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作者:法- 大仲马 当前章节:15367 字 更新时间:2026-6-15 21:39

embarrassé:

.Et maintenant, dit-il, il me reste à faire la perquisition principale.

-- Laquelle? demanda la reine, qui ne comprenait pas ou plut.t qui ne voulait pas comprendre.

-- Sa Majesté est certaine qu’une lettre a été écrite par vous dans la journée; elle sait qu’elle n’a pas encore été

envoyée à son adresse. Cette lettre ne se trouve ni dans votre table, ni dans votre secrétaire, et cependant cette

lettre est quelque part.

-- Oserez-vous porter la main sur votre reine? dit Anne d’Autriche en se dressant de toute sa hauteur et en

fixant sur le chancelier ses yeux, dont l’expression était devenue presque mena.ante.

-- Je suis un fidèle sujet du roi, madame; et tout ce que Sa Majesté ordonnera, je le ferai.

-- Eh bien, c’est vrai, dit Anne d’Autriche, et les espions de M. le cardinal l’ont bien servi. J’ai écrit

aujourd’hui une lettre, cette lettre n’est point partie. La lettre est là..

Et la reine ramena sa belle main à son corsage.

.Alors donnez-moi cette lettre, madame, dit le chancelier.

-- Je ne la donnerai qu’au roi, monsieur, dit Anne.

-- Si le roi e.t voulu que cette lettre lui f.t remise, madame, il vous l’e.t demandée lui-même. Mais, je vous le

répète, c’est moi qu’il a chargé de vous la réclamer, et si vous ne la rendiez pas...

Les trois mousquetaires

-- Eh bien?

-- C’est encore moi qu’il a chargé de vous la prendre.

-- Comment, que voulez-vous dire?

-- Que mes ordres vont loin, madame, et que je suis autorisé à chercher le papier suspect sur la personne

même de Votre Majesté.

-- Quelle horreur! s’écria la reine.

-- Veuillez donc, madame, agir plus facilement.

-- Cette conduite est d’une violence infame; savez-vous cela, monsieur?

-- Le roi commande, madame, excusez-moi.

-- Je ne le souffrirai pas; non, non, plut.t mourir!. s’écria la reine, chez laquelle se révoltait le sang impérieux

de l’Espagnole et de l’Autrichienne.

Le chancelier fit une profonde révérence, puis avec l’intention bien patente de ne pas reculer d’une semelle

dans l’accomplissement de la commission dont il s’était chargé, et comme e.t pu le faire un valet de bourreau

dans la chambre de la question, il s’approcha d’Anne d’Autriche des yeux de laquelle on vit à l’instant même

jaillir des pleurs de rage.

La reine était, comme nous l’avons dit, d’une grande beauté.

La commission pouvait donc passer pour délicate, et le roi en était arrivé, à force de jalousie contre

Buckingham, à n’être plus jaloux de personne.

Sans doute le chancelier Séguier chercha des yeux à ce moment le cordon de la fameuse cloche; mais, ne le

trouvant pas, il en prit son parti et tendit la main vers l’endroit où la reine avait avoué que se trouvait le papier.

Anne d’Autriche fit un pas en arrière, si pale qu’on e.t dit qu’elle allait mourir; et, s’appuyant de la main

gauche, pour ne pas tomber, à une table qui se trouvait derrière elle, elle tira de la droite un papier de sa

poitrine et le tendit au garde des sceaux.

.Tenez, monsieur, la voilà, cette lettre, s’écria la reine d’une voix entrecoupée et frémissante, prenez-la, et me

délivrez de votre odieuse présence..

Le chancelier, qui de son c.té tremblait d’une émotion facile à concevoir, prit la lettre, salua jusqu’à terre et se

retira.

à peine la porte se fut-elle refermée sur lui, que la reine tomba à demi évanouie dans les bras de ses femmes.

