饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15415 字 更新时间:2026-6-15 21:39

de sorte que tous les jours notre h.tellerie se perd. Encore une semaine avec votre ami dans ma cave, et nous

sommes ruinés.

-- Et ce sera justice, dr.le. Ne voyait-on pas bien, à notre mine, que nous étions gens de qualité et non

faussaires, dites?

-- Oui, monsieur, oui, vous avez raison, dit l’h.te. Mais tenez, tenez, le voilà qui s’emporte.

-- Sans doute qu’on l’aura troublé, dit d’Artagnan.

-- Mais il faut bien qu’on le trouble, s’écria l’h.te; il vient de nous arriver deux gentilshommes anglais.

-- Eh bien?

-- Eh bien, les Anglais aiment le bon vin, comme vous savez, monsieur; ceux-ci ont demandé du meilleur. Ma

femme alors aura sollicité de M. Athos la permission d’entrer pour satisfaire ces messieurs; et il aura refusé

comme de coutume. Ah! bonté divine! voilà le sabbat qui redouble!.

D’Artagnan, en effet, entendit mener un grand bruit du c.té de la cave; il se leva et, précédé de l’h.te qui se

tordait les mains, et suivi de Planchet qui tenait son mousqueton tout armé, il s’approcha du lieu de la scène.

Les deux gentilshommes étaient exaspérés, ils avaient fait une longue course et mouraient de faim et de soif.

.Mais c’est une tyrannie, s’écriaient-ils en très bon fran.ais, quoique avec un accent étranger, que ce ma.tre

fou ne veuille pas laisser à ces bonnes gens l’usage de leur vin. .a, nous allons enfoncer la porte, et s’il est

trop enragé, eh bien! nous le tuerons.

-- Tout beau, messieurs! dit d’Artagnan en tirant ses pistolets de sa ceinture; vous ne tuerez personne, s’il vous

pla.t.

-- Bon, bon, disait derrière la porte la voix calme d’Athos, qu’on les laisse un peu entrer, ces mangeurs de

petits enfants, et nous allons voir..

Tout braves qu’ils paraissaient être, les deux gentilshommes anglais se regardèrent en hésitant; on e.t dit qu’il

y avait dans cette cave un de ces ogres faméliques, gigantesques héros des légendes populaires, et dont nul ne

force impunément la caverne.

Il y eut un moment de silence; mais enfin les deux Anglais eurent honte de reculer, et le plus hargneux des

deux descendit les cinq ou six marches dont se composait l’escalier et donna dans la porte un coup de pied à

fendre une muraille.

.Planchet, dit d’Artagnan en armant ses pistolets, je me charge de celui qui est en haut, charge-toi de celui qui

est en bas. Ah! messieurs! vous voulez de la bataille! eh bien! on va vous en donner!

-- Mon Dieu, s’écria la voix creuse d’Athos, j’entends d’Artagnan, ce me semble.

-- En effet, dit d’Artagnan en haussant la voix à son tour, c’est moi-même, mon ami.

-- Ah! bon! alors, dit Athos, nous allons les travailler, ces enfonceurs de portes..

Les trois mousquetaires

Les gentilshommes avaient mis l’épée à la main, mais ils se trouvaient pris entre deux feux; ils hésitèrent un

instant encore; mais, comme la première fois, l’orgueil l’emporta, et un second coup de pied fit craquer la

porte dans toute sa hauteur.

.Range-toi, d’Artagnan, range-toi, cria Athos, range-toi, je vais tirer.

-- Messieurs, dit d’Artagnan, que la réflexion n’abandonnait jamais, messieurs, songez-y! De la patience,

Athos. Vous vous engagez là dans une mauvaise affaire, et vous allez être criblés. Voici mon valet et moi qui

vous lacherons trois coups de feu, autant vous arriveront de la cave; puis nous aurons encore nos épées, dont,

je vous assure, mon ami et moi nous jouons passablement. Laissez-moi faire vos affaires et les miennes. Tout

à l’heure vous aurez à boire, je vous en donne ma parole.

-- S’il en reste., grogna la voix railleuse d’Athos.

L’h.telier sentit une sueur froide couler le long de son échine.

