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作者:法- 大仲马 当前章节:15433 字 更新时间:2026-6-15 21:39

Porte qu’il ne pouvait plus parler; puis, dans une dernière convulsion, que cette fois il n’avait plus la force de

combattre, il glissa du sofa sur le parquet.

Patrick poussa un grand cri.

Buckingham voulut sourire une dernière fois; mais la mort arrêta sa pensée, qui resta gravée sur son front

comme un dernier baiser d’amour.

En ce moment le médecin du duc arriva tout effaré; il était déjà à bord du vaisseau amiral, on avait été obligé

d’aller le chercher là.

Il s’approcha du duc, prit sa main, la garda un instant dans la sienne, et la laissa retomber.

.Tout est inutile, dit-il, il est mort.

-- Mort, mort!. s’écria Patrick.

à ce cri toute la foule rentra dans la salle, et partout ce ne fut que consternation et que tumulte.

Aussit.t que Lord de Winter vit Buckingham expiré, il courut à Felton, que les soldats gardaient toujours sur

la terrasse du palais.

.Misérable! dit-il au jeune homme qui, depuis la mort de Buckingham, avait retrouvé ce calme et ce

sang-froid qui ne devaient plus l’abandonner; misérable! qu’as-tu fait?

-- Je me suis vengé, dit-il.

-- Toi! dit le baron; dis que tu as servi d’instrument à cette femme maudite; mais je te le jure, ce crime sera

son dernier crime.

-- Je ne sais ce que vous voulez dire, reprit tranquillement Felton, et j’ignore de qui vous voulez parler,

Milord; j’ai tué M. de Buckingham parce qu’il a refusé deux fois à vous-même de me nommer capitaine: je

l’ai puni de son injustice, voilà tout..

De Winter, stupéfait, regardait les gens qui liaient Felton, et ne savait que penser d’une pareille insensibilité.

Une seule chose jetait cependant un nuage sur le front pur de Felton. à chaque bruit qu’il entendait, le na.f

puritain croyait reconna.tre les pas et la voix de Milady venant se jeter dans ses bras pour s’accuser et se

Les trois mousquetaires

perdre avec lui.

Tout à coup il tressaillit, son regard se fixa sur un point de la mer, que de la terrasse où il se trouvait on

dominait tout entière; avec ce regard d’aigle du marin, il avait reconnu, là où un autre n’aurait vu qu’un

goéland se balan.ant sur les flots, la voile du sloop qui se dirigeait vers les c.tes de France.

Il palit, porta la main à son coeur, qui se brisait, et comprit toute la trahison.

.Une dernière grace, Milord! dit-il au baron.

-- Laquelle? demanda celui-ci.

-- Quelle heure est-il?.

Le baron tira sa montre.

.Neuf heures moins dix minutes., dit-il.

Milady avait avancé son départ d’une heure et demie dès qu’elle avait entendu le coup de canon qui annon.ait

le fatal événement, elle avait donné l’ordre de lever l’ancre.

La barque voguait sous un ciel bleu à une grande distance de la c.te.

.Dieu l’a voulu., dit Felton avec la résignation du fanatique, mais cependant sans pouvoir détacher les yeux

de cet esquif à bord duquel il croyait sans doute distinguer le blanc fant.me de celle à qui sa vie allait être

sacrifiée.

De Winter suivit son regard, interrogea sa souffrance et devina tout.

.Sois puni seul d’abord, misérable, dit Lord de Winter à Felton, qui se laissait entra.ner les yeux tournés vers

la mer; mais je te jure, sur la mémoire de mon frère que j’aimais tant, que ta complice n’est pas sauvée..

Felton baissa la tête sans prononcer une syllabe.

Quant à de Winter, il descendit rapidement l’escalier et se rendit au port.

