饭饭TXT > 海外名作 > 《三个火枪手/Les trois mousquetaires(法文版)》作者:[法] 大仲马【完结】 > 三个火枪手_法语版.txt

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作者:法- 大仲马 当前章节:15417 字 更新时间:2026-6-15 21:39

.Vous avez raison, Milord, dit Felton avec un accent de profond dégo.t qui retentit jusqu’au fond du coeur de

Milady, vous avez raison et c’est moi qui avais tort..

Et tous deux sortirent de nouveau.

Mais cette fois, Milady prêta une oreille plus attentive que la première fois, et elle entendit leurs pas s’éloigner

et s’éteindre dans le fond du corridor.

.Je suis perdue, murmura-t-elle, me voilà au pouvoir de gens sur lesquels je n’aurai pas plus de prise que sur

des statues de bronze ou de granit; ils me savent par coeur et sont cuirassés contre toutes mes armes.

Les trois mousquetaires

.Il est cependant impossible que cela finisse comme ils l’ont décidé..

En effet, comme l’indiquait cette dernière réflexion, ce retour instinctif à l’espérance, dans cette ame profonde

la crainte et les sentiments faibles ne surnageaient pas longtemps. Milady se mit à table, mangea de plusieurs

mets, but un peu de vin d’Espagne, et sentit revenir toute sa résolution.

Avant de se coucher elle avait déjà commenté, analysé, retourné sur toutes leurs faces, examiné sous tous les

points, les paroles, les pas, les gestes, les signes et jusqu’au silence de ses ge.liers, et de cette étude profonde,

habile et savante, il était résulté que Felton était, à tout prendre, le plus vulnérable de ses deux persécuteurs.

Un mot surtout revenait à l’esprit de la prisonnière:

.Si je t’eusse écouté., avait dit Lord de Winter à Felton.

Donc Felton avait parlé en sa faveur, puisque Lord de Winter n’avait pas voulu écouter Felton.

.Faible ou forte, répétait Milady, cet homme a donc une lueur de pitié dans son ame; de cette lueur je ferai un

incendie qui le dévorera.

.Quant à l’autre, il me conna.t, il me craint et sait ce qu’il a à attendre de moi si jamais je m’échappe de ses

mains, il est donc inutile de rien tenter sur lui. Mais Felton, c’est autre chose; c’est un jeune homme na.f, pur

et qui semble vertueux; celui-là, il y a moyen de le perdre..

Et Milady se coucha et s’endormit le sourire sur les lèvres; quelqu’un qui l’e.t vue dormant e.t dit une jeune

fille rêvant à la couronne de fleurs qu’elle devait mettre sur son front à la prochaine fête.

CHAPITRE LIII DEUXIèME JOURNéE DE CAPTIVITé

Milady rêvait qu’elle tenait enfin d’Artagnan, qu’elle assistait à son supplice, et c’était la vue de son sang

odieux, coulant sous la hache du bourreau, qui dessinait ce charmant sourire sur les lèvres.

Elle dormait comme dort un prisonnier bercé par sa première espérance.

Le lendemain, lorsqu’on entra dans sa chambre, elle était encore au lit. Felton était dans le corridor: il amenait

la femme dont il avait parlé la veille, et qui venait d’arriver; cette femme entra et s’approcha du lit de Milady

en lui offrant ses services.

Milady était habituellement pale; son teint pouvait donc tromper une personne qui la voyait pour la première

fois.

.J’ai la fièvre, dit-elle; je n’ai pas dormi un seul instant pendant toute cette longue nuit, je souffre

horriblement: serez- vous plus humaine qu’on ne l’a été hier avec moi? Tout ce que je demande, au reste, c’est

la permission de rester couchée.

-- Voulez-vous qu’on appelle un médecin?. dit la femme.

Felton écoutait ce dialogue sans dire une parole.

