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作者:法- 大仲马 当前章节:15439 字 更新时间:2026-6-15 21:39

humeur, pouvait soutenir avantageusement la comparaison; il était de taille moyenne, mais cette taille était si

admirablement prise et si bien proportionnée, que, plus d’une fois, dans ses luttes avec Porthos, il avait fait

plier le géant dont la force physique était devenue proverbiale parmi les mousquetaires; sa tête, aux yeux

per.ants, au nez droit, au menton dessiné comme celui de Brutus, avait un caractère indéfinissable de

grandeur et de grace; ses mains, dont il ne prenait aucun soin, faisaient le désespoir d’Aramis, qui cultivait les

siennes à grand renfort de pate d’amandes et d’huile parfumée; le son de sa voix était pénétrant et mélodieux

tout à la fois, et puis, ce qu’il y avait d’indéfinissable dans Athos, qui se faisait toujours obscur et petit, c’était

cette science délicate du monde et des usages de la plus brillante société, cette habitude de bonne maison qui

per.ait comme à son insu dans ses moindres actions.

S’agissait-il d’un repas, Athos l’ordonnait mieux qu’aucun homme du monde, pla.ant chaque convive à la

place et au rang que lui avaient faits ses ancêtres ou qu’il s’était faits lui-même. S’agissait-il de science

héraldique, Athos connaissait toutes les familles nobles du royaume, leur généalogie, leurs alliances, leurs

armes et l’origine de leurs armes. L’étiquette n’avait pas de minuties qui lui fussent étrangères, il savait quels

étaient les droits des grands propriétaires, il connaissait à fond la vénerie et la fauconnerie, et un jour il avait,

en causant de ce grand art, étonné le roi Louis XIII lui-même, qui cependant y était passé ma.tre.

Comme tous les grands seigneurs de cette époque, il montait à cheval et faisait des armes dans la perfection. Il

y a plus: son éducation avait été si peu négligée, même sous le rapport des études scolastiques, si rares à cette

époque chez les gentilshommes, qu’il souriait aux bribes de latin que détachait Aramis, et qu’avait l’air de

comprendre Porthos; deux ou trois fois même, au grand étonnement de ses amis, il lui était arrivé, lorsque

Aramis laissait échapper quelque erreur de rudiment, de remettre un verbe à son temps et un nom à son cas.

En outre, sa probité était inattaquable, dans ce siècle où les hommes de guerre transigeaient si facilement avec

leur religion et leur conscience, les amants avec la délicatesse rigoureuse de nos jours, et les pauvres avec le

septième commandement de Dieu. C’était donc un homme fort extraordinaire qu’Athos.

Et cependant, on voyait cette nature si distinguée, cette créature si belle, cette essence si fine, tourner

insensiblement vers la vie matérielle, comme les vieillards tournent vers l’imbécillité physique et morale.

Athos, dans ses heures de privation, et ces heures étaient fréquentes, s’éteignait dans toute sa partie lumineuse,

et son c.té brillant disparaissait comme dans une profonde nuit.

Alors, le demi-dieu évanoui, il restait à peine un homme. La tête basse, l’oeil terne, la parole lourde et pénible,

Athos regardait pendant de longues heures soit sa bouteille et son verre, soit Grimaud, qui, habitué à lui obéir

par signes, lisait dans le regard atone de son ma.tre jusqu’à son moindre désir, qu’il satisfaisait aussit.t. La

réunion des quatre amis avait-elle lieu dans un de ces moments-là, un mot, échappé avec un violent effort,

était tout le contingent qu’Athos fournissait à la conversation. En échange, Athos à lui seul buvait comme

quatre, et cela sans qu’il y par.t autrement que par un froncement de sourcil plus indiqué et par une tristesse

plus profonde.

D’Artagnan, dont nous connaissons l’esprit investigateur et pénétrant, n’avait, quelque intérêt qu’il e.t à

satisfaire sa curiosité sur ce sujet, pu encore assigner aucune cause à ce marasme, ni en noter les occurrences.

