饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15371 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- Mais nous pourrions toujours les jeter dans le fossé, dit Porthos, après toutefois nous être assurés qu’ils

n’ont rien dans leurs poches.

-- Oui, dit Aramis, c’est l’affaire de Grimaud.

-- Ah! bien alors, dit d’Artagnan, que Grimaud les fouille et les jette par-dessus les murailles.

-- Gardons-nous-en bien, dit Athos, ils peuvent nous servir.

-- Ces morts peuvent nous servir? dit Porthos. Ah .à, vous devenez fou, cher ami.

-- Ne jugez pas témérairement, disent l’évangile et M. le cardinal, répondit Athos; combien de fusils,

messieurs?

-- Douze, répondit Aramis.

-- Combien de coups à tirer?

-- Une centaine.

-- C’est tout autant qu’il nous en faut; chargeons les armes..

Les quatre mousquetaires se mirent à la besogne. Comme ils achevaient de charger le dernier fusil, Grimaud

fit signe que le déjeuner était servi.

Athos répondit, toujours par geste, que c’était bien, et indiqua à Grimaud une espèce de poivrière où celui-ci

comprit qu’il se devait tenir en sentinelle. Seulement, pour adoucir l’ennui de la faction, Athos lui permit

d’emporter un pain, deux c.telettes et une bouteille de vin.

.Et maintenant, à table., dit Athos.

Les quatre amis s’assirent à terre, les jambes croisées, comme les Turcs ou comme les tailleurs.

.Ah! maintenant, dit d’Artagnan, que tu n’as plus la crainte d’être entendu, j’espère que tu vas nous faire part

de ton secret, Athos.

-- J’espère que je vous procure à la fois de l’agrément et de la gloire, messieurs, dit Athos. Je vous ai fait faire

une promenade charmante; voici un déjeuner des plus succulents, et cinq cents personnes là-bas, comme vous

pouvez les voir à travers les meurtrières, qui nous prennent pour des fous ou pour des héros, deux classes

Les trois mousquetaires

d’imbéciles qui se ressemblent assez.

-- Mais ce secret? demanda d’Artagnan.

-- Le secret, dit Athos, c’est que j’ai vu Milady hier soir..

D’Artagnan portait son verre à ses lèvres; mais à ce nom de Milady, la main lui trembla si fort, qu’il le posa à

terre pour ne pas en répandre le contenu.

.Tu as vu ta fem...

-- Chut donc! interrompit Athos: vous oubliez, mon cher, que ces messieurs ne sont pas initiés comme vous

dans le secret de mes affaires de ménage; j’ai vu Milady.

-- Et où cela? demanda d’Artagnan.

-- à deux lieues d’ici à peu près, à l’auberge du Colombier-Rouge.

-- En ce cas je suis perdu, dit d’Artagnan.

-- Non, pas tout à fait encore, reprit Athos; car, à cette heure, elle doit avoir quitté les c.tes de France..

D’Artagnan respira.

.Mais au bout du compte, demanda Porthos, qu’est-ce donc que cette Milady?

-- Une femme charmante, dit Athos en dégustant un verre de vin mousseux. Canaille d’h.telier! s’écria-t-il,

qui nous donne du vin d’Anjou pour du vin de Champagne, et qui croit que nous nous y laisserons prendre!

Oui, continua-t-il, une femme charmante qui a eu des bontés pour notre ami d’Artagnan, qui lui a fait je ne

sais quelle noirceur dont elle a essayé de se venger, il y a un mois en voulant le faire tuer à coups de

mousquet, il y a huit jours en essayant de l’empoisonner, et hier en demandant sa tête au cardinal.

-- Comment! en demandant ma tête au cardinal? s’écria d’Artagnan, pale de terreur.

-- .a, dit Porthos, c’est vrai comme l’évangile; je l’ai entendu de mes deux oreilles.

-- Moi aussi, dit Aramis.

-- Alors, dit d’Artagnan en laissant tomber son bras avec découragement, il est inutile de lutter plus

longtemps; autant que je me br.le la cervelle et que tout soit fini!

