饭饭TXT > 海外名作 > 《巴黎圣母院(法文版)》作者:[法]维克多·雨果【完结】 > 巴黎圣母院(法文版).txt

第 74 页

作者:法-维克多·雨果 当前章节:15391 字 更新时间:2026-6-19 10:46

dire que tu me hais. Je suis décidé à ne plus entendre cela. − Je viens de te

sauver. Laisse−moi d'abord achever. − Je puis te sauver tout à fait. J'ai tout

préparé. C'est à toi de vouloir. Comme tu voudras, je pourrai.

Il s'interrompit violemment. − Non, ce n'est pas cela qu'il faut dire.

Et courant, et la faisant courir, car il ne la lâchait pas, il marcha droit au

gibet, et le lui montrant du doigt : − Choisis entre nous deux, dit−il

froidement.

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

460

Elle s'arracha de ses mains et tomba au pied du gibet en embrassant cet

appui funèbre. Puis elle tourna sa belle tête à demi, et regarda le prêtre

par−dessus son épaule. On eût dit une sainte Vierge au pied de la croix. Le

prêtre était demeuré sans mouvement, le doigt toujours levé vers le gibet,

conservant son geste, comme une statue.

Enfin l'égyptienne lui dit : − Il me fait encore moins horreur que vous.

Alors il laissa retomber lentement son bras, et regarda le pavé avec un

profond accablement.

− Si ces pierres pouvaient parler, murmura−t−il, oui, elles diraient que

voilà un homme bien malheureux.

Il reprit. La jeune fille agenouillée devant le gibet et noyée dans sa longue

chevelure le laissait parler sans l'interrompre. Il avait maintenant un accent

plaintif et doux qui contrastait douloureusement avec l'âpreté hautaine de

ses traits.

− Moi, je vous aime. Oh ! cela est pourtant bien vrai. Il ne sort donc rien au

dehors de ce feu qui me brûle le coeur ! Hélas ! jeune fille, nuit et jour, oui,

nuit et jour, cela ne mérite−t−il aucune pitié ? C'est un amour de la nuit et

du jour, vous dis−je, c'est une torture. − Oh ! je souffre trop, ma pauvre

enfant ! − C'est une chose digne de compassion, je vous assure. Vous

voyez que je vous parle doucement. Je voudrais bien que vous n'eussiez

plus cette horreur de moi. − Enfin, un homme qui aime une femme, ce n'est

pas sa faute ! − Oh ! mon Dieu ! − Comment ! vous ne me pardonnerez

donc jamais ? Vous me haïrez toujours ! C'est donc fini ! C'est là ce qui me

rend mauvais, voyez−vous, et horrible à moi−même ! − Vous ne me

regardez seulement pas ! Vous pensez à autre chose peut−être tandis que je

vous parle debout et frémissant sur la limite de notre éternité à tous deux !

− Surtout ne me parlez pas de l'officier ! Quoi ! je me jetterais à vos

genoux, quoi ! je baiserais, non vos pieds, vous ne voudriez pas, mais la

terre qui est sous vos pieds, quoi ! je sangloterais comme un enfant,

j'arracherais de ma poitrine, non des paroles, mais mon coeur et mes

entrailles, pour vous dire que je vous aime, tout serait inutile, tout ! − Et

cependant vous n'avez rien dans l'âme que de tendre et de clément, vous

êtes rayonnante de la plus belle douceur, vous êtes tout entière suave,

bonne, miséricordieuse et charmante. Hélas ! vous n'avez de méchanceté

que pour moi seul ! Oh ! quelle fatalité !

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

461

Il cacha son visage dans ses mains. La jeune fille l'entendit pleurer. C'était

la première fois. Ainsi debout et secoué par les sanglots, il était plus

misérable et plus suppliant qu'à genoux. Il pleura ainsi un certain temps.

