饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15424 字 更新时间:2026-6-15 21:39

qui m’a sauvée de tous les dangers auxquels, seule, j’eusse été exposée. Mais le moment est venu de tenir

votre parole: je suis arrivée à ma destination.

-- Et vous n’aurez plus rien à craindre en revenant?

-- Je n’aurai à craindre que les voleurs.

-- N’est-ce donc rien?

-- Que pourraient-ils me prendre? je n’ai pas un denier sur moi.

-- Vous oubliez ce beau mouchoir brodé, armorié.

-- Lequel?

-- Celui que j’ai trouvé à vos pieds et que j’ai remis dans votre poche.

-- Taisez-vous, taisez-vous, malheureux! s’écria la jeune femme, voulez-vous me perdre?

Les trois mousquetaires

-- Vous voyez bien qu’il y a encore du danger pour vous, puisqu’un seul mot vous fait trembler, et que vous

avouez que, si on entendait ce mot, vous seriez perdue. Ah! tenez, madame, s’écria d’Artagnan en lui

saisissant la main et la couvrant d’un ardent regard, tenez! soyez plus généreuse, confiez-vous à moi; n’avezvous

donc pas lu dans mes yeux qu’il n’y a que dévouement et sympathie dans mon coeur?

-- Si fait, répondit Mme Bonacieux; aussi demandez-moi mes secrets, et je vous les dirai; mais ceux des

autres, c’est autre chose.

-- C’est bien, dit d’Artagnan, je les découvrirai; puisque ces secrets peuvent avoir une influence sur votre vie,

il faut que ces secrets deviennent les miens.

-- Gardez-vous-en bien, s’écria la jeune femme avec un sérieux qui fit frissonner d’Artagnan malgré lui. Oh!

ne vous mêlez en rien de ce qui me regarde, ne cherchez point à m’aider dans ce que j’accomplis; et cela, je

vous le demande au nom de l’intérêt que je vous inspire, au nom du service que vous m’avez rendu! et que je

n’oublierai de ma vie. Croyez bien plut.t à ce que je vous dis. Ne vous occupez plus de moi, je n’existe plus

pour vous, que ce soit comme si vous ne m’aviez jamais vue.

-- Aramis doit-il en faire autant que moi, madame? dit d’Artagnan piqué.

-- Voilà deux ou trois fois que vous avez prononcé ce nom, monsieur, et cependant je vous ai dit que je ne le

connaissais pas.

-- Vous ne connaissez pas l’homme au volet duquel vous avez été frapper. Allons donc, madame! vous me

croyez par trop crédule, aussi!

-- Avouez que c’est pour me faire parler que vous inventez cette histoire, et que vous créez ce personnage.

-- Je n’invente rien, madame, je ne crée rien, je dis l’exacte vérité.

-- Et vous dites qu’un de vos amis demeure dans cette maison?

-- Je le dis et je le répète pour la troisième fois, cette maison est celle qu’habite mon ami, et cet ami est

Aramis.

-- Tout cela s’éclaircira plus tard, murmura la jeune femme: maintenant, monsieur, taisez-vous.

-- Si vous pouviez voir mon coeur tout à découvert, dit d’Artagnan, vous y liriez tant de curiosité, que vous

auriez pitié de moi, et tant d’amour, que vous satisferiez à l’instant même ma curiosité. On n’a rien à craindre

de ceux qui vous aiment.

-- Vous parlez bien vite d’amour, monsieur! dit la jeune femme en secouant la tête.

-- C’est que l’amour m’est venu vite et pour la première fois, et que je n’ai pas vingt ans..

La jeune femme le regarda à la dérobée.

.écoutez, je suis déjà sur la trace, dit d’Artagnan. Il y a trois mois, j’ai manqué avoir un duel avec Aramis

pour un mouchoir pareil à celui que vous avez montré à cette femme qui était chez lui, pour un mouchoir

marqué de la même manière, j’en suis s.r.

-- Monsieur, dit la jeune femme, vous me fatiguez fort, je vous le jure, avec ces questions.

Les trois mousquetaires

-- Mais vous, si prudente, madame, songez-y, si vous étiez arrêtée avec ce mouchoir, et que ce mouchoir f.t

saisi, ne seriez-vous pas compromise?

