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作者:法- 大仲马 当前章节:15426 字 更新时间:2026-6-15 21:39

Les trois mousquetaires

Et quelque chose comme un sourire per.ait sur la figure encore tout effrayée de la jeune femme.

.Ce qu’il a fait, madame? dit d’Artagnan. Je crois que son seul crime est d’avoir à la fois le bonheur et le

malheur d’être votre mari.

-- Mais, monsieur, vous savez donc...

-- Je sais que vous avez été enlevée, madame.

-- Et par qui? Le savez-vous? Oh! si vous le savez, dites-le-moi.

-- Par un homme de quarante à quarante-cinq ans, aux cheveux noirs, au teint basané, avec une cicatrice à la

tempe gauche.

-- C’est cela, c’est cela; mais son nom?

-- Ah! son nom? c’est ce que j’ignore.

-- Et mon mari savait-il que j’avais été enlevée?

-- Il en avait été prévenu par une lettre que lui avait écrite le ravisseur lui-même.

-- Et soup.onne-t-il, demanda Mme Bonacieux avec embarras, la cause de cet événement?

-- Il l’attribuait, je crois, à une cause politique.

-- J’en ai douté d’abord, et maintenant je le pense comme lui. Ainsi donc, ce cher M. Bonacieux ne m’a pas

soup.onnée un seul instant...?

-- Ah! loin de là, madame, il était trop fier de votre sagesse et surtout de votre amour..

Un second sourire presque imperceptible effleura les lèvres rosées de la belle jeune femme.

.Mais, continua d’Artagnan, comment vous êtes-vous enfuie?

-- J’ai profité d’un moment où l’on m’a laissée seule, et comme je savais depuis ce matin à quoi m’en tenir sur

mon enlèvement, à l’aide de mes draps je suis descendue par la fenêtre; alors, comme je croyais mon mari ici,

je suis accourue.

-- Pour vous mettre sous sa protection?

-- Oh! non, pauvre cher homme, je savais bien qu’il était incapable de me défendre; mais comme il pouvait

nous servir à autre chose, je voulais le prévenir.

-- De quoi?

-- Oh! ceci n’est pas mon secret, je ne puis donc pas vous le dire.

-- D’ailleurs, dit d’Artagnan (pardon, madame, si, tout garde que je suis, je vous rappelle à la prudence),

d’ailleurs je crois que nous ne sommes pas ici en lieu opportun pour faire des confidences. Les hommes que

j’ai mis en fuite vont revenir avec main-forte; s’ils nous retrouvent ici nous sommes perdus. J’ai bien fait

prévenir trois de mes amis, mais qui sait si on les aura trouvés chez eux!

Les trois mousquetaires

-- Oui, oui, vous avez raison, s’écria Mme Bonacieux effrayée; fuyons, sauvons-nous..

à ces mots, elle passa son bras sous celui de d’Artagnan et l’entra.na vivement.

.Mais où fuir? dit d’Artagnan, où nous sauver?

-- éloignons-nous d’abord de cette maison, puis après nous verrons..

Et la jeune femme et le jeune homme, sans se donner la peine de refermer la porte, descendirent rapidement la

rue des Fossoyeurs, s’engagèrent dans la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince et ne s’arrêtèrent qu’à la place

Saint-Sulpice.

.Et maintenant, qu’allons-nous faire, demanda d’Artagnan, et où voulez-vous que je vous conduise?

-- Je suis fort embarrassée de vous répondre, je vous l’avoue, dit Mme Bonacieux; mon intention était de faire

prévenir M. de La Porte par mon mari, afin que M. de La Porte p.t nous dire précisément ce qui s’était passé

au Louvre depuis trois jours, et s’il n’y avait pas danger pour moi de m’y présenter.

-- Mais moi, dit d’Artagnan, je puis aller prévenir M. de La Porte.

-- Sans doute; seulement il n’y a qu’un malheur: c’est qu’on conna.t M. Bonacieux au Louvre et qu’on le

laisserait passer, lui, tandis qu’on ne vous conna.t pas, vous, et que l’on vous fermera la porte.

