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作者:法- 大仲马 当前章节:15424 字 更新时间:2026-6-15 21:39

aise, jouissance dont, me disiez-vous, vous ressentiez si vivement la privation, que vous avez tout risqué pour

cela, mal de mer, tempête, captivité! eh bien, me voilà, soyez satisfaite; d’ailleurs, cette fois ma visite a un

motif..

Milady frissonna, elle crut que Felton avait parlé; jamais de sa vie, peut-être, cette femme, qui avait éprouvé

tant d’émotions puissantes et opposées, n’avait senti battre son coeur si violemment.

Elle était assise; Lord de Winter prit un fauteuil, le tira à son c.té et s’assit auprès d’elle, puis prenant dans sa

poche un papier qu’il déploya lentement:

.Tenez, lui dit-il, je voulais vous montrer cette espèce de passeport que j’ai rédigé moi-même et qui vous

servira désormais de numéro d’ordre dans la vie que je consens à vous laisser..

Puis ramenant ses yeux de Milady sur le papier, il lut:

.Ordre de conduire à.... Le nom est en blanc, interrompit de Winter: si vous avez quelque préférence, vous

me l’indiquerez; et pour peu que ce soit à un millier de lieues de Londres, il sera fait droit à votre requête. Je

reprends donc: .Ordre de conduire à... la nommée Charlotte Backson, flétrie par la justice du royaume de

France, mais libérée après chatiment; elle demeurera dans cette résidence, sans jamais s’en écarter de plus de

Les trois mousquetaires

trois lieues. En cas de tentative d’évasion, la peine de mort lui sera appliquée. Elle touchera cinq shillings par

jour pour son logement et sa nourriture..

.Cet ordre ne me concerne pas, répondit froidement Milady, puisqu’un autre nom que le mien y est porté.

-- Un nom! Est-ce que vous en avez un?

-- J’ai celui de votre frère.

-- Vous vous trompez, mon frère n’est que votre second mari, et le premier vit encore. Dites-moi son nom et

je le mettrai en place du nom de Charlotte Backson. Non?... vous ne voulez pas?... vous gardez le silence?

C’est bien! vous serez écrouée sous le nom de Charlotte Backson..

Milady demeura silencieuse; seulement, cette fois ce n’était plus par affectation, mais par terreur: elle crut

l’ordre prêt à être exécuté: elle pensa que Lord de Winter avait avancé son départ; elle crut qu’elle était

condamnée à partir le soir même. Tout dans son esprit fut donc perdu pendant un instant, quand tout à coup

elle s’aper.ut que l’ordre n’était revêtu d’aucune signature.

La joie qu’elle ressentit de cette découverte fut si grande, qu’elle ne put la cacher.

.Oui, oui, dit Lord de Winter, qui s’aper.ut de ce qui se passait en elle, oui, vous cherchez la signature, et

vous vous dites: tout n’est pas perdu, puisque cet acte n’est pas signé; on me le montre pour m’effrayer, voilà

tout. Vous vous trompez: demain cet ordre sera envoyé à Lord Buckingham; après-demain il reviendra signé

de sa main et revêtu de son sceau, et vingt-quatre heures après, c’est moi qui vous en réponds, il recevra son

commencement d’exécution. Adieu, madame, voilà tout ce que j’avais à vous dire.

-- Et moi je vous répondrai, monsieur, que cet abus de pouvoir, que cet exil sous un nom supposé sont une

infamie.

-- Aimez-vous mieux être pendue sous votre vrai nom, Milady? Vous le savez, les lois anglaises sont

inexorables sur l’abus que l’on fait du mariage; expliquez-vous franchement: quoique mon nom ou plut.t le

nom de mon frère se trouve mêlé dans tout cela, je risquerai le scandale d’un procès public pour être s.r que

du coup je serai débarrassé de vous..

Milady ne répondit pas, mais devint pale comme un cadavre.