Jamais Athos ne recevait de lettres, jamais Athos ne faisait aucune démarche qui ne f.t connue de tous ses

amis.

On ne pouvait dire que ce f.t le vin qui lui donnat cette tristesse, car au contraire il ne buvait que pour

combattre cette tristesse, que ce remède, comme nous l’avons dit, rendait plus sombre encore. On ne pouvait

attribuer cet excès d’humeur noire au jeu, car, au contraire de Porthos, qui accompagnait de ses chants ou de

ses jurons toutes les variations de la chance, Athos, lorsqu’il avait gagné, demeurait aussi impassible que

lorsqu’il avait perdu. On l’avait vu, au cercle des mousquetaires, gagner un soir trois mille pistoles, les perdre

jusqu’au ceinturon brodé d’or des jours de gala; regagner tout cela, plus cent louis, sans que son beau sourcil

noir e.t haussé ou baissé d’une demi-ligne, sans que ses mains eussent perdu leur nuance nacrée, sans que sa

Les trois mousquetaires

conversation, qui était agréable ce soir-là, e.t cessé d’être calme et agréable.

Ce n’était pas non plus, comme chez nos voisins les Anglais, une influence atmosphérique qui assombrissait

son visage, car cette tristesse devenait plus intense en général vers les beaux jours de l’année; juin et juillet

étaient les mois terribles d’Athos.

Pour le présent, il n’avait pas de chagrin, il haussait les épaules quand on lui parlait de l’avenir; son secret

était donc dans le passé, comme on l’avait dit vaguement à d’Artagnan.

Cette teinte mystérieuse répandue sur toute sa personne rendait encore plus intéressant l’homme dont jamais

les yeux ni la bouche, dans l’ivresse la plus complète, n’avaient rien révélé, quelle que f.t l’adresse des

questions dirigées contre lui.

.Eh bien, pensait d’Artagnan, le pauvre Athos est peut-être mort à cette heure, et mort par ma faute, car c’est

moi qui l’ai entra.né dans cette affaire, dont il ignorait l’origine, dont il ignorera le résultat et dont il ne devait

tirer aucun profit.

-- Sans compter, monsieur, répondait Planchet, que nous lui devons probablement la vie. Vous rappelez-vous

comme il a crié: “Au large, d’Artagnan! je suis pris.” Et après avoir déchargé ses deux pistolets, quel bruit

terrible il faisait avec son épée! On e.t dit vingt hommes, ou plut.t vingt diables enragés!.

Et ces mots redoublaient l’ardeur de d’Artagnan, qui excitait son cheval, lequel n’ayant pas besoin d’être

excité emportait son cavalier au galop.

Vers onze heures du matin, on aper.ut Amiens; à onze heures et demie, on était à la porte de l’auberge

maudite.

D’Artagnan avait souvent médité contre l’h.te perfide une de ces bonnes vengeances qui consolent, rien qu’en

espérance. Il entra donc dans l’h.tellerie, le feutre sur les yeux, la main gauche sur le pommeau de l’épée et

faisant siffler sa cravache de la main droite.

.Me reconnaissez-vous? dit-il à l’h.te, qui s’avan.ait pour le saluer.

-- Je n’ai pas cet honneur, Monseigneur, répondit celui-ci les yeux encore éblouis du brillant équipage avec

lequel d’Artagnan se présentait.

-- Ah! vous ne me connaissez pas!

-- Non, Monseigneur.

-- Eh bien, deux mots vont vous rendre la mémoire. Qu’avez-vous fait de ce gentilhomme à qui vous e.tes

l’audace, voici quinze jours passés à peu près, d’intenter une accusation de fausse monnaie?.

L’h.te palit, car d’Artagnan avait pris l’attitude la plus mena.ante, et Planchet se modelait sur son ma.tre.

.Ah! Monseigneur, ne m’en parlez pas, s’écria l’h.te de son ton de voix le plus larmoyant; ah! Seigneur,

combien j’ai payé cette faute! Ah! malheureux que je suis!