-- C’est la dernière sottise qu’il faut faire, dit Athos, attendu que c’est la seule à laquelle il n’y ait pas de

remède.

-- Mais je n’en réchapperai jamais, dit d’Artagnan, avec des ennemis pareils. D’abord mon inconnu de

Meung; ensuite de Wardes, à qui j’ai donné trois coups d’épée; puis Milady, dont j’ai surpris le secret; enfin,

le cardinal, dont j’ai fait échouer la vengeance.

-- Eh bien, dit Athos, tout cela ne fait que quatre, et nous sommes quatre, un contre un. Pardieu! si nous en

croyons les signes que nous fait Grimaud, nous allons avoir affaire à un bien plus grand nombre de gens. Qu’y

a-t-il, Grimaud? Considérant la gravité de la circonstance, je vous permets de parler, mon ami, mais soyez

laconique je vous prie. Que voyez-vous?

Les trois mousquetaires

-- Une troupe.

-- De combien de personnes?

-- De vingt hommes.

-- Quels hommes?

-- Seize pionniers, quatre soldats.

-- à combien de pas sont-ils?

-- à cinq cents pas;

-- Bon, nous avons encore le temps d’achever cette volaille et de boire un verre de vin à ta santé, d’Artagnan!

-- à ta santé! répétèrent Porthos et Aramis.

-- Eh bien donc, à ma santé! quoique je ne croie pas que vos souhaits me servent à grand-chose.

-- Bah! dit Athos, Dieu est grand, comme disent les sectateurs de Mahomet, et l’avenir est dans ses mains..

Puis, avalant le contenu de son verre, qu’il posa près de lui, Athos se leva nonchalamment, prit le premier

fusil venu et s’approcha d’une meurtrière.

Porthos, Aramis et d’Artagnan en firent autant. Quant à Grimaud, il re.ut l’ordre de se placer derrière les

quatre amis afin de recharger les armes.

Au bout d’un instant on vit para.tre la troupe; elle suivait une espèce de boyau de tranchée qui établissait une

communication entre le bastion et la ville.

.Pardieu! dit Athos, c’est bien la peine de nous déranger pour une vingtaine de dr.les armés de pioches, de

hoyaux et de pelles! Grimaud n’aurait eu qu’à leur faire signe de s’en aller, et je suis convaincu qu’ils nous

eussent laissés tranquilles.

-- J’en doute, observa d’Artagnan, car ils avancent fort résolument de ce c.té. D’ailleurs, il y a avec les

travailleurs quatre soldats et un brigadier armés de mousquets.

-- C’est qu’ils ne nous ont pas vus, reprit Athos.

-- Ma foi! dit Aramis, j’avoue que j’ai répugnance à tirer sur ces pauvres diables de bourgeois.

-- Mauvais prêtre, répondit Porthos, qui a pitié des hérétiques!

-- En vérité, dit Athos, Aramis a raison, je vais les prévenir.

-- Que diable faites-vous donc? s’écria d’Artagnan, vous allez vous faire fusiller, mon cher..

Mais Athos ne tint aucun compte de l’avis, et, montant sur la brèche, son fusil d’une main et son chapeau de

l’autre:

.Messieurs, dit-il en s’adressant aux soldats et aux travailleurs, qui, étonnés de son apparition, s’arrêtaient à

Les trois mousquetaires

cinquante pas environ du bastion, et en les saluant courtoisement, messieurs, nous sommes, quelques amis et

moi, en train de déjeuner dans ce bastion. Or, vous savez que rien n’est désagréable comme d’être dérangé

quand on déjeune; nous vous prions donc, si vous avez absolument affaire ici, d’attendre que nous ayons fini

notre repas, ou de repasser plus tard, à moins qu’il ne vous prenne la salutaire envie de quitter le parti de la

rébellion et de venir boire avec nous à la santé du roi de France.

-- Prends garde, Athos! s’écria d’Artagnan; ne vois-tu pas qu’ils te mettent en joue?