-- Pourquoi cela, les initiales ne sont-elles pas les miennes: C.B., Constance Bonacieux?

-- Ou Camille de Bois-Tracy.

-- Silence, monsieur, encore une fois silence! Ah! puisque les dangers que je cours pour moi-même ne vous

arrêtent pas, songez à ceux que vous pouvez courir, vous!

-- Moi?

-- Oui, vous. Il y a danger de la prison, il y a danger de la vie à me conna.tre.

-- Alors, je ne vous quitte plus.

-- Monsieur, dit la jeune femme suppliant et joignant les mains, monsieur, au nom du Ciel, au nom de

l’honneur d’un militaire, au nom de la courtoisie d’un gentilhomme, éloignez-vous; tenez, voilà minuit qui

sonne, c’est l’heure où l’on m’attend.

-- Madame, dit le jeune homme en s’inclinant, je ne sais rien refuser à qui me demande ainsi; soyez contente,

je m’éloigne.

-- Mais vous ne me suivrez pas, vous ne m’épierez pas?

-- Je rentre chez moi à l’instant.

-- Ah! je le savais bien, que vous étiez un brave jeune homme!. s’écria Mme Bonacieux en lui tendant une

main et en posant l’autre sur le marteau d’une petite porte presque perdue dans la muraille.

-- D’Artagnan saisit la main qu’on lui tendait et la baisa ardemment.

.Ah! j’aimerais mieux ne vous avoir jamais vue, s’écria d’Artagnan avec cette brutalité na.ve que les femmes

préfèrent souvent aux afféteries de la politesse, parce qu’elle découvre le fond de la pensée et qu’elle prouve

que le sentiment l’emporte sur la raison.

-- Eh bien, reprit Mme Bonacieux d’une voix presque caressante, et en serrant la main de d’Artagnan qui

n’avait pas abandonné la sienne; eh bien, je n’en dirai pas autant que vous: ce qui est perdu pour aujourd’hui

n’est pas perdu pour l’avenir. Qui sait, si lorsque je serai déliée un jour, je ne satisferai pas votre curiosité?

-- Et faites-vous la même promesse à mon amour? s’écria d’Artagnan au comble de la joie.

-- Oh! de ce c.té, je ne veux point m’engager, cela dépendra des sentiments que vous saurez m’inspirer.

-- Ainsi, aujourd’hui, madame...

-- Aujourd’hui, monsieur, je n’en suis encore qu’à la reconnaissance.

-- Ah! vous êtes trop charmante, dit d’Artagnan avec tristesse, et vous abusez de mon amour.

-- Non, j’use de votre générosité, voilà tout. Mais croyez-le bien, avec certaines gens tout se retrouve.

Les trois mousquetaires

-- Oh! vous me rendez le plus heureux des hommes. N’oubliez pas cette soirée, n’oubliez pas cette promesse.

-- Soyez tranquille, en temps et lieu je me souviendrai de tout. Eh bien, partez donc, partez, au nom du Ciel!

On m’attendait à minuit juste, et je suis en retard.

-- De cinq minutes.

-- Oui; mais dans certaines circonstances, cinq minutes sont cinq siècles.

-- Quand on aime.

-- Eh bien, qui vous dit que je n’ai pas affaire à un amoureux?

-- C’est un homme qui vous attend? s’écria d’Artagnan, un homme!

-- Allons, voilà la discussion qui va recommencer, fit Mme Bonacieux avec un demi-sourire qui n’était pas

exempt d’une certaine teinte d’impatience.

-- Non, non, je m’en vais, je pars; je crois en vous, je veux avoir tout le mérite de mon dévouement, ce

dévouement d.t-il être une stupidité. Adieu, madame, adieu!.

Et comme s’il ne se f.t senti la force de se détacher de la main qu’il tenait que par une secousse, il s’éloigna

tout courant, tandis que Mme Bonacieux frappait, comme au volet, trois coups lents et réguliers; puis, arrivé à

l’angle de la rue, il se retourna: la porte s’était ouverte et refermée, la jolie mercière avait disparu.

