent dans la ville. La chose n'est pas rare.

Et puis le caractère des habitants. Ceux de Gand sont commodes à la

révolte. Ils aiment toujours le fils du prince, le prince jamais. Eh bien ! un

matin, je suppose, on entre dans ma boutique, on me dit : Père Coppenole,

il y a ceci, il y a cela, la demoiselle de Flandre veut sauver ses ministres, le

grand bailli double le tru de l'esgrin, ou autre chose. Ce qu'on veut. Moi, je

laisse là l'ouvrage, je sors de ma chausseterie, et je vais dans la rue, et je

crie : À sac ! Il y a bien toujours là quelque futaille défoncée. Je monte

dessus, et je dis tout haut les premières paroles venues, ce que j'ai sur le

coeur ; et quand on est du peuple, sire, on a toujours quelque chose sur le

coeur. Alors on s'attroupe, on crie, on sonne le tocsin, on arme les manants

du désarmement des soldats, les gens du marché s'y joignent, et l'on va ! Et

ce sera toujours ainsi, tant qu'il y aura des seigneurs dans les seigneuries,

des bourgeois dans les bourgs, et des paysans dans les pays.

− Et contre qui vous rebellez−vous ainsi ? demanda le roi. Contre vos

baillis ? contre vos seigneurs ?

− Quelquefois. C'est selon. Contre le duc aussi, quelquefois.

Louis XI alla se rasseoir, et dit avec un sourire : − Ah ! ici, ils n'en sont

encore qu'aux baillis !

En cet instant Olivier le Daim rentra. Il était suivi de deux pages qui

portaient les toilettes du roi ; mais ce qui frappa Louis XI, c'est qu'il était

en outre accompagné du prévôt de Paris et du chevalier du guet, lesquels

paraissaient consternés. Le rancuneux barbier avait aussi l'air consterné,

mais content en dessous. C'est lui qui prit la parole : − Sire, je demande

pardon à votre majesté de la calamiteuse nouvelle que je lui apporte.

Le roi en se tournant vivement écorcha la natte du plancher avec les pieds

de sa chaise : − Qu'est−ce à dire ?

− Sire, reprit Olivier le Daim avec la mine méchante d'un homme qui se

réjouit d'avoir à porter un coup violent, ce n'est pas sur le bailli du palais

que se rue cette sédition populaire.

− Et sur qui donc ?

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− Sur vous, sire.

Le vieux roi se dressa debout et droit comme un jeune homme : −

Explique−toi, Olivier ! explique−toi ! Et tiens bien ta tête, mon compère,

car je te jure par la croix de Saint−Lô que si tu nous mens à cette heure,

l'épée qui a coupé le cou de monsieur de Luxembourg n'est pas si ébréchée

qu'elle ne scie encore le tien !

Le serment était formidable. Louis XI n'avait juré que deux fois dans sa vie

par la croix de Saint−Lô.

Olivier ouvrit la bouche pour répondre : − Sire...

− Mets−toi à genoux ! interrompit violemment le toi. Tristan, veillez sur

cet homme !

Olivier se mit à genoux, et dit froidement : − Sire, une sorcière a été

condamnée à mort par votre cour de parlement. Elle s'est réfugiée dans

Notre−Dame. Le peuple l'y veut reprendre de vive force. Monsieur le

prévôt et monsieur le chevalier du guet, qui viennent de l'émeute, sont là

pour me démentir si ce n'est pas la vérité. C'est Notre−Dame que le peuple

assiège.

− Oui−da ! dit le roi à voix basse, tout pâle et tout tremblant de colère.

Notre−Dame ! ils assiègent dans sa cathédrale Notre−Dame, ma bonne

maîtresse ! − Relève−toi, Olivier. Tu as raison. Je te donne la charge de

Simon Radin. Tu as raison. − C'est à moi qu'on s'attaque. La sorcière est

sous la sauvegarde de l'église, l'église est sous ma sauvegarde. Et moi qui

croyais qu'il s'agissait du bailli ! C'est contre moi !

Alors, rajeuni par la fureur, il se mit à marcher à grands pas. Il ne riait plus,

il était terrible, il allait et venait, le renard s'était changé en hyène, il

semblait suffoqué à ne pouvoir parler, ses lèvres remuaient, et ses poings

décharnés se crispaient. Tout à coup il releva la tête, son oeil cave parut

plein de lumière, et sa voix éclata comme un clairon. − Main basse,

Tristan ! main basse sur ces coquins !. Va ! Tristan mon ami ! tue ! tue !

