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作者:法- 大仲马 当前章节:15398 字 更新时间:2026-6-15 21:39

je me croyais indigne d’un pareil honneur; d’ailleurs j’étais si souffrant, que j’eusse en tout cas hésité à y

répondre.

.Mais aujourd’hui il faut bien que je croie à l’excès de vos bontés, puisque non seulement votre lettre, mais

encore votre suivante, m’affirme que j’ai le bonheur d’être aimé de vous.

.Elle n’a pas besoin de me dire de quelle manière un galant homme peut obtenir son pardon. J’irai donc vous

demander le mien ce soir à onze heures. Tarder d’un jour serait à mes yeux, maintenant, vous faire une

nouvelle offense.

.Celui que vous avez rendu le plus heureux des hommes.

Les trois mousquetaires

.Comte DE WARDES..

Ce billet était d’abord un faux, c’était ensuite une indélicatesse; c’était même, au point de vue de nos moeurs

actuelles, quelque chose comme une infamie; mais on se ménageait moins à cette époque qu’on ne le fait

aujourd’hui. D’ailleurs d’Artagnan, par ses propres aveux, savait Milady coupable de trahison à des chefs plus

importants, et il n’avait pour elle qu’une estime fort mince. Et cependant malgré ce peu d’estime, il sentait

qu’une passion insensée le br.lait pour cette femme. Passion ivre de mépris, mais passion ou soif, comme on

voudra.

L’intention de d’Artagnan était bien simple: par la chambre de Ketty il arrivait à celle de sa ma.tresse; il

profitait du premier moment de surprise, de honte, de terreur pour triompher d’elle; peut-être aussi

échouerait-il, mais il fallait bien donner quelque chose au hasard. Dans huit jours la campagne s’ouvrait, et il

fallait partir; d’Artagnan n’avait pas le temps de filer le parfait amour.

.Tiens, dit le jeune homme en remettant à Ketty le billet tout cacheté, donne cette lettre à Milady; c’est la

réponse de M. de Wardes..

La pauvre Ketty devint pale comme la mort, elle se doutait de ce que contenait le billet.

.écoute, ma chère enfant, lui dit d’Artagnan, tu comprends qu’il faut que tout cela finisse d’une fa.on ou de

l’autre; Milady peut découvrir que tu as remis le premier billet à mon valet, au lieu de le remettre au valet du

comte; que c’est moi qui ai décacheté les autres qui devaient être décachetés par M. de Wardes; alors Milady

te chasse, et, tu la connais, ce n’est pas une femme à borner là sa vengeance.

-- Hélas! dit Ketty, pour qui me suis-je exposée à tout cela?

-- Pour moi, je le sais bien, ma toute belle, dit le jeune homme, aussi je t’en suis bien reconnaissant, je te le

jure.

-- Mais enfin, que contient votre billet?

-- Milady te le dira.

-- Ah! vous ne m’aimez pas! s’écria Ketty, et je suis bien malheureuse!.

à ce reproche il y a une réponse à laquelle les femmes se trompent toujours; d’Artagnan répondit de manière

que Ketty demeurat dans la plus grande erreur.

Cependant elle pleura beaucoup avant de se décider à remettre cette lettre à Milady, mais enfin elle se décida,

c’est tout ce que voulait d’Artagnan.

D’ailleurs il lui promit que le soir il sortirait de bonne heure de chez sa ma.tresse, et qu’en sortant de chez sa

ma.tresse il monterait chez elle.

Cette promesse acheva de consoler la pauvre Ketty.

CHAPITRE XXXIV Où IL EST TRAITé DE L’éQUIPEMENT D’ARAMIS ET DE PORTHOS

Depuis que les quatre amis étaient chacun à la chasse de son équipement, il n’y avait plus entre eux de réunion

arrêtée. On d.nait les uns sans les autres, où l’on se trouvait, ou plut.t où l’on pouvait. Le service, de son c.té,

prenait aussi sa part de ce temps précieux, qui s’écoulait si vite. Seulement on était convenu de se trouver une

fois la semaine, vers une heure, au logis d’Athos, attendu que ce dernier, selon le serment qu’il avait fait, ne

Les trois mousquetaires

passait plus le seuil de sa porte.

