饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15450 字 更新时间:2026-6-15 21:39

-- On ne vous fait aucune violence, madame, et ce qui vous arrive est le résultat d’une mesure toute simple

que nous sommes forcés de prendre avec tous ceux qui débarquent en Angleterre.

-- Alors vous ne me connaissez pas, monsieur?

-- C’est la première fois que j’ai l’honneur de vous voir.

-- Et, sur votre honneur, vous n’avez aucun sujet de haine contre moi?

-- Aucun, je vous le jure..

II y avait tant de sérénité, de sang-froid, de douceur même dans la voix du jeune homme, que Milady fut

rassurée.

Enfin, après une heure de marche à peu près, la voiture s’arrêta devant une grille de fer qui fermait un chemin

creux conduisant à un chateau sévère de forme, massif et isolé. Alors, comme les roues tournaient sur un sable

fin, Milady entendit un vaste mugissement, qu’elle reconnut pour le bruit de la mer qui vient se briser sur une

c.te escarpée.

La voiture passa sous deux vo.tes, et enfin s’arrêta dans une cour sombre et carrée; presque aussit.t la

portière de la voiture s’ouvrit, le jeune homme sauta légèrement à terre et présenta sa main à Milady, qui

s’appuya dessus, et descendit à son tour avec assez de calme.

.Toujours est-il, dit Milady en regardant autour d’elle et en ramenant ses yeux sur le jeune officier avec le

Les trois mousquetaires

plus gracieux sourire, que je suis prisonnière; mais ce ne sera pas pour longtemps, j’en suis s.re, ajouta-t-elle,

ma conscience et votre politesse, monsieur, m’en sont garants..

Si flatteur que f.t le compliment, l’officier ne répondit rien; mais, tirant de sa ceinture un petit sifflet d’argent

pareil à celui dont se servent les contrema.tres sur les batiments de guerre, il siffla trois fois, sur trois

modulations différentes: alors plusieurs hommes parurent, dételèrent les chevaux fumants et emmenèrent la

voiture sous une remise.

Puis l’officier, toujours avec la même politesse calme, invita sa prisonnière à entrer dans la maison. Celle-ci,

toujours avec son même visage souriant, lui prit le bras, et entra avec lui sous une porte basse et cintrée qui,

par une vo.te éclairée seulement au fond, conduisait à un escalier de pierre tournant autour d’une arête de

pierre; puis on s’arrêta devant une porte massive qui, après l’introduction dans la serrure d’une clef que le

jeune homme portait sur lui, roula lourdement sur ses gonds et donna ouverture à la chambre destinée à

Milady.

D’un seul regard, la prisonnière embrassa l’appartement dans ses moindres détails.

C’était une chambre dont l’ameublement était à la fois bien propre pour une prison et bien sévère pour une

habitation d’homme libre; cependant, des barreaux aux fenêtres et des verrous extérieurs à la porte décidaient

le procès en faveur de la prison.

Un instant toute la force d’ame de cette créature, trempée cependant aux sources les plus vigoureuses,

l’abandonna; elle tomba sur un fauteuil, croisant les bras, baissant la tête, et s’attendant à chaque instant à voir

entrer un juge pour l’interroger.

Mais personne n’entra, que deux ou trois soldats de marine qui apportèrent les malles et les caisses, les

déposèrent dans un coin et se retirèrent sans rien dire.

L’officier présidait à tous ces détails avec le même calme que Milady lui avait constamment vu, ne

pronon.ant pas une parole lui- même, et se faisant obéir d’un geste de sa main ou d’un coup de son sifflet.

On e.t dit qu’entre cet homme et ses inférieurs la langue parlée n’existait pas ou devenait inutile.

Enfin Milady n’y put tenir plus longtemps, elle rompit le silence:

.Au nom du Ciel, monsieur! s’écria-t-elle, que veut dire tout ce qui se passe? Fixez mes irrésolutions; j’ai du

courage pour tout danger que je prévois, pour tout malheur que je comprends. Où suis-je et que suis-je ici?

suis-je libre, pourquoi ces barreaux et ces portes? suis-je prisonnière, quel crime ai-je commis?