CHAPITRE LX EN FRANCE

La première crainte du roi d’Angleterre, Charles Ier, en apprenant cette mort, fut qu’une si terrible nouvelle ne

décourageat les Rochelois; il essaya, dit Richelieu dans ses Mémoires, de la leur cacher le plus longtemps

possible, faisant fermer les ports par tout son royaume, et prenant soigneusement garde qu’aucun vaisseau ne

sortit jusqu’à ce que l’armée que Buckingham apprêtait f.t partie, se chargeant, à défaut de Buckingham, de

surveiller lui- même le départ.

Il poussa même la sévérité de cet ordre jusqu’à retenir en Angleterre l’ambassadeur de Danemark, qui avait

pris congé, et l’ambassadeur ordinaire de Hollande, qui devait ramener dans le port de Flessingue les navires

des Indes que Charles Ier avait fait restituer aux Provinces-Unies.

Mais comme il ne songea à donner cet ordre que cinq heures après l’événement, c’est-à-dire à deux heures de

l’après-midi, deux navires étaient déjà sortis du port: l’un emmenant, comme nous le savons, Milady, laquelle,

se doutant déjà de l’événement, fut encore confirmée dans cette croyance en voyant le pavillon noir se

déployer au mat du vaisseau amiral.

Les trois mousquetaires

Quant au second batiment, nous dirons plus tard qui il portait et comment il partit.

Pendant ce temps, du reste, rien de nouveau au camp de La Rochelle; seulement le roi, qui s’ennuyait fort,

comme toujours, mais peut-être encore un peu plus au camp qu’ailleurs, résolut d’aller incognito passer les

fêtes de Saint-Louis à Saint-Germain, et demanda au cardinal de lui faire préparer une escorte de vingt

mousquetaires seulement. Le cardinal, que l’ennui du roi gagnait quelquefois, accorda avec grand plaisir ce

congé à son royal lieutenant, lequel promit d’être de retour vers le 15 septembre.

M. de Tréville, prévenu par Son éminence, fit son portemanteau, et comme, sans en savoir la cause, il savait

le vif désir et même l’impérieux besoin que ses amis avaient de revenir à Paris, il va sans dire qu’il les désigna

pour faire partie de l’escorte.

Les quatre jeunes gens surent la nouvelle un quart d’heure après M. de Tréville, car ils furent les premiers à

qui il la communiqua. Ce fut alors que d’Artagnan apprécia la faveur que lui avait accordée le cardinal en le

faisant enfin passer aux mousquetaires; sans cette circonstance, il était forcé de rester au camp tandis que ses

compagnons partaient.

On verra plus tard que cette impatience de remonter vers Paris avait pour cause le danger que devait courir

Mme Bonacieux en se rencontrant au couvent de Béthune avec Milady, son ennemie mortelle. Aussi, comme

nous l’avons dit, Aramis avait écrit immédiatement à Marie Michon, cette lingère de Tours qui avait de si

belles connaissances, pour qu’elle obt.nt que la reine donnat l’autorisation à Mme Bonacieux de sortir du

couvent et de se retirer soit en Lorraine, soit en Belgique. La réponse ne s’était pas fait attendre, et, huit ou dix

jours après, Aramis avait re.u cette lettre:

.Mon cher cousin,

.Voici l’autorisation de ma soeur à retirer notre petite servante du couvent de Béthune, dont vous pensez que

l’air est mauvais pour elle. Ma soeur vous envoie cette autorisation avec grand plaisir, car elle aime fort cette

petite fille, à laquelle elle se réserve d’être utile plus tard.

.Je vous embrasse.

.Marie Michon..

à cette lettre était jointe une autorisation ainsi con.ue:

.La supérieure du couvent de Béthune remettra aux mains de la personne qui lui remettra ce billet la novice

qui était entrée dans son couvent sous ma recommandation et sous mon patronage.

.Au Louvre, le 10 ao.t 1628.

.Anne..

On comprend combien ces relations de parenté entre Aramis et une lingère qui appelait la reine sa soeur

avaient égayé la verve des jeunes gens; mais Aramis, après avoir rougi deux ou trois fois jusqu’au blanc des

yeux aux grosses plaisanteries de Porthos, avait prié ses amis de ne plus revenir sur ce sujet, déclarant que s’il

lui en était dit encore un seul mot, il n’emploierait plus sa cousine comme intermédiaire dans ces sortes

d’affaires.

