饭饭TXT > 海外名作 > 《Therese Raquin(法文版)》作者:[法]Emile Zola【完结】 > 【书香门第☆凌落】《Therese Raquin》[法语版] 作者: Emile Zola (完结).txt

第 16 页

作者:法-Emile Zola 当前章节:15368 字 更新时间:2026-6-15 23:40

voyant rien autour d'elle. Tout en pleurant, elle songeait que Laurent

était un coeur aimant et généreux, lui seul se souvenait de son fils,

lui seul en parlait encore d'une voix tremblante et émue. Elle

essuyait ses larmes, elle regardait le jeune homme avec une tendresse

infinie, elle l'aimait comme son propre enfant.

Un jeudi soir, Michaud et Grivet se trouvaient déjà dans la salle à

manger, lorsque Laurent entra et s'approcha de Thérèse, lui demandant

avec une inquiétude. douce des nouvelles de sa santé. Il s'assit un

instant à c?té d'elle, jouant, pour les personnes qui étaient là, son

r?le d'ami affectueux et effrayé. Comme les jeunes gens étaient près

l'un de l'autre, échangeant quelques mots, Michaud, qui les regardait,

se pencha et dit tout bas à la vieille mercière, en lui montrant

Laurent:

--Tenez, voilà le mari qu'il faut à votre nièce. Arrangez vite ce

mariage. Nous vous aiderons, s'il est nécessaire.

Michaud souriait d'un air de gaillardise, dans sa pensée, Thérèse

devait avoir besoin d'un mari vigoureux. Mme Raquin fut comme frappée

d'un trait de lumière; elle vit d'un coup tous les avantages qu'elle

retirerait personnellement du mariage de Thérèse et de Laurent. Ce

mariage ne ferait que resserrer les liens qui les unissaient déjà,

elle et sa nièce, à l'ami de son fils, à l'excellent coeur qui venait

les distraire, le soir. De cette fa?on, elle n'introduirait pas un

étranger chez elle, elle ne courrait pas le risque d'être malheureuse;

au contraire, tout en donnant un soutien à Thérèse, elle mettrait une

joie de plus autour de sa vieillesse, elle trouverait un second fils

dans ce gar?on qui depuis trois ans lui témoignait une affection

filiale. Puis il lui semblait que Thérèse serait moins infidèle au

souvenir de Camille en épousant Laurent. Les religions du coeur ont

des délicatesses étranges. Mme Raquin, qui aurait pleuré en voyant un

étranger embrasser la jeune veuve, ne sentait en elle aucune révolte à

la pensée de la livrer aux embrassements de l'ancien camarade de son

fils. Elle pensait, comme on dit, que cela ne sortait pas de la

famille.

Pendant toute la soirée, tandis que ses invités jouaient aux dominos,

la vieille mercière regarda le couple avec des attendrissements qui

firent deviner au jeune homme et à la jeune femme que leur comédie

avait réussi et que le déno?ment était proche. Michaud, avant de se

retirer, eut une courte conversation à voix basse avec Mme Raquin,

puis il prit avec affectation le bras de Laurent et déclara qu'il

allait l'accompagner un bout de chemin. Laurent, en s'éloignant,

échangea un rapide regard avec Thérèse, un regard plein de

recommandations pressantes.

Michaud s'était chargé de tater le terrain, il trouva le jeune homme

très dévoué pour ces dames, mais très surpris d'un projet de mariage

entre Thérèse et lui. Laurent ajouta, d'une voix émue, qu'il aimait

comme une soeur la veuve de son pauvre ami, et qu'il croirait

commettre un véritable sacrilège en l'épousant. L'ancien commissaire

de police insista; il donna cent bonnes raisons pour obtenir un

consentement, il parla même de dévouement, il alla jusqu'à dire au

jeune homme que son devoir lui dictait de rendre un fils à Mme Raquin

et un époux à Thérèse. Peu à peu, Laurent se laissa vaincre; il

feignit de céder à l'émotion, d'accepter la pensée de mariage comme

une pensée tombée du ciel, dictée par le dévouement et le devoir,

ainsi que le disait le vieux Michaud. Quand celui-ci eut obtenu un oui

formel, il quitta son compagnon, en se frottant les mains; il venait,

croyait-il, de remporter une grande victoire, il s'applaudissait

d'avoir eu le premier l'idée de ce mariage qui rendrait aux soirées du

jeudi toute leur ancienne joie.

Pendant que Michaud causait ainsi avec Laurent, en suivant lentement

les quais, Mme Raquin avait une conversation toute semblable avec

Thérèse. Au moment où sa nièce, pale et chancelante comme toujours,

allait se retirer, la vieille mercière la retint un instant. Elle la

questionna d'une voix tendre, elle la supplia d'être franche, de lui

avouer les causes de cet ennui qui la pliait. Puis, comme elle

n'obtenait que des réponses vagues, elle parla des vides du veuvage.

