饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15406 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- Bravo! s’écria Porthos; décidément, Athos, vous étiez né pour être général, et le cardinal, qui se croit un

grand homme de guerre, est bien peu de chose auprès de vous.

-- Messieurs, dit Athos, pas de double emploi, je vous prie; visez bien chacun votre homme.

-- Je tiens le mien, dit d’Artagnan.

-- Et moi le mien dit Porthos.

-- Et moi idem, dit Aramis.

-- Alors feu!. dit Athos.

Les quatre coups de fusil ne firent qu’une détonation, et quatre hommes tombèrent.

Aussit.t le tambour battit, et la petite troupe s’avan.a au pas de charge.

Alors les coups de fusil se succédèrent sans régularité, mais toujours envoyés avec la même justesse.

Cependant, comme s’ils eussent connu la faiblesse numérique des amis, les Rochelois continuaient d’avancer

au pas de course.

Sur trois autres coups de fusil, deux hommes tombèrent; mais cependant la marche de ceux qui restaient

debout ne se ralentissait pas.

Arrivés au bas du bastion, les ennemis étaient encore douze ou quinze; une dernière décharge les accueillit,

mais ne les arrêta point: ils sautèrent dans le fossé et s’apprêtèrent à escalader la brèche.

.Allons, mes amis, dit Athos, finissons-en d’un coup: à la muraille! à la muraille!.

Et les quatre amis, secondés par Grimaud, se mirent à pousser avec le canon de leurs fusils un énorme pan de

mur, qui s’inclina comme si le vent le poussait, et, se détachant de sa base, tomba avec un bruit horrible dans

le fossé: puis on entendit un grand cri, un nuage de poussière monta vers le ciel, et tout fut dit.

.Les aurions-nous écrasés depuis le premier jusqu’au dernier? demanda Athos.

-- Ma foi, cela m’en a l’air, dit d’Artagnan.

-- Non, dit Porthos, en voilà deux ou trois qui se sauvent tout éclopés..

En effet, trois ou quatre de ces malheureux, couverts de boue et de sang, fuyaient dans le chemin creux et

regagnaient la ville: c’était tout ce qui restait de la petite troupe.

Athos regarda à sa montre.

.Messieurs, dit-il, il y a une heure que nous sommes ici, et maintenant le pari est gagné, mais il faut être

beaux joueurs: d’ailleurs d’Artagnan ne nous a pas dit son idée..

Et le mousquetaire, avec son sang-froid habituel, alla s’asseoir devant les restes du déjeuner.

Les trois mousquetaires

.Mon idée? dit d’Artagnan.

-- Oui, vous disiez que vous aviez une idée, répliqua Athos.

-- Ah! j’y suis, reprit d’Artagnan: je passe en Angleterre une seconde fois, je vais trouver M. de Buckingham

et je l’avertis du complot tramé contre sa vie.

-- Vous ne ferez pas cela, d’Artagnan, dit froidement Athos.

-- Et pourquoi cela? ne l’ai-je pas fait déjà?

-- Oui, mais à cette époque nous n’étions pas en guerre; à cette époque, M. de Buckingham était un allié et

non un ennemi: ce que vous voulez faire serait taxé de trahison..

D’Artagnan comprit la force de ce raisonnement et se tut.

.Mais, dit Porthos, il me semble que j’ai une idée à mon tour.

-- Silence pour l’idée de M. Porthos! dit Aramis.

-- Je demande un congé à M. de Tréville, sous un prétexte quelconque que vous trouverez: je ne suis pas fort

sur les prétextes, moi. Milady ne me conna.t pas, je m’approche d’elle sans qu’elle me redoute, et lorsque je

trouve ma belle, je l’étrangle.

-- Eh bien, dit Athos, je ne suis pas très éloigné d’adopter l’idée de Porthos.

-- Fi donc! dit Aramis, tuer une femme! Non, tenez, moi, j’ai la véritable idée.

-- Voyons votre idée, Aramis! demanda Athos, qui avait beaucoup de déférence pour le jeune mousquetaire.

-- Il faut prévenir la reine.

