饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15405 字 更新时间:2026-6-15 21:39

générosité paternelle: il t’aura été donné par la dame voilée avec laquelle je t’ai rencontré l’autre dimanche

vers la porte Saint-Honoré.

-- Non, sur mon honneur et foi de gentilhomme, je l’ai acheté moi- même, et de mes propres deniers, répondit

celui qu’on venait de désigner sous le nom de Porthos.

-- Oui, comme j’ai acheté, moi, dit un autre mousquetaire, cette bourse neuve, avec ce que ma ma.tresse avait

mis dans la vieille.

-- Vrai, dit Porthos, et la preuve c’est que je l’ai payé douze pistoles..

L’admiration redoubla, quoique le doute continuat d’exister.

Les trois mousquetaires

.N’est-ce pas, Aramis?. dit Porthos se tournant vers un autre mousquetaire.

Cet autre mousquetaire formait un contraste parfait avec celui qui l’interrogeait et qui venait de le désigner

sous le nom d’Aramis: c’était un jeune homme de vingt-deux à vingt-trois ans à peine, à la figure na.ve et

doucereuse, à l’oeil noir et doux et aux joues roses et veloutées comme une pêche en automne; sa moustache

fine dessinait sur sa lèvre supérieure une ligne d’une rectitude parfaite; ses mains semblaient craindre de

s’abaisser, de peur que leurs veines ne se gonflassent, et de temps en temps il se pin.ait le bout des oreilles

pour les maintenir d’un incarnat tendre et transparent. D’habitude il parlait peu et lentement, saluait beaucoup,

riait sans bruit en montrant ses dents, qu’il avait belles et dont, comme du reste de sa personne, il semblait

prendre le plus grand soin. Il répondit par un signe de tête affirmatif à l’interpellation de son ami.

Cette affirmation parut avoir fixé tous les doutes à l’endroit du baudrier; on continua donc de l’admirer, mais

on n’en parla plus; et par un de ces revirements rapides de la pensée, la conversation passa tout à coup à un

autre sujet.

.Que pensez-vous de ce que raconte l’écuyer de Chalais?. demanda un autre mousquetaire sans interpeller

directement personne, mais s’adressant au contraire à tout le monde.

.Et que raconte-t-il? demanda Porthos d’un ton suffisant.

-- Il raconte qu’il a trouvé à Bruxelles Rochefort, l’ame damnée du cardinal, déguisé en capucin; ce Rochefort

maudit, grace à ce déguisement, avait joué M. de Laigues comme un niais qu’il est.

-- Comme un vrai niais, dit Porthos; mais la chose est-elle s.re?

-- Je la tiens d’Aramis, répondit le mousquetaire.

-- Vraiment?

-- Eh! vous le savez bien, Porthos, dit Aramis; je vous l’ai racontée à vous-même hier, n’en parlons donc plus.

-- N’en parlons plus, voilà votre opinion à vous, reprit Porthos. N’en parlons plus! peste! comme vous

concluez vite. Comment! le cardinal fait espionner un gentilhomme, fait voler sa correspondance par un

tra.tre, un brigand, un pendard; fait, avec l’aide de cet espion et grace à cette correspondance, couper le cou à

Chalais, sous le stupide prétexte qu’il a voulu tuer le roi et marier Monsieur avec la reine! Personne ne savait

un mot de cette énigme, vous nous l’apprenez hier, à la grande satisfaction de tous, et quand nous sommes

encore tout ébahis de cette nouvelle, vous venez nous dire aujourd’hui: N’en parlons plus!

-- Parlons-en donc, voyons, puisque vous le désirez, reprit Aramis avec patience.

-- Ce Rochefort, s’écria Porthos, si j’étais l’écuyer du pauvre Chalais, passerait avec moi un vilain moment.

-- Et vous, vous passeriez un triste quart d’heure avec le duc Rouge, reprit Aramis.