-- Vous êtes ici dans l’appartement qui vous est destiné, madame. J’ai re.u l’ordre d’aller vous prendre en mer

et de vous conduire en ce chateau: cet ordre, je l’ai accompli, je crois, avec toute la rigidité d’un soldat, mais

aussi avec toute la courtoisie d’un gentilhomme. Là se termine, du moins jusqu’à présent, la charge que

j’avais à remplir près de vous, le reste regarde une autre personne.

-- Et cette autre personne, quelle est-elle? demanda Milady; ne pouvez-vous me dire son nom?....

En ce moment on entendit par les escaliers un grand bruit d’éperons; quelques voix passèrent et s’éteignirent,

et le bruit d’un pas isolé se rapprocha de la porte.

.Cette personne, la voici, madame., dit l’officier en démasquant le passage, et en se rangeant dans l’attitude

du respect et de la soumission.

Les trois mousquetaires

En même temps, la porte s’ouvrit; un homme parut sur le seuil.

Il était sans chapeau, portait l’épée au c.té, et froissait un mouchoir entre ses doigts.

Milady crut reconna.tre cette ombre dans l’ombre, elle s’appuya d’une main sur le bras de son fauteuil, et

avan.a la tête comme pour aller au-devant d’une certitude.

Alors l’étranger s’avan.a lentement; et, à mesure qu’il s’avan.ait en entrant dans le cercle de lumière projeté

par la lampe, Milady se reculait involontairement.

Puis, lorsqu’elle n’eut plus aucun doute:

.Eh quoi! mon frère! s’écria-t-elle au comble de la stupeur, c’est vous vous?

-- Oui, belle dame! répondit Lord de Winter en faisant un salut moitié courtois, moitié ironique, moi-même.

-- Mais alors, ce chateau?

-- Est à moi.

-- Cette chambre?

-- C’est la v.tre.

-- Je suis donc votre prisonnière?

-- à peu près.

-- Mais c’est un affreux abus de la force!

-- Pas de grands mots; asseyons-nous, et causons tranquillement, comme il convient de faire entre un frère et

une soeur..

Puis, se retournant vers la porte, et voyant que le jeune officier attendait ses derniers ordres:

.C’est bien, dit-il, je vous remercie; maintenant, laissez-nous, monsieur Felton..

CHAPITRE L CAUSERIE D’UN FRèRE AVEC SA SOEUR

Pendant le temps que Lord de Winter mit à fermer la porte, à pousser un volet et à approcher un siège du

fauteuil de sa belle- soeur, Milady, rêveuse, plongea son regard dans les profondeurs de la possibilité, et

découvrit toute la trame qu’elle n’avait pas même pu entrevoir, tant qu’elle ignorait en quelles mains elle était

tombée. Elle connaissait son beau-frère pour un bon gentilhomme, franc-chasseur, joueur intrépide,

entreprenant près des femmes, mais d’une force inférieure à la sienne à l’endroit de l’intrigue. Comment

avait-il pu découvrir son arrivée? la faire saisir? Pourquoi la retenait-il?

Athos lui avait bien dit quelques mots qui prouvaient que la conversation qu’elle avait eue avec le cardinal

était tombée dans des oreilles étrangères; mais elle ne pouvait admettre qu’il e.t pu creuser une contre-mine si

prompte et si hardie.

Elle craignit bien plut.t que ses précédentes opérations en Angleterre n’eussent été découvertes. Buckingham

pouvait avoir deviné que c’était elle qui avait coupé les deux ferrets, et se venger de cette petite trahison; mais

Les trois mousquetaires

Buckingham était incapable de se porter à aucun excès contre une femme, surtout si cette femme était censée

avoir agi par un sentiment de jalousie.

