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作者:法- 大仲马 当前章节:15363 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- Moi qui avais sacrifié pour vous la comtesse de Penaflor...

-- Je le sais bien.

-- La baronne de...

-- Monsieur Porthos, ne m’accablez pas.

-- La duchesse de...

-- Monsieur Porthos, soyez généreux!

-- Vous avez raison, madame, et je n’achèverai pas.

-- Mais c’est mon mari qui ne veut pas entendre parler de prêter.

-- Madame Coquenard, dit Porthos, rappelez-vous la première lettre que vous m’avez écrite et que je conserve

gravée dans ma mémoire..

La procureuse poussa un gémissement.

.Mais c’est qu’aussi, dit-elle, la somme que vous demandiez à emprunter était un peu bien forte.

Les trois mousquetaires

-- Madame Coquenard, je vous donnais la préférence. Je n’ai eu qu’à écrire à la duchesse de... Je ne veux pas

dire son nom, car je ne sais pas ce que c’est que de compromettre une femme; mais ce que je sais, c’est que je

n’ai eu qu’à lui écrire pour qu’elle m’en envoyat quinze cents..

La procureuse versa une larme.

.Monsieur Porthos, dit-elle, je vous jure que vous m’avez grandement punie, et que si dans l’avenir vous vous

retrouviez en pareille passe, vous n’auriez qu’à vous adresser à moi.

-- Fi donc, madame! dit Porthos comme révolté, ne parlons pas argent, s’il vous pla.t, c’est humiliant.

-- Ainsi, vous ne m’aimez plus!. dit lentement et tristement la procureuse.

Porthos garda un majestueux silence.

.C’est ainsi que vous me répondez? Hélas! je comprends.

-- Songez à l’offense que vous m’avez faite, madame: elle est restée là, dit Porthos, en posant la main à son

coeur et en l’y appuyant avec force.

-- Je la réparerai; voyons, mon cher Porthos!

-- D’ailleurs, que vous demandais-je, moi? reprit Porthos avec un mouvement d’épaules plein de bonhomie;

un prêt, pas autre chose. Après tout, je ne suis pas un homme déraisonnable. Je sais que vous n’êtes pas riche,

madame Coquenard, et que votre mari est obligé de sangsurer les pauvres plaideurs pour en tirer quelques

pauvres écus. Oh! si vous étiez comtesse, marquise ou duchesse, ce serait autre chose, et vous seriez

impardonnable..

La procureuse fut piquée.

.Apprenez, monsieur Porthos, dit-elle, que mon coffre-fort, tout coffre-fort de procureuse qu’il est, est

peut-être mieux garni que celui de toutes vos mijaurées ruinées.

-- Double offense que vous m’avez faite alors, dit Porthos en dégageant le bras de la procureuse de dessous le

sien; car si vous êtes riche, madame Coquenard, alors votre refus n’a plus d’excuse.

-- Quand je dis riche, reprit la procureuse, qui vit qu’elle s’était laissé entra.ner trop loin, il ne faut pas prendre

le mot au pied de la lettre. Je ne suis pas précisément riche, je suis à mon aise.

-- Tenez, madame, dit Porthos, ne parlons plus de tout cela, je vous en prie. Vous m’avez méconnu; toute

sympathie est éteinte entre nous.

-- Ingrat que vous êtes!

-- Ah! je vous conseille de vous plaindre! dit Porthos.

-- Allez donc avec votre belle duchesse! je ne vous retiens plus.

-- Eh! elle n’est déjà point si décharnée, que je crois!

-- Voyons, monsieur Porthos, encore une fois, c’est la dernière: m’aimez-vous encore?

Les trois mousquetaires

-- Hélas! madame, dit Porthos du ton le plus mélancolique qu’il put prendre, quand nous allons entrer en

campagne, dans une campagne où mes pressentiments me disent que je serai tué...

-- Oh! ne dites pas de pareilles choses! s’écria la procureuse en éclatant en sanglots.

-- Quelque chose me le dit, continua Porthos en mélancolisant de plus en plus.

-- Dites plut.t que vous avez un nouvel amour.