D’Artagnan continua son chemin, il avait donné sa parole de ne pas épier Mme Bonacieux, et sa vie e.t-elle

dépendu de l’endroit où elle allait se rendre, ou de la personne qui devait l’accompagner, d’Artagnan serait

rentré chez lui, puisqu’il avait dit qu’il y rentrait. Cinq minutes après, il était dans la rue des Fossoyeurs.

.Pauvre Athos, disait-il, il ne saura pas ce que cela veut dire. Il se sera endormi en m’attendant, ou il sera

retourné chez lui, et en rentrant il aura appris qu’une femme y était venue. Une femme chez Athos! Après

tout, continua d’Artagnan, il y en avait bien une chez Aramis. Tout cela est fort étrange, et je serais bien

curieux de savoir comment cela finira.

-- Mal, monsieur, mal., répondit une voix que le jeune homme reconnut pour celle de Planchet; car tout en

monologuant tout haut, à la manière des gens très préoccupés, il s’était engagé dans l’allée au fond de laquelle

était l’escalier qui conduisait à sa chambre.

.Comment, mal? que veux-tu dire, imbécile? demanda d’Artagnan, qu’est-il donc arrivé?

-- Toutes sortes de malheurs.

-- Lesquels?

-- D’abord M. Athos est arrêté.

-- Arrêté! Athos! arrêté! pourquoi?

-- On l’a trouvé chez vous; on l’a pris pour vous.

-- Et par qui a-t-il été arrêté?

Les trois mousquetaires

-- Par la garde qu’ont été chercher les hommes noirs que vous avez mis en fuite.

-- Pourquoi ne s’est-il pas nommé? pourquoi n’a-t-il pas dit qu’il était étranger à cette affaire?

-- Il s’en est bien gardé, monsieur; il s’est au contraire approché de moi et m’a dit: .C’est ton ma.tre qui a

besoin de sa liberté en ce moment, et non pas moi, puisqu’il sait tout et que je ne sais rien. On le croira arrêté,

et cela lui donnera du temps; dans trois jours je dirai qui je suis, et il faudra bien qu’on me fasse sortir..

-- Bravo, Athos! noble coeur, murmura d’Artagnan, je le reconnais bien là! Et qu’ont fait les sbires?

-- Quatre l’ont emmené je ne sais où, à la Bastille ou au For- l’évêque; deux sont restés avec les hommes

noirs, qui ont fouillé partout et qui ont pris tous les papiers. Enfin les deux derniers, pendant cette expédition,

montaient la garde à la porte; puis, quand tout a été fini, ils sont partis, laissant la maison vide et tout ouvert.

-- Et Porthos et Aramis?

-- Je ne les avais pas trouvés, ils ne sont pas venus.

-- Mais ils peuvent venir d’un moment à l’autre, car tu leur as fait dire que je les attendais?

-- Oui, monsieur.

-- Eh bien, ne bouge pas d’ici; s’ils viennent, préviens-les de ce qui m’est arrivé, qu’ils m’attendent au cabaret

de la Pomme de Pin; ici il y aurait danger, la maison peut être espionnée. Je cours chez M. de Tréville pour lui

annoncer tout cela, et je les y rejoins.

-- C’est bien, monsieur, dit Planchet.

-- Mais tu resteras, tu n’auras pas peur! dit d’Artagnan en revenant sur ses pas pour recommander le courage à

son laquais.

-- Soyez tranquille, monsieur, dit Planchet, vous ne me connaissez pas encore; je suis brave quand je m’y

mets, allez; c’est le tout de m’y mettre; d’ailleurs je suis Picard.

-- Alors, c’est convenu, dit d’Artagnan, tu te fais tuer plut.t que de quitter ton poste.

-- Oui, monsieur, et il n’y a rien que je ne fasse pour prouver à monsieur que je lui suis attaché..

.Bon, dit en lui-même d’Artagnan, il para.t que la méthode que j’ai employée à l’égard de ce gar.on est

décidément la bonne: j’en userai dans l’occasion..

Et de toute la vitesse de ses jambes, déjà quelque peu fatiguées cependant par les courses de la journée,

d’Artagnan se dirigea vers la rue du Colombier.

