饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15375 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- Alors, venez..

Et Ketty, qui n’avait point laché la main de d’Artagnan, l’entra.na par un petit escalier sombre et tournant, et,

après lui avoir fait monter une quinzaine de marches, ouvrit une porte.

.Entrez, monsieur le chevalier, dit-elle, ici nous serons seuls et nous pourrons causer.

-- Et quelle est donc cette chambre, ma belle enfant? demanda d’Artagnan.

Les trois mousquetaires

-- C’est la mienne, monsieur le chevalier; elle communique avec celle de ma ma.tresse par cette porte. Mais

soyez tranquille, elle ne pourra entendre ce que nous dirons, jamais elle ne se couche qu’à minuit..

D’Artagnan jeta un coup d’oeil autour de lui. La petite chambre était charmante de go.t et de propreté; mais,

malgré lui, ses yeux se fixèrent sur cette porte que Ketty lui avait dit conduire à la chambre de Milady.

Ketty devina ce qui se passait dans l’ame du jeune homme et poussa un soupir.

.Vous aimez donc bien ma ma.tresse, monsieur le chevalier, dit- elle.

-- Oh! plus que je ne puis dire! j’en suis fou!.

Ketty poussa un second soupir.

.Hélas! monsieur, dit-elle, c’est bien dommage!

-- Et que diable vois-tu donc là de si facheux? demanda d’Artagnan.

-- C’est que, monsieur, reprit Ketty, ma ma.tresse ne vous aime pas du tout.

-- Hein! fit d’Artagnan, t’aurait-elle chargée de me le dire?

-- Oh! non pas, monsieur! mais c’est moi qui, par intérêt pour vous, ai pris la résolution de vous en prévenir.

-- Merci, ma bonne Ketty, mais de l’intention seulement, car la confidence, tu en conviendras, n’est point

agréable.

-- C’est-à-dire que vous ne croyez point à ce que je vous ai dit, n’est-ce pas?

-- On a toujours peine à croire de pareilles choses, ma belle enfant, ne f.t-ce que par amour-propre.

-- Donc vous ne me croyez pas?

-- J’avoue que jusqu’à ce que tu daignes me donner quelques preuves de ce que tu avances...

-- Que dites-vous de celle-ci?.

Et Ketty tira de sa poitrine un petit billet.

.Pour moi? dit d’Artagnan en s’emparant vivement de la lettre.

-- Non, pour un autre.

-- Pour un autre?

-- Oui.

-- Son nom, son nom! s’écria d’Artagnan.

-- Voyez l’adresse.

-- M. le comte de Wardes..

Les trois mousquetaires

Le souvenir de la scène de Saint-Germain se présenta aussit.t à l’esprit du présomptueux Gascon; par un

mouvement rapide comme la pensée, il déchira l’enveloppe malgré le cri que poussa Ketty en voyant ce qu’il

allait faire, ou plut.t ce qu’il faisait.

.Oh! mon Dieu! monsieur le chevalier, dit-elle, que faites-vous?

-- Moi, rien!. dit d’Artagnan, et il lut:

.Vous n’avez pas répondu à mon premier billet; êtes-vous donc souffrant, ou bien auriez-vous oublié quels

yeux vous me f.tes au bal de Mme de Guise? Voici l’occasion, comte! ne la laissez pas échapper..

D’Artagnan palit; il était blessé dans son amour-propre, il se crut blessé dans son amour.

.Pauvre cher monsieur d’Artagnan! dit Ketty d’une voix pleine de compassion et en serrant de nouveau la

main du jeune homme.

-- Tu me plains, bonne petite! dit d’Artagnan.

-- Oh! oui, de tout mon coeur! car je sais ce que c’est que l’amour, moi!

-- Tu sais ce que c’est que l’amour? dit d’Artagnan la regardant pour la première fois avec une certaine

attention.

-- Hélas! oui.

-- Eh bien, au lieu de me plaindre, alors, tu ferais bien mieux de m’aider à me venger de ta ma.tresse.

-- Et quelle sorte de vengeance voudriez-vous en tirer? Je voudrais triompher d’elle, supplanter mon rival.

