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作者:法-维克多·雨果 当前章节:15422 字 更新时间:2026-6-19 10:46

soulier, tout ce qui m'en reste. Sais−tu où est le pareil ? Si tu le sais,

dis−le−moi, et si ce n'est qu'à l'autre bout de la terre, je l'irai chercher en

marchant sur les genoux.

En parlant ainsi, de son autre bras tendu hors de la lucarne elle montrait à

l'égyptienne le petit soulier brodé. Il faisait déjà assez jour pour en

distinguer la forme et les couleurs.

− Montrez−moi ce soulier, dit l'égyptienne en tressaillant. Dieu ! Dieu ! Et

en même temps, de la main qu'elle avait libre, elle ouvrait vivement le petit

sachet orné de verroterie verte qu'elle portait au cou.

− Va ! va ! grommelait Gudule, fouille ton amulette du démon ! Tout à

coup elle s'interrompit, trembla de tout son corps, et cria avec une voix qui

venait du plus profond des entrailles : − Ma fille ! L'égyptienne venait de

tirer du sachet un petit soulier absolument pareil à l'autre. À ce petit soulier

était attaché un parchemin sur lequel ce carme était écrit :

Quand le pareil retrouveras.

Ta mère te tendra les bras.

En moins de temps qu'il n'en faut à l'éclair, la recluse avait confronté les

deux souliers, lu l'inscription du parchemin, et collé aux barreaux de la

lucarne son visage rayonnant d'une joie céleste en criant : − Ma fille ! ma

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fille !

− Ma mère ! répondit l'égyptienne.

Ici nous renonçons à peindre.

Le mur et les barreaux de fer étaient entre elles deux. − Oh ! le mur ! cria

la recluse ! Oh ! la voir et ne pas l'embrasser ! Ta main ! ta main !

La jeune fille lui passa son bras à travers la lucarne, la recluse se jeta sur

cette main, y attacha ses lèvres, et y demeura, abîmée dans ce baiser, ne

donnant plus d'autre signe de vie qu'un sanglot qui soulevait ses hanches

de temps en temps. Cependant elle pleurait à torrents, en silence, dans

l'ombre, comme une pluie de nuit. La pauvre mère vidait par flots sur cette

main adorée le noir et profond puits de larmes qui était au dedans d'elle, et

où toute sa douleur avait filtré goutté à goutte depuis quinze années.

Tout à coup, elle se releva, écarta ses longs cheveux gris de dessus son

front, et, sans dire une parole, se mit à ébranler de ses deux mains les

barreaux de sa loge plus furieusement qu'une lionne. Les barreaux tinrent

bon. Alors elle alla chercher dans un coin de sa cellule un gros pavé qui lui

servait d'oreiller, et le lança contre eux avec tant de violence qu'un des

barreaux se brisa en jetant mille étincelles. Un second coup effondra tout à

fait la vieille croix de fer qui barricadait la lucarne. Alors avec ses deux

mains elle acheva de rompre et d'écarter les tronçons rouillés des barreaux.

Il y a des moments où les mains d'une femme ont une force surhumaine.

Le passage frayé, et il fallut moins d'une minute pour cela, elle saisit sa

fille par le milieu du corps et la tira dans sa cellule. − Viens ! que je te

repêche de l'abîme ! murmurait−elle.

Quand sa fille fut dans la cellule, elle la posa doucement à terre, puis la

reprit, et la portant dans ses bras comme si ce n'était toujours que sa petite

Agnès, elle allait et venait dans l'étroite loge, ivre, forcenée, joyeuse,

criant, chantant, baisant sa fille, lui parlant, éclatant de rire, fondant en

larmes, le tout à la fois et avec emportement.

