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作者:法- 大仲马 当前章节:15476 字 更新时间:2026-6-15 21:39

pareil à ses camarades, il se laissait de nouveau aller à ses rêveries.

Aussit.t l’arrivée de l’escorte dans une ville, dès qu’ils avaient conduit le roi à son logis, les quatre amis se

retiraient ou chez eux ou dans quelque cabaret écarté, où ils ne jouaient ni ne buvaient; seulement ils parlaient

à voix basse en regardant avec attention si nul ne les écoutait.

Un jour que le roi avait fait halte sur la route pour voler la pie, et que les quatre amis, selon leur habitude, au

lieu de suivre la chasse, s’étaient arrêtés dans un cabaret sur la grande route, un homme, qui venait de La

Rochelle à franc étrier, s’arrêta à la porte pour boire un verre de vin, et plongea son regard dans l’intérieur de

la chambre où étaient attablés les quatre mousquetaires.

.Holà! monsieur d’Artagnan! dit-il, n’est-ce point vous que je vois là-bas?.

D’Artagnan leva la tête et poussa un cri de joie. Cet homme qu’il appelait son fant.me, c’était son inconnu de

Meung, de la rue des Fossoyeurs et d’Arras.

D’Artagnan tira son épée et s’élan.a vers la porte.

Mais cette fois, au lieu de fuir, l’inconnu s’élan.a à bas de son cheval, et s’avan.a à la rencontre de

d’Artagnan.

.Ah! monsieur, dit le jeune homme, je vous rejoins donc enfin; cette fois vous ne m’échapperez pas.

-- Ce n’est pas mon intention non plus, monsieur, car cette fois je vous cherchais; au nom du roi, je vous arrête

et dis que vous ayez à me rendre votre épée, monsieur, et cela sans résistance; il y va de la tête, je vous en

avertis.

-- Qui êtes-vous donc? demanda d’Artagnan en baissant son épée, mais sans la rendre encore.

Les trois mousquetaires

-- Je suis le chevalier de Rochefort, répondit l’inconnu, l’écuyer de M. le cardinal de Richelieu, et j’ai ordre de

vous ramener à Son éminence.

-- Nous retournons auprès de Son éminence, monsieur le chevalier, dit Athos en s’avan.ant, et vous

accepterez bien la parole de M. d’Artagnan, qu’il va se rendre en droite ligne à La Rochelle.

-- Je dois le remettre entre les mains des gardes qui le ramèneront au camp.

-- Nous lui en servirons, monsieur, sur notre parole de gentilshommes; mais sur notre parole de

gentilshommes aussi, ajouta Athos en fron.ant le sourcil, M. d’Artagnan ne nous quittera pas..

Le chevalier de Rochefort jeta un coup d’oeil en arrière et vit que Porthos et Aramis s’étaient placés entre lui

et la porte; il comprit qu’il était complètement à la merci de ces quatre hommes.

.Messieurs, dit-il, si M. d’Artagnan veut me rendre son épée, et joindre sa parole à la v.tre, je me contenterai

de votre promesse de conduire M. d’Artagnan au quartier de Mgr le cardinal.

-- Vous avez ma parole, monsieur, dit d’Artagnan, et voici mon épée.

-- Cela me va d’autant mieux, ajouta Rochefort, qu’il faut que je continue mon voyage.

-- Si c’est pour rejoindre Milady, dit froidement Athos, c’est inutile, vous ne la retrouverez pas.

-- Qu’est-elle donc devenue? demanda vivement Rochefort.

-- Revenez au camp et vous le saurez..

Rochefort demeura un instant pensif, puis, comme on n’était plus qu’à une journée de Surgères, jusqu’où le

cardinal devait venir au-devant du roi, il résolut de suivre le conseil d’Athos et de revenir avec eux.

D’ailleurs ce retour lui offrait un avantage, c’était de surveiller lui-même son prisonnier.

On se remit en route.