− Allons ! poursuivit−il ces premières larmes passées, je ne trouve pas de

paroles. J'avais pourtant bien songé à ce que je vous dirais. Maintenant je

tremble et je frissonne, je défaille à l'instant décisif, je sens quelque chose

de suprême qui nous enveloppe, et je balbutie. Oh ! je vais tomber sur le

pavé si vous ne prenez pas pitié de moi, pitié de vous. Ne nous condamnez

pas tous deux. Si vous saviez combien je vous aime ! quel coeur c'est que

mon coeur ! Oh ! quelle désertion de toute vertu ! quel abandon désespéré

de moi−même ! Docteur, je bafoue la science ; gentilhomme, je déchire

mon nom ; prêtre, je fais du missel un oreiller de luxure, je crache au

visage de mon Dieu ! tout cela pour toi, enchanteresse ! pour être plus

digne de ton enfer ! et tu ne veux pas du damné ! Oh ! que je te dise tout !

plus encore, quelque chose de plus horrible, oh ! plus horrible !...

En prononçant ces dernières paroles, son air devint tout à fait égaré. Il se

tut un instant, et reprit comme se parlant à lui−même, et d'une voix forte :

− Caïn, qu'as−tu fait de ton frère ?

Il y eut encore un silence, et il poursuivit : − Ce que j'en ai fait, Seigneur ?

Je l'ai recueilli, je l'ai élevé, je l'ai nourri, je l'ai aimé, je l'ai idolâtré, et je

l'ai tué ! Oui, Seigneur, voici qu'on vient de lui écraser la tête devant moi

sur la pierre de votre maison, et c'est à cause de moi, à cause de cette

femme, à cause d'elle...

Son oeil était hagard. Sa voix allait s'éteignant, il répéta encore plusieurs

fois, machinalement, avec d'assez longs intervalles, comme une cloche qui

prolonge sa dernière vibration : − À cause d'elle... − À cause d'elle... Puis

sa langue n'articula plus aucun son perceptible, ses lèvres remuaient

toujours cependant. Tout à coup il s'affaissa sur lui−même comme quelque

chose qui s'écroule, et demeura à terre sans mouvement, la tête dans les

genoux.

Un frôlement de la jeune fille qui retirait son pied de dessous lui le fit

revenir. Il passa lentement sa main sur ses joues creuses, et regarda

quelques instants avec stupeur ses doigts qui étaient mouillés. − Quoi !

murmura−t−il, j'ai pleuré !

E t s e t o u r n a n t s u b i t e m e n t v e r s l ' é g y p t i e n n e a v e c u n e a n g o i s s e

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

462

inexprimable :

− Hélas ! vous m'avez regardé froidement pleurer !

Enfant ! sais−tu que ces larmes sont des laves ? Est−il donc bien vrai ? de

l'homme qu'on hait rien ne touche. Tu me verrais mourir, tu rirais. Oh !

moi je ne veux pas te voir mourir ! Un mot ! un seul mot de pardon ! Ne

me dis pas que tu m'aimes, dis−moi seulement que tu veux bien, cela

suffira, je te sauverai. Sinon... Oh ! l'heure passe, je t'en supplie par tout ce

qui est sacré, n'attends pas que je sois redevenu de pierre comme ce gibet

qui te réclame aussi ! Songe que je tiens nos deux destinées dans ma main,

que je suis insensé, cela est terrible, que je puis laisser tout choir, et qu'il y

a au−dessous de nous un abîme sans fond, malheureuse, où ma chute

poursuivra la tienne durant l'éternité ! Un mot de bonté ! dis un mot ! rien

qu'un mot !

Elle ouvrit la bouche pour lui répondre. Il se précipita à genoux devant elle

pour recueillir avec adoration la parole, peut−être attendrie, qui allait sortir

de ses lèvres. Elle lui dit : − Vous êtes un assassin !

Le prêtre la prit dans ses bras avec fureur et se mit à rire d'un rire

abominable. − Eh bien, oui ! assassin ! dit−il, et je t'aurai. Tu ne veux pas

de moi pour esclave, tu m'auras pour maître. Je t'aurai. J'ai un repaire où je

te traînerai. Tu me suivras, il faudra bien que tu me suives, ou je te livre !

