饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15390 字 更新时间:2026-6-15 21:39

.J’ai mieux que cela, j’ai la somme..

Et d’Artagnan jeta le sac sur la table: au son de l’or, Aramis leva les yeux. Porthos tressaillit; quant à Athos, il

resta impassible.

.Combien dans ce petit sac? dit-il.

Les trois mousquetaires

-- Sept mille livres en louis de douze francs.

-- Sept mille livres! s’écria Porthos, ce mauvais petit diamant valait sept mille livres?

-- Il para.t, dit Athos, puisque les voilà; je ne présume pas que notre ami d’Artagnan y ait mis du sien.

-- Mais, messieurs, dans tout cela, dit d’Artagnan, nous ne pensons pas à la reine. Soignons un peu la santé de

son cher Buckingham. C’est le moins que nous lui devions.

-- C’est juste, dit Athos, mais ceci regarde Aramis.

-- Eh bien, répondit celui-ci en rougissant, que faut-il que je fasse?

-- Mais, répliqua Athos, c’est tout simple: rédiger une seconde lettre pour cette adroite personne qui habite

Tours..

Aramis reprit la plume, se mit à réfléchir de nouveau, et écrivit les lignes suivantes, qu’il soumit à l’instant

même à l’approbation de ses amis:

.Ma chère cousine....

.Ah! dit Athos, cette personne adroite est votre parente!

-- Cousine germaine, dit Aramis.

-- Va donc pour cousine!.

Aramis continua:

.Ma chère cousine, Son éminence le cardinal, que Dieu conserve pour le bonheur de la France et la confusion

des ennemis du royaume, est sur le point d’en finir avec les rebelles hérétiques de La Rochelle: il est probable

que le secours de la Hotte anglaise n’arrivera pas même en vue de la place; j’oserai même dire que je suis

certain que M. de Buckingham sera empêché de partir par quelque grand événement. Son éminence est le plus

illustre politique des temps passés, du temps présent et probablement des temps à venir. Il éteindrait le soleil

si le soleil le gênait. Donnez ces heureuses nouvelles à votre soeur, ma chère cousine. J’ai rêvé que cet

Anglais maudit était mort. Je ne puis me rappeler si c’était par le fer ou par le poison; seulement ce dont je

suis s.r, c’est que j’ai rêvé qu’il était mort, et, vous le savez, mes rêves ne me trompent jamais. Assurez-vous

donc de me voir revenir bient.t..

.à merveille! s’écria Athos, vous êtes le roi des poètes; mon cher Aramis, vous parlez comme l’Apocalypse

et vous êtes vrai comme l’évangile. Il ne vous reste maintenant que l’adresse à mettre sur cette lettre.

-- C’est bien facile., dit Aramis.

Il plia coquettement la lettre, la reprit et écrivit:

.à Mademoiselle Marie Michon, lingère à Tours.

Les trois amis se regardèrent en riant: ils étaient pris.

.Maintenant, dit Aramis, vous comprenez, messieurs, que Bazin seul peut porter cette lettre à Tours; ma

cousine ne conna.t que Bazin et n’a confiance qu’en lui: tout autre ferait échouer l’affaire. D’ailleurs Bazin est

Les trois mousquetaires

ambitieux et savant; Bazin a lu l’histoire, messieurs, il sait que Sixte Quint est devenu pape après avoir gardé

les pourceaux; eh bien, comme il compte se mettre d’église en même temps que moi, il ne désespère pas à son

tour de devenir pape ou tout au moins cardinal: vous comprenez qu’un homme qui a de pareilles visées ne se

laissera pas prendre, ou, s’il est pris, subira le martyre plut.t que de parler.

-- Bien, bien, dit d’Artagnan, je vous passe de grand coeur Bazin; mais passez-moi Planchet: Milady l’a fait

jeter à la porte, certain jour, avec force coups de baton; or Planchet a bonne mémoire, et, je vous en réponds,

s’il peut supposer une vengeance possible, il se fera plut.t échiner que d’y renoncer. Si vos affaires de Tours

sont vos affaires, Aramis, celles de Londres sont les miennes. Je prie donc qu’on choisisse Planchet, lequel

d’ailleurs a déjà été à Londres avec moi et sait dire très correctement: London, _sir, if you please_ et my

master lord d’Artagnan; avec cela soyez tranquilles, il fera son chemin en allant et en revenant.