-- Ce gentilhomme, vous dis-je, qu’est-il devenu?

-- Daignez m’écouter, Monseigneur, et soyez clément. Voyons, asseyez-vous, par grace!.

Les trois mousquetaires

D’Artagnan, muet de colère et d’inquiétude, s’assit, mena.ant comme un juge. Planchet s’adossa fièrement à

son fauteuil.

.Voici l’histoire, Monseigneur, reprit l’h.te tout tremblant, car je vous reconnais à cette heure; c’est vous qui

êtes parti quand j’eus ce malheureux démêlé avec ce gentilhomme dont vous parlez.

-- Oui, c’est moi; ainsi vous voyez bien que vous n’avez pas de grace à attendre si vous ne dites pas toute la

vérité.

-- Aussi veuillez m’écouter, et vous la saurez tout entière.

-- J’écoute.

-- J’avais été prévenu par les autorités qu’un faux-monnayeur célèbre arriverait à mon auberge avec plusieurs

de ses compagnons, tous déguisés sous le costume de gardes ou de mousquetaires. Vos chevaux, vos laquais,

votre figure, Messeigneurs, tout m’avait été dépeint.

-- Après, après? dit d’Artagnan, qui reconnut bien vite d’où venait le signalement si exactement donné.

-- Je pris donc, d’après les ordres de l’autorité, qui m’envoya un renfort de six hommes, telles mesures que je

crus urgentes afin de m’assurer de la personne des prétendus faux-monnayeurs.

-- Encore! dit d’Artagnan, à qui ce mot de faux-monnayeur échauffait terriblement les oreilles.

-- Pardonnez-moi, Monseigneur, de dire de telles choses, mais elles sont justement mon excuse. L’autorité

m’avait fait peur, et vous savez qu’un aubergiste doit ménager l’autorité.

-- Mais encore une fois, ce gentilhomme, où est-il? qu’est-il devenu? Est-il mort? est-il vivant?

-- Patience, Monseigneur, nous y voici. Il arriva donc ce que vous savez, et dont votre départ précipité, ajouta

l’h.te avec une finesse qui n’échappa point à d’Artagnan, semblait autoriser l’issue. Ce gentilhomme votre

ami se défendit en désespéré. Son valet, qui, par un malheur imprévu, avait cherché querelle aux gens de

l’autorité, déguisés en gar.ons d’écurie...

-- Ah! misérable! s’écria d’Artagnan, vous étiez tous d’accord, et je ne sais à quoi tient que je ne vous

extermine tous!

-- Hélas! non, Monseigneur, nous n’étions pas tous d’accord, et vous l’allez bien voir. Monsieur votre ami

(pardon de ne point l’appeler par le nom honorable qu’il porte sans doute, mais nous ignorons ce nom),

monsieur votre ami, après avoir mis hors de combat deux hommes de ses deux coups de pistolet, battit en

retraite en se défendant avec son épée dont il estropia encore un de mes hommes, et d’un coup du plat de

laquelle il m’étourdit.

-- Mais, bourreau, finiras-tu? dit d’Artagnan. Athos, que devient Athos?

-- En battant en retraite, comme j’ai dit à Monseigneur, il trouva derrière lui l’escalier de la cave, et comme la

porte était ouverte, il tira la clef à lui et se barricada en dedans. Comme on était s.r de le retrouver là, on le

laissa libre.

-- Oui, dit d’Artagnan, on ne tenait pas tout à fait à le tuer, on ne cherchait qu’à l’emprisonner.

-- Juste Dieu! à l’emprisonner, Monseigneur? il s’emprisonna bien lui-même, je vous le jure. D’abord il avait

Les trois mousquetaires

fait de rude besogne, un homme était tué sur le coup et deux autres étaient blessés grièvement. Le mort et les

deux blessés furent emportés par leurs camarades, et jamais je n’ai plus entendu parler ni des uns, ni des

autres. Moi-même, quand je repris mes sens, j’allai trouver M. le gouverneur, auquel je racontai tout ce qui

s’était passé, et auquel je demandai ce que je devais faire du prisonnier. Mais M. le gouverneur eut l’air de

tomber des nues; il me dit qu’il ignorait complètement ce que je voulais dire, que les ordres qui m’étaient

parvenus n’émanaient pas de lui et que si j’avais le malheur de dire à qui que ce f.t qu’il était pour quelque

chose dans toute cette échauffourée, il me ferait pendre. Il para.t que je m’étais trompé, monsieur, que j’avais

arrêté l’un pour l’autre, et que celui qu’on devait arrêter était sauvé.