-- Non pas, je vous parle franc. Nul objet nouveau ne me touche, et même je sens là, au fond de mon coeur,

quelque chose qui parle pour vous. Mais, dans quinze jours, comme vous le savez ou comme vous ne le savez

pas, cette fatale campagne s’ouvre; je vais être affreusement préoccupé de mon équipement. Puis je vais faire

un voyage dans ma famille, au fond de la Bretagne, pour réaliser la somme nécessaire à mon départ..

Porthos remarqua un dernier combat entre l’amour et l’avarice.

.Et comme, continua-t-il, la duchesse que vous venez de voir à l’église a ses terres près des miennes, nous

ferons le voyage ensemble. Les voyages, vous le savez, paraissent beaucoup moins longs quand on les fait à

deux.

-- Vous n’avez donc point d’amis à Paris, monsieur Porthos? dit la procureuse.

-- J’ai cru en avoir, dit Porthos en prenant son air mélancolique, mais j’ai bien vu que je me trompais.

-- Vous en avez, monsieur Porthos, vous en avez, reprit la procureuse dans un transport qui la surprit

elle-même; revenez demain à la maison. Vous êtes le fils de ma tante, mon cousin par conséquent; vous venez

de Noyon en Picardie, vous avez plusieurs procès à Paris, et pas de procureur. Retiendrez-vous bien tout cela?

-- Parfaitement, madame.

-- Venez à l’heure du d.ner.

-- Fort bien.

-- Et tenez ferme devant mon mari, qui est retors, malgré ses soixante-seize ans.

-- Soixante-seize ans! peste! le bel age! reprit Porthos.

-- Le grand age, vous voulez dire, monsieur Porthos. Aussi le pauvre cher homme peut me laisser veuve d’un

moment à l’autre, continua la procureuse en jetant un regard significatif à Porthos. Heureusement que, par

contrat de mariage, nous nous sommes tout passé au dernier vivant.

-- Tout? dit Porthos.

-- Tout.

-- Vous êtes femme de précaution, je le vois, ma chère madame Coquenard, dit Porthos en serrant tendrement

la main de la procureuse.

-- Nous sommes donc réconciliés, cher monsieur Porthos? dit-elle en minaudant.

-- Pour la vie, répliqua Porthos sur le même air.

Les trois mousquetaires

-- Au revoir donc, mon tra.tre.

-- Au revoir, mon oublieuse.

-- à demain, mon ange!

-- à demain, flamme de ma vie!.

CHAPITRE XXX MILADY

D’Artagnan avait suivi Milady sans être aper.u par elle: il la vit monter dans son carrosse, et il l’entendit

donner à son cocher l’ordre d’aller à Saint-Germain.

Il était inutile d’essayer de suivre à pied une voiture emportée au trot de deux vigoureux chevaux. D’Artagnan

revint donc rue Férou.

Dans la rue de Seine, il rencontra Planchet, qui était arrêté devant la boutique d’un patissier, et qui semblait en

extase devant une brioche de la forme la plus appétissante.

Il lui donna l’ordre d’aller seller deux chevaux dans les écuries de M. de Tréville, un pour lui d’Artagnan,

l’autre pour lui Planchet, et de venir le joindre chez Athos, -- M. de Tréville, une fois pour toutes, ayant mis

ses écuries au service de d’Artagnan.

Planchet s’achemina vers la rue du Colombier, et d’Artagnan vers la rue Férou. Athos était chez lui, vidant

tristement une des bouteilles de ce fameux vin d’Espagne qu’il avait rapporté de son voyage en Picardie. Il fit

signe à Grimaud d’apporter un verre pour d’Artagnan, et Grimaud obéit comme d’habitude.

D’Artagnan raconta alors à Athos tout ce qui s’était passé à l’église entre Porthos et la procureuse, et

comment leur camarade était probablement, à cette heure, en voie de s’équiper.

.Quant à moi, répondit Athos à tout ce récit, je suis bien tranquille, ce ne seront pas les femmes qui feront les

frais de mon harnais.

