饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15425 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- Mais il ne voudra pas un seul harnais.

-- Jouez les deux, pardieu! je ne suis point un égo.ste comme vous, moi.

-- Vous feriez cela? dit d’Artagnan indécis, tant la confiance d’Athos commen.ait à le gagner à son insu.

-- Parole d’honneur, en un seul coup.

-- Mais c’est qu’ayant perdu les chevaux, je tenais énormément à conserver les harnais.

-- Jouez votre diamant, alors.

-- Oh! ceci, c’est autre chose; jamais, jamais.

-- Diable! dit Athos, je vous proposerais bien de jouer Planchet; mais comme cela a déjà été fait, l’Anglais ne

voudrait peut-être plus.

-- Décidément, mon cher Athos, dit d’Artagnan, j’aime mieux ne rien risquer.

-- C’est dommage, dit froidement Athos, l’Anglais est cousu de pistoles. Eh! mon Dieu, essayez un coup, un

coup est bient.t joué.

-- Et si je perds?

-- Vous gagnerez.

-- Mais si je perds?

-- Eh bien, vous donnerez les harnais.

-- Va pour un coup., dit d’Artagnan.

Athos se mit en quête de l’Anglais et le trouva dans l’écurie, où il examinait les harnais d’un oeil de

convoitise. L’occasion était bonne. Il fit ses conditions: les deux harnais contre un cheval ou cent pistoles, à

choisir. L’Anglais calcula vite: les deux harnais valaient trois cents pistoles à eux deux; il topa.

D’Artagnan jeta les dés en tremblant et amena le nombre trois; sa paleur effraya Athos, qui se contenta de

dire:

.Voilà un triste coup, compagnon; vous aurez les chevaux tout harnachés, monsieur..

L’Anglais, triomphant, ne se donna même la peine de rouler les dés, il les jeta sur la table sans regarder, tant il

était s.r de la victoire; d’Artagnan s’était détourné pour cacher sa mauvaise humeur.

.Tiens, tiens, tiens, dit Athos avec sa voix tranquille, ce coup de dés est extraordinaire, et je ne l’ai vu que

quatre fois dans ma vie: deux as!.

L’Anglais regarda et fut saisi d’étonnement, d’Artagnan regarda et fut saisi de plaisir.

.Oui, continua Athos, quatre fois seulement: une fois chez M. de Créquy; une autre fois chez moi, à la

campagne, dans mon chateau de... quand j’avais un chateau; une troisième fois chez M. de Tréville, où il nous

surprit tous; enfin une quatrième fois au cabaret, où il échut à moi et où je perdis sur lui cent louis et un

Les trois mousquetaires

souper.

-- Alors, monsieur reprend son cheval, dit l’Anglais.

-- Certes, dit d’Artagnan.

-- Alors il n’y a pas de revanche?

-- Nos conditions disaient: pas de revanche, vous vous le rappelez?

-- C’est vrai; le cheval va être rendu à votre valet, monsieur.

-- Un moment, dit Athos; avec votre permission, monsieur, je demande à dire un mot à mon ami.

-- Dites..

Athos tira d’Artagnan à part.

.Eh bien, lui dit d’Artagnan, que me veux-tu encore, tentateur, tu veux que je joue, n’est-ce pas?

-- Non, je veux que vous réfléchissiez.

-- à quoi?

-- Vous allez reprendre le cheval, n’est-ce pas?

-- Sans doute.

-- Vous avez tort, je prendrais les cent pistoles; vous savez que vous avez joué les harnais contre le cheval ou

cent pistoles, à votre choix.

-- Oui.

-- Je prendrais les cent pistoles.

-- Eh bien, moi, je prends le cheval.

-- Et vous avez tort, je vous le répète; que ferons-nous d’un cheval pour nous deux, je ne puis pas monter en

croupe nous aurions l’air des deux fils Aymon qui ont perdu leurs frères; vous ne pouvez pas m’humilier en

chevauchant près de moi, en chevauchant sur ce magnifique destrier. Moi, sans balancer un seul instant, je

prendrais les cent pistoles, nous avons besoin d’argent pour revenir à Paris.

-- Je tiens à ce cheval, Athos.