Le chancelier alla porter la lettre au roi sans en avoir lu un seul mot. Le roi la prit d’une main tremblante,

chercha l’adresse, qui manquait, devint très pale, l’ouvrit lentement, puis, voyant par les premiers mots qu’elle

était adressée au roi d’Espagne, il lut très rapidement.

C’était tout un plan d’attaque contre le cardinal. La reine invitait son frère et l’empereur d’Autriche à faire

semblant, blessés qu’ils étaient par la politique de Richelieu, dont l’éternelle préoccupation fut l’abaissement

de la maison d’Autriche, de déclarer la guerre à la France et d’imposer comme condition de la paix le renvoi

Les trois mousquetaires

du cardinal: mais d’amour, il n’y en avait pas un seul mot dans toute cette lettre.

Le roi, tout joyeux, s’informa si le cardinal était encore au Louvre. On lui dit que Son éminence attendait,

dans le cabinet de travail, les ordres de Sa Majesté.

Le roi se rendit aussit.t près de lui.

.Tenez, duc, lui dit-il, vous aviez raison, et c’est moi qui avais tort; toute l’intrigue est politique, et il n’était

aucunement question d’amour dans cette lettre, que voici. En échange, il y est fort question de vous..

Le cardinal prit la lettre et la lut avec la plus grande attention; puis, lorsqu’il fut arrivé au bout, il la relut une

seconde fois.

.Eh bien, Votre Majesté, dit-il, vous voyez jusqu’où vont mes ennemis: on vous menace de deux guerres, si

vous ne me renvoyez pas. à votre place, en vérité, Sire, je céderais à de si puissantes instances, et ce serait de

mon c.té avec un véritable bonheur que je me retirerais des affaires.

-- Que dites-vous là, duc?

-- Je dis, Sire, que ma santé se perd dans ces luttes excessives et dans ces travaux éternels. Je dis que, selon

toute probabilité, je ne pourrai pas soutenir les fatigues du siège de La Rochelle, et que mieux vaut que vous

nommiez là ou M. de Condé, ou M. de Bassompierre, ou enfin quelque vaillant homme dont c’est l’état de

mener la guerre, et non pas moi qui suis homme d’église et qu’on détourne sans cesse de ma vocation pour

m’appliquer à des choses auxquelles je n’ai aucune aptitude. Vous en serez plus heureux à l’intérieur, Sire, et

je ne doute pas que vous n’en soyez plus grand à l’étranger.

-- Monsieur le duc, dit le roi, je comprends, soyez tranquille; tous ceux qui sont nommés dans cette lettre

seront punis comme ils le méritent, et la reine elle-même.

-- Que dites-vous là, Sire? Dieu me garde que, pour moi, la reine éprouve la moindre contrariété! elle m’a

toujours cru son ennemi, Sire, quoique Votre Majesté puisse attester que j’ai toujours pris chaudement son

parti, même contre vous. Oh! si elle trahissait Votre Majesté à l’endroit de son honneur, ce serait autre chose,

et je serais le premier à dire: .Pas de grace, Sire, pas de grace pour la coupable!. Heureusement il n’en est

rien, et Votre Majesté vient d’en acquérir une nouvelle preuve.

-- C’est vrai, monsieur le cardinal, dit le roi, et vous aviez raison, comme toujours; mais la reine n’en mérite

pas moins toute ma colère.

-- C’est vous, Sire, qui avez encouru la sienne; et véritablement, quand elle bouderait sérieusement Votre

Majesté, je le comprendrais; Votre Majesté l’a traitée avec une sévérité!...

-- C’est ainsi que je traiterai toujours mes ennemis et les v.tres, duc, si haut placés qu’ils soient et quelque

péril que je coure à agir sévèrement avec eux.

-- La reine est mon ennemie, mais n’est pas la v.tre, Sire; au contraire, elle est épouse dévouée, soumise et

irréprochable; laissez-moi donc, Sire, intercéder pour elle près de Votre Majesté.

-- Qu’elle s’humilie alors, et qu’elle revienne à moi la première!