-- Si fait, si fait, dit Athos, mais ce sont des bourgeois qui tirent fort mal, et qui n’ont garde de me toucher..

En effet, au même instant quatre coups de fusil partirent, et les balles vinrent s’aplatir autour d’Athos, mais

sans qu’une seule le touchat.

Quatre coups de fusil leur répondirent presque en même temps, mais ils étaient mieux dirigés que ceux des

agresseurs, trois soldats tombèrent tués raide, et un des travailleurs fut blessé.

.Grimaud, un autre mousquet!. dit Athos toujours sur la brèche.

Grimaud obéit aussit.t. De leur c.té, les trois amis avaient chargé leurs armes; une seconde décharge suivit la

première: le brigadier et deux pionniers tombèrent morts, le reste de la troupe prit la fuite.

.Allons, messieurs, une sortie., dit Athos.

Et les quatre amis, s’élan.ant hors du fort, parvinrent jusqu’au champ de bataille, ramassèrent les quatre

mousquets des soldats et la demi-pique du brigadier; et, convaincus que les fuyards ne s’arrêteraient qu’à la

ville, reprirent le chemin du bastion, rapportant les trophées de leur victoire.

.Rechargez les armes, Grimaud, dit Athos, et nous, messieurs, reprenons notre déjeuner et continuons notre

conversation. Où en étions-nous?

-- Je me le rappelle, dit d’Artagnan, qui se préoccupait fort de l’itinéraire que devait suivre Milady.

-- Elle va en Angleterre, répondit Athos.

-- Et dans quel but?

-- Dans le but d’assassiner ou de faire assassiner Buckingham..

D’Artagnan poussa une exclamation de surprise et d’indignation.

.Mais c’est infame! s’écria-t-il.

-- Oh! quant à cela, dit Athos, je vous prie de croire que je m’en inquiète fort peu. Maintenant que vous avez

fini, Grimaud, continua Athos, prenez la demi-pique de notre brigadier, attachez- y une serviette et plantez-la

au haut de notre bastion, afin que ces rebelles de Rochelois voient qu’ils ont affaire à de braves et loyaux

soldats du roi..

Grimaud obéit sans répondre. Un instant après le drapeau blanc flottait au-dessus de la tête des quatre amis;

un tonnerre d’applaudissements salua son apparition; la moitié du camp était aux barrières.

.Comment! reprit d’Artagnan, tu t’inquiètes fort peu qu’elle tue ou qu’elle fasse tuer Buckingham? Mais le

duc est notre ami.

Les trois mousquetaires

-- Le duc est Anglais, le duc combat contre nous; qu’elle fasse du duc ce qu’elle voudra, je m’en soucie

comme d’une bouteille vide..

Et Athos envoya à quinze pas de lui une bouteille qu’il tenait, et dont il venait de transvaser jusqu’à la

dernière goutte dans son verre.

.Un instant, dit d’Artagnan, je n’abandonne pas Buckingham ainsi; il nous avait donné de fort beaux chevaux.

-- Et surtout de fort belles selles, ajouta Porthos, qui, à ce moment même, portait à son manteau le galon de la

sienne.

-- Puis, observa Aramis, Dieu veut la conversion et non la mort du pécheur.

-- Amen, dit Athos, et nous reviendrons là-dessus plus tard, si tel est votre plaisir; mais ce qui, pour le

moment, me préoccupait le plus, et je suis s.r que tu me comprendras, d’Artagnan, c’était de reprendre à cette

femme une espèce de blanc-seing qu’elle avait extorqué au cardinal, et à l’aide duquel elle devait impunément

se débarrasser de toi et peut-être de nous.

-- Mais c’est donc un démon que cette créature? dit Porthos en tendant son assiette à Aramis, qui découpait

une volaille.

-- Et ce blanc-seing, dit d’Artagnan, ce blanc-seing est-il resté entre ses mains?

-- Non, il est passé dans les miennes; je ne dirai pas que ce fut sans peine, par exemple, car je mentirais.

-- Mon cher Athos, dit d’Artagnan, je ne compte plus les fois que je vous dois la vie.