Le lendemain, à trois heures de l’après-midi, on arriva à Surgères. Le cardinal y attendait Louis XIII. Le

ministre et le roi y échangèrent force caresses, se félicitèrent de l’heureux hasard qui débarrassait la France de

l’ennemi acharné qui ameutait l’Europe contre elle. Après quoi, le cardinal, qui avait été prévenu par

Rochefort que d’Artagnan était arrêté, et qui avait hate de le voir, prit congé du roi en l’invitant à venir voir le

lendemain les travaux de la digue qui étaient achevés.

En revenant le soir à son quartier du pont de La Pierre, le cardinal trouva debout, devant la porte de la maison

qu’il habitait, d’Artagnan sans épée et les trois mousquetaires armés.

Cette fois, comme il était en force, il les regarda sévèrement, et fit signe de l’oeil et de la main à d’Artagnan

de le suivre.

D’Artagnan obéit.

.Nous t’attendrons, d’Artagnan., dit Athos assez haut pour que le cardinal l’entendit.

Son éminence fron.a le sourcil, s’arrêta un instant, puis continua son chemin sans prononcer une seule parole.

Les trois mousquetaires

D’Artagnan entra derrière le cardinal, et Rochefort derrière d’Artagnan; la porte fut gardée.

Son éminence se rendit dans la chambre qui lui servait de cabinet, et fit signe à Rochefort d’introduire le

jeune mousquetaire.

Rochefort obéit et se retira.

D’Artagnan resta seul en face du cardinal; c’était sa seconde entrevue avec Richelieu, et il avoua depuis qu’il

avait été bien convaincu que ce serait la dernière.

Richelieu resta debout, appuyé contre la cheminée, une table était dressée entre lui et d’Artagnan.

.Monsieur, dit le cardinal, vous avez été arrêté par mes ordres.

-- On me l’a dit, Monseigneur.

-- Savez-vous pourquoi?

-- Non, Monseigneur; car la seule chose pour laquelle je pourrais être arrêté est encore inconnue de Son

éminence..

Richelieu regarda fixement le jeune homme.

.Oh! Oh! dit-il, que veut dire cela?

-- Si Monseigneur veut m’apprendre d’abord les crimes qu’on m’impute, je lui dirai ensuite les faits que j’ai

accomplis.

-- On vous impute des crimes qui ont fait choir des têtes plus hautes que la v.tre, monsieur! dit le cardinal.

-- Lesquels, Monseigneur? demanda d’Artagnan avec un calme qui étonna le cardinal lui-même.

-- On vous impute d’avoir correspondu avec les ennemis du royaume, on vous impute d’avoir surpris les

secrets de l’état, on vous impute d’avoir essayé de faire avorter les plans de votre général.

-- Et qui m’impute cela, Monseigneur? dit d’Artagnan, qui se doutait que l’accusation venait de Milady: une

femme flétrie par la justice du pays, une femme qui a épousé un homme en France et un autre en Angleterre,

une femme qui a empoisonné son second mari et qui a tenté de m’empoisonner moi-même!

-- Que dites-vous donc là? Monsieur, s’écria le cardinal étonné, et de quelle femme parlez-vous ainsi?

-- De Milady de Winter, répondit d’Artagnan; oui, de Milady de Winter, dont, sans doute, Votre éminence

ignorait tous les crimes lorsqu’elle l’a honorée de sa confiance.

-- Monsieur, dit le cardinal, si Milady de Winter a commis les crimes que vous dites, elle sera punie.

-- Elle l’est, Monseigneur.

-- Et qui l’a punie?

-- Nous.

Les trois mousquetaires

-- Elle est en prison?

-- Elle est morte.

-- Morte! répéta le cardinal, qui ne pouvait croire à ce qu’il entendait: morte! n’avez-vous pas dit qu’elle était

morte?

-- Trois fois elle avait essayé de me tuer, et je lui avais pardonné, mais elle a tué la femme que j’aimais. Alors,

mes amis et moi, nous l’avons prise, jugée et condamnée..

D’Artagnan alors raconta l’empoisonnement de Mme Bonacieux dans le couvent des Carmélites de Béthune,

le jugement de la maison isolée, l’exécution sur les bords de la Lys.

Un frisson courut par tout le corps du cardinal, qui cependant ne frissonnait pas facilement.