-- Mais Athos? s’écria d’Artagnan, dont l’impatience se doublait de l’abandon où l’autorité laissait la chose;

Athos, qu’est-il devenu?

-- Comme j’avais hate de réparer mes torts envers le prisonnier, reprit l’aubergiste, je m’acheminai vers la

cave afin de lui rendre sa liberté. Ah! monsieur, ce n’était plus un homme, c’était un diable. à cette

proposition de liberté, il déclara que c’était un piège qu’on lui tendait et qu’avant de sortir il entendait imposer

ses conditions. Je lui dis bien humblement, car je ne me dissimulais pas la mauvaise position où je m’étais mis

en portant la main sur un mousquetaire de Sa Majesté, je lui dis que j’étais prêt à me soumettre à ses

conditions.

.-- D’abord, dit-il, je veux qu’on me rende mon valet tout armé..

.On s’empressa d’obéir à cet ordre; car vous comprenez bien, monsieur, que nous étions disposés à faire tout

ce que voudrait votre ami. M. Grimaud (il a dit ce nom, celui-là, quoiqu’il ne parle pas beaucoup), M.

Grimaud fut donc descendu à la cave, tout blessé qu’il était; alors, son ma.tre l’ayant re.u, rebarricada la porte

et nous ordonna de rester dans notre boutique.

-- Mais enfin, s’écria d’Artagnan, où est-il? où est Athos?

-- Dans la cave, monsieur.

-- Comment, malheureux, vous le retenez dans la cave depuis ce temps-là?

-- Bonté divine! Non, monsieur. Nous, le retenir dans la cave! vous ne savez donc pas ce qu’il y fait, dans la

cave! Ah! si vous pouviez l’en faire sortir, monsieur, je vous en serais reconnaissant toute ma vie, vous

adorerais comme mon patron.

-- Alors il est là, je le retrouverai là?

-- Sans doute, monsieur, il s’est obstiné à y rester. Tous les jours, on lui passe par le soupirail du pain au bout

d’une fourche, et de la viande quand il en demande; mais, hélas! ce n’est pas de pain et de viande qu’il fait la

plus grande consommation. Une fois, j’ai essayé de descendre avec deux de mes gar.ons, mais il est entré

dans une terrible fureur. J’ai entendu le bruit de ses pistolets qu’il armait et de son mousqueton qu’armait son

domestique. Puis, comme nous leur demandions quelles étaient leurs intentions, le ma.tre a répondu qu’ils

avaient quarante coups à tirer lui et son laquais, et qu’ils les tireraient jusqu’au dernier plut.t que de permettre

qu’un seul de nous m.t le pied dans la cave. Alors, monsieur, j’ai été me plaindre au gouverneur, lequel m’a

répondu que je n’avais que ce que je méritais, et que cela m’apprendrait à insulter les honorables seigneurs qui

prenaient g.te chez moi.

-- De sorte que, depuis ce temps?... reprit d’Artagnan ne pouvant s’empêcher de rire de la figure piteuse de

son h.te.

-- De sorte que, depuis ce temps, monsieur, continua celui-ci, nous menons la vie la plus triste qui se puisse

Les trois mousquetaires

voir; car, monsieur, il faut que vous sachiez que toutes nos provisions sont dans la cave; il y a notre vin en

bouteilles et notre vin en pièce, la bière, l’huile et les épices, le lard et les saucissons; et comme il nous est

défendu d’y descendre, nous sommes forcés de refuser le boire et le manger aux voyageurs qui nous arrivent,

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