-- Ah! le duc Rouge! bravo, bravo, le duc Rouge! répondit Porthos en battant des mains et en approuvant de la

tête. Le .duc Rouge. est charmant. Je répandrai le mot, mon cher, soyez tranquille. A- t-il de l’esprit, cet

Aramis! Quel malheur que vous n’ayez pas pu suivre votre vocation, mon cher! quel délicieux abbé vous

eussiez fait!

-- Oh! ce n’est qu’un retard momentané, reprit Aramis; un jour, je le serai. Vous savez bien, Porthos, que je

continue d’étudier la théologie pour cela.

Les trois mousquetaires

-- Il le fera comme il le dit, reprit Porthos, il le fera t.t ou tard.

-- T.t, dit Aramis.

-- Il n’attend qu’une chose pour le décider tout à fait et pour reprendre sa soutane, qui est pendue derrière son

uniforme, reprit un mousquetaire.

-- Et quelle chose attend-il? demanda un autre.

-- Il attend que la reine ait donné un héritier à la couronne de France.

-- Ne plaisantons pas là-dessus, messieurs, dit Porthos; grace à Dieu, la reine est encore d’age à le donner.

-- On dit que M. de Buckingham est en France, reprit Aramis avec un rire narquois qui donnait à cette phrase,

si simple en apparence, une signification passablement scandaleuse.

-- Aramis, mon ami, pour cette fois vous avez tort, interrompit Porthos, et votre manie d’esprit vous entra.ne

toujours au-delà des bornes; si M. de Tréville vous entendait, vous seriez mal venu de parler ainsi.

-- Allez-vous me faire la le.on, Porthos? s’écria Aramis, dans l’oeil doux duquel on vit passer comme un

éclair.

-- Mon cher, soyez mousquetaire ou abbé. Soyez l’un ou l’autre, mais pas l’un et l’autre, reprit Porthos.

Tenez, Athos vous l’a dit encore l’autre jour: vous mangez à tous les rateliers. Ah! ne nous fachons pas, je

vous prie, ce serait inutile, vous savez bien ce qui est convenu entre vous, Athos et moi. Vous allez chez Mme

d’Aiguillon, et vous lui faites la cour; vous allez chez Mme de Bois-Tracy, la cousine de Mme de Chevreuse,

et vous passez pour être fort en avant dans les bonnes graces de la dame. Oh! mon Dieu, n’avouez pas votre

bonheur, on ne vous demande pas votre secret, on conna.t votre discrétion. Mais puisque vous possédez cette

vertu, que diable! Faites-en usage à l’endroit de Sa Majesté. S’occupe qui voudra et comme on voudra du roi

et du cardinal; mais la reine est sacrée, et si l’on en parle, que ce soit en bien.

-- Porthos, vous êtes prétentieux comme Narcisse, je vous en préviens, répondit Aramis; vous savez que je

hais la morale, excepté quand elle est faite par Athos. Quant à vous, mon cher, vous avez un trop magnifique

baudrier pour être bien fort là- dessus. Je serai abbé s’il me convient; en attendant, je suis mousquetaire: en

cette qualité, je dis ce qu’il me pla.t, et en ce moment il me pla.t de vous dire que vous m’impatientez.

-- Aramis!

-- Porthos!

-- Eh! messieurs! messieurs! s’écria-t-on autour d’eux.

-- M. de Tréville attend M. d’Artagnan., interrompit le laquais en ouvrant la porte du cabinet.

à cette annonce, pendant laquelle la porte demeurait ouverte, chacun se tut, et au milieu du silence général le

jeune Gascon traversa l’antichambre dans une partie de sa longueur et entra chez le capitaine des

mousquetaires, se félicitant de tout son coeur d’échapper aussi à point à la fin de cette bizarre querelle.

CHAPITRE III L’AUDIENCE

M. de Tréville était pour le moment de fort méchante humeur; néanmoins il salua poliment le jeune homme,

qui s’inclina jusqu’à terre, et il sourit en recevant son compliment, dont l’accent béarnais lui rappela à la fois

Les trois mousquetaires

sa jeunesse et son pays, double souvenir qui fait sourire l’homme à tous les ages. Mais, se rapprochant

presque aussit.t de l’antichambre et faisant à d’Artagnan un signe de la main, comme pour lui demander la

permission d’en finir avec les autres avant de commencer avec lui, il appela trois fois, en grossissant la voix à

chaque fois, de sorte qu’il parcourut tous les tons intervallaires entre l’accent impératif et l’accent irrité:

.Athos! Porthos! Aramis!.