-- Et vous avez tort, mon ami; un cheval prend un écart, un cheval bute et se couronne, un cheval mange dans

un ratelier où a mangé un cheval morveux: voilà un cheval ou plut.t cent pistoles perdues; il faut que le ma.tre

nourrisse son cheval, tandis qu’au contraire cent pistoles nourrissent leur ma.tre.

-- Mais comment reviendrons-nous?

-- Sur les chevaux de nos laquais, pardieu! on verra toujours bien à l’air de nos figures que nous sommes gens

de condition.

Les trois mousquetaires

-- La belle mine que nous aurons sur des bidets, tandis qu’Aramis et Porthos caracoleront sur leurs chevaux!

-- Aramis! Porthos! s’écria Athos, et il se mit à rire.

-- Quoi? demanda d’Artagnan, qui ne comprenait rien à l’hilarité de son ami.

-- Bien, bien, continuons, dit Athos.

-- Ainsi, votre avis...?

-- Est de prendre les cent pistoles, d’Artagnan; avec les cent pistoles nous allons festiner jusqu’à la fin du

mois; nous avons essuyé des fatigues, voyez-vous, et il sera bon de nous reposer un peu.

-- Me reposer! oh! non, Athos, aussit.t à Paris je me mets à la recherche de cette pauvre femme.

-- Eh bien, croyez-vous que votre cheval vous sera aussi utile pour cela que de bons louis d’or? Prenez les

cent pistoles, mon ami, prenez les cent pistoles..

D’Artagnan n’avait besoin que d’une raison pour se rendre. Celle- là lui parut excellente. D’ailleurs, en

résistant plus longtemps, il craignait de para.tre égo.ste aux yeux d’Athos; il acquies.a donc et choisit les cent

pistoles, que l’Anglais lui compta sur- le-champ.

Puis l’on ne songea plus qu’à partir. La paix signée avec l’aubergiste, outre le vieux cheval d’Athos, co.ta six

pistoles; d’Artagnan et Athos prirent les chevaux de Planchet et de Grimaud, les deux valets se mirent en

route à pied, portant les selles sur leurs têtes.

Si mal montés que fussent les deux amis, ils prirent bient.t les devants sur leurs valets et arrivèrent à

Crèvecoeur. De loin ils aper.urent Aramis mélancoliquement appuyé sur sa fenêtre et regardant, comme ma

soeur Anne, poudroyer l’horizon.

.Holà, eh! Aramis! que diable faites-vous donc là? crièrent les deux amis.

-- Ah! c’est vous, d’Artagnan, c’est vous Athos, dit le jeune homme; je songeais avec quelle rapidité s’en vont

les biens de ce monde, et mon cheval anglais, qui s’éloignait et qui vient de dispara.tre au milieu d’un

tourbillon de poussière, m’était une vivante image de la fragilité des choses de la terre. La vie elle- même peut

se résoudre en trois mots: Erat, est, fuit.

-- Cela veut dire au fond? demanda d’Artagnan, qui commen.ait à se douter de la vérité.

-- Cela veut dire que je viens de faire un marché de dupe: soixante louis, un cheval qui, à la manière dont il

file, peut faire au trot cinq lieues à l’heure..

D’Artagnan et Athos éclatèrent de rire.

.Mon cher d’Artagnan, dit Aramis, ne m’en veuillez pas trop, je vous prie: nécessité n’a pas de loi; d’ailleurs

je suis le premier puni, puisque cet infame maquignon m’a volé cinquante louis au moins. Ah! vous êtes bons

ménagers, vous autres! vous venez sur les chevaux de vos laquais et vous faites mener vos chevaux de luxe en

main, doucement et à petites journées..

Au même instant un fourgon, qui depuis quelques instants pointait sur la route d’Amiens, s’arrêta, et l’on vit

sortir Grimaud et Planchet leurs selles sur la tête. Le fourgon retournait à vide vers Paris, et les deux laquais

s’étaient engagés, moyennant leur transport, à désaltérer le voiturier tout le long de la route.

Les trois mousquetaires

.Qu’est-ce que cela? dit Aramis en voyant ce qui se passait; rien que les selles?