− Ma fille ! ma fille ! disait−elle. J'ai ma fille ! la voilà. Le bon Dieu me l'a

rendue. Eh vous ! venez tous ! Y a−t−il quelqu'un là pour voir que j'ai ma

fille ? Seigneur Jésus, qu'elle est belle ! Vous me l'avez fait attendre quinze

ans, mon bon Dieu, mais c'était pour me la rendre belle. − Les égyptiennes

ne l'avaient donc pas mangée ! Qui avait dit cela ? Ma petite fille ! ma

petite fille ! baise−moi. Ces bonnes égyptiennes ! J'aime les égyptiennes. −

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C'est bien toi. C'est donc cela que le coeur me sautait chaque fois que tu

passais. Moi qui prenais cela pour de la haine ! Pardonne−moi, mon

Agnès, pardonne−moi. Tu m'as trouvée bien méchante, n'est−ce pas ? Je

t'aime. − Ton petit signe au cou, l'as−tu toujours ? voyons. Elle l'a toujours.

Oh ! tu es belle ! C'est moi qui vous ai fait ces grands yeux−là,

mademoiselle. Baise−moi. Je t'aime. Cela m'est bien égal que les autres

mères aient des enfants, je me moque bien d'elles à présent. Elles n'ont qu'à

venir. Voici la mienne. Voilà son cou, ses yeux, ses cheveux, sa main.

Trouvez−moi quelque chose de beau comme cela ! Oh ! je vous en réponds

qu'elle aura des amoureux, celle−là ! J'ai pleuré quinze ans. Toute ma

beauté s'en est allée, et lui est venue. Baise−moi !

Elle lui tenait mille autres discours extravagants dont l'accent faisait toute

la beauté, dérangeait les vêtements de la pauvre fille jusqu'à la faire rougir,

lui lissait sa chevelure de soie avec la main, lui baisait le pied, le genou, le

front, les yeux, s'extasiait de tout. La jeune fille se laissait faire, en répétant

par intervalles très bas et avec une douceur infinie : − Ma mère !

− Vois−tu, ma petite fille, reprenait la recluse en entrecoupant tous ses

mots de baisers, vois−tu, je t'aimerai bien. Nous nous en irons d'ici. Nous

allons être bien heureuses. J'ai hérité quelque chose à Reims, dans notre

pays. Tu sais, Reims ? Ah ! non, tu ne sais pas cela, toi, tu étais trop

petite ! Si tu savais comme tu étais jolie, à quatre mois ! Des petits pieds

qu'on venait voir par curiosité d'Épernay qui est à sept lieues ! Nous aurons

un champ, une maison. Je te coucherai dans mon lit. Mon Dieu ! mon

Dieu ! qui est−ce qui croirait cela ? j'ai ma fille !

− Ô ma mère ! dit la jeune fille trouvant enfin la force de parler dans son

émotion, l'égyptienne me l'avait bien dit. Il y a une bonne égyptienne des

nôtres qui est morte l'an passé, et qui avait toujours eu soin de moi comme

une nourrice. C'est elle qui m'avait mis ce sachet au cou. Elle me disait

toujours : − Petite, garde bien ce bijou. C'est un trésor. Il te fera retrouver

ta mère. Tu portes ta mère à ton cou. − Elle l'avait prédit, l'égyptienne !

La sachette serra de nouveau sa fille dans ses bras. − Viens, que je te

baise ! tu dis cela gentiment. Quand nous serons au pays, nous chausserons

un Enfant−Jésus d'église avec les petits souliers. Nous devons bien cela à

la bonne sainte Vierge. Mon Dieu ! que tu as une jolie voix ! Quand tu me

parlais tout à l'heure, c'était une musique ! Ah ! mon Dieu Seigneur ! J'ai

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retrouvé mon enfant ! Mais est−ce croyable, cette histoire−là ? On ne

meurt de rien, car je ne suis pas morte de joie.