-- Ah! ma foi, oui, s’écrièrent ensemble Porthos et d’Artagnan; je crois que nous touchons au moyen.

-- Prévenir la reine! dit Athos, et comment cela? Avons-nous des relations à la cour? Pouvons-nous envoyer

quelqu’un à Paris sans qu’on le sache au camp? D’ici à Paris il y a cent quarante lieues; notre lettre ne sera pas

à Angers que nous serons au cachot, nous.

-- Quant à ce qui est de faire remettre s.rement une lettre à Sa Majesté, proposa Aramis en rougissant, moi, je

m’en charge; je connais à Tours une personne adroite....

Aramis s’arrêta en voyant sourire Athos.

.Eh bien, vous n’adoptez pas ce moyen, Athos? dit d’Artagnan.

-- Je ne le repousse pas tout à fait, dit Athos, mais je voulais seulement faire observer à Aramis qu’il ne peut

quitter le camp; que tout autre qu’un de nous n’est pas s.r; que, deux heures après que le messager sera parti,

tous les capucins, tous les alguazils, tous les bonnets noirs du cardinal sauront votre lettre par coeur, et qu’on

arrêtera vous et votre adroite personne.

-- Sans compter, objecta Porthos, que la reine sauvera M. de Buckingham, mais ne nous sauvera pas du tout,

nous autres.

Les trois mousquetaires

-- Messieurs, dit d’Artagnan, ce qu’objecte Porthos est plein de sens.

-- Ah! ah! que se passe-t-il donc dans la ville? dit Athos.

-- On bat la générale..

Les quatre amis écoutèrent, et le bruit du tambour parvint effectivement jusqu’à eux.

.Vous allez voir qu’ils vont nous envoyer un régiment tout entier, dit Athos.

-- Vous ne comptez pas tenir contre un régiment tout entier? dit Porthos.

-- Pourquoi pas? dit le mousquetaire, je me sens en train; et je tiendrais devant une armée, si nous avions

seulement eu la précaution de prendre une douzaine de bouteilles en plus.

-- Sur ma parole, le tambour se rapproche, dit d’Artagnan.

-- Laissez-le se rapprocher, dit Athos; il y a pour un quart d’heure de chemin d’ici à la ville, et par conséquent

de la ville ici. C’est plus de temps qu’il ne nous en faut pour arrêter notre plan; si nous nous en allons d’ici,

nous ne retrouverons jamais un endroit aussi convenable. Et tenez, justement, messieurs, voilà la vraie idée

qui me vient.

-- Dites alors.

-- Permettez que je donne à Grimaud quelques ordres indispensables..

Athos fit signe à son valet d’approcher.

.Grimaud, dit Athos, en montrant les morts qui gisaient dans le bastion, vous allez prendre ces messieurs,

vous allez les dresser contre la muraille vous leur mettrez leur chapeau sur la tête et leur fusil à la main.

-- O grand homme! s’écria d’Artagnan, je te comprends.

-- Vous comprenez? dit Porthos.

-- Et toi, comprends-tu, Grimaud?. demanda Aramis.

Grimaud fit signe que oui.

.C’est tout ce qu’il faut, dit Athos, revenons à mon idée.

-- Je voudrais pourtant bien comprendre, observa Porthos.

-- C’est inutile.

-- Oui, oui, l’idée d’Athos, dirent en même temps d’Artagnan et Aramis.

-- Cette Milady, cette femme, cette créature, ce démon, a un beau- frère, à ce que vous m’avez dit, je crois,

d’Artagnan.

-- Oui, je le connais beaucoup même, et je crois aussi qu’il n’a pas une grande sympathie pour sa belle-soeur.

Les trois mousquetaires

-- Il n’y a pas de mal à cela, répondit Athos, et il la détesterait que cela n’en vaudrait que mieux.

-- En ce cas nous sommes servis à souhait.

-- Cependant, dit Porthos, je voudrais bien comprendre ce que fait Grimaud.

-- Silence, Porthos! dit Aramis.

-- Comment se nomme ce beau-frère?

-- Lord de Winter.

-- Où est-il maintenant?