-- Je ne vous aiderai jamais à cela, monsieur le chevalier! dit vivement Ketty.

-- Et pourquoi cela? demanda d’Artagnan.

-- Pour deux raisons.

-- Lesquelles?

-- La première, c’est que jamais ma ma.tresse ne vous a aimé.

-- Qu’en sais-tu?

-- Vous l’avez blessée au coeur.

-- Moi! en quoi puis-je l’avoir blessée, moi qui, depuis que je la connais, vis à ses pieds comme un esclave!

parle, je t’en prie.

-- Je n’avouerais jamais cela qu’à l’homme... qui lirait jusqu’au fond de mon ame!.

D’Artagnan regarda Ketty pour la seconde fois. La jeune fille était d’une fra.cheur et d’une beauté que bien

des duchesses eussent achetées de leur couronne.

.Ketty, dit-il, je lirai jusqu’au fond de ton ame quand tu voudras; qu’à cela ne tienne, ma chère enfant..

Les trois mousquetaires

Et il lui donna un baiser sous lequel la pauvre enfant devint rouge comme une cerise.

.Oh! non, s’écria Ketty, vous ne m’aimez pas! C’est ma ma.tresse que vous aimez, vous me l’avez dit tout à

l’heure.

-- Et cela t’empêche-t-il de me faire conna.tre la seconde raison?

-- La seconde raison, monsieur le chevalier, reprit Ketty enhardie par le baiser d’abord et ensuite par

l’expression des yeux du jeune homme, c’est qu’en amour chacun pour soi..

Alors seulement d’Artagnan se rappela les coups d’oeil languissants de Ketty, ses rencontres dans

l’antichambre, sur l’escalier, dans le corridor, ses fr.lements de main chaque fois qu’elle le rencontrait, et ses

soupirs étouffés; mais, absorbé par le désir de plaire à la grande dame, il avait dédaigné la soubrette: qui

chasse l’aigle ne s’inquiète pas du passereau.

Mais cette fois notre Gascon vit d’un seul coup d’oeil tout le parti qu’on pouvait tirer de cet amour que Ketty

venait d’avouer d’une fa.on si na.ve ou si effrontée: interception des lettres adressées au comte de Wardes,

intelligences dans la place, entrée à toute heure dans la chambre de Ketty, contigu. à celle de sa ma.tresse. Le

perfide, comme on le voit, sacrifiait déjà en idée la pauvre fille pour obtenir Milady de gré ou de force.

.Eh bien, dit-il à la jeune fille, veux-tu, ma chère Ketty, que je te donne une preuve de cet amour dont tu

doutes?

-- De quel amour? demanda la jeune fille.

-- De celui que je suis tout prêt à ressentir pour toi.

-- Et quelle est cette preuve?

-- Veux-tu que ce soir je passe avec toi le temps que je passe ordinairement avec ta ma.tresse?

-- Oh! oui, dit Ketty en battant des mains, bien volontiers.

-- Eh bien, ma chère enfant, dit d’Artagnan en s’établissant dans un fauteuil, viens .à que je te dise que tu es

la plus jolie soubrette que j’aie jamais vue!.

Et il le lui dit tant et si bien, que la pauvre enfant, qui ne demandait pas mieux que de le croire, le crut...

Cependant, au grand étonnement de d’Artagnan, la jolie Ketty se défendait avec une certaine résolution.

Le temps passe vite, lorsqu’il se passe en attaques et en défenses.

Minuit sonna, et l’on entendit presque en même temps retentir la sonnette dans la chambre de Milady.

.Grand Dieu! s’écria Ketty, voici ma ma.tresse qui m’appelle! Partez, partez vite!.

D’Artagnan se leva, prit son chapeau comme s’il avait l’intention d’obéir; puis, ouvrant vivement la porte

d’une grande armoire au lieu d’ouvrir celle de l’escalier, il se blottit dedans au milieu des robes et des

peignoirs de Milady.

.Que faites-vous donc?. s’écria Ketty.

D’Artagnan, qui d’avance avait pris la clef, s’enferma dans son armoire sans répondre.