-- Et cependant, beau, poli, grand seigneur comme vous l’êtes, mon cher Athos, il n’y aurait ni princesses, ni

reines à l’abri de vos traits amoureux.

-- Que ce d’Artagnan est jeune!. dit Athos en haussant les épaules.

Et il fit signe à Grimaud d’apporter une seconde bouteille.

En ce moment, Planchet passa modestement la tête par la porte entrebaillée, et annon.a à son ma.tre que les

deux chevaux étaient là.

.Quels chevaux? demanda Athos.

-- Deux que M. de Tréville me prête pour la promenade, et avec lesquels je vais aller faire un tour à

Saint-Germain.

-- Et qu’allez-vous faire à Saint-Germain?. demanda encore Athos.

Alors d’Artagnan lui raconta la rencontre qu’il avait faite dans l’église, et comment il avait retrouvé cette

femme qui, avec le seigneur au manteau noir et à la cicatrice près de la tempe, était sa préoccupation éternelle.

Les trois mousquetaires

.C’est-à-dire que vous êtes amoureux de celle-là, comme vous l’étiez de Mme Bonacieux, dit Athos en

haussant dédaigneusement les épaules, comme s’il e.t pris en pitié la faiblesse humaine.

-- Moi, point du tout! s’écria d’Artagnan. Je suis seulement curieux d’éclaircir le mystère auquel elle se

rattache. Je ne sais pourquoi, je me figure que cette femme, tout inconnue qu’elle m’est et tout inconnu que je

lui suis, a une action sur ma vie.

-- Au fait, vous avez raison, dit Athos, je ne connais pas une femme qui vaille la peine qu’on la cherche quand

elle est perdue. Mme Bonacieux est perdue, tant pis pour elle! qu’elle se retrouve!

-- Non, Athos, non, vous vous trompez, dit d’Artagnan; j’aime ma pauvre Constance plus que jamais, et si je

savais le lieu où elle est, f.t-elle au bout du monde, je partirais pour la tirer des mains de ses ennemis; mais je

l’ignore, toutes mes recherches ont été inutiles. Que voulez-vous, il faut bien se distraire.

-- Distrayez-vous donc avec Milady, mon cher d’Artagnan; je le souhaite de tout mon coeur, si cela peut vous

amuser.

-- écoutez, Athos, dit d’Artagnan, au lieu de vous tenir enfermé ici comme si vous étiez aux arrêts, montez à

cheval et venez vous promener avec moi à Saint-Germain.

-- Mon cher, répliqua Athos, je monte mes chevaux quand j’en ai, sinon je vais à pied.

-- Eh bien, moi, répondit d’Artagnan en souriant de la misanthropie d’Athos, qui dans un autre l’e.t

certainement blessé, moi, je suis moins fier que vous, je monte ce que je trouve. Ainsi, au revoir, mon cher

Athos.

-- Au revoir., dit le mousquetaire en faisant signe à Grimaud de déboucher la bouteille qu’il venait d’apporter.

D’Artagnan et Planchet se mirent en selle et prirent le chemin de Saint-Germain.

Tout le long de la route, ce qu’Athos avait dit au jeune homme de Mme Bonacieux lui revenait à l’esprit.

Quoique d’Artagnan ne f.t pas d’un caractère fort sentimental, la jolie mercière avait fait une impression

réelle sur son coeur: comme il le disait, il était prêt à aller au bout du monde pour la chercher. Mais le monde

a bien des bouts, par cela même qu’il est rond; de sorte qu’il ne savait de quel c.té se tourner.

En attendant, il allait tacher de savoir ce que c’était que Milady. Milady avait parlé à l’homme au manteau

noir, donc elle le connaissait. Or, dans l’esprit de d’Artagnan, c’était l’homme au manteau noir qui avait

enlevé Mme Bonacieux une seconde fois, comme il l’avait enlevée une première. D’Artagnan ne mentait donc

qu’à moitié, ce qui est bien peu mentir, quand il disait qu’en se mettant à la recherche de Milady, il se mettait

en même temps à la recherche de Constance.