Milady réfléchissait que plus on l’entourerait de monde, plus elle aurait de monde à apitoyer, et plus la

surveillance de Lord de Winter redoublerait; d’ailleurs le médecin pourrait déclarer que la maladie était feinte,

et Milady après avoir perdu la première partie ne voulait pas perdre la seconde.

Les trois mousquetaires

.Aller chercher un médecin, dit-elle, à quoi bon? ces messieurs ont déclaré hier que mon mal était une

comédie, il en serait sans doute de même aujourd’hui; car depuis hier soir, on a eu le temps de prévenir le

docteur.

-- Alors, dit Felton impatienté, dites vous-même, madame, quel traitement vous voulez suivre.

-- Eh! le sais-je, moi? mon Dieu! je sens que je souffre, voilà tout, que l’on me donne ce que l’on voudra, peu

m’importe.

-- Allez chercher Lord de Winter, dit Felton fatigué de ces plaintes éternelles.

-- Oh! non, non! s’écria Milady, non, monsieur, ne l’appelez pas, je vous en conjure, je suis bien, je n’ai

besoin de rien, ne l’appelez pas..

Elle mit une véhémence si prodigieuse, une éloquence si entra.nante dans cette exclamation, que Felton,

entra.né, fit quelques pas dans la chambre.

.Il est ému., pensa Milady.

.Cependant, madame, dit Felton, si vous souffrez réellement, on enverra chercher un médecin, et si vous nous

trompez, eh bien, ce sera tant pis pour vous, mais du moins, de notre c.té, nous n’aurons rien à nous

reprocher..

Milady ne répondit point; mais renversant sa belle tête sur son oreiller, elle fondit en larmes et éclata en

sanglots.

Felton la regarda un instant avec son impassibilité ordinaire; puis voyant que la crise mena.ait de se

prolonger, il sortit; la femme le suivit. Lord de Winter ne parut pas.

.Je crois que je commence à voir clair., murmura Milady avec une joie sauvage, en s’ensevelissant sous les

draps pour cacher à tous ceux qui pourraient l’épier cet élan de satisfaction intérieure.

Deux heures s’écoulèrent.

.Maintenant il est temps que la maladie cesse, dit-elle: levons- nous et obtenons quelque succès dès

aujourd’hui; je n’ai que dix jours, et ce soir il y en aura deux d’écoulés.

En entrant, le matin, dans la chambre de Milady, on lui avait apporté son déjeuner; or elle avait pensé qu’on

ne tarderait pas à venir enlever la table, et qu’en ce moment elle reverrait Felton.

Milady ne se trompait pas. Felton reparut, et, sans faire attention si Milady avait ou non touché au repas, fit un

signe pour qu’on emportat hors de la chambre la table, que l’on apportait ordinairement toute servie.

Felton resta le dernier, il tenait un livre à la main.

Milady, couchée dans un fauteuil près de la cheminée, belle, pale et résignée, ressemblait à une vierge sainte

attendant le martyre.

Felton s’approcha d’elle et dit:

.Lord de Winter, qui est catholique comme vous, madame, a pensé que la privation des rites et des

cérémonies de votre religion peut vous être pénible: il consent donc à ce que vous lisiez chaque jour

Les trois mousquetaires

l’ordinaire de votre messe, et voici un livre qui en contient le rituel..

à l’air dont Felton déposa ce livre sur la petite table près de laquelle était Milady, au ton dont il pronon.a ces

deux mots, votre messe, au sourire dédaigneux dont il les accompagna, Milady leva la tête et regarda plus

attentivement l’officier.

Alors, à cette coiffure sévère, à ce costume d’une simplicité exagérée, à ce front poli comme le marbre, mais

dur et impénétrable comme lui, elle reconnut un de ces sombres puritains qu’elle avait rencontrés si souvent

tant à la cour du roi Jacques qu’à celle du roi de France, où, malgré le souvenir de la Saint- Barthélémy, ils

venaient parfois chercher un refuge.

Elle eut donc une de ces inspirations subites comme les gens de génie seuls en re.oivent dans les grandes

crises, dans les moments suprêmes qui doivent décider de leur fortune ou de leur vie.