.Comment, s’il en reste! murmura-t-il.

-- Que diable! il en restera, reprit d’Artagnan; soyez donc tranquille, à eux deux ils n’auront pas bu toute la

cave. Messieurs, remettez vos épées au fourreau.

-- Eh bien, vous, remettez vos pistolets à votre ceinture.

-- Volontiers..

Et d’Artagnan donna l’exemple. Puis, se retournant vers Planchet, il lui fit signe de désarmer son mousqueton.

Les Anglais, convaincus, remirent en grommelant leurs épées au fourreau. On leur raconta l’histoire de

l’emprisonnement d’Athos. Et comme ils étaient bons gentilshommes, ils donnèrent tort à l’h.telier.

.Maintenant, messieurs, dit d’Artagnan, remontez chez vous, et, dans dix minutes, je vous réponds qu’on

vous y portera tout ce que vous pourrez désirer..

Les Anglais saluèrent et sortirent.

.Maintenant que je suis seul, mon cher Athos, dit d’Artagnan, ouvrez-moi la porte, je vous en prie.

-- à l’instant même., dit Athos.

Alors on entendit un grand bruit de fagots entrechoqués et de poutres gémissantes: c’étaient les contrescarpes

et les bastions d’Athos, que l’assiégé démolissait lui-même.

Un instant après, la porte s’ébranla, et l’on vit para.tre la tête pale d’Athos qui, d’un coup d’oeil rapide,

explorait les environs.

D’Artagnan se jeta à son cou et l’embrassa tendrement puis il voulut l’entra.ner hors de ce séjour humide,

alors il s’aper.ut qu’Athos chancelait.

.Vous êtes blessé? lui dit-il.

-- Moi! pas le moins du monde; je suis ivre mort, voilà tout, et jamais homme n’a mieux fait ce qu’il fallait

pour cela. Vive Dieu! mon h.te, il faut que j’en aie bu au moins pour ma part cent cinquante bouteilles.

Les trois mousquetaires

-- Miséricorde! s’écria l’h.te, si le valet en a bu la moitié du ma.tre seulement, je suis ruiné.

-- Grimaud est un laquais de bonne maison, qui ne se serait pas permis le même ordinaire que moi; il a bu à la

pièce seulement; tenez, je crois qu’il a oublié de remettre le fosset. Entendez- vous? cela coule..

D’Artagnan partit d’un éclat de rire qui changea le frisson de l’h.te en fièvre chaude.

En même temps, Grimaud parut à son tour derrière son ma.tre, le mousqueton sur l’épaule, la tête tremblante,

comme ces satyres ivres des tableaux de Rubens. Il était arrosé par-devant et par- derrière d’une liqueur grasse

que l’h.te reconnut pour être sa meilleure huile d’olive.

Le cortège traversa la grande salle et alla s’installer dans la meilleure chambre de l’auberge, que d’Artagnan

occupa d’autorité.

Pendant ce temps, l’h.te et sa femme se précipitèrent avec des lampes dans la cave, qui leur avait été si

longtemps interdite et où un affreux spectacle les attendait.

Au-delà des fortifications auxquelles Athos avait fait brèche pour sortir et qui se composaient de fagots, de

planches et de futailles vides entassées selon toutes les règles de l’art stratégique, on voyait .à et là, nageant

dans les mares d’huile et de vin, les ossements de tous les jambons mangés, tandis qu’un amas de bouteilles

cassées jonchait tout l’angle gauche de la cave et qu’un tonneau, dont le robinet était resté ouvert, perdait par

cette ouverture les dernières gouttes de son sang. L’image de la dévastation et de la mort, comme dit le poète

de l’Antiquité, régnait là comme sur un champ de bataille.

Sur cinquante saucissons, pendus aux solives, dix restaient à peine.

Alors les hurlements de l’h.te et de l’h.tesse percèrent la vo.te de la cave, d’Artagnan lui-même en fut ému.

Athos ne tourna pas même la tête.

Mais à la douleur succéda la rage. L’h.te s’arma d’une broche et, dans son désespoir, s’élan.a dans la

chambre où les deux amis s’étaient retirés.

.Du vin! dit Athos en apercevant l’h.te.