Mais tout à coup, comme subissant l’influence d’une pensée muette, la physionomie du cardinal, sombre

jusqu’alors, s’éclaircit peu à peu et arriva à la plus parfaite sérénité.

.Ainsi, dit-il avec une voix dont la douceur contrastait avec la sévérité de ses paroles, vous vous êtes

constitués juges, sans penser que ceux qui n’ont pas mission de punir et qui punissent sont des assassins!

-- Monseigneur, je vous jure que je n’ai pas eu un instant l’intention de défendre ma tête contre vous. Je

subirai le chatiment que Votre éminence voudra bien m’infliger. Je ne tiens pas assez à la vie pour craindre la

mort.

-- Oui, je le sais, vous êtes un homme de coeur, monsieur, dit le cardinal avec une voix presque affectueuse; je

puis donc vous dire d’avance que vous serez jugé, condamné même.

-- Un autre pourrait répondre à Votre éminence qu’il a sa grace dans sa poche; moi je me contenterai de vous

dire: .Ordonnez, Monseigneur, je suis prêt..

-- Votre grace? dit Richelieu surpris.

-- Oui, Monseigneur, dit d’Artagnan.

-- Et signée de qui? du roi?.

Et le cardinal pronon.a ces mots avec une singulière expression de mépris.

.Non, de Votre éminence.

-- De moi? vous êtes fou, monsieur?

-- Monseigneur reconna.tra sans doute son écriture..

Et d’Artagnan présenta au cardinal le précieux papier qu’Athos avait arraché à Milady, et qu’il avait donné à

d’Artagnan pour lui servir de sauvegarde.

Son éminence prit le papier et lut d’une voix lente et en appuyant sur chaque syllabe:

.C’est par mon ordre et pour le bien de état que le porteur du présent a fait ce qu’il a fait.

Les trois mousquetaires

.Au camp devant La Rochelle, ce 5 ao.t 1628.

.Richelieu..

Le cardinal, après avoir lu ces deux lignes, tomba dans une rêverie profonde, mais il ne rendit pas le papier à

d’Artagnan.

.Il médite de quel genre de supplice il me fera mourir, se dit tout bas d’Artagnan; eh bien, ma foi! il verra

comment meurt un gentilhomme..

Le jeune mousquetaire était en excellente disposition pour trépasser héro.quement.

Richelieu pensait toujours, roulait et déroulait le papier dans ses mains. Enfin il leva la tête, fixa son regard

d’aigle sur cette physionomie loyale, ouverte, intelligente, lut sur ce visage sillonné de larmes toutes les

souffrances qu’il avait endurées depuis un mois, et songea pour la troisième ou quatrième fois combien cet

enfant de vingt et un ans avait d’avenir, et quelles ressources son activité, son courage et son esprit pouvaient

offrir à un bon ma.tre.

D’un autre c.té, les crimes, la puissance, le génie infernal de Milady l’avaient plus d’une fois épouvanté. Il

sentait comme une joie secrète d’être à jamais débarrassé de ce complice dangereux.

Il déchira lentement le papier que d’Artagnan lui avait si généreusement remis.

.Je suis perdu., dit en lui-même d’Artagnan.

Et il s’inclina profondément devant le cardinal en homme qui dit: .Seigneur, que votre volonté soit faite!.

Le cardinal s’approcha de la table, et, sans s’asseoir, écrivit quelques lignes sur un parchemin dont les deux

tiers étaient déjà remplis et y apposa son sceau.

.Ceci est ma condamnation, dit d’Artagnan; il m’épargne l’ennui de la Bastille et les lenteurs d’un jugement.

C’est encore fort aimable à lui..

.Tenez, monsieur, dit le cardinal au jeune homme, je vous ai pris un blanc-seing et je vous en rends un autre.

Le nom manque sur ce brevet: vous l’écrirez vous-même..

D’Artagnan prit le papier en hésitant et jeta les yeux dessus.

C’était une lieutenance dans les mousquetaires.

D’Artagnan tomba aux pieds du cardinal.

