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作者:法- 大仲马 当前章节:15361 字 更新时间:2026-6-15 21:39

Luxembourg.

En attendant, les promesses de M. de Tréville allaient leur train. Un beau jour, le roi commanda à M. le

chevalier des Essarts de prendre d’Artagnan comme cadet dans sa compagnie des gardes. D’Artagnan endossa

en soupirant cet habit, qu’il e.t voulu, au prix de dix années de son existence, troquer contre la casaque de

mousquetaire. Mais M. de Tréville promit cette faveur après un noviciat de deux ans, noviciat qui pouvait être

abrégé au reste, si l’occasion se présentait pour d’Artagnan de rendre quelque service au roi ou de faire

quelque action d’éclat. D’Artagnan se retira sur cette promesse et, dès le lendemain, commen.a son service.

Alors ce fut le tour d’Athos, de Porthos et d’Aramis de monter la garde avec d’Artagnan quand il était de

garde. La compagnie de M. le chevalier des Essarts prit ainsi quatre hommes au lieu d’un, le jour où elle prit

Les trois mousquetaires

d’Artagnan.

CHAPITRE VIII UNE INTRIGUE DE COEUR

Cependant les quarante pistoles du roi Louis XIII, ainsi que toutes les choses de ce monde, après avoir eu un

commencement avaient eu une fin, et depuis cette fin nos quatre compagnons étaient tombés dans la gêne.

D’abord Athos avait soutenu pendant quelque temps l’association de ses propres deniers. Porthos lui avait

succédé, et, grace à une de ces disparitions auxquelles on était habitué, il avait pendant près de quinze jours

encore subvenu aux besoins de tout le monde; enfin était arrivé le tour d’Aramis, qui s’était exécuté de bonne

grace, et qui était parvenu, disait-il, en vendant ses livres de théologie, à se procurer quelques pistoles.

On eut alors, comme d’habitude, recours à M. de Tréville, qui fit quelques avances sur la solde; mais ces

avances ne pouvaient conduire bien loin trois mousquetaires qui avaient déjà force comptes arriérés, et un

garde qui n’en avait pas encore.

Enfin, quand on vit qu’on allait manquer tout à fait, on rassembla par un dernier effort huit ou dix pistoles que

Porthos joua. Malheureusement, il était dans une mauvaise veine: il perdit tout, plus vingt-cinq pistoles sur

parole.

Alors la gêne devint de la détresse, on vit les affamés suivis de leurs laquais courir les quais et les corps de

garde, ramassant chez leurs amis du dehors tous les d.ners qu’ils purent trouver; car, suivant l’avis d’Aramis,

on devait dans la prospérité semer des repas à droite et à gauche pour en récolter quelques-uns dans la

disgrace.

Athos fut invité quatre fois et mena chaque fois ses amis avec leurs laquais. Porthos eut six occasions et en fit

également jouir ses camarades; Aramis en eut huit. C’était un homme, comme on a déjà pu s’en apercevoir,

qui faisait peu de bruit et beaucoup de besogne.

Quant à d’Artagnan, qui ne connaissait encore personne dans la capitale, il ne trouva qu’un déjeuner de

chocolat chez un prêtre de son pays, et un d.ner chez un cornette des gardes. Il mena son armée chez le prêtre,

auquel on dévora sa provision de deux mois, et chez le cornette, qui fit des merveilles; mais, comme le disait

Planchet, on ne mange toujours qu’une fois, même quand on mange beaucoup.

D’Artagnan se trouva donc assez humilié de n’avoir eu qu’un repas et demi, car le déjeuner chez le prêtre ne

pouvait compter que pour un demi-repas, à offrir à ses compagnons en échange des festins que s’étaient

procurés Athos, Porthos et Aramis. Il se croyait à charge à la société, oubliant dans sa bonne foi toute juvénile

qu’il avait nourri cette société pendant un mois, et son esprit préoccupé se mit à travailler activement. Il

réfléchit que cette coalition de quatre hommes jeunes, braves, entreprenants et actifs devait avoir un autre but

que des promenades déhanchées, des le.ons d’escrime et des lazzi plus ou moins spirituels.