-- Au contraire, Sire, donnez l’exemple; vous avez eu le premier tort, puisque c’est vous qui avez soup.onné

la reine.

Les trois mousquetaires

-- Moi, revenir le premier? dit le roi; jamais!

-- Sire, je vous en supplie.

-- D’ailleurs, comment reviendrais-je le premier?

-- En faisant une chose que vous sauriez lui être agréable.

-- Laquelle?

-- Donnez un bal; vous savez combien la reine aime la danse; je vous réponds que sa rancune ne tiendra point

à une pareille attention.

-- Monsieur le cardinal, vous savez que je n’aime pas tous les plaisirs mondains.

-- La reine ne vous en sera que plus reconnaissante, puisqu’elle sait votre antipathie pour ce plaisir; d’ailleurs

ce sera une occasion pour elle de mettre ces beaux ferrets de diamants que vous lui avez donnés l’autre jour à

sa fête, et dont elle n’a pas encore eu le temps de se parer.

-- Nous verrons, monsieur le cardinal, nous verrons, dit le roi, qui, dans sa joie de trouver la reine coupable

d’un crime dont il se souciait peu, et innocente d’une faute qu’il redoutait fort, était tout prêt à se

raccommoder avec elle; nous verrons, mais, sur mon honneur, vous êtes trop indulgent.

-- Sire, dit le cardinal, laissez la sévérité aux ministres, l’indulgence est la vertu royale; usez-en, et vous verrez

que vous vous en trouverez bien..

Sur quoi le cardinal, entendant la pendule sonner onze heures, s’inclina profondément, demandant congé au

roi pour se retirer, et le suppliant de se raccommoder avec la reine.

Anne d’Autriche, qui, à la suite de la saisie de sa lettre, s’attendait à quelque reproche, fut fort étonnée de voir

le lendemain le roi faire près d’elle des tentatives de rapprochement. Son premier mouvement fut répulsif, son

orgueil de femme et sa dignité de reine avaient été tous deux si cruellement offensés, qu’elle ne pouvait

revenir ainsi du premier coup; mais, vaincue par le conseil de ses femmes, elle eut enfin l’air de commencer à

oublier. Le roi profita de ce premier moment de retour pour lui dire qu’incessamment il comptait donner une

fête.

C’était une chose si rare qu’une fête pour la pauvre Anne d’Autriche, qu’à cette annonce, ainsi que l’avait

pensé le cardinal, la dernière trace de ses ressentiments disparut sinon dans son coeur, du moins sur son

visage. Elle demanda quel jour cette fête devait avoir lieu, mais le roi répondit qu’il fallait qu’il s’entend.t sur

ce point avec le cardinal.

En effet, chaque jour le roi demandait au cardinal à quelle époque cette fête aurait lieu, et chaque jour le

cardinal, sous un prétexte quelconque, différait de la fixer.

Dix jours s’écoulèrent ainsi.

Le huitième jour après la scène que nous avons racontée, le cardinal re.ut une lettre, au timbre de Londres, qui

contenait seulement ces quelques lignes:

.Je les ai; mais je ne puis quitter Londres, attendu que je manque d’argent; envoyez-moi cinq cents pistoles, et

quatre ou cinq jours après les avoir re.ues, je serai à Paris..

Les trois mousquetaires

Le jour même où le cardinal avait re.u cette lettre, le roi lui adressa sa question habituelle.

Richelieu compta sur ses doigts et se dit tout bas:

.Elle arrivera, dit-elle, quatre ou cinq jours après avoir re.u l’argent; il faut quatre ou cinq jours à l’argent

pour aller, quatre ou cinq jours à elle pour revenir, cela fait dix jours; maintenant faisons la part des vents

contraires, des mauvais hasards, des faiblesses de femme, et mettons cela à douze jours.

-- Eh bien, monsieur le duc, dit le roi, vous avez calculé?

-- Oui, Sire: nous sommes aujourd’hui le 20 septembre; les échevins de la ville donnent une fête le 3 octobre.