-- Ah! bah, dit d’Artagnan, vous avez bien à quelque guichet du Louvre un concierge qui vous est dévoué, et

qui grace à un mot d’ordre....

Mme Bonacieux regarda fixement le jeune homme.

.Et si je vous donnais ce mot d’ordre, dit-elle, l’oublieriez-vous aussit.t que vous vous en seriez servi?

-- Parole d’honneur, foi de gentilhomme! dit d’Artagnan avec un accent à la vérité duquel il n’y avait pas à se

tromper.

-- Tenez, je vous crois; vous avez l’air d’un brave jeune homme, d’ailleurs votre fortune est peut-être au bout

de votre dévouement.

-- Je ferai sans promesse et de conscience tout ce que je pourrai pour servir le roi et être agréable à la reine, dit

d’Artagnan; disposez donc de moi comme d’un ami.

-- Mais moi, où me mettrez-vous pendant ce temps-là?

-- N’avez-vous pas une personne chez laquelle M. de La Porte puisse revenir vous prendre?

-- Non, je ne veux me fier à personne.

-- Attendez, dit d’Artagnan; nous sommes à la porte d’Athos. Oui, c’est cela.

-- Qu’est-ce qu’Athos?

-- Un de mes amis.

-- Mais s’il est chez lui et qu’il me voie?

Les trois mousquetaires

-- Il n’y est pas, et j’emporterai la clef après vous avoir fait entrer dans son appartement.

-- Mais s’il revient?

-- Il ne reviendra pas; d’ailleurs on lui dirait que j’ai amené une femme, et que cette femme est chez lui.

-- Mais cela me compromettra très fort, savez-vous!

-- Que vous importe! on ne vous conna.t pas; d’ailleurs nous sommes dans une situation à passer par-dessus

quelques convenances!

-- Allons donc chez votre ami. Où demeure-t-il?

-- Rue Férou, à deux pas d’ici.

-- Allons..

Et tous deux reprirent leur course. Comme l’avait prévu d’Artagnan, Athos n’était pas chez lui: il prit la clef,

qu’on avait l’habitude de lui donner comme à un ami de la maison, monta l’escalier et introduisit Mme

Bonacieux dans le petit appartement dont nous avons déjà fait la description.

.Vous êtes chez vous, dit-il; attendez, fermez la porte en dedans et n’ouvrez à personne, à moins que vous

n’entendiez frapper trois coups ainsi: tenez; et il frappa trois fois: deux coups rapprochés l’un de l’autre et

assez forts, un coup plus distant et plus léger.

-- C’est bien, dit Mme Bonacieux; maintenant, à mon tour de vous donner mes instructions.

-- J’écoute.

-- Présentez-vous au guichet du Louvre, du c.té de la rue de l’échelle, et demandez Germain.

-- C’est bien. Après?

-- Il vous demandera ce que vous voulez, et alors vous lui répondrez par ces deux mots: Tours et Bruxelles.

Aussit.t il se mettra à vos ordres.

-- Et que lui ordonnerai-je?

-- D’aller chercher M. de La Porte, le valet de chambre de la reine.

-- Et quand il l’aura été chercher et que M. de La Porte sera venu?

-- Vous me l’enverrez.

-- C’est bien, mais où et comment vous reverrai-je?

-- Y tenez-vous beaucoup à me revoir?

-- Certainement.

-- Eh bien, reposez-vous sur moi de ce soin, et soyez tranquille.

Les trois mousquetaires

-- Je compte sur votre parole.

-- Comptez-y..

D’Artagnan salua Mme Bonacieux en lui lan.ant le coup d’oeil le plus amoureux qu’il lui f.t possible de

concentrer sur sa charmante petite personne, et tandis qu’il descendait l’escalier, il entendit la porte se fermer

derrière lui à double tour. En deux bonds il fut au Louvre: comme il entrait au guichet de échelle, dix heures

sonnaient. Tous les événements que nous venons de raconter s’étaient succédé en une demi-heure.

