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作者:法- 大仲马 当前章节:15406 字 更新时间:2026-6-15 21:39

pouvait plus y avoir de méprise dans l’exécution de ses ordres, elle piqua son cheval et disparut.

Les deux hommes suivirent alors la compagnie, et, à la sortie du faubourg Saint-Antoine, montèrent sur des

chevaux tout préparés qu’un domestique sans livrée tenait en les attendant.

Les trois mousquetaires

CHAPITRE XLI LE SIèGE DE LA ROCHELLE

Le siège de La Rochelle fut un des grands événements politiques du règne de Louis XIII, et une des grandes

entreprises militaires du cardinal. Il est donc intéressant, et même nécessaire, que nous en disions quelques

mots; plusieurs détails de ce siège se liant d’ailleurs d’une manière trop importante à l’histoire que nous avons

entrepris de raconter, pour que nous les passions sous silence.

Les vues politiques du cardinal, lorsqu’il entreprit ce siège, étaient considérables. Exposons-les d’abord, puis

nous passerons aux vues particulières qui n’eurent peut-être pas sur Son éminence moins d’influence que les

premières.

Des villes importantes données par Henri IV aux huguenots comme places de s.reté, il ne restait plus que La

Rochelle. Il s’agissait donc de détruire ce dernier boulevard du calvinisme, levain dangereux, auquel se

venaient incessamment mêler des ferments de révolte civile ou de guerre étrangère.

Espagnols, Anglais, Italiens mécontents, aventuriers de toute nation, soldats de fortune de toute secte

accouraient au premier appel sous les drapeaux des protestants et s’organisaient comme une vaste association

dont les branches divergeaient à loisir sur tous les points de l’Europe.

La Rochelle, qui avait pris une nouvelle importance de la ruine des autres villes calvinistes, était donc le foyer

des dissensions et des ambitions. Il y avait plus, son port était la dernière porte ouverte aux Anglais dans le

royaume de France; et en la fermant à l’Angleterre, notre éternelle ennemie, le cardinal achevait l’oeuvre de

Jeanne d’Arc et du duc de Guise.

Aussi Bassompierre, qui était à la fois protestant et catholique, protestant de conviction et catholique comme

commandeur du Saint- Esprit; Bassompierre, qui était allemand de naissance et fran.ais de coeur;

Bassompierre, enfin, qui avait un commandement particulier au siège de La Rochelle, disait-il, en chargeant à

la tête de plusieurs autres seigneurs protestants comme lui:

.Vous verrez, messieurs, que nous serons assez bêtes pour prendre La Rochelle!.

Et Bassompierre avait raison: la canonnade de l’.le de Ré lui présageait les dragonnades des Cévennes; la

prise de La Rochelle était la préface de la révocation de l’édit de Nantes.

Mais nous l’avons dit, à c.té de ces vues du ministre niveleur et simplificateur, et qui appartiennent à

l’histoire, le chroniqueur est bien forcé de reconna.tre les petites visées de l’homme amoureux et du rival

jaloux.

Richelieu, comme chacun sait, avait été amoureux de la reine; cet amour avait-il chez lui un simple but

politique ou était-ce tout naturellement une de ces profondes passions comme en inspira Anne d’Autriche à

ceux qui l’entouraient, c’est ce que nous ne saurions dire; mais en tout cas on a vu, par les développements

antérieurs de cette histoire, que Buckingham l’avait emporté sur lui, et que, dans deux ou trois circonstances et

particulièrement dans celles des ferrets, il l’avait, grace au dévouement des trois mousquetaires et au courage

de d’Artagnan, cruellement mystifié.

Il s’agissait donc pour Richelieu, non seulement de débarrasser la France d’un ennemi, mais de se venger d’un

rival; au reste, la vengeance devait être grande et éclatante, et digne en tout d’un homme qui tient dans sa

main, pour épée de combat, les forces de tout un royaume.

Richelieu savait qu’en combattant l’Angleterre il combattait Buckingham, qu’en triomphant de l’Angleterre il

triomphait de Buckingham, enfin qu’en humiliant l’Angleterre aux yeux de l’Europe il humiliait Buckingham

aux yeux de la reine.

Les trois mousquetaires

De son c.té Buckingham, tout en mettant en avant l’honneur de l’Angleterre, était m. par des intérêts

absolument semblables à ceux du cardinal; Buckingham aussi poursuivait une vengeance particulière: sous

aucun prétexte, Buckingham n’avait pu rentrer en France comme ambassadeur, il voulait y rentrer comme

conquérant.

Il en résulte que le véritable enjeu de cette partie, que les deux plus puissants royaumes jouaient pour le bon

plaisir de deux hommes amoureux, était un simple regard d’Anne d’Autriche.

Le premier avantage avait été au duc de Buckingham: arrivé inopinément en vue de l’.le de Ré avec

quatre-vingt-dix vaisseaux et vingt mille hommes à peu près, il avait surpris le comte de Toiras, qui

commandait pour le roi dans l’.le; il avait, après un combat sanglant, opéré son débarquement.

Relatons en passant que dans ce combat avait péri le baron de Chantal; le baron de Chantal laissait orpheline

une petite fille de dix-huit mois.