Il faut mourir, la belle, ou être à moi ! être au prêtre ! être à l'apostat ! être

à l'assassin ! dès cette nuit, entends−tu cela ? Allons ! de la joie ! allons !

baise−moi, folle ! La tombe ou mon lit !

Son oeil pétillait d'impureté et de rage. Sa bouche lascive rougissait le cou

de la jeune fille. Elle se débattait dans ses bras. Il la couvrait de baisers

écumants.

− Ne me mords pas, monstre ! cria−t−elle. Oh ! l'odieux infect !

laisse−moi ! Je vais t'arracher tes vilains cheveux gris et te les jeter à

poignées par la face !

Il rougit, il pâlit, puis il la lâcha et la regarda d'un air sombre. Elle se crut

victorieuse, et poursuivit : − Je te dis que je suis à mon Phoebus, que c'est

Phoebus que j'aime, que c'est Phoebus qui est beau ! Toi, prêtre, tu es

vieux ! tu es laid ! Va−t'en !

Il poussa un cri violent, comme le misérable auquel on applique un fer

rouge. − Meurs donc ! dit−il à travers un grincement de dents. Elle vit son

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

463

affreux regard, et voulut fuir. Il la reprit, il la secoua, il la jeta à terre, et

marcha à pas rapides vers l'angle de la Tour−Roland en la traînant après lui

sur le pavé par ses belles mains.

Arrivé là, il se tourna vers elle : − Une dernière fois, veux−tu être à moi ?

Elle répondit avec force : − Non.

Alors il s'écria d'une voix haute : − Gudule ! Gudule ! voici l'égyptienne !

venge−toi !

La jeune fille se sentit saisir brusquement au coude. Elle regarda. C'était un

bras décharné qui sortait d'une lucarne dans le mur et qui la tenait comme

une main de fer.

− Tiens bien ! dit le prêtre. C'est l'égyptienne échappée. Ne la lâche pas. Je

vais chercher les sergents. Tu la verras pendre.

Un rire guttural répondit de l'intérieur du mur à ces sanglantes paroles. −

Hah ! hah ! hah ! − L'égyptienne vit le prêtre s'éloigner en courant dans la

direction du Pont Notre−Dame. On entendait une cavalcade de ce côté.

La jeune fille avait reconnu la méchante recluse. Haletante de terreur, elle

essaya de se dégager. Elle se tordit, elle fit plusieurs soubresauts d'agonie

et de désespoir, mais l'autre la tenait avec une force inouïe. Les doigts

osseux et maigres qui la meurtrissaient se crispaient sur sa chair et se

rejoignaient à l'entour. On eût dit que cette main était rivée à son bras.

C'était plus qu'une chaîne, plus qu'un carcan, plus qu'un anneau de fer,

c'était une tenaille intelligente et vivante qui sortait d'un mur.

Épuisée, elle retomba contre la muraille, et alors la crainte de la mort

s'empara d'elle. Elle songea à la beauté de la vie, à la jeunesse, à la vue du

ciel, aux aspects de la nature, à l'amour, à Phoebus, à tout ce qui s'enfuyait

et à tout ce qui s'approchait, au prêtre qui la dénonçait, au bourreau qui

allait venir, au gibet qui était là. Alors elle sentit l'épouvante lui monter

jusque dans les racines des cheveux, et elle entendit le rire lugubre de la

recluse qui lui disait tout bas :

− Hah ! hah ! hah ! tu vas être pendue !

Elle se tourna mourante vers la lucarne, et elle vit la figure fauve de la

sachette à travers les barreaux. − Que vous ai−je fait ? dit−elle presque

inanimée.

La recluse ne répondit pas, elle se mit à marmotter avec une intonation

chantante, irritée et railleuse : − Fille d'Égypte ! fille d'Égypte ! fille

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

464

d'Égypte !

La malheureuse Esmeralda laissa retomber sa tête sous ses cheveux,

comprenant qu'elle n'avait pas affaire à un être humain.