Cette supposition lui parut la plus probable; il lui sembla qu’on voulait se venger du passé, et non aller

au-devant de l’avenir. Toutefois, et en tout cas, elle s’applaudit d’être tombée entre les mains de son

beau-frère, dont elle comptait avoir bon marché, plut.t qu’entre celles d’un ennemi direct et intelligent.

.Oui, causons, mon frère, dit-elle avec une espèce d’enjouement, décidée qu’elle était à tirer de la

conversation, malgré toute la dissimulation que pourrait y apporter Lord de Winter, les éclaircissements dont

elle avait besoin pour régler sa conduite à venir.

-- Vous vous êtes donc décidée à revenir en Angleterre, dit Lord de Winter, malgré la résolution que vous

m’aviez si souvent manifestée à Paris de ne jamais remettre les pieds sur le territoire de la Grande-Bretagne?.

Milady répondit à une question par une autre question.

.Avant tout, dit-elle, apprenez-moi donc comment vous m’avez fait guetter assez sévèrement pour être

d’avance prévenu non seulement de mon arrivée, mais encore du jour, de l’heure et du port où j’arrivais..

Lord de Winter adopta la même tactique que Milady, pensant que, puisque sa belle-soeur l’employait, ce

devait être la bonne.

.Mais, dites-moi vous-même, ma chère soeur, reprit-il, ce que vous venez faire en Angleterre.

-- Mais je viens vous voir, reprit Milady, sans savoir combien elle aggravait, par cette réponse, les soup.ons

qu’avait fait na.tre dans l’esprit de son beau-frère la lettre de d’Artagnan, et voulant seulement capter la

bienveillance de son auditeur par un mensonge.

-- Ah! me voir? dit sournoisement Lord de Winter.

-- Sans doute, vous voir. Qu’y a-t-il d’étonnant à cela?

-- Et vous n’avez pas, en venant en Angleterre, d’autre but que de me voir?

-- Non.

-- Ainsi, c’est pour moi seul que vous vous êtes donne la peine de traverser la Manche?

-- Pour vous seul.

-- Peste! quelle tendresse, ma soeur!

-- Mais ne suis-je pas votre plus proche parente? demanda Milady du ton de la plus touchante na.veté.

-- Et même ma seule héritière, n’est-ce pas?. dit à son tour Lord de Winter, en fixant ses yeux sur ceux de

Milady.

Quelque puissance qu’elle e.t sur elle-même, Milady ne put s’empêcher de tressaillir, et comme, en

pronon.ant les dernières paroles qu’il avait dites, Lord de Winter avait posé la main sur le bras de sa soeur, ce

tressaillement ne lui échappa point.

En effet, le coup était direct et profond. La première idée qui vint à l’esprit de Milady fut qu’elle avait été

Les trois mousquetaires

trahie par Ketty, et que celle-ci avait raconté au baron cette aversion intéressée dont elle avait imprudemment

laissé échapper des marques devant sa suivante; elle se rappela aussi la sortie furieuse et imprudente qu’elle

avait faite contre d’Artagnan, lorsqu’il avait sauvé la vie de son beau-frère.

.Je ne comprends pas, Milord, dit-elle pour gagner du temps et faire parler son adversaire. Que voulez-vous

dire? et y a-t-il quelque sens inconnu caché sous vos paroles?

-- Oh! mon Dieu, non, dit Lord de Winter avec une apparente bonhomie; vous avez le désir de me voir, et

vous venez en Angleterre. J’apprends ce désir, ou plut.t je me doute que vous l’éprouvez, et afin de vous

épargner tous les ennuis d’une arrivée nocturne dans un port, toutes les fatigues d’un débarquement, j’envoie

un de mes officiers au-devant de vous; je mets une voiture à ses ordres, et il vous amène ici dans ce chateau,

dont je suis gouverneur, où je viens tous les jours, et où, pour que notre double désir de nous voir soit satisfait,

je vous fais préparer une chambre. Qu’y a-t-il dans tout ce que je dis là de plus étonnant que dans ce que vous

m’avez dit?