-- Comprenez-vous maintenant? dit Athos.

-- Mes amis, c’est exactement comme moi. J’ai conservé le harnais, par instinct. Holà, Bazin! portez mon

harnais neuf auprès de celui de ces messieurs.

-- Et qu’avez-vous fait de vos curés? demanda d’Artagnan.

-- Mon cher, je les ai invités à d.ner le lendemain, dit Aramis: il y a ici du vin exquis, cela soit dit en passant;

je les ai grisés de mon mieux; alors le curé m’a défendu de quitter la casaque, et le jésuite m’a prié de le faire

recevoir mousquetaire.

-- Sans thèse! cria d’Artagnan, sans thèse! je demande la suppression de la thèse, moi!

-- Depuis lors, continua Aramis, je vis agréablement. J’ai commencé un poème en vers d’une syllabe; c’est

assez difficile, mais le mérite en toutes choses est dans la difficulté. La matière est galante, je vous lirai le

premier chant, il a quatre cents vers et dure une minute.

-- Ma foi, mon cher Aramis, dit d’Artagnan, qui détestait presque autant les vers que le latin, ajoutez au mérite

de la difficulté celui de la brièveté, et vous êtes s.r au moins que votre poème aura deux mérites.

-- Puis, continua Aramis, il respire des passions honnêtes, vous verrez. Ah .à, mes amis, nous retournons donc

à Paris? Bravo, je suis prêt; nous allons donc revoir ce bon Porthos, tant mieux. Vous ne croyez pas qu’il me

manquait, ce grand niais-là? Ce n’est pas lui qui aurait vendu son cheval, f.t-ce contre un royaume. Je

voudrais déjà le voir sur sa bête et sur sa selle. Il aura, j’en suis s.r, l’air du grand mogol..

On fit une halte d’une heure pour faire souffler les chevaux; Aramis solda son compte, pla.a Bazin dans le

fourgon avec ses camarades, et l’on se mit en route pour aller retrouver Porthos.

On le trouva debout, moins pale que ne l’avait vu d’Artagnan à sa première visite, et assis à une table où,

quoiqu’il f.t seul, figurait un d.ner de quatre personnes; ce d.ner se composait de viandes galamment

troussées, de vins choisis et de fruits superbes.

.Ah! pardieu! dit-il en se levant, vous arrivez à merveille, messieurs, j’en étais justement au potage, et vous

allez d.ner avec moi.

-- Oh! oh! fit d’Artagnan, ce n’est pas Mousqueton qui a pris au lasso de pareilles bouteilles, puis voilà un

fricandeau piqué et un filet de boeuf...

-- Je me refais, dit Porthos, je me refais, rien n’affaiblit comme ces diables de foulures; avez-vous eu des

foulures, Athos?

-- Jamais; seulement je me rappelle que dans notre échauffourée de la rue Férou je re.us un coup d’épée qui,

au bout de quinze ou dix-huit jours, m’avait produit exactement le même effet.

-- Mais ce d.ner n’était pas pour vous seul, mon cher Porthos? dit Aramis.

-- Non, dit Porthos; j’attendais quelques gentilshommes du voisinage qui viennent de me faire dire qu’ils ne

viendraient pas; vous les remplacerez et je ne perdrai pas au change. Holà, Mousqueton! des sièges, et que

l’on double les bouteilles!

Les trois mousquetaires

-- Savez-vous ce que nous mangeons ici? dit Athos au bout de dix minutes.

-- Pardieu! répondit d’Artagnan, moi je mange du veau piqué aux cardons et à la moelle.

-- Et moi des filets d’agneau, dit Porthos.

-- Et moi un blanc de volaille, dit Aramis.

-- Vous vous trompez tous, messieurs, répondit Athos, vous mangez du cheval.

-- Allons donc! dit d’Artagnan.

-- Du cheval!. fit Aramis avec une grimace de dégo.t.

Porthos seul ne répondit pas.

.Oui, du cheval; n’est-ce pas, Porthos, que nous mangeons du cheval? Peut-être même les capara.ons avec!

-- Non, messieurs, j’ai gardé le harnais, dit Porthos.

-- Ma foi, nous nous valons tous, dit Aramis: on dirait que nous nous sommes donné le mot.