-- Du vin! s’écria l’h.te stupéfait, du vin! mais vous m’en avez bu pour plus de cent pistoles; mais je suis un

homme ruiné, perdu, anéanti!

-- Bah! dit Athos, nous sommes constamment restés sur notre soif.

-- Si vous vous étiez contentés de boire, encore; mais vous avez cassé toutes les bouteilles.

-- Vous m’avez poussé sur un tas qui a dégringolé. C’est votre faute.

-- Toute mon huile est perdue!

-- L’huile est un baume souverain pour les blessures, et il fallait bien que ce pauvre Grimaud pansat celles que

vous lui avez faites.

-- Tous mes saucissons rongés!

-- Il y a énormément de rats dans cette cave.

Les trois mousquetaires

-- Vous allez me payer tout cela, cria l’h.te exaspéré.

-- Triple dr.le!. dit Athos en se soulevant. Mais il retomba aussit.t; il venait de donner la mesure de ses

forces. D’Artagnan vint à son secours en levant sa cravache.

L’h.te recula d’un pas et se mit à fondre en larmes.

.Cela vous apprendra, dit d’Artagnan, à traiter d’une fa.on plus courtoise les h.tes que Dieu vous envoie.

-- Dieu..., dites le diable!

-- Mon cher ami, dit d’Artagnan, si vous nous rompez encore les oreilles, nous allons nous renfermer tous les

quatre dans votre cave, et nous verrons si véritablement le dégat est aussi grand que vous le dites.

-- Eh bien, oui, messieurs, dit l’h.te, j’ai tort, je l’avoue; mais à tout péché miséricorde; vous êtes des

seigneurs et je suis un pauvre aubergiste, vous aurez pitié de moi.

-- Ah! si tu parles comme cela, dit Athos, tu vas me fendre le coeur, et les larmes vont couler de mes yeux

comme le vin coulait de tes futailles. On n’est pas si diable qu’on en a l’air. Voyons, viens ici et causons..

L’h.te s’approcha avec inquiétude.

.Viens, te dis-je, et n’aie pas peur, continua Athos. Au moment où j’allais te payer, j’avais posé ma bourse sur

la table.

-- Oui, Monseigneur.

-- Cette bourse contenait soixante pistoles, où est-elle?

-- Déposée au greffe, Monseigneur: on avait dit que c’était de la fausse monnaie.

-- Eh bien, fais-toi rendre ma bourse, et garde les soixante pistoles.

-- Mais Monseigneur sait bien que le greffe ne lache pas ce qu’il tient. Si c’était de la fausse monnaie, il y

aurait encore de l’espoir; mais malheureusement ce sont de bonnes pièces.

-- Arrange-toi avec lui, mon brave homme, cela ne me regarde pas, d’autant plus qu’il ne me reste pas une

livre.

-- Voyons, dit d’Artagnan, l’ancien cheval d’Athos, où est-il?

-- à l’écurie.

-- Combien vaut-il?

-- Cinquante pistoles tout au plus.

-- Il en vaut quatre-vingts; prends-le, et que tout soit dit.

-- Comment! tu vends mon cheval, dit Athos, tu vends mon Bajazet? et sur quoi ferai-je la campagne? sur

Grimaud?

Les trois mousquetaires

-- Je t’en amène un autre, dit d’Artagnan.

-- Un autre?

-- Et magnifique! s’écria l’h.te.

-- Alors, s’il y en a un autre plus beau et plus jeune, prends le vieux, et à boire!

-- Duquel? demanda l’h.te tout à fait rasséréné.

-- De celui qui est au fond, près des lattes; il en reste encore vingt-cinq bouteilles, toutes les autres ont été

cassées dans ma chute. Montez-en six.

-- Mais c’est un foudre que cet homme! dit l’h.te à part lui; s’il reste seulement quinze jours ici, et qu’il paie

ce qu’il boira, je rétablirai mes affaires.

-- Et n’oublie pas, continua d’Artagnan, de monter quatre bouteilles du pareil aux deux seigneurs anglais.

-- Maintenant, dit Athos, en attendant qu’on nous apporte du vin, conte-moi, d’Artagnan, ce que sont devenus

les autres; voyons..