En effet, quatre hommes comme eux, quatre hommes dévoués les uns aux autres depuis la bourse jusqu’à la

vie, quatre hommes se soutenant toujours, ne reculant jamais, exécutant isolément ou ensemble les résolutions

prises en commun; quatre bras mena.ant les quatre points cardinaux ou se tournant vers un seul point,

devaient inévitablement, soit souterrainement, soit au jour, soit par la mine, soit par la tranchée, soit par la

ruse, soit par la force, s’ouvrir un chemin vers le but qu’ils voulaient atteindre, si bien défendu ou si éloigné

qu’il f.t. La seule chose qui étonnat d’Artagnan, c’est que ses compagnons n’eussent point songé à cela.

Il y songeait, lui, et sérieusement même, se creusant la cervelle pour trouver une direction à cette force unique

quatre fois multipliée avec laquelle il ne doutait pas que, comme avec le levier que cherchait Archimède, on

ne parv.nt à soulever le monde, -- lorsque l’on frappa doucement à la porte. D’Artagnan réveilla Planchet et

lui ordonna d’aller ouvrir.

Les trois mousquetaires

Que de cette phrase: d’Artagnan réveilla Planchet, le lecteur n’aille pas augurer qu’il faisait nuit ou que le jour

n’était point encore venu. Non! quatre heures venaient de sonner. Planchet, deux heures auparavant, était venu

demander à d.ner à son ma.tre, lequel lui avait répondu par le proverbe: .Qui dort d.ne.. Et Planchet d.nait en

dormant.

Un homme fut introduit, de mine assez simple et qui avait l’air d’un bourgeois.

Planchet, pour son dessert, e.t bien voulu entendre la conversation; mais le bourgeois déclara à d’Artagnan

que ce qu’il avait à lui dire étant important et confidentiel, il désirait demeurer en tête-à-tête avec lui.

D’Artagnan congédia Planchet et fit asseoir son visiteur.

Il y eut un moment de silence pendant lequel les deux hommes se regardèrent comme pour faire une

connaissance préalable, après quoi d’Artagnan s’inclina en signe qu’il écoutait.

.J’ai entendu parler de M. d’Artagnan comme d’un jeune homme fort brave, dit le bourgeois, et cette

réputation dont il jouit à juste titre m’a décidé à lui confier un secret.

-- Parlez, monsieur, parlez., dit d’Artagnan, qui d’instinct flaira quelque chose d’avantageux.

Le bourgeois fit une nouvelle pause et continua:

.J’ai ma femme qui est lingère chez la reine, monsieur, et qui ne manque ni de sagesse, ni de beauté. On me

l’a fait épouser voilà bient.t trois ans, quoiqu’elle n’e.t qu’un petit avoir, parce que M. de La Porte, le

portemanteau de la reine, est son parrain et la protège...

-- Eh bien, monsieur? demanda d’Artagnan.

-- Eh bien, reprit le bourgeois, eh bien, monsieur, ma femme a été enlevée hier matin, comme elle sortait de sa

chambre de travail.

-- Et par qui votre femme a-t-elle été enlevée?

-- Je n’en sais rien s.rement, monsieur, mais je soup.onne quelqu’un.

-- Et quelle est cette personne que vous soup.onnez?

-- Un homme qui la poursuivait depuis longtemps.

-- Diable!

-- Mais voulez-vous que je vous dise, monsieur, continua le bourgeois, je suis convaincu, moi, qu’il y a moins

d’amour que de politique dans tout cela.

-- Moins d’amour que de politique, reprit d’Artagnan d’un air fort réfléchi, et que soup.onnez-vous?

-- Je ne sais pas si je devrais vous dire ce que je soup.onne...

-- Monsieur, je vous ferai observer que je ne vous demande absolument rien, moi. C’est vous qui êtes venu.

C’est vous qui m’avez dit que vous aviez un secret à me confier. Faites donc à votre guise, il est encore temps

de vous retirer.