-- Que voulez-vous, dit Porthos, ce cheval faisait honte à mes visiteurs, et je n’ai pas voulu les humilier!

-- Puis, votre duchesse est toujours aux eaux, n’est-ce pas? reprit d’Artagnan.

-- Toujours, répondit Porthos. Or, ma foi, le gouverneur de la province, un des gentilshommes que j’attendais

aujourd’hui à d.ner, m’a paru le désirer si fort que je le lui ai donné.

-- Donné! s’écria d’Artagnan.

-- Oh! mon Dieu! oui, donné! c’est le mot, dit Porthos; car il valait certainement cent cinquante louis, et le

ladre n’a voulu me le payer que quatre-vingts.

-- Sans la selle? dit Aramis.

-- Oui, sans la selle.

-- Vous remarquerez, messieurs, dit Athos, que c’est encore Porthos qui a fait le meilleur marché de nous

tous..

Ce fut alors un hourra de rires dont le pauvre Porthos fut tout saisi; mais on lui expliqua bient.t la raison de

cette hilarité, qu’il partagea bruyamment selon sa coutume.

.De sorte que nous sommes tous en fonds? dit d’Artagnan.

-- Mais pas pour mon compte, dit Athos; j’ai trouvé le vin d’Espagne d’Aramis si bon, que j’en ai fait charger

une soixantaine de bouteilles dans le fourgon des laquais: ce qui m’a fort désargenté.

-- Et moi, dit Aramis, imaginez donc que j’avais donné jusqu’à mon dernier sou à l’église de Montdidier et

aux jésuites d’Amiens; que j’avais pris en outre des engagements qu’il m’a fallu tenir, des messes

commandées pour moi et pour vous, messieurs, que l’on dira, messieurs, et dont je ne doute pas que nous ne

Les trois mousquetaires

nous trouvions à merveille.

-- Et moi, dit Porthos, ma foulure, croyez-vous qu’elle ne m’a rien co.té? sans compter la blessure de

Mousqueton, pour laquelle j’ai été obligé de faire venir le chirurgien deux fois par jour, lequel m’a fait payer

ses visites double sous prétexte que cet imbécile de Mousqueton avait été se faire donner une balle dans un

endroit qu’on ne montre ordinairement qu’aux apothicaires; aussi je lui ai bien recommandé de ne plus se

faire blesser là.

-- Allons, allons, dit Athos, en échangeant un sourire avec d’Artagnan et Aramis, je vois que vous vous êtes

conduit grandement à l’égard du pauvre gar.on: c’est d’un bon ma.tre.

-- Bref, continua Porthos, ma dépense payée, il me restera bien une trentaine d’écus.

-- Et à moi une dizaine de pistoles, dit Aramis.

-- Allons, allons, dit Athos, il para.t que nous sommes les Crésus de la société. Combien vous reste-t-il sur vos

cent pistoles, d’Artagnan?

-- Sur mes cent pistoles? D’abord, je vous en ai donné cinquante.

-- Vous croyez?

-- Pardieu! -- Ah! c’est vrai, je me rappelle.

-- Puis, j’en ai payé six à l’h.te.

-- Quel animal que cet h.te! pourquoi lui avez-vous donné six pistoles?

-- C’est vous qui m’avez dit de les lui donner.

-- C’est vrai que je suis trop bon. Bref, en reliquat?

-- Vingt-cinq pistoles, dit d’Artagnan.

-- Et moi, dit Athos en tirant quelque menue monnaie de sa poche, moi...

-- Vous, rien.

-- Ma foi, ou si peu de chose, que ce n’est pas la peine de rapporter à la masse.

-- Maintenant, calculons combien nous possédons en tout: Porthos?

-- Trente écus.

-- Aramis?

-- Dix pistoles.

-- Et vous, d’Artagnan?

-- Vingt-cinq.

Les trois mousquetaires

-- Cela fait en tout? dit Athos.

-- Quatre cent soixante-quinze livres! dit d’Artagnan, qui comptait comme Archimède.

-- Arrivés à Paris, nous en aurons bien encore quatre cents, dit Porthos, plus les harnais.

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