Cela s’arrangera à merveille, car vous n’aurez pas l’air de faire un retour vers la reine..

Puis le cardinal ajouta:

.à propos, Sire, n’oubliez pas de dire à Sa Majesté, la veille de cette fête, que vous désirez voir comment lui

vont ses ferrets de diamants..

CHAPITRE XVII LE MéNAGE BONACIEUX

C’était la seconde fois que le cardinal revenait sur ce point des ferrets de diamants avec le roi. Louis XIII fut

donc frappé de cette insistance, et pensa que cette recommandation cachait un mystère.

Plus d’une fois le roi avait été humilié que le cardinal, dont la police, sans avoir atteint encore la perfection de

la police moderne, était excellente, f.t mieux instruit que lui-même de ce qui se passait dans son propre

ménage. Il espéra donc, dans une conversation avec Anne d’Autriche, tirer quelque lumière de cette

conversation et revenir ensuite près de Son éminence avec quelque secret que le cardinal s.t ou ne s.t pas, ce

qui, dans l’un ou l’autre cas, le rehaussait infiniment aux yeux de son ministre.

Il alla donc trouver la reine, et, selon son habitude, l’aborda avec de nouvelles menaces contre ceux qui

l’entouraient. Anne d’Autriche baissa la tête, laissa s’écouler le torrent sans répondre et espérant qu’il finirait

par s’arrêter; mais ce n’était pas cela que voulait Louis XIII; Louis XIII voulait une discussion de laquelle

jaill.t une lumière quelconque, convaincu qu’il était que le cardinal avait quelque arrière-pensée et lui

machinait une surprise terrible comme en savait faire Son éminence. Il arriva à ce but par sa persistance à

accuser.

.Mais, s’écria Anne d’Autriche, lassée de ces vagues attaques; mais, Sire, vous ne me dites pas tout ce que

vous avez dans le coeur. Qu’ai-je donc fait? Voyons, quel crime aide donc commis? Il est impossible que

Votre Majesté fasse tout ce bruit pour une lettre écrite à mon frère..

Le roi, attaqué à son tour d’une manière si directe, ne sut que répondre; il pensa que c’était là le moment de

placer la recommandation qu’il ne devait faire que la veille de la fête.

.Madame, dit-il avec majesté, il y aura incessamment bal à l’h.tel de ville; j’entends que, pour faire honneur

à nos braves échevins, vous y paraissiez en habit de cérémonie, et surtout parée des ferrets de diamants que je

vous ai donnés pour votre fête. Voici ma réponse..

La réponse était terrible. Anne d’Autriche crut que Louis XIII savait tout, et que le cardinal avait obtenu de lui

cette longue dissimulation de sept ou huit jours, qui était au reste dans son caractère. Elle devint

excessivement pale, appuya sur une console sa main d’une admirable beauté, et qui semblait alors une main

de cire, et regardant le roi avec des yeux épouvantés, elle ne répondit pas une seule syllabe.

Les trois mousquetaires

.Vous entendez, madame, dit le roi, qui jouissait de cet embarras dans toute son étendue, mais sans en deviner

la cause, vous entendez?

-- Oui, Sire, j’entends, balbutia la reine.

-- Vous para.trez à ce bal?

-- Oui.

-- Avec vos ferrets?

-- Oui..

La paleur de la reine augmenta encore, s’il était possible; le roi s’en aper.ut, et en jouit avec cette froide

cruauté qui était un des mauvais c.tés de son caractère.

.Alors, c’est convenu, dit le roi, et voilà tout ce que j’avais à vous dire.

-- Mais quel jour ce bal aura-t-il lieu?. demanda Anne d’Autriche.

Louis XIII sentit instinctivement qu’il ne devait pas répondre à cette question, la reine l’ayant faite d’une voix

presque mourante.

.Mais très incessamment, madame, dit-il; mais je ne me rappelle plus précisément la date du jour, je la

demanderai au cardinal.

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