Les trois mousquetaires

-- Non, monsieur, non; vous m’avez l’air d’un honnête jeune homme, et j’aurai confiance en vous. Je crois

donc que ce n’est pas à cause de ses amours que ma femme a été arrêtée, mais à cause de celles d’une plus

grande dame qu’elle.

-- Ah! ah! serait-ce à cause des amours de Mme de Bois-Tracy? fit d’Artagnan, qui voulut avoir l’air, vis-à-vis

de son bourgeois, d’être au courant des affaires de la cour.

-- Plus haut, monsieur, plus haut.

-- De Mme d’Aiguillon?

-- Plus haut encore.

-- De Mme de Chevreuse?

-- Plus haut, beaucoup plus haut!

-- De la... d’Artagnan s’arrêta.

-- Oui, monsieur, répondit si bas, qu’à peine si on put l’entendre, le bourgeois épouvanté.

-- Et avec qui?

-- Avec qui cela peut-il être, si ce n’est avec le duc de...

-- Le duc de...

-- Oui, monsieur! répondit le bourgeois, en donnant à sa voix une intonation plus sourde encore.

-- Mais comment savez-vous tout cela, vous?

-- Ah! comment je le sais?

-- Oui, comment le savez-vous? Pas de demi-confidence, ou... vous comprenez.

-- Je le sais par ma femme, monsieur, par ma femme elle-même.

-- Qui le sait, elle, par qui?

-- Par M. de La Porte. Ne vous ai-je pas dit qu’elle était la filleule de M. de La Porte, l’homme de confiance

de la reine? Eh bien, M. de La Porte l’avait mise près de Sa Majesté pour que notre pauvre reine au moins e.t

quelqu’un à qui se fier, abandonnée comme elle l’est par le roi, espionnée comme elle l’est par le cardinal,

trahie comme elle l’est par tous.

-- Ah! ah! voilà qui se dessine, dit d’Artagnan.

-- Or ma femme est venue il y a quatre jours, monsieur; une de ses conditions était qu’elle devait me venir

voir deux fois la semaine; car, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, ma femme m’aime beaucoup; ma

femme est donc venue, et m’a confié que la reine, en ce moment-ci, avait de grandes craintes.

-- Vraiment?

Les trois mousquetaires

-- Oui, M. le cardinal, à ce qu’il para.t, la poursuit et la persécute plus que jamais. Il ne peut pas lui pardonner

l’histoire de la sarabande. Vous savez l’histoire de la sarabande?

-- Pardieu, si je la sais! répondit d’Artagnan, qui ne savait rien du tout, mais qui voulait avoir l’air d’être au

courant.

-- De sorte que, maintenant, ce n’est plus de la haine, c’est de la vengeance.

-- Vraiment?

-- Et la reine croit...

-- Eh bien, que croit la reine?

-- Elle croit qu’on a écrit à M. le duc de Buckingham en son nom.

-- Au nom de la reine?

-- Oui, pour le faire venir à Paris, et une fois venu à Paris, pour l’attirer dans quelque piège.

-- Diable! mais votre femme, mon cher monsieur, qu’a-t-elle à faire dans tout cela?

-- On conna.t son dévouement pour la reine, et l’on veut ou l’éloigner de sa ma.tresse, ou l’intimider pour

avoir les secrets de Sa Majesté, ou la séduire pour se servir d’elle comme d’un espion.

-- C’est probable, dit d’Artagnan; mais l’homme qui l’a enlevée, le connaissez-vous?

-- Je vous ai dit que je croyais le conna.tre.

-- Son nom?

-- Je ne le sais pas; ce que je sais seulement, c’est que c’est une créature du cardinal, son ame damnée.

-- Mais vous l’avez vu?

-- Oui, ma femme me l’a montré un jour.

-- A-t-il un signalement auquel on puisse le reconna.tre?

-- Oh! certainement, c’est un seigneur de haute mine, poil noir, teint basané, oeil per.ant, dents blanches et

une cicatrice à la tempe.