Les deux mousquetaires avec lesquels nous avons déjà fait connaissance, et qui répondaient aux deux derniers

de ces trois noms, quittèrent aussit.t les groupes dont ils faisaient partie et s’avancèrent vers le cabinet, dont la

porte se referma derrière eux dès qu’ils en eurent franchi le seuil. Leur contenance, bien qu’elle ne f.t pas tout

à fait tranquille, excita cependant par son laisser-aller à la fois plein de dignité et de soumission, l’admiration

de d’Artagnan, qui voyait dans ces hommes des demi- dieux, et dans leur chef un Jupiter olympien armé de

tous ses foudres.

Quand les deux mousquetaires furent entrés, quand la porte fut refermée derrière eux, quand le murmure

bourdonnant de l’antichambre, auquel l’appel qui venait d’être fait avait sans doute donné un nouvel aliment

eut recommencé; quand enfin M. de Tréville eut trois ou quatre fois arpenté, silencieux et le sourcil froncé,

toute la longueur de son cabinet, passant chaque fois devant Porthos et Aramis, roides et muets comme à la

parade, il s’arrêta tout à coup en face d’eux, et les couvrant des pieds à la tête d’un regard irrité:

.Savez-vous ce que m’a dit le roi, s’écria-t-il, et cela pas plus tard qu’hier au soir? le savez-vous, messieurs?

-- Non, répondirent après un instant de silence les deux mousquetaires; non, monsieur, nous l’ignorons.

-- Mais j’espère que vous nous ferez l’honneur de nous le dire, ajouta Aramis de son ton le plus poli et avec la

plus gracieuse révérence.

-- Il m’a dit qu’il recruterait désormais ses mousquetaires parmi les gardes de M. le cardinal!

-- Parmi les gardes de M. le cardinal! et pourquoi cela? demanda vivement Porthos.

-- Parce qu’il voyait bien que sa piquette avait besoin d’être ragaillardie par un mélange de bon vin..

Les deux mousquetaires rougirent jusqu’au blanc des yeux. D’Artagnan ne savait où il en était et e.t voulu

être à cent pieds sous terre.

.Oui, oui, continua M. de Tréville en s’animant, oui, et Sa Majesté avait raison, car, sur mon honneur, il est

vrai que les mousquetaires font triste figure à la cour. M. le cardinal racontait hier au jeu du roi, avec un air de

condoléance qui me déplut fort, qu’avant-hier ces damnés mousquetaires, ces diables à quatre -- il appuyait

sur ces mots avec un accent ironique qui me déplut encore davantage --, ces pourfendeurs, ajoutait-il en me

regardant de son oeil de chat-tigre, s’étaient attardés rue Férou, dans un cabaret, et qu’une ronde de ses gardes

-- j’ai cru qu’il allait me rire au nez -- avait été forcée d’arrêter les perturbateurs. Morbleu! vous devez en

savoir quelque chose! Arrêter des mousquetaires! Vous en étiez, vous autres, ne vous en défendez pas, on

vous a reconnus, et le cardinal vous a nommés. Voilà bien ma faute, oui, ma faute, puisque c’est moi qui

choisis mes hommes. Voyons, vous, Aramis, pourquoi diable m’avez-vous demandé la casaque quand vous

alliez être si bien sous la soutane? Voyons, vous, Porthos, n’avez-vous un si beau baudrier d’or que pour y

suspendre une épée de paille? Et Athos! je ne vois pas Athos. Où est-il?

-- Monsieur, répondit tristement Aramis, il est malade, fort malade.

-- Malade, fort malade, dites-vous? et de quelle maladie?