-- Non, ce que je trouve d’étonnant, c’est que vous ayez été prévenu de mon arrivée.

-- C’est cependant la chose la plus simple, ma chère soeur: n’avez-vous pas vu que le capitaine de votre petit

batiment avait, en entrant dans la rade, envoyé en avant et afin d’obtenir son entrée dans le port, un petit canot

porteur de son livre de loch et de son registre d’équipage? Je suis commandant du port, on m’a apporté ce

livre, j’y ai reconnu votre nom. Mon coeur m’a dit ce que vient de me confier votre bouche, c’est-à-dire dans

quel but vous vous exposiez aux dangers d’une mer si périlleuse ou tout au moins si fatigante en ce moment,

et j’ai envoyé mon cutter au- devant de vous. Vous savez le reste..

Milady comprit que Lord de Winter mentait et n’en fut que plus effrayée.

.Mon frère, continua-t-elle, n’est-ce pas Milord Buckingham que je vis sur la jetée, le soir, en arrivant?

-- Lui-même. Ah! je comprends que sa vue vous ait frappée, reprit Lord de Winter: vous venez d’un pays où

l’on doit beaucoup s’occuper de lui, et je sais que ses armements contre la France préoccupent fort votre ami

le cardinal.

-- Mon ami le cardinal! s’écria Milady, voyant que, sur ce point comme sur l’autre, Lord de Winter paraissait

instruit de tout.

-- N’est-il donc point votre ami? reprit négligemment le baron; ah! pardon, je le croyais; mais nous

reviendrons à Milord duc plus tard, ne nous écartons point du tour sentimental que la conversation avait pris:

vous veniez, disiez-vous, pour me voir?

-- Oui.

-- Eh bien, je vous ai répondu que vous seriez servie à souhait et que nous nous verrions tous les jours.

-- Dois-je donc demeurer éternellement ici? demanda Milady avec un certain effroi.

-- Vous trouveriez-vous mal logée, ma soeur? demandez ce qui vous manque, et je m’empresserai de vous le

faire donner.

-- Mais je n’ai ni mes femmes ni mes gens...

-- Vous aurez tout cela, madame; dites-moi sur quel pied votre premier mari avait monté votre maison;

quoique je ne sois que votre beau-frère, je vous la monterai sur un pied pareil.

Les trois mousquetaires

-- Mon premier mari! s’écria Milady en regardant Lord de Winter avec des yeux effarés.

-- Oui, votre mari fran.ais; je ne parle pas de mon frère. Au reste, si vous l’avez oublié, comme il vit encore,

je pourrais lui écrire et il me ferait passer des renseignements à ce sujet..

Une sueur froide perla sur le front de Milady.

.Vous raillez, dit-elle d’une voix sourde.

-- En ai-je l’air? demanda le baron en se relevant et en faisant un pas en arrière.

-- Ou plut.t vous m’insultez, continua-t-elle en pressant de ses mains crispées les deux bras du fauteuil et en

se soulevant sur ses poignets.

-- Vous insulter, moi! dit Lord de Winter avec mépris; en vérité, madame, croyez-vous que ce soit possible?

-- En vérité, monsieur, dit Milady, vous êtes ou ivre ou insensé; sortez et envoyez-moi une femme.

-- Des femmes sont bien indiscrètes, ma soeur! ne pourrais-je pas vous servir de suivante? de cette fa.on tous

nos secrets resteraient en famille.

-- Insolent! s’écria Milady, et, comme mue par un ressort, elle bondit sur le baron, qui l’attendait avec

impassibilité, mais une main cependant sur la garde de son épée.

-- Eh! eh! dit-il, je sais que vous avez l’habitude d’assassiner les gens, mais je me défendrai, moi, je vous en

préviens, f.t-ce contre vous.

-- Oh! vous avez raison, dit Milady, et vous me faites l’effet d’être assez lache pour porter la main sur une

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