D’Artagnan lui raconta comment il avait trouvé Porthos dans son lit avec une foulure, et Aramis à une table

entre les deux théologiens. Comme il achevait, l’h.te rentra avec les bouteilles demandées et un jambon qui,

heureusement pour lui, était resté hors de la cave.

.C’est bien, dit Athos en remplissant son verre et celui de d’Artagnan, voilà pour Porthos et pour Aramis;

mais vous, mon ami, qu’avez-vous et que vous est-il arrivé personnellement? Je vous trouve un air sinistre.

-- Hélas! dit d’Artagnan, c’est que je suis le plus malheureux de nous tous, moi!

-- Toi malheureux, d’Artagnan! dit Athos. Voyons, comment es-tu malheureux? Dis-moi cela.

-- Plus tard, dit d’Artagnan.

-- Plus tard! et pourquoi plus tard? parce que tu crois que je suis ivre, d’Artagnan? Retiens bien ceci: je n’ai

jamais les idées plus nettes que dans le vin. Parle donc, je suis tout oreilles..

D’Artagnan raconta son aventure avec Mme Bonacieux.

Athos l’écouta sans sourciller; puis, lorsqu’il eut fini:

.Misères que tout cela, dit Athos, misères!.

C’était le mot d’Athos.

.Vous dites toujours misères! mon cher Athos, dit d’Artagnan; cela vous sied bien mal, à vous qui n’avez

jamais aimé..

L’oeil mort d’Athos s’enflamma soudain, mais ce ne fut qu’un éclair, il redevint terne et vague comme

auparavant.

.C’est vrai, dit-il tranquillement, je n’ai jamais aimé, moi.

Les trois mousquetaires

-- Vous voyez bien alors, coeur de pierre, dit d’Artagnan, que vous avez tort d’être dur pour nous autres

coeurs tendres.

-- Coeurs tendres, coeurs percés, dit Athos.

-- Que dites-vous?

-- Je dis que l’amour est une loterie où celui qui gagne, gagne la mort! Vous êtes bien heureux d’avoir perdu,

croyez-moi, mon cher d’Artagnan. Et si j’ai un conseil à vous donner, c’est de perdre toujours.

-- Elle avait l’air de si bien m’aimer!

-- Elle en avait l’air.

-- Oh! elle m’aimait.

-- Enfant! il n’y a pas un homme qui n’ait cru comme vous que sa ma.tresse l’aimait, et il n’y a pas un homme

qui n’ait été trompé par sa ma.tresse.

-- Excepté vous, Athos, qui n’en avez jamais eu.

-- C’est vrai, dit Athos après un moment de silence, je n’en ai jamais eu, moi. Buvons!

-- Mais alors, philosophe que vous êtes, dit d’Artagnan, instruisez-moi, soutenez-moi; j’ai besoin de savoir et

d’être consolé.

-- Consolé de quoi?

-- De mon malheur.

-- Votre malheur fait rire, dit Athos en haussant les épaules; je serais curieux de savoir ce que vous diriez si je

vous racontais une histoire d’amour.

-- Arrivée à vous?

-- Ou à un de mes amis, qu’importe!

-- Dites, Athos, dites.

-- Buvons, nous ferons mieux.

-- Buvez et racontez.

-- Au fait, cela se peut, dit Athos en vidant et remplissant son verre, les deux choses vont à merveille

ensemble.

-- J’écoute., dit d’Artagnan.

Athos se recueillit, et, à mesure qu’il se recueillait, d’Artagnan le voyait palir; il en était à cette période de

l’ivresse où les buveurs vulgaires tombent et dorment. Lui, il rêvait tout haut sans dormir. Ce somnambulisme

de l’ivresse avait quelque chose d’effrayant.

Les trois mousquetaires

.Vous le voulez absolument? demanda-t-il.

-- Je vous en prie, dit d’Artagnan.

-- Qu’il soit fait donc comme vous le désirez. Un de mes amis, un de mes amis, entendez-vous bien! pas moi,

dit Athos en s’interrompant avec un sourire sombre; un des comtes de ma province, c’est-à-dire du Berry,

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