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作者:法- 大仲马 当前章节:15391 字 更新时间:2026-6-15 21:39

dès lors, lui ferait perdre une partie de ses avantages, puisque, connu de Milady comme il la connaissait, il

jouerait avec elle à jeu égal. Quant à ce commencement d’intrigue entre elle et le comte de Wardes, notre

présomptueux ne s’en préoccupait que médiocrement, bien que le marquis f.t jeune, beau, riche et fort avant

dans la faveur du cardinal. Ce n’est pas pour rien que l’on a vingt ans, et surtout que l’on est né à Tarbes.

D’Artagnan commen.a par aller faire chez lui une toilette flamboyante; puis, il s’en revint chez Athos, et,

selon son habitude, lui raconta tout. Athos écouta ses projets; puis il secoua la tête, et lui recommanda la

prudence avec une sorte d’amertume.

.Quoi! lui dit-il, vous venez de perdre une femme que vous disiez bonne, charmante, parfaite, et voilà que

vous courez déjà après une autre!.

D’Artagnan sentit la vérité de ce reproche.

.J’aimais Mme Bonacieux avec le coeur, tandis que j’aime Milady avec la tête, dit-il; en me faisant conduire

chez elle, je cherche surtout à m’éclairer sur le r.le qu’elle joue à la cour.

-- Le r.le qu’elle joue, pardieu! il n’est pas difficile à deviner d’après tout ce que vous m’avez dit. C’est

quelque émissaire du cardinal: une femme qui vous attirera dans un piège, où vous laisserez votre tête tout

bonnement.

-- Diable! mon cher Athos, vous voyez les choses bien en noir, ce me semble.

-- Mon cher, je me défie des femmes; que voulez-vous! je suis payé pour cela, et surtout des femmes blondes.

Milady est blonde, m’avez-vous dit?

-- Elle a les cheveux du plus beau blond qui se puisse voir.

-- Ah! mon pauvre d’Artagnan, fit Athos.

Les trois mousquetaires

-- écoutez, je veux m’éclairer; puis, quand je saurai ce que je désire savoir, je m’éloignerai.

-- éclairez-vous., dit flegmatiquement Athos.

Lord de Winter arriva à l’heure dite, mais Athos, prévenu à temps, passa dans la seconde pièce. Il trouva donc

d’Artagnan seul, et, comme il était près de huit heures, il emmena le jeune homme.

Un élégant carrosse attendait en bas, et comme il était attelé de deux excellents chevaux, en un instant on fut

place Royale.

Milady Clarick re.ut gracieusement d’Artagnan. Son h.tel était d’une somptuosité remarquable; et, bien que

la plupart des Anglais, chassés par la guerre, quittassent la France, ou fussent sur le point de la quitter, Milady

venait de faire faire chez elle de nouvelles dépenses: ce qui prouvait que la mesure générale qui renvoyait les

Anglais ne la regardait pas.

.Vous voyez, dit Lord de Winter en présentant d’Artagnan à sa soeur, un jeune gentilhomme qui a tenu ma

vie entre ses mains, et qui n’a point voulu abuser de ses avantages, quoique nous fussions deux fois ennemis,

puisque c’est moi qui l’ai insulté, et que je suis anglais. Remerciez-le donc, madame, si vous avez quelque

amitié pour moi..

Milady fron.a légèrement le sourcil; un nuage à peine visible passa sur son front, et un sourire tellement

étrange apparut sur ses lèvres, que le jeune homme, qui vit cette triple nuance, en eut comme un frisson.

Le frère ne vit rien; il s’était retourné pour jouer avec le singe favori de Milady, qui l’avait tiré par son

pourpoint.

.Soyez le bienvenu, monsieur, dit Milady d’une voix dont la douceur singulière contrastait avec les

sympt.mes de mauvaise humeur que venait de remarquer d’Artagnan, vous avez acquis aujourd’hui des droits

éternels à ma reconnaissance..