Les trois mousquetaires

.Eh bien, cria Milady d’une voix aigre, dormez-vous donc que vous ne venez pas quand je sonne?.

Et d’Artagnan entendit qu’on ouvrit violemment la porte de communication.

.Me voici, Milady, me voici., s’écria Ketty en s’élan.ant à la rencontre de sa ma.tresse.

Toutes deux rentrèrent dans la chambre à coucher et comme la porte de communication resta ouverte,

d’Artagnan put entendre quelque temps encore Milady gronder sa suivante, puis enfin elle s’apaisa, et la

conversation tomba sur lui tandis que Ketty accommodait sa ma.tresse.

.Eh bien, dit Milady, je n’ai pas vu notre Gascon ce soir?

-- Comment, madame, dit Ketty, il n’est pas venu! Serait-il volage avant d’être heureux?

-- Oh non! il faut qu’il ait été empêché par M. de Tréville ou par M. des Essarts. Je m’y connais, Ketty, et je le

tiens, celui-là.

-- Qu’en fera madame?

-- Ce que j’en ferai!... Sois tranquille, Ketty, il y a entre cet homme et moi une chose qu’il ignore... il a

manqué me faire perdre mon crédit près de Son éminence... Oh! je me vengerai!

-- Je croyais que madame l’aimait?

-- Moi, l’aimer! je le déteste! Un niais, qui tient la vie de Lord de Winter entre ses mains et qui ne le tue pas,

et qui me fait perdre trois cent mille livres de rente!

-- C’est vrai, dit Ketty, votre fils était le seul héritier de son oncle, et jusqu’à sa majorité vous auriez eu la

jouissance de sa fortune..

D’Artagnan frissonna jusqu’à la moelle des os en entendant cette suave créature lui reprocher, avec cette voix

stridente qu’elle avait tant de peine à cacher dans la conversation, de n’avoir pas tué un homme qu’il l’avait

vue combler d’amitié.

.Aussi, continua Milady, je me serais déjà vengée sur lui-même, si, je ne sais pourquoi, le cardinal ne m’avait

recommandé de le ménager.

-- Oh! oui, mais madame n’a point ménagé cette petite femme qu’il aimait.

-- Oh! la mercière de la rue des Fossoyeurs: est-ce qu’il n’a pas déjà oublié qu’elle existait? La belle

vengeance, ma foi!.

Une sueur froide coulait sur le front de d’Artagnan: c’était donc un monstre que cette femme.

Il se remit à écouter, mais malheureusement la toilette était finie.

.C’est bien, dit Milady, rentrez chez vous et demain tachez enfin d’avoir une réponse à cette lettre que je vous

ai donnée.

-- Pour M. de Wardes? dit Ketty.

-- Sans doute, pour M. de Wardes.

Les trois mousquetaires

-- En voilà un, dit Ketty, qui m’a bien l’air d’être tout le contraire de ce pauvre M. d’Artagnan.

-- Sortez, mademoiselle, dit Milady, je n’aime pas les commentaires..

D’Artagnan entendit la porte qui se refermait, puis le bruit de deux verrous que mettait Milady afin de

s’enfermer chez elle; de son c.té, mais le plus doucement qu’elle put, Ketty donna à la serrure un tour de clef;

d’Artagnan alors poussa la porte de l’armoire.

.O mon Dieu! dit tout bas Ketty, qu’avez-vous? et comme vous êtes pale!

-- L’abominable créature! murmura d’Artagnan.

-- Silence! silence! sortez, dit Ketty; il n’y a qu’une cloison entre ma chambre et celle de Milady, on entend de

l’une tout ce qui se dit dans l’autre!

-- C’est justement pour cela que je ne sortirai pas, dit d’Artagnan.

-- Comment? fit Ketty en rougissant.

-- Ou du moins que je sortirai... plus tard..

Et il attira Ketty à lui; il n’y avait plus moyen de résister, la résistance fait tant de bruit! aussi Ketty céda.

C’était un mouvement de vengeance contre Milady. D’Artagnan trouva qu’on avait raison de dire que la

vengeance est le plaisir des dieux. Aussi, avec un peu de coeur, se serait-il contenté de cette nouvelle

conquête; mais d’Artagnan n’avait que de l’ambition et de l’orgueil.