Cette petite fille fut depuis Mme de Sévigné.

Le comte de Toiras se retira dans la citadelle Saint-Martin avec la garnison, et jeta une centaine d’hommes

dans un petit fort qu’on appelait le fort de La Prée.

Cet événement avait haté les résolutions du cardinal; et en attendant que le roi et lui pussent aller prendre le

commandement du siège de La Rochelle, qui était résolu, il avait fait partir Monsieur pour diriger les

premières opérations, et avait fait filer vers le théatre de la guerre toutes les troupes dont il avait pu disposer.

C’était de ce détachement envoyé en avant-garde que faisait partie notre ami d’Artagnan.

Le roi, comme nous l’avons dit, devait suivre, aussit.t son lit de justice tenu, mais en se levant de ce lit de

justice, le 28 juin, il s’était senti pris par la fièvre; il n’en avait pas moins voulu partir, mais, son état empirant,

il avait été forcé de s’arrêter à Villeroi.

Or, où s’arrêtait le roi s’arrêtaient les mousquetaires; il en résultait que d’Artagnan, qui était purement et

simplement dans les gardes, se trouvait séparé, momentanément du moins, de ses bons amis Athos, Porthos et

Aramis; cette séparation, qui n’était pour lui qu’une contrariété, f.t certes devenue une inquiétude sérieuse s’il

e.t pu deviner de quels dangers inconnus il était entouré.

Il n’en arriva pas moins sans accident au camp établi devant La Rochelle, vers le 10 du mois de septembre de

l’année 1627.

Tout était dans le même état: le duc de Buckingham et ses Anglais, ma.tres de l’.le de Ré, continuaient

d’assiéger mais sans succès, la citadelle de Saint-Martin et le fort de La Prée, et les hostilités avec La Rochelle

étaient commencées depuis deux ou trois jours à propos d’un fort que le duc d’Angoulême venait de faire

construire près de la ville.

Les gardes, sous le commandement de M. des Essarts, avaient leur logement aux Minimes.

Mais nous le savons, d’Artagnan, préoccupé de l’ambition de passer aux mousquetaires, avait rarement fait

amitié avec ses camarades; il se trouvait donc isolé et livré à ses propres réflexions.

Ses réflexions n’étaient pas riantes: depuis un an qu’il était arrivé à Paris, il s’était mêlé aux affaires

publiques; ses affaires privées n’avaient pas fait grand chemin comme amour et comme fortune.

Comme amour, la seule femme qu’il e.t aimée était Mme Bonacieux, et Mme Bonacieux avait disparu sans

Les trois mousquetaires

qu’il p.t découvrir encore ce qu’elle était devenue.

Comme fortunes il s’était fait, lui chétif, ennemi du cardinal, c’est-à-dire d’un homme devant lequel

tremblaient les plus grands du royaume, à commencer par le roi.

Cet homme pouvait l’écraser, et cependant il ne l’avait pas fait: pour un esprit aussi perspicace que l’était

d’Artagnan, cette indulgence était un jour par lequel il voyait dans un meilleur avenir.

Puis, il s’était fait encore un autre ennemi moins à craindre, pensait-il, mais que cependant il sentait

instinctivement n’être pas à mépriser: cet ennemi, c’était Milady.

En échange de tout cela il avait acquis la protection et la bienveillance de la reine, mais la bienveillance de la

reine était, par le temps qui courait, une cause de plus de persécution; et sa protection, on le sait, protégeait

fort mal: témoins Chalais et Mme Bonacieux.

Ce qu’il avait donc gagné de plus clair dans tout cela c’était le diamant de cinq ou six mille livres qu’il portait

au doigt; et encore ce diamant, en supposant que d’Artagnan dans ses projets d’ambition, voul.t le garder

pour s’en faire un jour un signe de reconnaissance près de la reine n’avait en attendant, puisqu’il ne pouvait

s’en défaire, pas plus de valeur que les cailloux qu’il foulait à ses pieds.

Nous disons .que les cailloux qu’il foulait à ses pieds., car d’Artagnan faisait ces réflexions en se promenant

solitairement sur un joli petit chemin qui conduisait du camp au village d’Angoutin; or ces réflexions l’avaient

conduit plus loin qu’il ne croyait, et le jour commen.ait à baisser, lorsqu’au dernier rayon du soleil couchant il

lui sembla voir briller derrière une haie le canon d’un mousquet.

D’Artagnan avait l’oeil vif et l’esprit prompt, il comprit que le mousquet n’était pas venu là tout seul et que

celui qui le portait ne s’était pas caché derrière une haie dans des intentions amicales. Il résolut donc de

gagner au large, lorsque de l’autre c.té de la route, derrière un rocher, il aper.ut l’extrémité d’un second

mousquet.

C’était évidemment une embuscade.

Le jeune homme jeta un coup d’oeil sur le premier mousquet et vit avec une certaine inquiétude qu’il

s’abaissait dans sa direction, mais aussit.t qu’il vit l’orifice du canon immobile il se jeta ventre à terre. En

même temps le coup partit, il entendit le sifflement d’une balle qui passait au-dessus de sa tête.