L’Anglais alors se retourna et raconta le combat sans omettre un détail. Milady l’écouta avec la plus grande

attention; cependant on voyait facilement, quelque effort qu’elle f.t pour cacher ses impressions, que ce récit

ne lui était point agréable. Le sang lui montait à la tête, et son petit pied s’agitait impatiemment sous sa robe.

Lord de Winter ne s’aper.ut de rien. Puis, lorsqu’il eut fini, il s’approcha d’une table où étaient servis sur un

plateau une bouteille de vin d’Espagne et des verres. Il emplit deux verres et d’un signe invita d’Artagnan à

boire.

D’Artagnan savait que c’était fort désobliger un Anglais que de refuser de toaster avec lui. Il s’approcha donc

de la table, et prit le second verre. Cependant il n’avait point perdu de vue Milady, et dans la glace il s’aper.ut

du changement qui venait de s’opérer sur son visage. Maintenant qu’elle croyait n’être plus regardée, un

sentiment qui ressemblait à de la férocité animait sa physionomie. Elle mordait son mouchoir à belles dents.

Cette jolie petite soubrette, que d’Artagnan avait déjà remarquée, entra alors; elle dit en anglais quelques mots

à Lord de Winter, qui demanda aussit.t à d’Artagnan la permission de se retirer, s’excusant sur l’urgence de

l’affaire qui l’appelait, et chargeant sa soeur d’obtenir son pardon.

D’Artagnan échangea une poignée de main avec Lord de Winter et revint près de Milady. Le visage de cette

femme, avec une mobilité surprenante, avait repris son expression gracieuse, seulement quelques petites

taches rouges disséminées sur son mouchoir indiquaient qu’elle s’était mordu les lèvres jusqu’au sang.

Ses lèvres étaient magnifiques, on e.t dit du corail.

Les trois mousquetaires

La conversation prit une tournure enjouée. Milady paraissait s’être entièrement remise. Elle raconta que Lord

de Winter n’était que son beau-frère et non son frère: elle avait épousé un cadet de famille qui l’avait laissée

veuve avec un enfant. Cet enfant était le seul héritier de Lord de Winter, si Lord de Winter ne se mariait point.

Tout cela laissait voir à d’Artagnan un voile qui enveloppait quelque chose, mais il ne distinguait pas encore

sous ce voile.

Au reste, au bout d’une demi-heure de conversation, d’Artagnan était convaincu que Milady était sa

compatriote: elle parlait le fran.ais avec une pureté et une élégance qui ne laissaient aucun doute à cet égard.

D’Artagnan se répandit en propos galants et en protestations de dévouement. à toutes les fadaises qui

échappèrent à notre Gascon, Milady sourit avec bienveillance. L’heure de se retirer arriva. D’Artagnan prit

congé de Milady et sortit du salon le plus heureux des hommes.

Sur l’escalier il rencontra la jolie soubrette, laquelle le fr.la doucement en passant, et, tout en rougissant

jusqu’aux yeux, lui demanda pardon de l’avoir touché, d’une voix si douce, que le pardon lui fut accordé à

l’instant même.

D’Artagnan revint le lendemain et fut re.u encore mieux que la veille. Lord de Winter n’y était point, et ce fut

Milady qui lui fit cette fois tous les honneurs de la soirée. Elle parut prendre un grand intérêt à lui, lui

demanda d’où il était, quels étaient ses amis, et s’il n’avait pas pensé quelquefois à s’attacher au service de M.

le cardinal.

D’Artagnan, qui, comme on le sait, était fort prudent pour un gar.on de vingt ans, se souvint alors de ses

soup.ons sur Milady; il lui fit un grand éloge de Son éminence, lui dit qu’il n’e.t point manqué d’entrer dans

les gardes du cardinal au lieu d’entrer dans les gardes du roi, s’il e.t connu par exemple M. de Cavois au lieu

de conna.tre M. de Tréville.