C’était le jour même où Ketty était venue trouver d’Artagnan chez lui, jour de réunion.

à peine Ketty fut-elle sortie, que d’Artagnan se dirigea vers la rue Férou.

Il trouva Athos et Aramis qui philosophaient. Aramis avait quelques velléités de revenir à la soutane. Athos,

selon ses habitudes, ne le dissuadait ni ne l’encourageait. Athos était pour qu’on laissat à chacun son libre

arbitre. Il ne donnait jamais de conseils qu’on ne les lui demandat. Encore fallait-il les lui demander deux fois.

.En général, on ne demande de conseils, disait-il, que pour ne les pas suivre; ou, si on les a suivis, que pour

avoir quelqu’un à qui l’on puisse faire le reproche de les avoir donnés..

Porthos arriva un instant après d’Artagnan. Les quatre amis se trouvaient donc réunis.

Les quatre visages exprimaient quatre sentiments différents: celui de Porthos la tranquillité, celui de

d’Artagnan l’espoir, celui d’Aramis l’inquiétude, celui d’Athos l’insouciance.

Au bout d’un instant de conversation dans laquelle Porthos laissa entrevoir qu’une personne haut placée avait

bien voulu se charger de le tirer d’embarras, Mousqueton entra.

Il venait prier Porthos de passer à son logis, où, disait-il d’un air fort piteux, sa présence était urgente.

.Sont-ce mes équipages? demanda Porthos.

-- Oui et non, répondit Mousqueton.

-- Mais enfin que veux-tu dire?...

-- Venez, monsieur..

Porthos se leva, salua ses amis et suivit Mousqueton.

Un instant après, Bazin apparut au seuil de la porte.

.Que me voulez-vous, mon ami? dit Aramis avec cette douceur de langage que l’on remarquait en lui chaque

fois que ses idées le ramenaient vers l’église...

-- Un homme attend monsieur à la maison, répondit Bazin.

-- Un homme! quel homme?

-- Un mendiant.

-- Faites-lui l’aum.ne, Bazin, et dites-lui de prier pour un pauvre pécheur.

-- Ce mendiant veut à toute force vous parler, et prétend que vous serez bien aise de le voir.

-- N’a-t-il rien dit de particulier pour moi?

-- Si fait. “Si M. Aramis, a-t-il dit, hésite à me venir trouver, vous lui annoncerez que j’arrive de Tours.”

Les trois mousquetaires

-- De Tours? s’écria Aramis; messieurs, mille pardons, mais sans doute cet homme m’apporte des nouvelles

que j’attendais..

Et, se levant aussit.t, il s’éloigna rapidement.

Restèrent Athos et d’Artagnan.

.Je crois que ces gaillards-là ont trouvé leur affaire. Qu’en pensez-vous, d’Artagnan? dit Athos.

-- Je sais que Porthos était en bon train, dit d’Artagnan; et quant à Aramis, à vrai dire, je n’en ai jamais été

sérieusement inquiet: mais vous, mon cher Athos, vous qui avez si généreusement distribué les pistoles de

l’Anglais qui étaient votre bien légitime, qu’allez-vous faire?

-- Je suis fort content d’avoir tué ce dr.le, mon enfant, vu que c’est pain bénit que de tuer un Anglais: mais si

j’avais empoché ses pistoles, elles me pèseraient comme un remords.

-- Allons donc, mon cher Athos! vous avez vraiment des idées inconcevables.

-- Passons, passons! Que me disait donc M. de Tréville, qui me fit l’honneur de me venir voir hier, que vous

hantez ces Anglais suspects que protège le cardinal?

-- C’est-à-dire que je rends visite à une Anglaise, celle dont je vous ai parlé.

-- Ah! oui, la femme blonde au sujet de laquelle je vous ai donné des conseils que naturellement vous vous

êtes bien gardé de suivre.

-- Je vous ai donné mes raisons.

-- Oui; vous voyez là votre équipement, je crois, à ce que vous m’avez dit.