.Oh! je vois que vous aimez mieux la pérégrination. à merveille, madame, et il y a un vieux proverbe qui dit

que les voyages forment la jeunesse. Ma foi! vous n’avez pas tort, après tout, et la vie est bonne. C’est pour

cela que je ne me soucie pas que vous me l’.tiez. Reste donc à régler l’affaire des cinq shillings; je me montre

un peu parcimonieux, n’est-ce pas? cela tient à ce que je ne me soucie pas que vous corrompiez vos gardiens.

D’ailleurs il vous restera toujours vos charmes pour les séduire. Usez-en si votre échec avec Felton ne vous a

pas dégo.tée des tentatives de ce genre..

.Felton n’a point parlé, se dit Milady à elle-même, rien n’est perdu alors..

.Et maintenant, madame, à vous revoir. Demain je viendrai vous annoncer le départ de mon messager..

Lord de Winter se leva, salua ironiquement Milady et sortit.

Milady respira: elle avait encore quatre jours devant elle; quatre jours lui suffiraient pour achever de séduire

Felton.

Les trois mousquetaires

Une idée terrible lui vint alors, c’est que Lord de Winter enverrait peut-être Felton lui-même pour faire signer

l’ordre à Buckingham; de cette fa.on Felton lui échappait, et pour que la prisonnière réuss.t il fallait la magie

d’une séduction continue.

Cependant, comme nous l’avons dit, une chose la rassurait: Felton n’avait pas parlé.

Elle ne voulut point para.tre émue par les menaces de Lord de Winter, elle se mit à table et mangea.

Puis, comme elle avait fait la veille, elle se mit à genoux, et répéta tout haut ses prières. Comme la veille, le

soldat cessa de marcher et s’arrêta pour l’écouter.

Bient.t elle entendit des pas plus légers que ceux de la sentinelle qui venaient du fond du corridor et qui

s’arrêtaient devant sa porte.

.C’est lui., dit-elle.

Et elle commen.a le même chant religieux qui la veille avait si violemment exalté Felton.

Mais, quoique sa voix douce, pleine et sonore e.t vibré plus harmonieuse et plus déchirante que jamais, la

porte resta close. Il parut bien à Milady, dans un des regards furtifs qu’elle lan.ait sur le petit guichet,

apercevoir à travers le grillage serré les yeux ardents du jeune homme mais, que ce f.t une réalité ou une

vision, cette fois il eut sur lui-même la puissance de ne pas entrer.

Seulement, quelques instants après qu’elle e.t fini son chant religieux, Milady crut entendre un profond

soupir; puis les mêmes pas qu’elle avait entendus s’approcher s’éloignèrent lentement et comme à regret.

CHAPITRE LV QUATRIèME JOURNéE DE CAPTIVITé

Le lendemain, lorsque Felton entra chez Milady, il la trouva debout, montée sur un fauteuil, tenant entre ses

mains une corde tissée à l’aide de quelques mouchoirs de batiste déchirés en lanières tressées les unes avec les

autres et attachées bout à bout; au bruit que fit Felton en ouvrant la porte, Milady sauta légèrement à bas de

son fauteuil, et essaya de cacher derrière elle cette corde improvisée, qu’elle tenait à la main.

Le jeune homme était plus pale encore que d’habitude, et ses yeux rougis par l’insomnie indiquaient qu’il

avait passé une nuit fiévreuse.

Cependant son front était armé d’une sérénité plus austère que jamais.

Il s’avan.a lentement vers Milady, qui s’était assise, et prenant un bout de la tresse meurtrière que par

mégarde ou à dessein peut- être elle avait laissée passer:

.Qu’est-ce que cela, madame? demanda-t-il froidement.

-- Cela, rien, dit Milady en souriant avec cette expression douloureuse qu’elle savait si bien donner à son

sourire, l’ennui est l’ennemi mortel des prisonniers, je m’ennuyais et je me suis amusée à tresser cette corde..

Felton porta les yeux vers le point du mur de l’appartement devant lequel il avait trouvé Milady debout sur le

fauteuil où elle était assise maintenant, et au-dessus de sa tête il aper.ut un crampon doré, scellé dans le mur,

et qui servait à accrocher soit des hardes, soit des armes.

