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作者:法- 大仲马 当前章节:15390 字 更新时间:2026-6-15 21:39

plus, la mer, fort mauvaise à cette époque de l’année sur toutes les c.tes de l’océan, mettait tous les jours

quelque petit batiment à mal; et la plage, depuis la pointe de l’Aiguillon jusqu’à la tranchée, était

littéralement, à chaque marée, couverte des débris de pinasses, de roberges et de felouques; il en résultait que,

même les gens du roi se tinssent- ils dans leur camp, il était évident qu’un jour ou l’autre Buckingham, qui ne

demeurait dans l’.le de Ré que par entêtement, serait obligé de lever le siège.

Mais, comme M. de Toiras fit dire que tout se préparait dans le camp ennemi pour un nouvel assaut, le roi

jugea qu’il fallait en finir et donna les ordres nécessaires pour une affaire décisive.

Notre intention n’étant pas de faire un journal de siège, mais au contraire de n’en rapporter que les

Les trois mousquetaires

événements qui ont trait à l’histoire que nous racontons, nous nous contenterons de dire en deux mots que

l’entreprise réussit au grand étonnement du roi et à la grande gloire de M. le cardinal. Les Anglais, repoussés

pied à pied, battus dans toutes les rencontres, écrasés au passage de l’.le de Loix, furent obligés de se

rembarquer, laissant sur le champ de bataille deux mille hommes parmi lesquels cinq colonels, trois

lieutenant-colonels, deux cent cinquante capitaines et vingt gentilshommes de qualité, quatre pièces de canon

et soixante drapeaux qui furent apportés à Paris par Claude de Saint-Simon, et suspendus en grande pompe

aux vo.tes de Notre-Dame.

Des Te Deum furent chantés au camp, et de là se répandirent par toute la France.

Le cardinal resta donc ma.tre de poursuivre le siège sans avoir, du moins momentanément, rien à craindre de

la part des Anglais.

Mais, comme nous venons de le dire, le repos n’était que momentané.

Un envoyé du duc de Buckingham, nommé Montaigu, avait été pris, et l’on avait acquis la preuve d’une ligue

entre l’Empiré, l’Espagne, l’Angleterre et la Lorraine.

Cette ligue était dirigée contre la France.

De plus, dans le logis de Buckingham, qu’il avait été forcé d’abandonner plus précipitamment qu’il ne l’avait

cru, on avait trouvé des papiers qui confirmaient cette ligue, et qui, à ce qu’assure M. le cardinal dans ses

mémoires, compromettaient fort Mme de Chevreuse, et par conséquent la reine.

C’était sur le cardinal que pesait toute la responsabilité, car on n’est pas ministre absolu sans être responsable;

aussi toutes les ressources de son vaste génie étaient-elles tendues nuit et jour, et occupées à écouter le

moindre bruit qui s’élevait dans un des grands royaumes de l’Europe.

Le cardinal connaissait l’activité et surtout la haine de Buckingham; si la ligue qui mena.ait la France

triomphait, toute son influence était perdue: la politique espagnole et la politique autrichienne avaient leurs

représentants dans le cabinet du Louvre, où elles n’avaient encore que des partisans; lui Richelieu, le ministre

fran.ais, le ministre national par excellence, était perdu. Le roi, qui, tout en lui obéissant comme un enfant, le

ha.ssait comme un enfant hait son ma.tre, l’abandonnait aux vengeances réunies de Monsieur et de la reine; il

était donc perdu, et peut-être la France avec lui. Il fallait parer à tout cela.

Aussi vit-on les courriers, devenus à chaque instant plus nombreux, se succéder nuit et jour dans cette petite

maison du pont de La Pierre, où le cardinal avait établi sa résidence.

C’étaient des moines qui portaient si mal le froc, qu’il était facile de reconna.tre qu’ils appartenaient surtout à

l’église militante; des femmes un peu gênées dans leurs costumes de pages, et dont les larges trousses ne

pouvaient entièrement dissimuler les formes arrondies; enfin des paysans aux mains noircies, mais à la jambe

fine, et qui sentaient l’homme de qualité à une lieue à la ronde.