Tout en songeant ainsi et en donnant de temps en temps un coup d’éperon à son cheval, d’Artagnan avait fait

la route et était arrivé à Saint-Germain. Il venait de longer le pavillon où, dix ans plus tard, devait na.tre Louis

XIV. Il traversait une rue fort déserte, regardant à droite et à gauche s’il ne reconna.trait pas quelque vestige

de sa belle Anglaise, lorsque au rez-de-chaussée d’une jolie maison qui, selon l’usage du temps, n’avait

aucune fenêtre sur la rue, il vit appara.tre une figure de connaissance. Cette figure se promenait sur une sorte

de terrasse garnie de fleurs. Planchet la reconnut le premier. .Eh! monsieur dit-il s’adressant à d’Artagnan, ne

vous remettez-vous pas ce visage qui baye aux corneilles?

-- Non, dit d’Artagnan; et cependant je suis certain que ce n’est point la première fois que je le vois, ce visage.

-- Je le crois pardieu bien, dit Planchet: c’est ce pauvre Lubin, le laquais du comte de Wardes, celui que vous

Les trois mousquetaires

avez si bien accommodé il y a un mois, à Calais, sur la route de la maison de campagne du gouverneur.

-- Ah! oui bien, dit d’Artagnan, et je le reconnais à cette heure. Crois-tu qu’il te reconnaisse, toi?

-- Ma foi, monsieur, il était si fort troublé que je doute qu’il ait gardé de moi une mémoire bien nette.

-- Eh bien, va donc causer avec ce gar.on, dit d’Artagnan, et informe-toi dans la conversation si son ma.tre est

mort..

Planchet descendit de cheval, marcha droit à Lubin, qui en effet ne le reconnut pas, et les deux laquais se

mirent à causer dans la meilleure intelligence du monde, tandis que d’Artagnan poussait les deux chevaux

dans une ruelle et, faisant le tour d’une maison, s’en revenait assister à la conférence derrière une haie de

coudriers.

Au bout d’un instant d’observation derrière la haie, il entendit le bruit d’une voiture, et il vit s’arrêter en face

de lui le carrosse de Milady. Il n’y avait pas à s’y tromper. Milady était dedans. D’Artagnan se coucha sur le

cou de son cheval, afin de tout voir sans être vu.

Milady sortit sa charmante tête blonde par la portière, et donna des ordres à sa femme de chambre.

Cette dernière, jolie fille de vingt à vingt-deux ans, alerte et vive, véritable soubrette de grande dame, sauta en

bas du marchepied, sur lequel elle était assise selon l’usage du temps, et se dirigea vers la terrasse où

d’Artagnan avait aper.u Lubin.

D’Artagnan suivit la soubrette des yeux, et la vit s’acheminer vers la terrasse. Mais, par hasard, un ordre de

l’intérieur avait appelé Lubin, de sorte que Planchet était resté seul, regardant de tous c.tés par quel chemin

avait disparu d’Artagnan.

La femme de chambre s’approcha de Planchet, qu’elle prit pour Lubin, et lui tendant un petit billet:

.Pour votre ma.tre, dit-elle.

-- Pour mon ma.tre? reprit Planchet étonné.

-- Oui, et très pressé. Prenez donc vite..

Là-dessus elle s’enfuit vers le carrosse, retourné à l’avance du c.té par lequel il était venu; elle s’élan.a sur le

marchepied, et le carrosse repartit.

Planchet tourna et retourna le billet, puis, accoutumé à l’obéissance passive, il sauta à bas de la terrasse, enfila

la ruelle et rencontra au bout de vingt pas d’Artagnan qui, ayant tout vu, allait au-devant de lui.

.Pour vous, monsieur, dit Planchet, présentant le billet au jeune homme.

-- Pour moi? dit d’Artagnan; en es-tu bien s.r?

-- Pardieu! si j’en suis s.r; la soubrette a dit: “Pour ton ma.tre.” Je n’ai d’autre ma.tre que vous; ainsi... Un joli

brin de fille, ma foi, que cette soubrette!.

D’Artagnan ouvrit la lettre, et lut ces mots:

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