Il tressaillit, et la prisonnière vit ce tressaillement; car, quoiqu’elle e.t les yeux baissés, rien ne lui échappait.

Les trois mousquetaires

.Et que faisiez-vous, debout sur ce fauteuil? demanda-t-il.

-- Que vous importe? répondit Milady.

-- Mais, reprit Felton, je désire le savoir.

-- Ne m’interrogez pas, dit la prisonnière, vous savez bien qu’à nous autres, véritables chrétiens, il nous est

défendu de mentir.

-- Eh bien, dit Felton, je vais vous le dire, ce que vous faisiez, ou plut.t ce que vous alliez faire, vous alliez

achever l’oeuvre fatale que vous nourrissez dans votre esprit: songez-y, madame, si notre Dieu défend le

mensonge, il défend bien plus sévèrement encore le suicide.

-- Quand Dieu voit une de ses créatures persécutée injustement, placée entre le suicide et le déshonneur,

croyez-moi, monsieur, répondit Milady d’un ton de profonde conviction, Dieu lui pardonne le suicide: car,

alors, le suicide c’est le martyre.

-- Vous en dites trop ou trop peu; parlez, madame, au nom du Ciel, expliquez-vous.

-- Que je vous raconte mes malheurs, pour que vous les traitiez de fables; que je vous dise mes projets, pour

que vous alliez les dénoncer à mon persécuteur: non, monsieur; d’ailleurs, que vous importe la vie ou la mort

d’une malheureuse condamnée? vous ne répondez que de mon corps, n’est-ce pas? et pourvu que vous

représentiez un cadavre, qu’il soit reconnu pour le mien, on ne vous en demandera pas davantage, et peut-être,

même, aurez-vous double récompense.

-- Moi, madame, moi! s’écria Felton, supposer que j’accepterais jamais le prix de votre vie; oh! vous ne

pensez pas ce que vous dites.

-- Laissez-moi faire, Felton, laissez-moi faire, dit Milady en s’exaltant, tout soldat doit être ambitieux, n’est-ce

pas? vous êtes lieutenant, eh bien, vous suivrez mon convoi avec le grade de capitaine.

-- Mais que vous ai-je donc fait, dit Felton ébranlé, pour que vous me chargiez d’une pareille responsabilité

devant les hommes et devant Dieu? Dans quelques jours vous allez être loin d’ici, madame, votre vie ne sera

plus sous ma garde, et, ajouta-t-il avec un soupir, alors vous en ferez ce que vous voudrez.

-- Ainsi, s’écria Milady comme si elle ne pouvait résister à une sainte indignation, vous, un homme pieux,

vous que l’on appelle un juste, vous ne demandez qu’une chose: c’est de n’être point inculpé, inquiété pour

ma mort!

-- Je dois veiller sur votre vie, madame, et j’y veillerai.

-- Mais comprenez-vous la mission que vous remplissez? cruelle déjà si j’étais coupable, quel nom lui

donnerez-vous, quel nom le Seigneur lui donnera-t-il, si je suis innocente?

-- Je suis soldat, madame, et j’accomplis les ordres que j’ai re.us.

-- Croyez-vous qu’au jour du jugement dernier Dieu séparera les bourreaux aveugles des juges iniques? vous

ne voulez pas que je tue mon corps, et vous vous faites l’agent de celui qui veut tuer mon ame!

-- Mais, je vous le répète, reprit Felton ébranlé, aucun danger ne vous menace, et je réponds de Lord de

Winter comme de moi-même.

Les trois mousquetaires

-- Insensé! s’écria Milady, pauvre insensé, qui ose répondre d’un autre homme quand les plus sages, quand les

plus grands selon Dieu hésitent à répondre d’eux-mêmes, et qui se range du parti le plus fort et le plus

heureux, pour accabler la plus faible et la plus malheureuse!