-- Il est retourné à Londres au premier bruit de guerre.

-- Eh bien, voilà justement l’homme qu’il nous faut, dit Athos, c’est celui qu’il nous convient de prévenir;

nous lui ferons savoir que sa belle-soeur est sur le point d’assassiner quelqu’un, et nous le prierons de ne pas

la perdre de vue. Il y a bien à Londres, je l’espère, quelque établissement dans le genre des Madelonnettes ou

des Filles repenties; il y fait mettre sa belle- soeur, et nous sommes tranquilles.

-- Oui, dit d’Artagnan, jusqu’à ce qu’elle en sorte.

-- Ah! ma foi, reprit Athos, vous en demandez trop, d’Artagnan, je vous ai donné tout ce que j’avais et je vous

préviens que c’est le fond de mon sac.

-- Moi, je trouve que c’est ce qu’il y a de mieux, dit Aramis; nous prévenons à la fois la reine et Lord de

Winter.

-- Oui, mais par qui ferons-nous porter la lettre à Tours et la lettre à Londres?

-- Je réponds de Bazin, dit Aramis.

-- Et moi de Planchet, continua d’Artagnan.

-- En effet, dit Porthos, si nous ne pouvons nous absenter du camp, nos laquais peuvent le quitter.

-- Sans doute, dit Aramis, et dès aujourd’hui nous écrivons les lettres, nous leur donnons de l’argent, et ils

partent.

-- Nous leur donnons de l’argent? reprit Athos, vous en avez donc, de l’argent?.

Les quatre amis se regardèrent, et un nuage passa sur les fronts qui s’étaient un instant éclaircis.

.Alerte! cria d’Artagnan, je vois des points noirs et des points rouges qui s’agitent là-bas; que disiez-vous

donc d’un régiment, Athos? c’est une véritable armée.

-- Ma foi, oui, dit Athos, les voilà. Voyez-vous les sournois qui venaient sans tambours ni trompettes. Ah! ah!

tu as fini, Grimaud?.

Grimaud fit signe que oui, et montra une douzaine de morts qu’il avait placés dans les attitudes les plus

pittoresques: les uns au port d’armes, les autres ayant l’air de mettre en joue, les autres l’épée à la main.

Les trois mousquetaires

.Bravo! reprit Athos, voilà qui fait honneur à ton imagination.

-- C’est égal, dit Porthos, je voudrais cependant bien comprendre.

-- Décampons d’abord, interrompit d’Artagnan, tu comprendras après.

-- Un instant, messieurs, un instant! donnons le temps à Grimaud de desservir.

-- Ah! dit Aramis, voici les points noirs et les points rouges qui grandissent fort visiblement et je suis de l’avis

de d’Artagnan; je crois que nous n’avons pas de temps à perdre pour regagner notre camp.

-- Ma foi, dit Athos, je n’ai plus rien contre la retraite: nous avions parié pour une heure, nous sommes restés

une heure et demie; il n’y a rien à dire; partons, messieurs, partons..

Grimaud avait déjà pris les devants avec le panier et la desserte.

Les quatre amis sortirent derrière lui et firent une dizaine de pas.

.Eh! s’écria Athos, que diable faisons-nous, messieurs?

-- Avez-vous oublié quelque chose? demanda Aramis.

-- Et le drapeau, morbleu! Il ne faut pas laisser un drapeau aux mains de l’ennemi, même quand ce drapeau ne

serait qu’une serviette..

Et Athos s’élan.a dans le bastion, monta sur la plate-forme, et enleva le drapeau; seulement comme les

Rochelois étaient arrivés à portée de mousquet, ils firent un feu terrible sur cet homme, qui, comme par

plaisir, allait s’exposer aux coups.

Mais on e.t dit qu’Athos avait un charme attaché à sa personne, les balles passèrent en sifflant tout autour de

lui, pas une ne le toucha.

Athos agita son étendard en tournant le dos aux gens de la ville et en saluant ceux du camp. Des deux c.tés de

grands cris retentirent, d’un c.té des cris de colère, de l’autre des cris d’enthousiasme.