Puis encore d’autres visites moins agréables, car deux ou trois fois le bruit se répandit que le cardinal avait

failli être assassiné.

Il est vrai que les ennemis de Son éminence disaient que c’était elle-même qui mettait en campagne les

assassins maladroits, afin d’avoir le cas échéant le droit d’user de représailles; mais il ne faut croire ni à ce

que disent les ministres, ni à ce que disent leurs ennemis.

Ce qui n’empêchait pas, au reste, le cardinal, à qui ses plus acharnés détracteurs n’ont jamais contesté la

bravoure personnelle, de faire force courses nocturnes tant.t pour communiquer au duc d’Angoulême des

Les trois mousquetaires

ordres importants, tant.t pour aller se concerter avec le roi, tant.t pour aller conférer avec quelque messager

qu’il ne voulait pas qu’on laissat entrer chez lui.

De leur c.té les mousquetaires qui n’avaient pas grand-chose à faire au siège n’étaient pas tenus sévèrement et

menaient joyeuse vie. Cela leur était d’autant plus facile, à nos trois compagnons surtout, qu’étant des amis de

M. de Tréville, ils obtenaient facilement de lui de s’attarder et de rester après la fermeture du camp avec des

permissions particulières.

Or, un soir que d’Artagnan, qui était de tranchée, n’avait pu les accompagner, Athos, Porthos et Aramis,

montés sur leurs chevaux de bataille, enveloppés de manteaux de guerre, une main sur la crosse de leurs

pistolets, revenaient tous trois d’une buvette qu’Athos avait découverte deux jours auparavant sur la route de

La Jarrie, et qu’on appelait le Colombier-Rouge, suivant le chemin qui conduisait au camp, tout en se tenant

sur leurs gardes, comme nous l’avons dit, de peur d’embuscade, lorsqu’à un quart de lieue à peu près du

village de Boisnar ils crurent entendre le pas d’une cavalcade qui venait à eux; aussit.t tous trois s’arrêtèrent,

serrés l’un contre l’autre, et attendirent, tenant le milieu de la route: au bout d’un instant, et comme la lune

sortait justement d’un nuage, ils virent appara.tre au détour d’un chemin deux cavaliers qui, en les apercevant,

s’arrêtèrent à leur tour, paraissant délibérer s’ils devaient continuer leur route ou retourner en arrière. Cette

hésitation donna quelques soup.ons aux trois amis, et Athos, faisant quelques pas en avant, cria de sa voix

ferme:

.Qui vive?

-- Qui vive vous-même? répondit un de ces deux cavaliers.

-- Ce n’est pas répondre, cela! dit Athos. Qui vive? Répondez, ou nous chargeons.

-- Prenez garde à ce que vous allez faire, messieurs! dit alors une voix vibrante qui paraissait avoir l’habitude

du commandement.

-- C’est quelque officier supérieur qui fait sa ronde de nuit, dit Athos, que voulez-vous faire, messieurs?

-- Qui êtes-vous? dit la même voix du même ton de commandement; répondez à votre tour, ou vous pourriez

vous mal trouver de votre désobéissance.

-- Mousquetaires du roi, dit Athos, de plus en plus convaincu que celui qui les interrogeait en avait le droit.

-- Quelle compagnie?

-- Compagnie de Tréville.

-- Avancez à l’ordre, et venez me rendre compte de ce que vous faites ici, à cette heure..

Les trois compagnons s’avancèrent, l’oreille un peu basse, car tous trois maintenant étaient convaincus qu’ils

avaient affaire à plus fort qu’eux; on laissa, au reste, à Athos le soin de porter la parole.

Un des deux cavaliers, celui qui avait pris la parole en second lieu, était à dix pas en avant de son compagnon;

Athos fit signe à Porthos et à Aramis de rester de leur c.té en arrière, et s’avan.a seul.