-- Impossible, madame, impossible, murmura Felton, qui sentait au fond du coeur la justesse de cet argument:

prisonnière, vous ne recouvrerez pas par moi la liberté, vivante, vous ne perdrez pas par moi la vie.

-- Oui, s’écria Milady, mais je perdrai ce qui m’est bien plus cher que la vie, je perdrai l’honneur, Felton; et

c’est vous, vous que je ferai responsable devant Dieu et devant les hommes de ma honte et de mon infamie..

Cette fois Felton, tout impassible qu’il était ou qu’il faisait semblant d’être, ne put résister à l’influence

secrète qui s’était déjà emparée de lui: voir cette femme si belle, blanche comme la plus candide vision, la

voir tour à tour éplorée et mena.ante, subir à la fois l’ascendant de la douleur et de la beauté, c’était trop pour

un visionnaire, c’était trop pour un cerveau miné par les rêves ardents de la foi extatique, c’était trop pour un

coeur corrodé à la fois par l’amour du Ciel qui br.le, par la haine des hommes qui dévore.

Milady vit le trouble, elle sentait par intuition la flamme des passions opposées qui br.laient avec le sang dans

les veines du jeune fanatique; et, pareille à un général habile qui, voyant l’ennemi prêt à reculer, marche sur

lui en poussant un cri de victoire, elle se leva, belle comme une prêtresse antique, inspirée comme une vierge

chrétienne et, le bras étendu, le col découvert, les cheveux épars retenant d’une main sa robe pudiquement

ramenée sur sa poitrine, le regard illuminé de ce feu qui avait déjà porté le désordre dans les sens du jeune

puritain, elle marcha vers lui, s’écriant sur un air véhément, de sa voix si douce, à laquelle, dans l’occasion,

elle donnait un accent terrible:

Livre à Baal sa victime. Jette aux lions le martyr: Dieu te fera repentir!... Je crie à lui de l’ab.me. Felton

s’arrêta sous cette étrange apostrophe, et comme pétrifié.

.Qui êtes-vous, qui êtes-vous? s’écria-t-il en joignant les mains; êtes-vous une envoyée de Dieu, êtes-vous un

ministre des enfers, êtes-vous ange ou démon, vous appelez-vous Eloa ou Astarté?

-- Ne m’as-tu pas reconnue, Felton? Je ne suis ni un ange, ni un démon, je suis une fille de la terre, je suis une

soeur de ta croyance, voilà tout.

-- Oui! oui! dit Felton, je doutais encore, mais maintenant je crois.

-- Tu crois, et cependant tu es le complice de cet enfant de Bélial qu’on appelle Lord de Winter! Tu crois, et

cependant tu me laisses aux mains de mes ennemis, de l’ennemi de l’Angleterre, de l’ennemi de Dieu? Tu

crois, et cependant tu me livres à celui qui remplit et souille le monde de ses hérésies et de ses débauches, à

cet infame Sardanapale que les aveugles nomment le duc de Buckingham et que les croyants appellent

l’Antéchrist.

-- Moi, vous livrer à Buckingham! moi! que dites-vous là?

-- Ils ont des yeux, s’écria Milady, et ils ne verront pas; ils ont des oreilles, et ils n’entendront point.

-- Oui, oui, dit Felton en passant ses mains sur son front couvert de sueur, comme pour en arracher son dernier

doute; oui, je reconnais la voix qui me parle dans mes rêves; oui, je reconnais les traits de l’ange qui

m’appara.t chaque nuit, criant à mon ame qui ne peut dormir: “Frappe, sauve l’Angleterre, sauve-toi, car tu

mourras sans avoir désarmé Dieu!” Parlez, parlez! s’écria Felton, je puis vous comprendre à présent..

Un éclair de joie terrible, mais rapide comme la pensée, jaillit des yeux de Milady.

Les trois mousquetaires

Si fugitive qu’e.t été cette lueur homicide, Felton la vit et tressaillit comme si cette lueur e.t éclairé les

ab.mes du coeur de cette femme.

Felton se rappela tout à coup les avertissements de Lord de Winter, les séductions de Milady, ses premières

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