-- En ce cas, dit Athos, il faut que Planchet re.oive sept cents livres pour aller et sept cents livres pour revenir,

et Bazin, trois cents livres pour aller et trois cents livres pour revenir; cela réduira la somme à cinq mille

livres; nous prendrons mille livres chacun pour les employer comme bon nous semblera, et nous laisserons un

fond de mille livres que gardera l’abbé pour les cas extraordinaires ou les besoins communs. Cela vous

va-t-il?

-- Mon cher Athos, dit Aramis, vous parlez comme Nestor, qui était, comme chacun sait, le plus sage des

Grecs.

-- Eh bien, c’est dit, reprit Athos, Planchet et Bazin partiront; à tout prendre, je ne suis pas faché de conserver

Grimaud: il est accoutumé à mes fa.ons et j’y tiens; la journée d’hier a déjà d. l’ébranler, ce voyage le

perdrait..

On fit venir Planchet, et on lui donna des instructions; il avait été prévenu déjà par d’Artagnan, qui, du

premier coup, lui avait annoncé la gloire, ensuite l’argent, puis le danger.

.Je porterai la lettre dans le parement de mon habit, dit Planchet, et je l’avalerai si l’on me prend.

-- Mais alors tu ne pourras pas faire la commission, dit d’Artagnan.

-- Vous m’en donnerez ce soir une copie que je saurai par coeur demain..

D’Artagnan regarda ses amis comme pour leur dire:

.Eh bien, que vous avais-je promis?.

.Maintenant, continua-t-il en s’adressant à Planchet, tu as huit jours pour arriver près de Lord de Winter, tu as

huit autres jours pour revenir ici, en tout seize jours; si le seizième jour de ton départ, à huit heures du soir, tu

n’es pas arrivé, pas d’argent, f.t-il huit heures cinq minutes.

Alors, monsieur, dit Planchet, achetez-moi une montre.

Prends celle-ci, dit Athos, en lui donnant la sienne avec une insouciante générosité, et sois brave gar.on.

Songe que, si tu parles, si tu bavardes, si tu flanes, tu fais couper le cou à ton ma.tre, qui a si grande confiance

dans ta fidélité qu’il nous a répondu de toi. Mais songe aussi que s’il arrive, par ta faute, malheur à

d’Artagnan, je te retrouverai partout, et ce sera pour t’ouvrir le ventre.

-- Oh! monsieur! dit Planchet, humilié du soup.on et surtout effrayé de l’air calme du mousquetaire.

-- Et moi, dit Porthos en roulant ses gros yeux, songe que je t’écorche vif.

Les trois mousquetaires

-- Ah! monsieur!

-- Et moi, continua Aramis de sa voix douce et mélodieuse, songe que je te br.le à petit feu comme un

sauvage.

-- Ah! monsieur!.

Et Planchet se mit à pleurer; nous n’oserions dire si ce fut de terreur, à cause des menaces qui lui étaient

faites, ou d’attendrissement de voir quatre amis si étroitement unis.

D’Artagnan lui prit la main, et l’embrassa.

.Vois-tu, Planchet, lui dit-il, ces messieurs te disent tout cela par tendresse pour moi, mais au fond ils

t’aiment.

-- Ah! monsieur! dit Planchet, ou je réussirai, ou l’on me coupera en quatre; me coupat-on en quatre, soyez

convaincu qu’il n’y a pas un morceau qui parlera..

Il fut décidé que Planchet partirait le lendemain à huit heures du matin, afin, comme il l’avait dit, qu’il p.t,

pendant la nuit, apprendre la lettre par coeur. Il gagna juste douze heures à cet arrangement; il devait être

revenu le seizième jour, à huit heures du soir.