.Pardon, mon officier! dit Athos; mais nous ignorions à qui nous avions affaire, et vous pouvez voir que nous

faisions bonne garde.

-- Votre nom? dit l’officier, qui se couvrait une partie du visage avec son manteau.

Les trois mousquetaires

-- Mais vous-même, monsieur, dit Athos qui commen.ait à se révolter contre cette inquisition; donnez-moi, je

vous prie, la preuve que vous avez le droit de m’interroger.

-- Votre nom? reprit une seconde fois le cavalier en laissant tomber son manteau de manière à avoir le visage

découvert.

-- Monsieur le cardinal! s’écria le mousquetaire stupéfait.

-- Votre nom? reprit pour la troisième fois Son éminence.

-- Athos., dit le mousquetaire.

Le cardinal fit un signe à l’écuyer, qui se rapprocha.

.Ces trois mousquetaires nous suivront, dit-il à voix basse, je ne veux pas qu’on sache que je suis sorti du

camp, et, en nous suivant, nous serons s.rs qu’ils ne le diront à personne.

-- Nous sommes gentilshommes, Monseigneur, dit Athos; demandez- nous donc notre parole et ne vous

inquiétez de rien. Dieu merci, nous savons garder un secret..

Le cardinal fixa ses yeux per.ants sur ce hardi interlocuteur.

.Vous avez l’oreille fine, monsieur Athos, dit le cardinal; mais maintenant, écoutez ceci: ce n’est point par

défiance que je vous prie de me suivre, c’est pour ma s.reté: sans doute vos deux compagnons sont MM.

Porthos et Aramis?

-- Oui, Votre éminence, dit Athos, tandis que les deux mousquetaires restés en arrière s’approchaient, le

chapeau à la main.

-- Je vous connais, messieurs, dit le cardinal, je vous connais: je sais que vous n’êtes pas tout à fait de mes

amis, et j’en suis faché, mais je sais que vous êtes de braves et loyaux gentilshommes, et qu’on peut se fier à

vous. Monsieur Athos, faites-moi donc l’honneur de m’accompagner, vous et vos deux amis, et alors j’aurai

une escorte à faire envie à Sa Majesté, si nous la rencontrons..

Les trois mousquetaires s’inclinèrent jusque sur le cou de leurs chevaux.

.Eh bien, sur mon honneur, dit Athos, Votre éminence a raison de nous emmener avec elle: nous avons

rencontré sur la route des visages affreux, et nous avons même eu avec quatre de ces visages une querelle au

Colombier-Rouge.

-- Une querelle, et pourquoi, messieurs? dit le cardinal, je n’aime pas les querelleurs, vous le savez!

-- C’est justement pour cela que j’ai l’honneur de prévenir Votre éminence de ce qui vient d’arriver; car elle

pourrait l’apprendre par d’autres que par nous, et, sur un faux rapport, croire que nous sommes en faute.

-- Et quels ont été les résultats de cette querelle? demanda le cardinal en fron.ant le sourcil.

-- Mais mon ami Aramis, que voici, a re.u un petit coup d’épée dans le bras, ce qui ne l’empêchera pas,

comme Votre éminence peut le voir, de monter à l’assaut demain, si Votre éminence ordonne l’escalade.

-- Mais vous n’êtes pas hommes à vous laisser donner des coups d’épée ainsi, dit le cardinal: voyons, soyez

francs, messieurs, vous en avez bien rendu quelques-uns; confessez-vous, vous savez que j’ai le droit de

Les trois mousquetaires

donner l’absolution.

-- Moi, Monseigneur, dit Athos, je n’ai pas même mis l’épée à la main, mais j’ai pris celui à qui j’avais affaire

à bras-le-corps et je l’ai jeté par la fenêtre; il para.t qu’en tombant, continua Athos avec quelque hésitation, il

s’est cassé la cuisse.

-- Ah! ah! fit le cardinal; et vous, monsieur Porthos?