-- Une cicatrice à la tempe! s’écria d’Artagnan, et avec cela dents blanches, oeil per.ant, teint basané, poil

noir, et haute mine; c’est mon homme de Meung!

-- C’est votre homme, dites-vous?

-- Oui, oui; mais cela ne fait rien à la chose. Non, je me trompe, cela la simplifie beaucoup, au contraire: si

votre homme est le mien, je ferai d’un coup deux vengeances, voilà tout; mais où rejoindre cet homme?

-- Je n’en sais rien.

Les trois mousquetaires

-- Vous n’avez aucun renseignement sur sa demeure?

-- Aucun; un jour que je reconduisais ma femme au Louvre, il en sortait comme elle allait y entrer, et elle me

l’a fait voir.

-- Diable! diable! murmura d’Artagnan, tout ceci est bien vague; par qui avez-vous su l’enlèvement de votre

femme?

-- Par M. de La Porte.

-- Vous a-t-il donné quelque détail?

-- Il n’en avait aucun.

-- Et vous n’avez rien appris d’un autre c.té?

-- Si fait, j’ai re.u...

-- Quoi?

-- Mais je ne sais pas si je ne commets pas une grande imprudence?

-- Vous revenez encore là-dessus; cependant je vous ferai observer que, cette fois, il est un peu tard pour

reculer.

-- Aussi je ne recule pas, mordieu! s’écria le bourgeois en jurant pour se monter la tête. D’ailleurs, foi de

Bonacieux...

-- Vous vous appelez Bonacieux? interrompit d’Artagnan.

-- Oui, c’est mon nom.

-- Vous disiez donc: foi de Bonacieux! pardon si je vous ai interrompu; mais il me semblait que ce nom ne

m’était pas inconnu.

-- C’est possible, monsieur. Je suis votre propriétaire.

-- Ah! ah! fit d’Artagnan en se soulevant à demi et en saluant, vous êtes mon propriétaire?

-- Oui, monsieur, oui. Et comme depuis trois mois que vous êtes chez moi, et que distrait sans doute par vos

grandes occupations vous avez oublié de me payer mon loyer; comme, dis-je, je ne vous ai pas tourmenté un

seul instant, j’ai pensé que vous auriez égard à ma délicatesse.

-- Comment donc! mon cher monsieur Bonacieux, reprit d’Artagnan, croyez que je suis plein de

reconnaissance pour un pareil procédé, et que, comme je vous l’ai dit, si je puis vous être bon à quelque

chose...

-- Je vous crois, monsieur, je vous crois, et comme j’allais vous le dire, foi de Bonacieux, j’ai confiance en

vous.

-- Achevez donc ce que vous avez commencé à me dire..

Les trois mousquetaires

Le bourgeois tira un papier de sa poche, et le présenta à d’Artagnan.

.Une lettre! fit le jeune homme.

-- Que j’ai re.ue ce matin..

D’Artagnan l’ouvrit, et comme le jour commen.ait à baisser, il s’approcha de la fenêtre. Le bourgeois le

suivit.

.Ne cherchez pas votre femme, lut d’Artagnan, elle vous sera rendue quand on n’aura plus besoin d’elle. Si

vous faites une seule démarche pour la retrouver, vous êtes perdu..

.Voilà qui est positif, continua d’Artagnan; mais après tout, ce n’est qu’une menace.

-- Oui, mais cette menace m’épouvante; moi, monsieur, je ne suis pas homme d’épée du tout, et j’ai peur de la

Bastille.

-- Hum! fit d’Artagnan; mais c’est que je ne me soucie pas plus de la Bastille que vous, moi. S’il ne s’agissait

que d’un coup d’épée, passe encore.

-- Cependant, monsieur, j’avais bien compté sur vous dans cette occasion.

-- Oui?

-- Vous voyant sans cesse entouré de mousquetaires à l’air fort superbe, et reconnaissant que ces

mousquetaires étaient ceux de M. de Tréville, et par conséquent des ennemis du cardinal, j’avais pensé que

vous et vos amis, tout en rendant justice à notre pauvre reine, seriez enchantés de jouer un mauvais tour à Son

éminence.

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