Et puis, elle se remit à battre des mains et à rire et à crier : − Nous allons

être heureuses ! En ce moment la logette retentit d'un cliquetis d'armes et

d'un galop de chevaux qui semblait déboucher du Pont Notre−Dame et

s'avancer de plus en plus sur le quai. L'égyptienne se jeta avec angoisse

dans les bras de la sachette.

− Sauvez−moi ! sauvez−moi ! ma mère ! les voilà qui viennent ! La recluse

devint pâle.

− Ô ciel ! que dis−tu là ? J'avais oublié ! on te poursuit ! Qu'as−tu donc

fait ?

− Je ne sais pas, répondit la malheureuse enfant, mais je suis condamnée à

mourir.

.− Mourir ! dit Gudule chancelant comme sous un coup de foudre. Mourir !

reprit−elle lentement et regardant sa fille avec son oeil fixe.

− Oui, ma mère, reprit la jeune fille éperdue, ils veulent me tuer. Voilà

qu'on vient me prendre. Cette potence est pour moi ! Sauvez−moi !

sauvez−moi ! Ils arrivent ! sauvez−moi ! !

La recluse resta quelques instants immobile comme une pétrification, puis

elle remua la tête en signe de doute, et tout à coup partant d'un éclat de rire,

mais de son rire effrayant qui lui était revenu : − Ho ! ho ! non ! c'est un

rêve que tu me dis là. Ah ! oui ! je l'aurais perdue, cela aurait duré quinze

ans, et puis je la retrouverais, et cela durerait une minute ! Et on me la

reprendrait ! et c'est maintenant qu'elle est belle, qu'elle est grande, qu'elle

me parle, qu'elle m'aime, c'est maintenant qu'ils viendraient me la manger,

sous mes yeux à moi qui suis la mère ! Oh non ! ces choses−là ne sont pas

possibles. Le bon Dieu n'en permet pas comme cela.

Ici la cavalcade parut s'arrêter, et l'on entendit une voix éloignée qui disait :

− Par ici, messire Tristan ! Le prêtre dit que nous la trouverons au Trou

aux rats. − Le bruit de chevaux recommença.

La recluse se dressa debout avec un cri désespéré. − Sauve−toi !

sauve−toi ! mon enfant ! Tout me revient. Tu as raison. C'est ta mort !

Horreur ! malédiction ! Sauve−toi !

Elle mit la tête à la lucarne, et la retira vite.

− Reste, dit−elle d'une voix basse, brève et lugubre, en serrant

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convulsivement la main de l'égyptienne plus morte que vive. Reste ! ne

souffle pas ! il y a des soldats partout. Tu ne peux sortir. Il fait trop de jour.

Ses yeux étaient secs et brûlants. Elle resta un moment sans parler.

Seulement elle marchait à grands pas dans la cellule, et s'arrêtait par

intervalles pour s'arracher des poignées de cheveux gris qu'elle déchirait

ensuite avec ses dents.

Tout à coup elle dit : − Ils approchent. Je vais leur parler. Cache−toi dans

ce coin. Ils ne te verront pas. Je leur dirai que tu t'es échappée, que je t'ai

lâchée, ma foi !

Elle posa sa fille, car elle la portait toujours, dans un angle de la cellule

qu'on ne voyait pas du dehors. Elle l'accroupit, l'arrangea soigneusement

de manière que ni son pied ni sa main ne dépassassent l'ombre, lui dénoua

ses cheveux noirs qu'elle répandit sur sa robe blanche pour la masquer, mit

devant elle sa cruche et son pavé, les seuls meubles qu'elle eût, s'imaginant

que cette cruche et ce pavé la cacheraient. Et quand ce fut fini, plus

tranquille, elle se mit à genoux, et pria. Le jour, qui ne faisait que de

poindre, laissait encore beaucoup de ténèbres dans le Trou aux Rats.

En cet instant, la voix du prêtre, cette voix infernale, passa très près de la

cellule en criant : − Par ici, capitaine Phoebus de Châteaupers !