-- Moi, Monseigneur, sachant que le duel est défendu, j’ai saisi un banc, et j’en ai donné à l’un de ces brigands

un coup qui, je crois, lui a brisé l’épaule.

-- Bien, dit le cardinal; et vous, monsieur Aramis?

-- Moi, Monseigneur, comme je suis d’un naturel très doux et que, d’ailleurs, ce que Monseigneur ne sait

peut-être pas, je suis sur le point de rentrer dans les ordres, je voulais séparer mes camarades, quand un de ces

misérables m’a donné tra.treusement un coup d’épée à travers le bras gauche: alors la patience m’a manqué,

j’ai tiré mon épée à mon tour, et comme il revenait à la charge, je crois avoir senti qu’en se jetant sur moi il se

l’était passée au travers du corps: je sais bien qu’il est tombé seulement, et il m’a semblé qu’on l’emportait

avec ses deux compagnons.

-- Diable, messieurs! dit le cardinal, trois hommes hors de combat pour une dispute de cabaret, vous n’y allez

pas de main morte; et à propos de quoi était venue la querelle?

-- Ces misérables étaient ivres, dit Athos, et sachant qu’il y avait une femme qui était arrivée le soir dans le

cabaret, ils voulaient forcer la porte.

-- Forcer la porte! dit le cardinal, et pour quoi faire?

-- Pour lui faire violence sans doute, dit Athos; j’ai eu l’honneur de dire à Votre éminence que ces misérables

étaient ivres.

-- Et cette femme était jeune et jolie? demanda le cardinal avec une certaine inquiétude.

-- Nous ne l’avons pas vue, Monseigneur, dit Athos.

-- Vous ne l’avez pas vue; ah! très bien, reprit vivement le cardinal; vous avez bien fait de défendre l’honneur

d’une femme, et, comme c’est à l’auberge du Colombier-Rouge que je vais moi- même, je saurai si vous

m’avez dit la vérité.

-- Monseigneur, dit fièrement Athos, nous sommes gentilshommes, et pour sauver notre tête, nous ne ferions

pas un mensonge.

-- Aussi je ne doute pas de ce que vous me dites, monsieur Athos, je n’en doute pas un seul instant; mais,

ajouta-t-il pour changer la conversation, cette dame était donc seule?

-- Cette dame avait un cavalier enfermé avec elle, dit Athos; mais, comme malgré le bruit ce cavalier ne s’est

pas montré, il est à présumer que c’est un lache.

-- Ne jugez pas témérairement, dit l’évangile., répliqua le cardinal.

Athos s’inclina.

Les trois mousquetaires

.Et maintenant, messieurs, c’est bien, continua Son éminence, je sais ce que je voulais savoir; suivez-moi..

Les trois mousquetaires passèrent derrière le cardinal, qui s’enveloppa de nouveau le visage de son manteau et

remit son cheval en marche, se tenant à huit ou dix pas en avant de ses quatre compagnons.

On arriva bient.t à l’auberge silencieuse et solitaire; sans doute l’h.te savait quel illustre visiteur il attendait,

et en conséquence il avait renvoyé les importuns.

Dix pas avant d’arriver à la porte, le cardinal fit signe à son écuyer et aux trois mousquetaires de faire halte,

un cheval tout sellé était attaché au contrevent, le cardinal frappa trois coups et de certaine fa.on.

Un homme enveloppé d’un manteau sortit aussit.t et échangea quelques rapides paroles avec le cardinal;

après quoi il remonta à cheval et repartit dans la direction de Surgères, qui était aussi celle de Paris.

.Avancez, messieurs, dit le cardinal.

-- Vous m’avez dit la vérité, mes gentilshommes, dit-il en s’adressant aux trois mousquetaires, il ne tiendra

pas à moi que notre rencontre de ce soir ne vous soit avantageuse; en attendant, suivez-moi..

Le cardinal mit pied à terre, les trois mousquetaires en firent autant; le cardinal jeta la bride de son cheval aux

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