Tour à coup la recluse s'écria, comme si la question de l'égyptienne avait

mis tout ce temps pour arriver jusqu'à sa pensée : − Ce que tu m'as fait ?

dis−tu ! − Ah ! ce que tu m'as fait, égyptienne ! Eh bien ! écoute. − J'avais

un enfant, moi ! vois−tu ? j'avais un enfant ! un enfant, te dis−je ! − Une

jolie petite fille ! − Mon Agnès, reprit−elle égarée et baisant quelque chose

dans les ténèbres. − Eh bien ! vois−tu, fille d'Égypte ? on m'a pris mon

enfant, on m'a volé mon enfant, on m'a mangé mon enfant. Voilà ce que tu

m'as fait.

La jeune fille répondit comme l'agneau : − Hélas ! je n'étais peut−être pas

née alors !

− Oh ! si ! repartit la recluse, tu devais être née. Tu en étais. Elle serait de

ton âge ! Ainsi ! − Voilà quinze ans que je suis ici, quinze ans que je

souffre, quinze ans que je prie, quinze ans que je me cogne la tête aux

quatre murs. − Je te dis que ce sont des égyptiennes qui me l'ont volée,

entends−tu cela ? et qui l'ont mangée avec leurs dents. As−tu un coeur ?

figure−toi ce que c'est qu'un enfant qui joue, un enfant qui tette, un enfant

qui dort. C'est si innocent ! − Eh bien ! cela, c'est cela qu'on m'a pris, qu'on

m'a tué ! Le bon Dieu le sait bien ! − Aujourd'hui, c'est mon tour, je vais

manger de l'égyptienne. − Oh ! que je te mordrais bien si les barreaux ne

m'empêchaient. J'ai la tête trop grosse ! − La pauvre petite ! pendant qu'elle

dormait ! Et si elles l'ont réveillée en la prenant, elle aura eu beau crier, je

n'étais pas là ! − Ah ! les mères égyptiennes, vous avez mangé mon

enfant ! Venez voir la vôtre.

Alors elle se mit à rire ou à grincer des dents, les deux choses se

ressemblaient sur cette figure furieuse. Le jour commençait à poindre. Un

reflet de cendre éclairait vaguement cette scène, et le gibet devenait de plus

en plus distinct dans la place. De l'autre côté, vers le Pont Notre−Dame, la

pauvre condamnée croyait entendre se rapprocher le bruit de cavalerie.

− Madame ! cria−t−elle joignant les mains et tombée sur ses deux genoux,

échevelée, éperdue, folle d'effroi, madame ! ayez pitié. Ils viennent. Je ne

vous ai rien fait. Voulez−vous me voir mourir de cette horrible façon sous

vos yeux ? Vous avez de la pitié, j'en suis sûre. C'est trop affreux.

Notre Dame de Paris

I − LE PETIT SOULIER

465

Laissez−moi me sauver. Lâchez−moi ! Grâce ! Je ne veux pas mourir

comme cela !

− Rends−moi mon enfant ! dit la recluse.

− Grâce ! grâce !

− Rends−moi mon enfant !

− Lâchez−moi, au nom du ciel !

− Rends−moi mon enfant !

Cette fois encore, la jeune fille retomba, épuisée, rompue, ayant déjà le

regard vitré de quelqu'un qui est dans la fosse. − Hélas ! bégaya−t−elle,

vous cherchez votre enfant. Moi, je cherche mes parents.

− Rends−moi ma petite Agnès ! poursuivit Gudule. Tu ne sais pas où elle

est ? Alors, meurs ! − Je vais te dire. J'étais une fille de joie, j'avais un

enfant, on m'a pris mon enfant. − Ce sont les égyptiennes. Tu vois bien

qu'il faut que tu meures. Quand ta mère l'égyptienne viendra te réclamer, je

lui dirai : La mère, regarde à ce gibet ! − Ou bien rends−moi mon enfant. −

Sais−tu où elle est, ma petite fille ? Tiens, que je te montre. Voilà son

目录
设置
设置
阅读主题
字体风格
雅黑 宋体 楷书 卡通
字体大小
适中 偏大 超大
保存设置
恢复默认
手机
手机阅读
扫码获取链接,使用浏览器打开
书架同步,随时随地,手机阅读
首 页 < 上一章 章节列表 下一章 > 尾 页