-- Alors c’était donc pour venir près d’elle que vous nous avez quittés? demanda Aramis.

-- Justement. Et tu as cette lettre du cardinal? dit d’Artagnan.

-- La voici., dit Athos.

Et il tira le précieux papier de la poche de sa casaque.

D’Artagnan le déplia d’une main dont il n’essayait pas même de dissimuler le tremblement et lut:

.C’est par mon ordre et pour le bien de l’état que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

.5 décembre 1627

.Richelieu.

.En effet, dit Aramis, c’est une absolution dans toutes les règles.

-- Il faut déchirer ce papier, s’écria d’Artagnan, qui semblait lire sa sentence de mort.

-- Bien au contraire, dit Athos, il faut le conserver précieusement, et je ne donnerais pas ce papier quand on le

couvrirait de pièces d’or.

-- Et que va-t-elle faire maintenant? demanda le jeune homme.

Les trois mousquetaires

-- Mais, dit négligemment Athos, elle va probablement écrire au cardinal qu’un damné mousquetaire, nommé

Athos, lui a arraché son sauf-conduit; elle lui donnera dans la même lettre le conseil de se débarrasser, en

même temps que de lui, de ses deux amis, Porthos et Aramis; le cardinal se rappellera que ce sont les mêmes

hommes qu’il rencontre toujours sur son chemin; alors, un beau matin il fera arrêter d’Artagnan, et, pour qu’il

ne s’ennuie pas tout seul, il nous enverra lui tenir compagnie à la Bastille.

-- Ah .à, mais, dit Porthos, il me semble que vous faites là de tristes plaisanteries, mon cher.

-- Je ne plaisante pas, répondit Athos.

-- Savez-vous, dit Porthos, que tordre le cou à cette damnée Milady serait un péché moins grand que de le

tordre à ces pauvres diables de huguenots, qui n’ont jamais commis d’autres crimes que de chanter en fran.ais

des psaumes que nous chantons en latin?

-- Qu’en dit l’abbé? demanda tranquillement Athos.

-- Je dis que je suis de l’avis de Porthos, répondit Aramis.

-- Et moi donc! fit d’Artagnan.

-- Heureusement qu’elle est loin, observa Porthos; car j’avoue qu’elle me gênerait fort ici.

-- Elle me gêne en Angleterre aussi bien qu’en France, dit Athos.

-- Elle me gêne partout, continua d’Artagnan.

-- Mais puisque vous la teniez, dit Porthos, que ne l’avez-vous noyée, étranglée, pendue? il n’y a que les morts

qui ne reviennent pas.

-- Vous croyez cela, Porthos? répondit le mousquetaire avec un sombre sourire que d’Artagnan comprit seul.

-- J’ai une idée, dit d’Artagnan.

-- Voyons, dirent les mousquetaires.

-- Aux armes!. cria Grimaud.

Les jeunes gens se levèrent vivement et coururent aux fusils.

Cette fois, une petite troupe s’avan.ait composée de vingt ou vingt-cinq hommes; mais ce n’étaient plus des

travailleurs, c’étaient des soldats de la garnison.

.Si nous retournions au camp? dit Porthos, il me semble que la partie n’est pas égale.

-- Impossible pour trois raisons, répondit Athos: la première, c’est que nous n’avons pas fini de déjeuner; la

seconde, c’est que nous avons encore des choses d’importance à dire; la troisième, c’est qu’il s’en manque

encore de dix minutes que l’heure ne soit écoulée.

-- Voyons, dit Aramis, il faut cependant arrêter un plan de bataille.

-- Il est bien simple, répondit Athos: aussit.t que l’ennemi est à portée de mousquet, nous faisons feu; s’il

continue d’avancer, nous faisons feu encore, nous faisons feu tant que nous avons des fusils chargés; si ce qui

Les trois mousquetaires

reste de la troupe veut encore monter à l’assaut, nous laissons les assiégeants descendre jusque dans le fossé,

et alors nous leur poussons sur la tête ce pan de mur qui ne tient plus que par un miracle d’équilibre.

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