M. de Tréville n’était point à son h.tel; sa compagnie était de garde au Louvre; il était au Louvre avec sa

compagnie.

Il fallait arriver jusqu’à M. de Tréville; il était important qu’il f.t prévenu de ce qui se passait. D’Artagnan

résolut d’essayer d’entrer au Louvre. Son costume de garde dans la compagnie de M. des Essarts lui devait

être un passeport.

Il descendit donc la rue des Petits-Augustins, et remonta le quai pour prendre le Pont-Neuf. Il avait eu un

Les trois mousquetaires

instant l’idée de passer le bac; mais en arrivant au bord de l’eau, il avait machinalement introduit sa main dans

sa poche et s’était aper.u qu’il n’avait pas de quoi payer le passeur.

Comme il arrivait à la hauteur de la rue Guénégaud, il vit déboucher de la rue Dauphine un groupe composé

de deux personnes et dont l’allure le frappa.

Les deux personnes qui composaient le groupe étaient: l’un, un homme; l’autre, une femme.

La femme avait la tournure de Mme Bonacieux, et l’homme ressemblait à s’y méprendre à Aramis.

En outre, la femme avait cette mante noire que d’Artagnan voyait encore se dessiner sur le volet de la rue de

Vaugirard et sur la porte de la rue de La Harpe.

De plus, l’homme portait l’uniforme des mousquetaires.

Le capuchon de la femme était rabattu, l’homme tenait son mouchoir sur son visage; tous deux, cette double

précaution l’indiquait, tous deux avaient donc intérêt à n’être point reconnus.

Ils prirent le pont: c’était le chemin de d’Artagnan, puisque d’Artagnan se rendait au Louvre; d’Artagnan les

suivit.

D’Artagnan n’avait pas fait vingt pas, qu’il fut convaincu que cette femme, c’était Mme Bonacieux, et que cet

homme, c’était Aramis.

Il sentit à l’instant même tous les soup.ons de la jalousie qui s’agitaient dans son coeur.

Il était doublement trahi et par son ami et par celle qu’il aimait déjà comme une ma.tresse. Mme Bonacieux

lui avait juré ses grands dieux qu’elle ne connaissait pas Aramis, et un quart d’heure après qu’elle lui avait fait

ce serment, il la retrouvait au bras d’Aramis.

D’Artagnan ne réfléchit pas seulement qu’il connaissait la jolie mercière depuis trois heures seulement,

qu’elle ne lui devait rien qu’un peu de reconnaissance pour l’avoir délivrée des hommes noirs qui voulaient

l’enlever, et qu’elle ne lui avait rien promis. Il se regarda comme un amant outragé, trahi, bafoué; le sang et la

colère lui montèrent au visage, il résolut de tout éclaircir.

La jeune femme et le jeune homme s’étaient aper.us qu’ils étaient suivis, et ils avaient doublé le pas.

D’Artagnan prit sa course, les dépassa, puis revint sur eux au moment où ils se trouvaient devant la

Samaritaine, éclairée par un réverbère qui projetait sa lueur sur toute cette partie du pont.

D’Artagnan s’arrêta devant eux, et ils s’arrêtèrent devant lui.

.Que voulez-vous, monsieur? demanda le mousquetaire en reculant d’un pas et avec un accent étranger qui

prouvait à d’Artagnan qu’il s’était trompé dans une partie de ses conjectures.

-- Ce n’est pas Aramis! s’écria-t-il.

-- Non, monsieur, ce n’est point Aramis, et à votre exclamation je vois que vous m’avez pris pour un autre, et

je vous pardonne.

-- Vous me pardonnez! s’écria d’Artagnan.

-- Oui, répondit l’inconnu. Laissez-moi donc passer, puisque ce n’est pas à moi que vous avez affaire.

Les trois mousquetaires

-- Vous avez raison, monsieur, dit d’Artagnan, ce n’est pas à vous que j’ai affaire, c’est à madame.

-- à madame! vous ne la connaissez pas, dit l’étranger.

-- Vous vous trompez, monsieur, je la connais.

-- Ah! fit Mme Bonacieux d’un ton de reproche, ah monsieur! j’avais votre parole de militaire et votre foi de

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