Une seconde décharge suivit la première, et trois balles, en la trouant, firent réellement de la serviette un

drapeau. On entendit les clameurs de tout le camp qui criait:

-- Descendez, descendez!.

Athos descendit; ses camarades, qui l’attendaient avec anxiété, le virent para.tre avec joie.

-- Allons, Athos, allons, dit d’Artagnan, allongeons, allongeons; maintenant que nous avons tout trouvé,

excepté l’argent, il serait stupide d’être tués..

Mais Athos continua de marcher majestueusement, quelque observation que pussent lui faire ses compagnons,

qui, voyant toute observation inutile, réglèrent leur pas sur le sien.

Grimaud et son panier avaient pris les devants et se trouvaient tous deux hors d’atteinte.

Au bout d’un instant on entendit le bruit d’une fusillade enragée.

Les trois mousquetaires

.Qu’est-ce que cela? demanda Porthos, et sur quoi tirent-ils? je n’entends pas siffler les balles et je ne vois

personne.

-- Ils tirent sur nos morts, répondit Athos.

-- Mais nos morts ne répondront pas.

-- Justement; alors ils croiront à une embuscade, ils délibéreront; ils enverront un parlementaire, et quand ils

s’apercevront de la plaisanterie, nous serons hors de la portée des balles. Voilà pourquoi il est inutile de

gagner une pleurésie en nous pressant.

-- Oh! je comprends, s’écria Porthos émerveillé.

-- C’est bien heureux!. dit Athos en haussant les épaules.

De leur c.té, les Fran.ais, en voyant revenir les quatre amis au pas, poussaient des cris d’enthousiasme.

Enfin une nouvelle mousquetade se fit entendre, et cette fois les balles vinrent s’aplatir sur les cailloux autour

des quatre amis et siffler lugubrement à leurs oreilles. Les Rochelois venaient enfin de s’emparer du bastion.

.Voici des gens bien maladroits, dit Athos; combien en avons-nous tué? douze?

-- Ou quinze.

-- Combien en avons-nous écrasé?

-- Huit ou dix.

-- Et en échange de tout cela pas une égratignure? Ah! si fait! Qu’avez-vous donc là à la main, d’Artagnan? du

sang, ce me semble?

-- Ce n’est rien, dit d’Artagnan.

-- Une balle perdue?

-- Pas même.

-- Qu’est-ce donc alors?.

Nous l’avons dit, Athos aimait d’Artagnan comme son enfant, et ce caractère sombre et inflexible avait

parfois pour le jeune homme des sollicitudes de père.

.Une écorchure, reprit d’Artagnan; mes doigts ont été pris entre deux pierres, celle du mur et celle de ma

bague; alors la peau s’est ouverte.

-- Voilà ce que c’est que d’avoir des diamants, mon ma.tre, dit dédaigneusement Athos.

-- Ah .à, mais, s’écria Porthos, il y a un diamant en effet, et pourquoi diable alors, puisqu’il y a un diamant,

nous plaignons- nous de ne pas avoir d’argent?

-- Tiens, au fait! dit Aramis.

Les trois mousquetaires

-- à la bonne heure, Porthos; cette fois-ci voilà une idée.

-- Sans doute, dit Porthos, en se rengorgeant sur le compliment d’Athos, puisqu’il y a un diamant, vendons-le.

-- Mais, dit d’Artagnan, c’est le diamant de la reine.

-- Raison de plus, reprit Athos, la reine sauvant M. de Buckingham son amant, rien de plus juste; la reine nous

sauvant, nous ses amis, rien de plus moral: vendons le diamant. Qu’en pense monsieur l’abbé? Je ne demande

pas l’avis de Porthos, il est donné.

-- Mais je pense, dit Aramis en rougissant, que sa bague ne venant pas d’une ma.tresse, et par conséquent

n’étant pas un gage d’amour, d’Artagnan peut la vendre.

-- Mon cher, vous parlez comme la théologie en personne. Ainsi votre avis est?...

-- De vendre le diamant, répondit Aramis.

-- Eh bien, dit gaiement d’Artagnan, vendons le diamant et n’en parlons plus..

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