Les trois mousquetaires

-- On craint que ce ne soit de la petite vérole, monsieur, répondit Porthos voulant mêler à son tour un mot à la

conversation, et ce qui serait facheux en ce que très certainement cela gaterait son visage.

-- De la petite vérole! Voilà encore une glorieuse histoire que vous me contez là, Porthos!... Malade de la

petite vérole, à son age?... Non pas!... mais blessé sans doute, tué peut-être... Ah! si je le savais!... Sangdieu!

messieurs les mousquetaires, je n’entends pas que l’on hante ainsi les mauvais lieux, qu’on se prenne de

querelle dans la rue et qu’on joue de l’épée dans les carrefours. Je ne veux pas enfin qu’on prête à rire aux

gardes de M. le cardinal, qui sont de braves gens, tranquilles, adroits, qui ne se mettent jamais dans le cas

d’être arrêtés, et qui d’ailleurs ne se laisseraient pas arrêter, eux!... j’en suis s.r... Ils aimeraient mieux mourir

sur la place que de faire un pas en arrière... Se sauver, détaler, fuir, c’est bon pour les mousquetaires du roi,

cela!.

Porthos et Aramis frémissaient de rage. Ils auraient volontiers étranglé M. de Tréville, si au fond de tout cela

ils n’avaient pas senti que c’était le grand amour qu’il leur portait qui le faisait leur parler ainsi. Ils frappaient

le tapis du pied, se mordaient les lèvres jusqu’au sang et serraient de toute leur force la garde de leur épée.

Au-dehors on avait entendu appeler, comme nous l’avons dit, Athos, Porthos et Aramis, et l’on avait deviné, à

l’accent de la voix de M. de Tréville, qu’il était parfaitement en colère. Dix têtes curieuses étaient appuyées à

la tapisserie et palissaient de fureur, car leurs oreilles collées à la porte ne perdaient pas une syllabe de ce qui

se disait, tandis que leurs bouches répétaient au fur et à mesure les paroles insultantes du capitaine à toute la

population de l’antichambre. En un instant depuis la porte du cabinet jusqu’à la porte de la rue, tout l’h.tel fut

en ébullition.

.Ah! les mousquetaires du roi se font arrêter par les gardes de M. le cardinal., continua M. de Tréville aussi

furieux à l’intérieur que ses soldats, mais saccadant ses paroles et les plongeant une à une pour ainsi dire et

comme autant de coups de stylet dans la poitrine de ses auditeurs. .Ah! six gardes de Son éminence arrêtent

six mousquetaires de Sa Majesté! Morbleu! j’ai pris mon parti. Je vais de ce pas au Louvre; je donne ma

démission de capitaine des mousquetaires du roi pour demander une lieutenance dans les gardes du cardinal,

et s’il me refuse, morbleu! je me fais abbé..

à ces paroles, le murmure de l’extérieur devint une explosion: partout on n’entendait que jurons et

blasphèmes. Les morbleu! les sangdieu! les morts de tous les diables! se croisaient dans l’air. D’Artagnan

cherchait une tapisserie derrière laquelle se cacher, et se sentait une envie démesurée de se fourrer sous la

table.

.Eh bien, mon capitaine, dit Porthos hors de lui, la vérité est que nous étions six contre six, mais nous avons

été pris en tra.tre, et avant que nous eussions eu le temps de tirer nos épées, deux d’entre nous étaient tombés

morts, et Athos, blessé grièvement, ne valait guère mieux. Car vous le connaissez, Athos; eh bien, capitaine, il

a essayé de se relever deux fois, et il est retombé deux fois. Cependant nous ne nous sommes pas rendus, non!

l’on nous a entra.nés de force. En chemin, nous nous sommes sauvés. Quant à Athos, on l’avait cru mort, et

on l’a laissé bien tranquillement sur le champ de bataille, ne pensant pas qu’il val.t la peine d’être emporté.

Voilà l’histoire. Que diable, capitaine! on ne gagne pas toutes les batailles. Le grand Pompée a perdu celle de

Pharsale, et le roi Fran.ois Ier, qui, à ce que j’ai entendu dire, en valait bien un autre, a perdu cependant celle

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