-- Point du tout! j’ai acquis la certitude que cette femme était pour quelque chose dans l’enlèvement de Mme

Bonacieux.

-- Oui, et je comprends; pour retrouver une femme, vous faites la cour à une autre: c’est le chemin le plus

long, mais le plus amusant.

D’Artagnan fut sur le point de tout raconter à Athos; mais un point l’arrêta: Athos était un gentilhomme

sévère sur le point d’honneur, et il y avait, dans tout ce petit plan que notre amoureux avait arrêté à l’endroit

de Milady, certaines choses qui, d’avance, il en était s.r, n’obtiendraient pas l’assentiment du puritain; il

préféra donc garder le silence, et comme Athos était l’homme le moins curieux de la terre, les confidences de

d’Artagnan en étaient restées là.

Nous quitterons donc les deux amis, qui n’avaient rien de bien important à se dire, pour suivre Aramis.

à cette nouvelle, que l’homme qui voulait lui parler arrivait de Tours, nous avons vu avec quelle rapidité le

jeune homme avait suivi ou plut.t devancé Bazin; il ne fit donc qu’un saut de la rue Férou à la rue de

Vaugirard.

En entrant chez lui, il trouva effectivement un homme de petite taille, aux yeux intelligents, mais couvert de

haillons.

.C’est vous qui me demandez? dit le mousquetaire.

Les trois mousquetaires

-- C’est-à-dire que je demande M. Aramis: est-ce vous qui vous appelez ainsi?

-- Moi-même: vous avez quelque chose à me remettre?

-- Oui, si vous me montrez certain mouchoir brodé.

-- Le voici, dit Aramis en tirant une clef de sa poitrine, et en ouvrant un petit coffret de bois d’ébène incrusté

de nacre, le voici, tenez.

-- C’est bien, dit le mendiant, renvoyez votre laquais..

En effet, Bazin, curieux de savoir ce que le mendiant voulait à son ma.tre, avait réglé son pas sur le sien, et

était arrivé presque en même temps que lui; mais cette célérité ne lui servit pas à grand-chose; sur l’invitation

du mendiant, son ma.tre lui fit signe de se retirer, et force lui fut d’obéir.

Bazin parti, le mendiant jeta un regard rapide autour de lui, afin d’être s.r que personne ne pouvait ni le voir

ni l’entendre, et ouvrant sa veste en haillons mal serrée par une ceinture de cuir, il se mit à découdre le haut de

son pourpoint, d’où il tira une lettre.

Aramis jeta un cri de joie à la vue du cachet, baisa l’écriture, et avec un respect presque religieux, il ouvrit

l’ép.tre qui contenait ce qui suit:

.Ami, le sort veut que nous soyons séparés quelque temps encore; mais les beaux jours de la jeunesse ne sont

pas perdus sans retour. Faites votre devoir au camp; je fais le mien autre part. Prenez ce que le porteur vous

remettra; faites la campagne en beau et bon gentilhomme, et pensez à moi, qui baise tendrement vos yeux

noirs.

.Adieu, ou plut.t au revoir!.

Le mendiant décousait toujours; il tira une à une de ses sales habits cent cinquante doubles pistoles d’Espagne,

qu’il aligna sur la table; puis, il ouvrit la porte, salua et partit avant que le jeune homme, stupéfait, e.t osé lui

adresser une parole.

Aramis alors relut la lettre, et s’aper.ut que cette lettre avait un post-scriptum.

.P.-S. -- Vous pouvez faire accueil au porteur, qui est comte et grand d’Espagne..

.Rêves dorés! s’écria Aramis. Oh! la belle vie! oui, nous sommes jeunes! oui, nous aurons encore des jours

heureux! Oh! à toi, mon amour, mon sang, ma vie! tout, tout, tout, ma belle ma.tresse!.

Et il baisait la lettre avec passion, sans même regarder l’or qui étincelait sur la table.

Bazin gratta à la porte; Aramis n’avait plus de raison pour le tenir à distance; il lui permit d’entrer.