Il ne fut donc plus question de Marie Michon entre les quatre mousquetaires, qui d’ailleurs avaient ce qu’ils

voulaient: l’ordre de tirer Mme Bonacieux du couvent des carmélites de Béthune. Il est vrai que cet ordre ne

leur servirait pas à grand-chose tant qu’ils seraient au camp de La Rochelle, c’est-à-dire à l’autre bout de la

Les trois mousquetaires

France; aussi d’Artagnan allait-il demander un congé à M. de Tréville, en lui confiant tout bonnement

l’importance de son départ, lorsque cette nouvelle lui fut transmise, ainsi qu’à ses trois compagnons, que le roi

allait partir pour Paris avec une escorte de vingt mousquetaires, et qu’ils faisaient partie de l’escorte.

La joie fut grande. On envoya les valets devant avec les bagages, et l’on partit le 16 au matin.

Le cardinal reconduisit Sa Majesté de Surgères à Mauzé, et là, le roi et son ministre prirent congé l’un de

l’autre avec de grandes démonstrations d’amitié.

Cependant le roi, qui cherchait de la distraction, tout en cheminant le plus vite qu’il lui était possible, car il

désirait être arrivé à Paris pour le 23, s’arrêtait de temps en temps pour voler la pie, passe-temps dont le go.t

lui avait autrefois été inspiré par de Luynes, et pour lequel il avait toujours conservé une grande prédilection.

Sur les vingt mousquetaires, seize, lorsque la chose arrivait, se réjouissaient fort de ce bon temps; mais quatre

maugréaient de leur mieux. D’Artagnan surtout avait des bourdonnements perpétuels dans les oreilles, ce que

Porthos expliquait ainsi:

.Une très grande dame m’a appris que cela veut dire que l’on parle de vous quelque part..

Enfin l’escorte traversa Paris le 23, dans la nuit; le roi remercia M. de Tréville, et lui permit de distribuer des

congés pour quatre jours, à la condition que pas un des favorisés ne para.trait dans un lieu public, sous peine

de la Bastille.

Les quatre premiers congés accordés, comme on le pense bien, furent à nos quatre amis. Il y a plus, Athos

obtint de M. de Tréville six jours au lieu de quatre et fit mettre dans ces six jours deux nuits de plus, car ils

partirent le 24, à cinq heures du soir, et par complaisance encore, M. de Tréville postdata le congé du 25 au

matin.

.Eh, mon Dieu, disait d’Artagnan, qui, comme on le sait, ne doutait jamais de rien, il me semble que nous

faisons bien de l’embarras pour une chose bien simple: en deux jours, et en crevant deux ou trois chevaux

(peu m’importe: j’ai de l’argent), je suis à Béthune, je remets la lettre de la reine à la supérieure, et je ramène

le cher trésor que je vais chercher, non pas en Lorraine, non pas en Belgique, mais à Paris, où il sera mieux

caché, surtout tant que M. le cardinal sera à La Rochelle. Puis, une fois de retour de la campagne, eh bien,

moitié par la protection de sa cousine, moitié en faveur de ce que nous avons fait personnellement pour elle,

nous obtiendrons de la reine ce que nous voudrons. Restez donc ici, ne vous épuisez pas de fatigue

inutilement; moi et Planchet, c’est tout ce qu’il faut pour une expédition aussi simple..

à ceci Athos répondit tranquillement:

.Nous aussi, nous avons de l’argent; car je n’ai pas encore bu tout à fait le reste du diamant, et Porthos et

Aramis ne l’ont pas tout à fait mangé. Nous crèverons donc aussi bien quatre chevaux qu’un. Mais songez,

d’Artagnan, ajouta-t-il d’une voix si sombre que son accent donna le frisson au jeune homme, songez que

Béthune est une ville où le cardinal a donné rendez-vous à une femme qui, partout où elle va, mène le malheur

après elle. Si vous n’aviez affaire qu’à quatre hommes, d’Artagnan, je vous laisserais aller seul; vous avez

affaire à cette femme, allons-y quatre, et plaise à Dieu qu’avec nos quatre valets nous soyons en nombre

suffisant!