Ces deux mots, votre messe, et un simple coup d’oeil jeté sur Felton, lui avaient en effet révélé toute

l’importance de la réponse qu’elle allait faire.

Mais avec cette rapidité d’intelligence qui lui était particulière, cette réponse toute formulée se présenta sur

ses lèvres:

.Moi! dit-elle avec un accent de dédain monté à l’unisson de celui qu’elle avait remarqué dans la voix du

jeune officier, moi, monsieur, ma messe! Lord de Winter, le catholique corrompu, sait bien que je ne suis pas

de sa religion, et c’est un piège qu’il veut me tendre!

-- Et de quelle religion êtes-vous donc, madame? demanda Felton avec un étonnement que, malgré son empire

sur lui-même, il ne put cacher entièrement.

-- Je le dirai, s’écria Milady avec une exaltation feinte, le jour où j’aurai assez souffert pour ma foi..

Le regard de Felton découvrit à Milady toute l’étendue de l’espace qu’elle venait de s’ouvrir par cette seule

parole.

Cependant le jeune officier demeura muet et immobile, son regard seul avait parlé.

.Je suis aux mains de mes ennemis, continua-t-elle avec ce ton d’enthousiasme qu’elle savait familier aux

puritains; eh bien, que mon Dieu me sauve ou que je périsse pour mon Dieu! voilà la réponse que je vous prie

de faire à Lord de Winter. Et quant à ce livre, ajouta-t-elle en montrant le rituel du bout du doigt, mais sans le

toucher, comme si elle e.t d. être souillée par cet attouchement, vous pouvez le remporter et vous en servir

pour vous-même, car sans doute vous êtes doublement complice de Lord de Winter, complice dans sa

persécution, complice dans son hérésie..

Felton ne répondit rien, prit le livre avec le même sentiment de répugnance qu’il avait déjà manifesté et se

retira pensif. Lord de Winter vint vers les cinq heures du soir; Milady avait eu le temps pendant toute la

journée de se tracer son plan de conduite; elle le re.ut en femme qui a déjà repris tous ses avantages.

.Il para.t, dit le baron en s’asseyant dans un fauteuil en face de celui qu’occupait Milady et en étendant

nonchalamment ses pieds sur le foyer, il para.t que nous avons fait une petite apostasie!

-- Que voulez-vous dire, monsieur?

-- Je veux dire que depuis la dernière fois que nous nous sommes vus, nous avons changé de religion;

auriez-vous épousé un troisième mari protestant, par hasard?

Les trois mousquetaires

-- Expliquez-vous, Milord, reprit la prisonnière avec majesté, car je vous déclare que j’entends vos paroles,

mais que je ne les comprends pas.

-- Alors, c’est que vous n’avez pas de religion du tout; j’aime mieux cela, reprit en ricanant Lord de Winter.

-- Il est certain que cela est plus selon vos principes, reprit froidement Milady.

-- Oh! je vous avoue que cela m’est parfaitement égal.

-- Oh! vous n’avoueriez pas cette indifférence religieuse, Milord, que vos débauches et vos crimes en feraient

foi.

-- Hein! vous parlez de débauches, madame Messaline, vous parlez de crimes, Lady Macbeth! Ou j’ai mal

entendu, ou vous êtes, pardieu, bien impudente.

-- Vous parlez ainsi parce que vous savez qu’on nous écoute, monsieur, répondit froidement Milady, et que

vous voulez intéresser vos ge.liers et vos bourreaux contre moi.

-- Mes ge.liers! mes bourreaux! Ouais, madame, vous le prenez sur un ton poétique, et la comédie d’hier

tourne ce soir à la tragédie. Au reste, dans huit jours vous serez où vous devez être et ma tache sera achevée.

-- Tache infame! tache impie! reprit Milady avec l’exaltation de la victime qui provoque son juge.