Le matin, au moment où il allait monter à cheval, d’Artagnan, qui se sentait au fond du coeur un faible pour le

duc, prit Planchet à part.

.écoute, lui dit-il, quand tu auras remis la lettre à Lord de Winter et qu’il l’aura lue, tu lui diras encore:

“Veillez sur Sa Grace Lord Buckingham, car on veut l’assassiner.” Mais ceci, Planchet, vois-tu, c’est si grave

et si important, que je n’ai pas même voulu avouer à mes amis que je te confierais ce secret, et que pour une

commission de capitaine je ne voudrais pas te l’écrire.

-- Soyez tranquille, monsieur, dit Planchet, vous verrez si l’on peut compter sur moi.

Et monté sur un excellent cheval, qu’il devait quitter à vingt lieues de là pour prendre la poste, Planchet partit

au galop, le coeur un peu serré par la triple promesse que lui avaient faite les mousquetaires, mais du reste

dans les meilleures dispositions du monde.

Bazin partit le lendemain matin pour Tours, et eut huit jours pour faire sa commission.

Les quatre amis, pendant toute la durée de ces deux absences, avaient, comme on le comprend bien, plus que

jamais l’oeil au guet, le nez au vent et l’oreille aux écoutes. Leurs journées se passaient à essayer de

surprendre ce qu’on disait, à guetter les allures du cardinal et à flairer les courriers qui arrivaient. Plus d’une

fois un tremblement insurmontable les prit, lorsqu’on les appela pour quelque service inattendu. Ils avaient

d’ailleurs à se garder pour leur propre s.reté; Milady était un fant.me qui, lorsqu’il était apparu une fois aux

gens, ne les laissait pas dormir tranquillement.

Le matin du huitième jour, Bazin, frais comme toujours et souriant selon son habitude, entra dans le cabaret

de Parpaillot, comme les quatre amis étaient en train de déjeuner, en disant, selon la convention arrêtée:

.Monsieur Aramis, voici la réponse de votre cousine..

Les quatre amis échangèrent un coup d’oeil joyeux: la moitié de la besogne était faite; il est vrai que c’était la

plus courte et la plus facile.

Les trois mousquetaires

Aramis prit, en rougissant malgré lui, la lettre, qui était d’une écriture grossière et sans orthographe.

.Bon Dieu! s’écria-t-il en riant, décidément j’en désespère; jamais cette pauvre Michon n’écrira comme M. de

Voiture.

-- Qu’est-ce que cela feut dire, cette baufre Migeon? demanda le Suisse, qui était en train de causer avec les

quatre amis quand la lettre était arrivée.

-- Oh! mon Dieu! moins que rien, dit Aramis, une petite lingère charmante que j’aimais fort et à qui j’ai

demandé quelques lignes de sa main en manière de souvenir.

-- Dutieu! dit le Suisse; zi zella il être auzi grante tame que son l’égridure, fous l’être en ponne fordune, mon

gamarate!

Aramis lut la lettre et la passa à Athos.

.Voyez donc ce qu’elle m’écrit, Athos., dit-il.

Athos jeta un coup d’oeil sur l’ép.tre, et, pour faire évanouir tous les soup.ons qui auraient pu na.tre, lut tout

haut:

.Mon cousin, ma soeur et moi devinons très bien les rêves, et nous en avons même une peur affreuse; mais du

v.tre, on pourra dire, je l’espère, tout songe est mensonge. Adieu! portez-vous bien, et faites que de temps en

temps nous entendions parler de vous.

.Aglé Michon.

.Et de quel rêve parle-t-elle? demanda le dragon, qui s’était approché pendant la lecture.

-- Foui, te quel rêfe? dit le Suisse.

-- Eh! pardieu! dit Aramis, c’est tout simple, d’un rêve que j’ai fait et que je lui ai raconté.

-- Oh! foui, par Tieu! c’être tout simple de ragonter son rêfe; mais moi je ne rêfe jamais.

-- Vous êtes fort heureux, dit Athos en se levant, et je voudrais bien pouvoir en dire autant que vous!