-- Vous m’épouvantez, Athos, s’écria d’Artagnan; que craignez-vous donc, mon Dieu?

-- Tout!. répondit Athos.

D’Artagnan examina les visages de ses compagnons, qui, comme celui d’Athos, portaient l’empreinte d’une

inquiétude profonde, et l’on continua la route au plus grand pas des chevaux, mais sans ajouter une seule

Les trois mousquetaires

parole.

Le 25 au soir, comme ils entraient à Arras, et comme d’Artagnan venait de mettre pied à terre à l’auberge de

la Herse d’Or pour boire un verre de vin, un cavalier sortit de la cour de la poste, où il venait de relayer,

prenant au grand galop, et avec un cheval frais, le chemin de Paris. Au moment où il passait de la grande porte

dans la rue, le vent entrouvrit le manteau dont il était enveloppé, quoiqu’on f.t au mois d’ao.t, et enleva son

chapeau, que le voyageur retint de sa main, au moment où il avait déjà quitté sa tête, et l’enfon.a vivement sur

ses yeux.

D’Artagnan, qui avait les yeux fixés sur cet homme, devint fort pale et laissa tomber son verre.

.Qu’avez-vous, monsieur? dit Planchet... Oh! là, accourez, messieurs, voilà mon ma.tre qui se trouve mal!.

Les trois amis accoururent et trouvèrent d’Artagnan qui, au lieu de se trouver mal, courait à son cheval. Ils

l’arrêtèrent sur le seuil de la porte.

.Eh bien, où diable vas-tu donc ainsi? lui cria Athos.

-- C’est lui! s’écria d’Artagnan, pale de colère et la sueur sur le front, c’est lui! laissez-moi le rejoindre!

-- Mais qui, lui? demanda Athos.

-- Lui, cet homme!

-- Quel homme?

-- Cet homme maudit, mon mauvais génie, que j’ai toujours vu lorsque j’étais menacé de quelque malheur:

celui qui accompagnait l’horrible femme lorsque je la rencontrai pour la première fois, celui que je cherchais

quand j’ai provoqué Athos, celui que j’ai vu le matin du jour où Mme Bonacieux a été enlevée! l’homme de

Meung enfin! je l’ai vu, c’est lui! Je l’ai reconnu quand le vent a entrouvert son manteau.

-- Diable! dit Athos rêveur.

-- En selle, messieurs, en selle; poursuivons-le, et nous le rattraperons.

-- Mon cher, dit Aramis, songez qu’il va du c.té opposé à celui où nous allons; qu’il a un cheval frais et que

nos chevaux sont fatigués; que par conséquent nous crèverons nos chevaux sans même avoir la chance de le

rejoindre. Laissons l’homme, d’Artagnan, sauvons la femme.

-- Eh! monsieur! s’écria un gar.on d’écurie courant après l’inconnu, eh! monsieur, voilà un papier qui s’est

échappé de votre chapeau! Eh! monsieur! eh!

-- Mon ami, dit d’Artagnan, une demi-pistole pour ce papier!

-- Ma foi, monsieur, avec grand plaisir! le voici!

Le gar.on d’écurie, enchanté de la bonne journée qu’il avait faite, rentra dans la cour de l’h.tel: d’Artagnan

déplia le papier.

.Eh bien? demandèrent ses amis en l’entourant.

-- Rien qu’un mot! dit d’Artagnan.

Les trois mousquetaires

-- Oui, dit Aramis, mais ce nom est un nom de ville ou de village.

--.Armentières., lut Porthos. Armentières, je ne connais pas cela!

-- Et ce nom de ville ou de village est écrit de sa main! s’écria Athos.

-- Allons, allons, gardons soigneusement ce papier, dit d’Artagnan, peut-être n’ai-je pas perdu ma dernière

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