Cette éruption passée, il vint se rasseoir, et dit avec une rage froide et

concentrée :

− Ici, Tristan ! − Il y a près de nous dans cette Bastille les cinquante lances

du vicomte de Gif, ce qui fait trois cents chevaux, vous les prendrez. Il y a

aussi la compagnie des archers de notre ordonnance de M. de Châteaupers,

vous la prendrez. Vous êtes prévôt des maréchaux, vous avez les gens de

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votre prévôté, vous les prendrez. À l'Hôtel Saint−Pol, vous trouverez

quarante archers de la nouvelle garde de monsieur le Dauphin, vous les

prendrez ; et avec tout cela, vous allez courir à Notre−Dame. − Ah !

messieurs les manants de Paris, vous vous jetez ainsi tout au travers de la

couronne de France, de la sainteté de Notre−Dame et de la paix de cette

république ! − Extermine, Tristan ! extermine ! et que pas un n'en réchappe

que pour Montfaucon.

Tristan s'inclina. − C'est bon, sire ! Il ajouta après un silence : − Et que

ferai−je de la sorcière ?

Cette question fit songer le roi.

− Ah ! dit−il, la sorcière ! − Monsieur d'Estouteville, qu'est−ce que le

peuple en voulait faire ?

− Sire, répondit le prévôt de Paris, j'imagine que, puisque le peuple la vient

arracher de son asile de Notre−Dame, c'est que cette impunité le blesse et

qu'il la veut pendre.

Le roi parut réfléchir profondément, puis s'adressant à Tristan l'Hermite : −

Eh bien ! mon compère, extermine le peuple et pends la sorcière.

− C'est cela, dit tout bas Rym à Coppenole, punir le peuple de vouloir, et

faire ce qu'il veut.

− Il suffit, sire, répondit Tristan. Si la sorcière est encore dans

Notre−Dame, faudra−t−il l'y prendre malgré l'asile ?

−. Pasque−Dieu, l'asile ! dit le roi en se grattant l'oreille. Il faut pourtant

que cette femme soit pendue.

Ici, comme pris d'une idée subite, il se rua à genoux devant sa chaise, ôta

son chapeau, le posa sur le siège, et regardant dévotement l'une des

amulettes de plomb qui le chargeaient : − Oh ! dit−il les mains jointes,

Notre−Dame de Paris, ma gracieuse patronne, pardonnez−moi. Je ne le

ferai que cette fois. Il faut punir cette criminelle. Je vous assure, madame

la Vierge, ma bonne maîtresse, que c'est une sorcière qui n'est pas digne de

votre aimable protection. Vous savez, madame, que bien des princes très

pieux ont outrepassé le privilège des églises pour la gloire de Dieu et la

nécessité de l'état. Saint Hugues, évêque d'Angleterre, a permis au roi

Édouard de prendre un magicien dans son église. Saint Louis de France,

mon maître, a transgressé pour le même objet l'église de monsieur saint

Paul ; et monsieur Alphonse, fils du roi de Jérusalem, l'église même du

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Saint−Sépulcre. Pardonnez−moi donc pour cette fois, Notre−Dame de

Paris. Je ne le ferai plus, et je vous donnerai une belle statue d'argent,

pareille à celle que j'ai donnée l'an passé à Notre−Dame d'Ecouys. Ainsi

soit−il.

Il fit un signe de croix, se releva, se recoiffa, et dit à Tristan : − Faites

diligence, mon compère. Prenez M. de Châteaupers avec vous. Vous ferez

sonner le tocsin. Vous écraserez le populaire. Vous pendrez la sorcière.

C'est dit. Et j'entends que le pourchas de l'exécution soit fait par vous.

Vous m'en rendrez compte. − Allons, Olivier, je ne me coucherai pas cette

nuit. Rase−moi.

Tristan l'Hermite s'inclina et sortit. Alors le roi, congédiant du geste Rym

et Coppenole : − Dieu vous garde, messieurs mes bons amis les flamands.

Allez prendre un peu de repos. La nuit s'avance, et nous sommes plus près

du matin que du soir.

Tous deux se retirèrent, et en gagnant leurs appartements sous la conduite

du capitaine de la Bastille, Coppenole disait à Guillaume Rym : − Hum !

j'en ai assez de ce roi qui tousse ! J'ai vu Charles de Bourgogne ivre, il était

moins méchant que Louis XI malade.

− Maître Jacques, répondit Rym, c'est que les rois ont le vin moins cruel

que la tisane.

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VI − PETITE FLAMBE EN BAGUENAUD

En sortant de la Bastille, Gringoire descendit la rue Saint−Antoine de la

vitesse d'un cheval échappé. Arrivé à la porte Baudoyer, il marcha droit à

la croix de pierre qui se dressait au milieu de cette place, comme s'il eût pu

distinguer dans l'obscurité la figure d'un homme vêtu et encapuchonné de

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