-- Chamais! reprit le Suisse, enchanté qu’un homme comme Athos lui enviat quelque chose, chamais!

chamais!.

D’Artagnan, voyant qu’Athos se levait, en fit autant, prit son bras, et sortit.

Porthos et Aramis restèrent pour faire face aux quolibets du dragon et du Suisse.

Quant à Bazin, il s’alla coucher sur une botte de paille; et comme il avait plus d’imagination que le Suisse, il

rêva que M. Aramis, devenu pape, le coiffait d’un chapeau de cardinal.

Mais, comme nous l’avons dit, Bazin n’avait, par son heureux retour, enlevé qu’une partie de l’inquiétude qui

aiguillonnait les quatre amis. Les jours de l’attente sont longs, et d’Artagnan surtout aurait parié que les jours

avaient maintenant quarante- huit heures. Il oubliait les lenteurs obligées de la navigation, il s’exagérait la

puissance de Milady. Il prêtait à cette femme, qui lui apparaissait pareille à un démon, des auxiliaires

surnaturels comme elle; il s’imaginait, au moindre bruit, qu’on venait l’arrêter, et qu’on ramenait Planchet

Les trois mousquetaires

pour le confronter avec lui et ses amis. Il y a plus: sa confiance autrefois si grande dans le digne Picard,

diminuait de jour en jour. Cette inquiétude était si grande, qu’elle gagnait Porthos et Aramis. Il n’y avait

qu’Athos qui demeurat impassible, comme si aucun danger ne s’agitait autour de lui, et qu’il respirat son

atmosphère quotidienne.

Le seizième jour surtout, ces signes d’agitation étaient si visibles chez d’Artagnan et ses deux amis, qu’ils ne

pouvaient rester en place, et qu’ils erraient comme des ombres sur le chemin par lequel devait revenir

Planchet.

.Vraiment, leur disait Athos, vous n’êtes pas des hommes, mais des enfants, pour qu’une femme vous fasse si

grand-peur! Et de quoi s’agit-il, après tout? D’être emprisonnés! Eh bien, mais on nous tirera de prison: on en

a bien retiré Mme Bonacieux. D’être décapités? Mais tous les jours, dans la tranchée, nous allons joyeusement

nous exposer à pis que cela, car un boulet peut nous casser la jambe, et je suis convaincu qu’un chirurgien

nous fait plus souffrir en nous coupant la cuisse qu’un bourreau en nous coupant la tête. Demeurez donc

tranquilles; dans deux heures, dans quatre, dans six heures, au plus tard, Planchet sera ici: il a promis d’y être,

et moi j’ai très grande foi aux promesses de Planchet, qui m’a l’air d’un fort brave gar.on.

-- Mais s’il n’arrive pas? dit d’Artagnan.

-- Eh bien, s’il n’arrive pas, c’est qu’il aura été retardé, voilà tout. Il peut être tombé de cheval, il peut avoir

fait une cabriole par-dessus le pont, il peut avoir couru si vite qu’il en ait attrapé une fluxion de poitrine. Eh!

messieurs! faisons donc la part des événements. La vie est un chapelet de petites misères que le philosophe

égrène en riant. Soyez philosophes comme moi, messieurs, mettez-vous à table et buvons; rien ne fait para.tre

l’avenir couleur de rose comme de le regarder à travers un verre de chambertin.

-- C’est fort bien, répondit d’Artagnan; mais je suis las d’avoir à craindre, en buvant frais, que le vin ne sorte

de la cave de Milady.

-- Vous êtes bien difficile, dit Athos, une si belle femme!

-- Une femme de marque!. dit Porthos avec son gros rire.

Athos tressaillit, passa la main sur son front pour en essuyer la sueur, et se leva à son tour avec un mouvement

nerveux qu’il ne put réprimer.

Le jour s’écoula cependant, et le soir vint plus lentement, mais enfin il vint; les buvettes s’emplirent de

chalands; Athos, qui avait empoché sa part du diamant, ne quittait plus le Parpaillot. Il avait trouvé dans M. de

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