Tout s’exécuta comme l’avait annoncé Mme Bonacieux. Au mot d’ordre convenu, Germain s’inclina; dix

minutes après, La Porte était dans la loge; en deux mots, d’Artagnan le mit au fait et lui indiqua où était Mme

Bonacieux. La Porte s’assura par deux fois de l’exactitude de l’adresse, et partit en courant. Cependant, à

peine eut-il fait dix pas, qu’il revint.

.Jeune homme, dit-il à d’Artagnan, un conseil.

-- Lequel?

-- Vous pourriez être inquiété pour ce qui vient de se passer.

-- Vous croyez?

-- Oui. Avez-vous quelque ami dont la pendule retarde?

-- Eh bien?

-- Allez le voir pour qu’il puisse témoigner que vous étiez chez lui à neuf heures et demie. En justice, cela

s’appelle un alibi..

D’Artagnan trouva le conseil prudent; il prit ses jambes à son cou, il arriva chez M. de Tréville, mais, au lieu

de passer au salon avec tout le monde, il demanda à entrer dans son cabinet. Comme d’Artagnan était un des

habitués de l’h.tel, on ne fit aucune difficulté d’accéder à sa demande; et l’on alla prévenir M. de Tréville que

son jeune compatriote, ayant quelque chose d’important à lui dire, sollicitait une audience particulière. Cinq

minutes après, M. de Tréville demandait à d’Artagnan ce qu’il pouvait faire pour son service et ce qui lui

valait sa visite à une heure si avancée.

.Pardon, monsieur! dit d’Artagnan, qui avait profité du moment où il était resté seul pour retarder l’horloge de

trois quarts d’heure; j’ai pensé que, comme il n’était que neuf heures vingt- cinq minutes, il était encore temps

de me présenter chez vous.

-- Neuf heures vingt-cinq minutes! s’écria M. de Tréville en regardant sa pendule; mais c’est impossible!

-- Voyez plut.t, monsieur, dit d’Artagnan, voilà qui fait foi.

-- C’est juste, dit M. de Tréville, j’aurais cru qu’il était plus tard. Mais voyons, que me voulez-vous?.

Alors d’Artagnan fit à M. de Tréville une longue histoire sur la reine. Il lui exposa les craintes qu’il avait

con.ues à l’égard de Sa Majesté; il lui raconta ce qu’il avait entendu dire des projets du cardinal à l’endroit de

Buckingham, et tout cela avec une tranquillité et un aplomb dont M. de Tréville fut d’autant mieux la dupe,

que lui-même, comme nous l’avons dit, avait remarqué quelque chose de nouveau entre le cardinal, le roi et la

reine.

Les trois mousquetaires

à dix heures sonnant, d’Artagnan quitta M. de Tréville, qui le remercia de ses renseignements, lui

recommanda d’avoir toujours à coeur le service du roi et de la reine, et qui rentra dans le salon. Mais, au bas

de l’escalier, d’Artagnan se souvint qu’il avait oublié sa canne: en conséquence, il remonta précipitamment,

rentra dans le cabinet, d’un tour de doigt remit la pendule à son heure, pour qu’on ne p.t pas s’apercevoir, le

lendemain, qu’elle avait été dérangée, et s.r désormais qu’il y avait un témoin pour prouver son alibi, il

descendit l’escalier et se trouva bient.t dans la rue.

CHAPITRE XI L’INTRIGUE SE NOUE

Sa visite faite à M. de Tréville, d’Artagnan prit, tout pensif, le plus long pour rentrer chez lui.

à quoi pensait d’Artagnan, qu’il s’écartait ainsi de sa route, regardant les étoiles du ciel, et tant.t soupirant

tant.t souriant?

Il pensait à Mme Bonacieux. Pour un apprenti mousquetaire, la jeune femme était presque une idéalité

amoureuse. Jolie, mystérieuse, initiée à presque tous les secrets de cour, qui reflétaient tant de charmante

gravité sur ses traits gracieux, elle était soup.onnée de n’être pas insensible, ce qui est un attrait irrésistible

pour les amants novices; de plus, d’Artagnan l’avait délivrée des mains de ces démons qui voulaient la fouiller

et la maltraiter, et cet important service avait établi entre elle et lui un de ces sentiments de reconnaissance qui

prennent si facilement un plus tendre caractère.