Bazin resta stupéfait à la vue de cet or, et oublia qu’il venait annoncer d’Artagnan, qui, curieux de savoir ce

que c’était que le mendiant, venait chez Aramis en sortant de chez Athos.

Or, comme d’Artagnan ne se gênait pas avec Aramis, voyant que Bazin oubliait de l’annoncer, il s’annon.a

lui-même.

.Ah! diable, mon cher Aramis, dit d’Artagnan, si ce sont là les pruneaux qu’on nous envoie de Tours, vous en

ferez mon compliment au jardinier qui les récolte.

Les trois mousquetaires

-- Vous vous trompez, mon cher, dit Aramis toujours discret: c’est mon libraire qui vient de m’envoyer le prix

de ce poème en vers d’une syllabe que j’avais commencé là-bas.

-- Ah! vraiment! dit d’Artagnan; eh bien, votre libraire est généreux, mon cher Aramis, voilà tout ce que je

puis vous dire.

-- Comment, monsieur! s’écria Bazin, un poème se vend si cher! c’est incroyable! Oh! monsieur! vous faites

tout ce que vous voulez, vous pouvez devenir l’égal de M. de Voiture et de M. de Benserade. J’aime encore

cela, moi. Un poète, c’est presque un abbé. Ah! monsieur Aramis, mettez-vous donc poète, je vous en prie.

-- Bazin, mon ami, dit Aramis, je crois que vous vous mêlez à la conversation..

Bazin comprit qu’il était dans son tort; il baissa la tête, et sortit.

.Ah! dit d’Artagnan avec un sourire, vous vendez vos productions au poids de l’or: vous êtes bien heureux,

mon ami; mais prenez garde, vous allez perdre cette lettre qui sort de votre casaque, et qui est sans doute aussi

de votre libraire..

Aramis rougit jusqu’au blanc des yeux, renfon.a sa lettre, et reboutonna son pourpoint.

.Mon cher d’Artagnan, dit-il, nous allons, si vous le voulez bien, aller trouver nos amis; et puisque je suis

riche, nous recommencerons aujourd’hui à d.ner ensemble en attendant que vous soyez riches à votre tour.

-- Ma foi! dit d’Artagnan, avec grand plaisir. Il y a longtemps que nous n’avons fait un d.ner convenable; et

comme j’ai pour mon compte une expédition quelque peu hasardeuse à faire ce soir, je ne serais pas faché, je

l’avoue, de me monter un peu la tête avec quelques bouteilles de vieux bourgogne.

-- Va pour le vieux bourgogne; je ne le déteste pas non plus., dit Aramis, auquel la vue de l’or avait enlevé

comme avec la main ses idées de retraite.

Et ayant mis trois ou quatre doubles pistoles dans sa poche pour répondre aux besoins du moment, il enferma

les autres dans le coffre d’ébène incrusté de nacre, où était déjà le fameux mouchoir qui lui avait servi de

talisman.

Les deux amis se rendirent d’abord chez Athos, qui, fidèle au serment qu’il avait fait de ne pas sortir, se

chargea de faire apporter à d.ner chez lui: comme il entendait à merveille les détails gastronomiques,

d’Artagnan et Aramis ne firent aucune difficulté de lui abandonner ce soin important.

Ils se rendaient chez Porthos, lorsque, au coin de la rue du Bac, ils rencontrèrent Mousqueton, qui, d’un air

piteux, chassait devant lui un mulet et un cheval.

D’Artagnan poussa un cri de surprise, qui n’était pas exempt d’un mélange de joie.

.Ah! mon cheval jaune! s’écria-t-il. Aramis, regardez ce cheval!

-- Oh! l’affreux roussin! dit Aramis.

-- Eh bien, mon cher, reprit d’Artagnan, c’est le cheval sur lequel je suis venu à Paris.

-- Comment, monsieur conna.t ce cheval? dit Mousqueton.

-- Il est d’une couleur originale, fit Aramis; c’est le seul que j’aie jamais vu de ce poil-là.

Les trois mousquetaires

-- Je le crois bien, reprit d’Artagnan, aussi je l’ai vendu trois écus, et il faut bien que ce soit pour le poil, car la

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