Cependant, il faut le dire à sa louange, le premier emploi qu’il avait fait de son influence sur Ketty avait été

d’essayer de savoir d’elle ce qu’était devenue Mme Bonacieux, mais la pauvre fille jura sur le crucifix à

d’Artagnan qu’elle l’ignorait complètement, sa ma.tresse ne laissant jamais pénétrer que la moitié de ses

secrets; seulement, elle croyait pouvoir répondre qu’elle n’était pas morte.

Quant à la cause qui avait manqué faire perdre à Milady son crédit près du cardinal, Ketty n’en savait pas

davantage; mais cette fois, d’Artagnan était plus avancé qu’elle: comme il avait aper.u Milady sur un

batiment consigné au moment où lui-même quittait l’Angleterre, il se douta qu’il était question cette fois des

ferrets de diamants.

Mais ce qu’il y avait de plus clair dans tout cela, c’est que la haine véritable, la haine profonde, la haine

invétérée de Milady lui venait de ce qu’il n’avait pas tué son beau-frère.

D’Artagnan retourna le lendemain chez Milady. Elle était de fort méchante humeur, d’Artagnan se douta que

c’était le défaut de réponse de M. de Wardes qui l’aga.ait ainsi. Ketty entra; mais Milady la re.ut fort

durement. Un coup d’oeil qu’elle lan.a à d’Artagnan voulait dire: Vous voyez ce que je souffre pour vous.

Cependant vers la fin de la soirée, la belle lionne s’adoucit, elle écouta en souriant les doux propos de

d’Artagnan, elle lui donna même sa main à baiser.

D’Artagnan sortit ne sachant plus que penser: mais comme c’était un gar.on à qui on ne faisait pas facilement

perdre la tête, tout en faisant sa cour à Milady il avait bati dans son esprit un petit plan.

Il trouva Ketty à la porte, et comme la veille il monta chez elle pour avoir des nouvelles. Ketty avait été fort

grondée, on l’avait accusée de négligence. Milady ne comprenait rien au silence du comte de Wardes, et elle

Les trois mousquetaires

lui avait ordonné d’entrer chez elle à neuf heures du matin pour y prendre une troisième lettre.

D’Artagnan fit promettre à Ketty de lui apporter chez lui cette lettre le lendemain matin; la pauvre fille promit

tout ce que voulut son amant: elle était folle.

Les choses se passèrent comme la veille: d’Artagnan s’enferma dans son armoire, Milady appela, fit sa

toilette, renvoya Ketty et referma sa porte. Comme la veille d’Artagnan ne rentra chez lui qu’à cinq heures du

matin.

à onze heures, il vit arriver Ketty; elle tenait à la main un nouveau billet de Milady. Cette fois, la pauvre

enfant n’essaya pas même de le disputer à d’Artagnan; elle le laissa faire; elle appartenait corps et ame à son

beau soldat.

D’Artagnan ouvrit le billet et lut ce qui suit:

.Voilà la troisième fois que je vous écris pour vous dire que je vous aime. Prenez garde que je ne vous écrive

une quatrième pour vous dire que je vous déteste.

.Si vous vous repentez de la fa.on dont vous avez agi avec moi, la jeune fille qui vous remettra ce billet vous

dira de quelle manière un galant homme peut obtenir son pardon..

D’Artagnan rougit et palit plusieurs fois en lisant ce billet.

.Oh! vous l’aimez toujours! dit Ketty, qui n’avait pas détourné un instant les yeux du visage du jeune homme.

-- Non, Ketty, tu te trompes, je ne l’aime plus; mais je veux me venger de ses mépris.

-- Oui, je connais votre vengeance; vous me l’avez dite.

-- Que t’importe, Ketty! tu sais bien que c’est toi seule que j’aime.

-- Comment peut-on savoir cela?

-- Par le mépris que je ferai d’elle..

Ketty soupira.

D’Artagnan prit une plume et écrivit:

.Madame, jusqu’ici j’avais douté que ce f.t bien à moi que vos deux premiers billets eussent été adressés, tant

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