D’Artagnan se voyait déjà, tant les rêves marchent vite sur les ailes de l’imagination, accosté par un messager

de la jeune femme qui lui remettait quelque billet de rendez-vous, une cha.ne d’or ou un diamant. Nous avons

dit que les jeunes cavaliers recevaient sans honte de leur roi; ajoutons qu’en ce temps de facile morale, ils

n’avaient pas plus de vergogne à l’endroit de leurs ma.tresses, et que celles-ci leur laissaient presque toujours

de précieux et durables souvenirs, comme si elles eussent essayé de conquérir la fragilité de leurs sentiments

par la solidité de leurs dons.

On faisait alors son chemin par les femmes, sans en rougir. Celles qui n’étaient que belles donnaient leur

beauté, et de là vient sans doute le proverbe, que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a.

Celles qui étaient riches donnaient en outre une partie de leur argent, et l’on pourrait citer bon nombre de

héros de cette galante époque qui n’eussent gagné ni leurs éperons d’abord, ni leurs batailles ensuite, sans la

bourse plus ou moins garnie que leur ma.tresse attachait à l’ar.on de leur selle.

D’Artagnan ne possédait rien; l’hésitation du provincial, vernis léger, fleur éphémère, duvet de la pêche,

s’était évaporée au vent des conseils peu orthodoxes que les trois mousquetaires donnaient à leur ami.

D’Artagnan, suivant l’étrange coutume du temps, se regardait à Paris comme en campagne, et cela ni plus ni

moins que dans les Flandres: l’Espagnol là-bas, la femme ici. C’était partout un ennemi à combattre, des

contributions à frapper.

Mais, disons-le, pour le moment d’Artagnan était m. d’un sentiment plus noble et plus désintéressé. Le

mercier lui avait dit qu’il était riche; le jeune homme avait pu deviner qu’avec un niais comme l’était M.

Bonacieux, ce devait être la femme qui tenait la clef de la bourse. Mais tout cela n’avait influé en rien sur le

sentiment produit par la vue de Mme Bonacieux, et l’intérêt était resté à peu près étranger à ce

commencement d’amour qui en avait été la suite. Nous disons: à peu près, car l’idée qu’une jeune femme,

belle, gracieuse, spirituelle, est riche en même temps, n’.te rien à ce commencement d’amour, et tout au

contraire le corrobore.

Il y a dans l’aisance une foule de soins et de caprices aristocratiques qui vont bien à la beauté. Un bas fin et

blanc, une robe de soie, une guimpe de dentelle, un joli soulier au pied, un frais ruban sur la tête, ne font point

jolie une femme laide, mais font belle une femme jolie, sans compter les mains qui gagnent à tout cela; les

mains, chez les femmes surtout, ont besoin de rester oisives pour rester belles.

Les trois mousquetaires

Puis d’Artagnan, comme le sait bien le lecteur, auquel nous n’avons pas caché l’état de sa fortune, d’Artagnan

n’était pas un millionnaire; il espérait bien le devenir un jour, mais le temps qu’il se fixait lui-même pour cet

heureux changement était assez éloigné. En attendant, quel désespoir que de voir une femme qu’on aime

désirer ces mille riens dont les femmes composent leur bonheur, et de ne pouvoir lui donner ces mille riens!

Au moins, quand la femme est riche et que l’amant ne l’est pas, ce qu’il ne peut lui offrir elle se l’offre

elle-même; et quoique ce soit ordinairement avec l’argent du mari qu’elle se passe cette jouissance, il est rare

que ce soit à lui qu’en revienne la reconnaissance.

Puis d’Artagnan, disposé à être l’amant le plus tendre, était en attendant un ami très dévoué. Au milieu de ses

projets amoureux sur la femme du mercier, il n’oubliait pas les siens. La jolie Mme Bonacieux était femme à

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