Il n’y avait pas de temps à perdre, d’Artagnan se redressa d’un bond, et au même moment la balle de l’autre

mousquet fit voler les cailloux à l’endroit même du chemin où il s’était jeté la face contre terre.

D’Artagnan n’était pas un de ces hommes inutilement braves qui cherchent une mort ridicule pour qu’on dise

d’eux qu’ils n’ont pas reculé d’un pas, d’ailleurs il ne s’agissait plus de courage ici, d’Artagnan était tombé

dans un guet-apens.

.S’il y a un troisième coup, se dit-il, je suis un homme perdu!.

Et aussit.t prenant ses jambes à son cou, il s’enfuit dans la direction du camp, avec la vitesse des gens de son

pays si renommés pour leur agilité; mais, quelle que f.t la rapidité de sa course, le premier qui avait tiré, ayant

eu le temps de recharger son arme, lui tira un second coup si bien ajusté, cette fois, que la balle traversa son

feutre et le fit voler à dix pas de lui.

Cependant, comme d’Artagnan n’avait pas d’autre chapeau, il ramassa le sien tout en courant, arriva fort

essoufflé et fort pale, dans son logis, s’assit sans rien dire à personne et se mit à réfléchir.

Les trois mousquetaires

Cet événement pouvait avoir trois causes:

La première et la plus naturelle pouvait être une embuscade des Rochelois, qui n’eussent pas été fachés de

tuer un des gardes de Sa Majesté, d’abord parce que c’était un ennemi de moins, et que cet ennemi pouvait

avoir une bourse bien garnie dans sa poche.

D’Artagnan prit son chapeau, examina le trou de la balle, et secoua la tête. La balle n’était pas une balle de

mousquet, c’était une balle d’arquebuse; la justesse du coup lui avait déjà donné l’idée qu’il avait été tiré par

une arme particulière: ce n’était donc pas une embuscade militaire, puisque la balle n’était pas de calibre.

Ce pouvait être un bon souvenir de M. le cardinal. On se rappelle qu’au moment même où il avait, grace à ce

bienheureux rayon de soleil, aper.u le canon du fusil, il s’étonnait de la longanimité de Son éminence à son

égard.

Mais d’Artagnan secoua la tête. Pour les gens vers lesquels elle n’avait qu’à étendre la main, Son éminence

recourait rarement à de pareils moyens.

Ce pouvait être une vengeance de Milady.

Ceci, c’était plus probable.

Il chercha inutilement à se rappeler ou les traits ou le costume des assassins; il s’était éloigné d’eux si

rapidement, qu’il n’avait eu le loisir de rien remarquer.

.Ah! mes pauvres amis, murmura d’Artagnan, où êtes-vous? et que vous me faites faute!.

D’Artagnan passa une fort mauvaise nuit. Trois ou quatre fois il se réveilla en sursaut, se figurant qu’un

homme s’approchait de son lit pour le poignarder. Cependant le jour parut sans que l’obscurité e.t amené

aucun incident.

Mais d’Artagnan se douta bien que ce qui était différé n’était pas perdu.

D’Artagnan resta toute la journée dans son logis; il se donna pour excuse, vis-à-vis de lui-même, que le temps

était mauvais.

Le surlendemain, à neuf heures, on battit aux champs. Le duc d’Orléans visitait les postes. Les gardes

coururent aux armes, d’Artagnan prit son rang au milieu de ses camarades.

Monsieur passa sur le front de bataille; puis tous les officiers supérieurs s’approchèrent de lui pour lui faire

leur cour, M. des Essarts, le capitaine des gardes, comme les autres.

Au bout d’un instant il parut à d’Artagnan que M. des Essarts lui faisait signe de s’approcher de lui: il attendit

un nouveau geste de son supérieur, craignant de se tromper, mais ce geste s’étant renouvelé, il quitta les rangs

et s’avan.a pour prendre l’ordre.

.Monsieur va demander des hommes de bonne volonté pour une mission dangereuse, mais qui fera honneur à

ceux qui l’auront accomplie, et je vous ai fait signe afin que vous vous tinssiez prêt.

-- Merci, mon capitaine!. répondit d’Artagnan, qui ne demandait pas mieux que de se distinguer sous les yeux

du lieutenant général.

En effet, les Rochelois avaient fait une sortie pendant la nuit et avaient repris un bastion dont l’armée royaliste

Les trois mousquetaires

s’était emparée deux jours auparavant; il s’agissait de pousser une reconnaissance perdue pour voir comment

l’armée gardait ce bastion.

Effectivement, au bout de quelques instants, Monsieur éleva la voix et dit:

.Il me faudrait, pour cette mission, trois ou quatre volontaires conduits par un homme s.r.

-- Quant à l’homme s.r, je l’ai sous la main, Monseigneur, dit M. des Essarts en montrant d’Artagnan; et

quant aux quatre ou cinq volontaires, Monseigneur n’a qu’à faire conna.tre ses intentions, et les hommes ne

lui manqueront pas.

-- Quatre hommes de bonne volonté pour venir se faire tuer avec moi!. dit d’Artagnan en levant son épée.

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