À ce nom, à cette voix, la Esmeralda, tapie dans son coin, fit un

mouvement. − Ne bouge pas ! dit Gudule.

Elle achevait à peine qu'un tumulte d'hommes, d'épées et de chevaux

s'arrêta autour de la cellule. La mère se leva bien vite et s'alla poster devant

sa lucarne pour la boucher. Elle vit une grande troupe d'hommes armés, de

pied et de cheval, rangée sur la Grève. Celui qui les commandait mit pied à

terre et vint vers elle. − La vieille, dit cet homme, qui avait une figure

atroce, nous cherchons une sorcière pour la pendre : on nous a dit que tu

l'avais.

La pauvre mère prit l'air le plus indifférent qu'elle put, et répondit : − Je ne

sais pas trop ce que vous voulez dire.

L'autre reprit : − Tête−Dieu ! que chantait donc cet effaré d'archidiacre ?

Où est−il ?

− Monseigneur, dit un soldat, il a disparu.

− Or çà, la vieille folle, repartit le commandant, ne me mens pas. On t'a

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donné une sorcière à garder. Qu'en as−tu bit ?

La recluse ne voulut pas tout nier, de peur d'éveiller des soupçons, et

répondit d'un accent sincère et bourru : − Si vous parlez d'une grande jeune

fille qu'on m'a accrochée aux mains tout à l'heure, je vous dirai qu'elle m'a

mordue et que je l'ai lâchée. Voilà. Laissez−moi en repos.

Le commandant fit une grimace désappointée.

− Ne va pas me mentir, vieux spectre, reprit−il. Je m'appelle Tristan

l'Hermite, et je suis le compère du roi. Tristan l'Hermite, entends−tu ? Il

ajouta, en regardant la place de Grève autour de lui : − C'est un nom qui a

de l'écho ici.

− Vous seriez Satan l'Hermite, répliqua Gudule qui reprenait espoir, que je

n'aurais pas autre chose à vous dire et que je n'aurais pas peur de vous.

− Tête−Dieu ! dit Tristan, voilà une commère ! Ah ! la fille sorcière s'est

sauvée ! et par où a−t−elle pris ?

Gudule répondit d'un ton insouciant :

− Par la rue du Mouton, je crois.

Tristan tourna la tête, et fit signe à sa troupe de se préparer à se remettre en

marche.

La recluse respira.

− Monseigneur, dit tout à coup un archer, demandez donc à la vieille fée

pourquoi les barreaux de sa lucarne sont défaits de la sorte.

Cette question fit rentrer l'angoisse au coeur de la misérable mère. Elle ne

perdit pourtant pas toute présence d'esprit. − Ils ont toujours été ainsi,

bégaya−t−elle.

− Bah ! repartir l'archer, hier encore ils faisaient une belle croix noire qui

donnait de la dévotion.

Tristan jeta un regard oblique à la recluse.

− Je crois que la commère se trouble !

L'infortunée sentit que tout dépendait de sa bonne contenance, et la mort

dans l'âme elle se mit à ricaner. Les mères ont de ces forces−là. − Bah !

dit−elle, cet homme est ivre. Il y a plus d'un an que le cul d'une charrette

de pierres a donné dans ma lucarne et en a défoncé la grille. Que même j'ai

injurié le charretier !

− C'est vrai, dit un autre archer, j'y étais.

Il se trouve toujours partout des gens qui ont tout vu. Ce témoignage

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inespéré de l'archer ranima la recluse, à qui cet interrogatoire faisait

traverser un abîme sur le tranchant d'un couteau.

Mais elle était condamnée à une alternative continuelle d'espérance et

d'alarme.

− Si c'est une charrette qui a fait cela, repartit le premier soldat, les

tronçons des barres devraient être repoussés en dedans, tandis qu'ils sont

ramenés en dehors.

− Hé ! hé ! dit Tristan au soldat, tu as un nez d'enquêteur au Châtelet.

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