Milady changea de conversation sans affectation aucune, et demanda à d’Artagnan de la fa.on la plus

négligée du monde s’il n’avait jamais été en Angleterre.

D’Artagnan répondit qu’il y avait été envoyé par M. de Tréville pour traiter d’une remonte de chevaux et qu’il

en avait même ramené quatre comme échantillon.

Milady, dans le cours de la conversation, se pin.a deux ou trois fois les lèvres: elle avait affaire a un Gascon

qui jouait serré.

à la même heure que la veille d’Artagnan se retira. Dans le corridor il rencontra encore la jolie Ketty; c’était

le nom de la soubrette. Celle-ci le regarda avec une expression de mystérieuse bienveillance à laquelle il n’y

avait point à se tromper. Mais d’Artagnan était si préoccupé de la ma.tresse, qu’il ne remarquait absolument

que ce qui venait d’elle.

D’Artagnan revint chez Milady le lendemain et le surlendemain, et chaque fois Milady lui fit un accueil plus

gracieux.

Chaque fois aussi, soit dans l’antichambre, soit dans le corridor, soit sur l’escalier, il rencontrait la jolie

soubrette.

Mais, comme nous l’avons dit, d’Artagnan ne faisait aucune attention à cette persistance de la pauvre Ketty.

CHAPITRE XXXII UN D.NER DE PROCUREUR

Cependant le duel dans lequel Porthos avait joué un r.le si brillant ne lui avait pas fait oublier le d.ner auquel

Les trois mousquetaires

l’avait invité la femme du procureur. Le lendemain, vers une heure, il se fit donner le dernier coup de brosse

par Mousqueton, et s’achemina vers la rue aux Ours, du pas d’un homme qui est en double bonne fortune.

Son coeur battait, mais ce n’était pas, comme celui de d’Artagnan, d’un jeune et impatient amour. Non, un

intérêt plus matériel lui fouettait le sang, il allait enfin franchir ce seuil mystérieux, gravir cet escalier inconnu

qu’avaient monté, un à un, les vieux écus de ma.tre Coquenard.

Il allait voir en réalité certain bahut dont vingt fois il avait vu l’image dans ses rêves; bahut de forme longue et

profonde, cadenassé, verrouillé, scellé au sol; bahut dont il avait si souvent entendu parler, et que les mains un

peu sèches, il est vrai, mais non pas sans élégance de la procureuse, allaient ouvrir à ses regards admirateurs.

Et puis lui, l’homme errant sur la terre, l’homme sans fortune, l’homme sans famille, le soldat habitué aux

auberges, aux cabarets, aux tavernes, aux posadas, le gourmet forcé pour la plupart du temps de s’en tenir aux

lippées de rencontre, il allait tater des repas de ménage, savourer un intérieur confortable, et se laisser faire à

ces petits soins, qui, plus on est dur, plus ils plaisent, comme disent les vieux soudards.

Venir en qualité de cousin s’asseoir tous les jours à une bonne table, dérider le front jaune et plissé du vieux

procureur, plumer quelque peu les jeunes clercs en leur apprenant la bassette, le passe-dix et le lansquenet

dans leurs plus fines pratiques, et en leur gagnant par manière d’honoraires, pour la le.on qu’il leur donnerait

en une heure, leurs économies d’un mois, tout cela souriait énormément à Porthos.

Le mousquetaire se retra.ait bien, de-ci, de-là, les mauvais propos qui couraient dès ce temps-là sur les

procureurs et qui leur ont survécu: la lésine, la rognure, les jours de je.ne, mais comme, après tout, sauf

quelques accès d’économie que Porthos avait toujours trouvés fort intempestifs, il avait vu la procureuse assez

libérale, pour une procureuse, bien entendu, il espéra rencontrer une maison montée sur un pied flatteur.