.Monseigneur, dit-il, ma vie est à vous; disposez-en désormais; mais cette faveur que vous m’accordez, je ne

la mérite pas: j’ai trois amis qui sont plus méritants et plus dignes...

-- Vous êtes un brave gar.on, d’Artagnan, interrompit le cardinal en lui frappant familièrement sur l’épaule,

charmé qu’il était d’avoir vaincu cette nature rebelle. Faites de ce brevet ce qu’il vous plaira. Seulement

rappelez-vous que, quoique le nom soit en blanc, c’est à vous que je le donne.

-- Je ne l’oublierai jamais, répondit d’Artagnan. Votre éminence peut en être certaine..

Le cardinal se retourna et dit à haute voix:

Les trois mousquetaires

.Rochefort!.

Le chevalier, qui sans doute était derrière la porte entra aussit.t.

.Rochefort, dit le cardinal, vous voyez M. d’Artagnan; je le re.ois au nombre de mes amis; ainsi donc que

l’on s’embrasse et que l’on soit sage si l’on tient à conserver sa tête.

Rochefort et d’Artagnan s’embrassèrent du bout des lèvres; mais le cardinal était là, qui les observait de son

oeil vigilant.

Ils sortirent de la chambre en même temps.

.Nous nous retrouverons, n’est-ce pas, monsieur?

-- Quand il vous plaira, fit d’Artagnan.

-- L’occasion viendra, répondit Rochefort.

-- Hein?. fit Richelieu en ouvrant la porte.

Les deux hommes se sourirent, se serrèrent la main et saluèrent Son éminence.

.Nous commencions à nous impatienter, dit Athos.

-- Me voilà, mes amis! répondit d’Artagnan, non seulement libre, mais en faveur.

-- Vous nous conterez cela?

-- Dès ce soir..

En effet, dès le soir même d’Artagnan se rendit au logis d’Athos, qu’il trouva en train de vider sa bouteille de

vin d’Espagne, occupation qu’il accomplissait religieusement tous les soirs.

Il lui raconta ce qui s’était passé entre le cardinal et lui, et tirant le brevet de sa poche:

.Tenez, mon cher Athos, voilà, dit-il, qui vous revient tout naturellement..

Athos sourit de son doux et charmant sourire.

.Amis, dit-il, pour Athos c’est trop; pour le comte de La Fère, c’est trop peu. Gardez ce brevet, il est à vous;

hélas, mon Dieu! vous l’avez acheté assez cher..

D’Artagnan sortit de la chambre d’Athos, et entra dans celle de Porthos.

Il le trouva vêtu d’un magnifique habit, couvert de broderies splendides, et se mirant dans une glace.

.Ah! ah! dit Porthos, c’est vous, cher ami! comment trouvez-vous que ce vêtement me va?

-- à merveille, dit d’Artagnan, mais je viens vous proposer un habit qui vous ira mieux encore.

-- Lequel? demanda Porthos.

Les trois mousquetaires

-- Celui de lieutenant aux mousquetaires.

D’Artagnan raconta à Porthos son entrevue avec le cardinal, et tirant le brevet de sa poche:

.Tenez, mon cher, dit-il, écrivez votre nom là-dessus, et soyez bon chef pour moi.

Porthos jeta les yeux sur le brevet, et le rendit à d’Artagnan, au grand étonnement du jeune homme.

.Oui, dit-il, cela me flatterait beaucoup, mais je n’aurais pas assez longtemps à jouir de cette faveur. Pendant

notre expédition de Béthune, le mari de ma duchesse est mort; de sorte que, mon cher, le coffre du défunt me

tendant les bras, j’épouse la veuve. Tenez, j’essayais mon habit de noce; gardez la lieutenance, mon cher,

gardez..

Et il rendit le brevet à d’Artagnan.

Le jeune homme entra chez Aramis.

Il le trouva agenouillé devant un prie-Dieu, le front appuyé contre son livre d’heures ouvert.

Il lui raconta son entrevue avec le cardinal, et tirant pour la troisième fois son brevet de sa poche:

.Vous, notre ami, notre lumière, notre protecteur invisible, dit- il, acceptez ce brevet; vous l’avez mérité plus

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