-- Je crois, ma parole d’honneur, dit de Winter en se levant, que la dr.lesse devient folle. Allons, allons,

calmez-vous, madame la puritaine, ou je vous fais mettre au cachot. Pardieu! c’est mon vin d’Espagne qui

vous monte à la tête, n’est-ce pas? mais, soyez tranquille, cette ivresse-là n’est pas dangereuse et n’aura pas de

suites..

Et Lord de Winter se retira en jurant, ce qui à cette époque était une habitude toute cavalière.

Felton était en effet derrière la porte et n’avait pas perdu un mot de toute cette scène.

Milady avait deviné juste.

.Oui, va! va! dit-elle à son frère, les suites approchent, au contraire, mais tu ne les verras, imbécile, que

lorsqu’il ne sera plus temps de les éviter..

Le silence se rétablit, deux heures s’écoulèrent; on apporta le souper, et l’on trouva Milady occupée à faire

tout haut ses prières, prières qu’elle avait apprises d’un vieux serviteur de son second mari, puritain des plus

austères. Elle semblait en extase et ne parut pas même faire attention à ce qui se passait autour d’elle. Felton

fit signe qu’on ne la dérangeat point, et lorsque tout fut en état il sortit sans bruit avec les soldats.

Milady savait qu’elle pouvait être épiée, elle continua donc ses prières jusqu’à la fin, et il lui sembla que le

soldat qui était de sentinelle à sa porte ne marchait plus du même pas et paraissait écouter.

Pour le moment, elle n’en voulait pas davantage, elle se releva, se mit à table, mangea peu et ne but que de

l’eau.

Une heure après on vint enlever la table, mais Milady remarqua que cette fois Felton n’accompagnait point les

soldats.

Il craignait donc de la voir trop souvent.

Les trois mousquetaires

Elle se retourna vers le mur pour sourire, car il y avait dans ce sourire une telle expression de triomphe que ce

seul sourire l’e.t dénoncée.

Elle laissa encore s’écouler une demi-heure, et comme en ce moment tout faisait silence dans le vieux

chateau, comme on n’entendait que l’éternel murmure de la houle, cette respiration immense de l’océan, de sa

voix pure, harmonieuse et vibrante, elle commen.a le premier couplet de ce psaume alors en entière faveur

près des puritains:

_Seigneur, si tu nous abandonnes,_ _C’est pour voir si nous sommes forts;_ _Mais ensuite c’est toi qui

donnes_ _De ta céleste main la palme à nos efforts._

Ces vers n’étaient pas excellents, il s’en fallait même de beaucoup; mais, comme on le sait, les protestants ne

se piquaient pas de poésie.

Tout en chantant, Milady écoutait: le soldat de garde à sa porte s’était arrêté comme s’il e.t été changé en

pierre. Milady put donc juger de l’effet qu’elle avait produit.

Alors elle continua son chant avec une ferveur et un sentiment inexprimables; il lui sembla que les sons se

répandaient au loin sous les vo.tes et allaient comme un charme magique adoucir le coeur de ses ge.liers.

Cependant il para.t que le soldat en sentinelle, zélé catholique sans doute, secoua le charme, car à travers la

porte:

.Taisez-vous donc madame, dit-il, votre chanson est triste comme un De profondis, et si, outre l’agrément

d’être en garnison ici, il faut encore y entendre de pareilles choses, ce sera à n’y point tenir.

-- Silence! dit alors une voix grave, que Milady reconnut pour celle de Felton; de quoi vous mêlez-vous,

dr.le? Vous a-t-on ordonné d’empêcher cette femme de chanter? Non. On vous a dit de la garder, de tirer sur

elle si elle essayait de fuir. Gardez-la; si elle fuit, tuez-la, mais ne changez rien à la consigne..

Une expression de joie indicible illumina le visage de Milady, mais cette expression fut fugitive comme le

reflet d’un éclair, et, sans para.tre avoir entendu le dialogue dont elle n’avait pas perdu un mot, elle reprit en

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