Cependant, à la porte, le mousquetaire eut quelques doutes, l’abord n’était point fait pour engager les gens:

allée puante et noire, escalier mal éclairé par des barreaux au travers desquels filtrait le jour gris d’une cour

voisine; au premier une porte basse et ferrée d’énorme clous comme la porte principale du Grand- Chatelet.

Porthos heurta du doigt; un grand clerc pale et enfoui sous une forêt de cheveux vierges vint ouvrir et salua de

l’air d’un homme forcé de respecter à la fois dans un autre la haute taille qui indique la force, l’habit militaire

qui indique l’état, et la mine vermeille qui indique l’habitude de bien vivre.

Autre clerc plus petit derrière le premier, autre clerc plus grand derrière le second, saute-ruisseau de douze ans

derrière le troisième.

En tout, trois clercs et demi; ce qui, pour le temps, annon.ait une étude des plus achalandées.

Quoique le mousquetaire ne d.t arriver qu’à une heure, depuis midi la procureuse avait l’oeil au guet et

comptait sur le coeur et peut-être aussi sur l’estomac de son adorateur pour lui faire devancer l’heure.

Mme Coquenard arriva donc par la porte de l’appartement, presque en même temps que son convive arrivait

par la porte de l’escalier, et l’apparition de la digne dame le tira d’un grand embarras. Les clercs avaient l’oeil

curieux, et lui, ne sachant trop que dire à cette gamme ascendante et descendante, demeurait la langue muette.

.C’est mon cousin, s’écria la procureuse; entrez donc, entrez donc, monsieur Porthos..

Le nom de Porthos fit son effet sur les clercs, qui se mirent à rire; mais Porthos se retourna, et tous les visages

rentrèrent dans leur gravité.

On arriva dans le cabinet du procureur après avoir traversé l’antichambre où étaient les clercs, et l’étude où ils

Les trois mousquetaires

auraient d. être: cette dernière chambre était une sorte de salle noire et meublée de paperasses. En sortant de

l’étude on laissa la cuisine à droite, et l’on entra dans la salle de réception.

Toutes ces pièces qui se commandaient n’inspirèrent point à Porthos de bonnes idées. Les paroles devaient

s’entendre de loin par toutes ces portes ouvertes; puis, en passant, il avait jeté un regard rapide et investigateur

sur la cuisine, et il s’avouait à lui-même, à la honte de la procureuse et à son grand regret, à lui, qu’il n’y avait

pas vu ce feu, cette animation, ce mouvement qui, au moment d’un bon repas, règnent ordinairement dans ce

sanctuaire de la gourmandise.

Le procureur avait sans doute été prévenu de cette visite, car il ne témoigna aucune surprise à la vue de

Porthos, qui s’avan.a jusqu’à lui d’un air assez dégagé et le salua courtoisement.

.Nous sommes cousins, à ce qu’il para.t, monsieur Porthos?. dit le procureur en se soulevant à la force des

bras sur son fauteuil de canne.

Le vieillard, enveloppé dans un grand pourpoint noir où se perdait son corps fluet, était vert et sec; ses petits

yeux gris brillaient comme des escarboucles, et semblaient, avec sa bouche grima.ante, la seule partie de son

visage où la vie f.t demeurée. Malheureusement les jambes commen.aient à refuser le service à toute cette

machine osseuse; depuis cinq ou six mois que cet affaiblissement s’était fait sentir, le digne procureur était à

peu près devenu l’esclave de sa femme.

Le cousin fut accepté avec résignation, voilà tout. Ma.tre Coquenard ingambe e.t décliné toute parenté avec

M. Porthos.

.Oui, monsieur, nous sommes cousins, dit sans se déconcerter Porthos, qui, d’ailleurs, n’avait jamais compté

être re.u par le mari avec enthousiasme.

-- Par les femmes, je crois?. dit malicieusement le procureur.

Porthos ne sentit point cette raillerie et la prit pour une na.veté dont il rit dans sa grosse moustache. Mme

Coquenard, qui savait que le procureur na.f était une variété for rare dans l’espèce, sourit un peu et rougit

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