Elle en vint peu à peu à préciser l'offre d'un nouveau mariage, elle

finit par demander nettement à Thérèse si elle n'avait pas le secret

désir de se remarier. Thérèse se récria, dit qu'elle ne songeait pas à

cela, et qu'elle resterait fidèle à Camille. Mme Raquin se mit à

pleurer. Elle plaida contre son coeur, elle fit entendre que le

désespoir ne peut être éternel; enfin, en réponse à un cri de la jeune

femme disant que jamais elle ne remplacerait Camille, elle nomma

brusquement Laurent. Alors, elle s'étendit avec un flot de paroles sur

la convenance, sur les avantages d'une pareille union: elle vida son

ame, répéta tout haut ce qu'elle avait pensé durant la soirée; elle

peignit, avec un na?f égo?sme, le tableau de ses derniers bonheurs,

entre ses deux chers enfants. Thérèse l'écoutait, la tête basse,

résignée et docile, prête à contenter ses moindres souhaits.

--J'aime Laurent comme un frère, dit-elle douloureusement, lorsque sa

tante se tut. Puisque vous le désirez, je tacherai de l'aimer comme un

époux. Je veux vous rendre heureuse.... J'espérais que vous me

laisseriez pleurer en paix, mais j'essuierai mes larmes, puisqu'il

s'agit de votre bonheur.

Elle embrassa la vieille dame, qui demeura surprise et effrayée

d'avoir été la première à oublier son fils. En se mettant au lit, Mme

Raquin sanglota amèrement es s'accusant d'être moins forte que

Thérèse, de vouloir par égo?sme un mariage que la jeune veuve

acceptait par simple abnégation.

Le lendemain matin, Michaud et sa vieille amie eurent une courte

conversation dans le passage, devant la porte de la boutique. Ils se

communiquèrent le résultat de leurs démarches, et convinrent de mener

les choses rondement, en for?ant les jeunes gens à se fiancer le soir

même.

Le soir à cinq heures, Michaud était déjà dans le magasin, lorsque

Laurent entra. Dès que le jeune homme fut assis, l'ancien commissaire

de police lui dit à l'oreille:

--Elle accepte.

Ce mot brutal fut entendu de Thérèse, qui resta pale, les yeux

impudemment fixés sur Laurent. Les deux amants se regardèrent pendant

quelques secondes, comme pour se consulter. Ils comprirent tous deux

qu'il fallait accepter la position sans hésiter et en finir d'un coup.

Laurent, se levant, alla prendre la main de Mme Raquin, qui faisait

tous ses efforts pour retenir ses larmes.

--Chère mère, lui dit-il en souriant, j'ai causé de votre bonheur avec

M. Michaud, hier soir. Vos enfants veulent vous rendre heureuse.

La pauvre vieille, en s'entendant appeler ? chère mère ?, laissa

couler ses larmes. Elle saisit vivement la main de Thérèse et la mit

dans celle de Laurent, sans pouvoir parler.

Les deux amants eurent un frisson en sentant leur peau se toucher. Ils

restèrent les doigts serrés et br?lants, dans une étreinte nerveuse.

Le jeune homme reprit d'une voix hésitante:

--Thérèse, voulez-vous que nous fassions à votre tante une existence

gaie et paisible?

--Oui, répondit la jeune femme faiblement, nous avons une tache à

remplir.

Alors Laurent se tourna vers Mme Raquin et ajouta, très pale:

--Lorsque Camille est tombé á l'eau, il m'a crié: ? Sauve ma femme, je

te la confie. ? Je crois accomplir ses derniers voeux en épousant

Thérèse.

Thérèse lacha la main de Laurent, en entendant ces mots. Elle avait

re?u comme un coup dans la poitrine. L'impudence de son amant

l'écrasa. Elle le regarda avec des yeux hébétés, tandis que Mme

Raquin, que les sanglots étouffaient, balbutiait:

--Oui, oui, mon ami, épousez-la, rendez-la heureuse, mon fils vous

remerciera du fond de sa tombe.

Laurent sentit qu'il fléchissait, il s'appuya sur le dossier d'une

chaise. Michaud, qui, lui aussi, était ému aux larmes, le poussa vers

Thérèse, en disant:

--Embrassez-vous, ce seront vos fian?ailles.

Le jeune homme fut pris d'un étrange malaise en posant ses lèvres sur

les joues de la veuve, et celle-ci se recula brusquement, comme br?lée

par les deux baisers de son amant. C'étaient les premières caresses

que cet homme lui faisait devant témoins: tout son sang lui monta à la

face, elle se sentit rouge et ardente, elle qui ignorait la pudeur et

qui n'avait jamais rougi dans les hontes de ses amours.

Après cette crise, les deux meurtriers respirèrent.

Leur mariage était décidé, ils touchaient enfin au but qu'ils

poursuivaient depuis si longtemps. Tout fut réglé le soir même. Le

jeudi suivant, le mariage fut annoncé à Grivet, à Olivier et à sa

femme. Michaud, en donnant cette nouvelle, était ravi; il se frottait

les mains et répétait:

--C'est moi qui ai pensé a cela, c'est moi qui les ai mariés.... Vous

verrez le joli couple!

Suzanne vint embrasser silencieusement Thérèse. Cette pauvre créature,

toute morte et toute blanche, s'était prise d'amitié pour la jeune

veuve, sombre et roide. Elle l'aimait en enfant, avec une sorte de

terreur respectueuse. Olivier complimenta la tante et la nièce, Grivet

hasarda quelques plaisanteries épicées qui eurent un succès médiocre.

En somme, la compagnie se montra enchantée, ravie, et déclara que tout

était pour le mieux; à vrai dire, la compagnie se voyait déjà à la

noce.

L'attitude de Thérèse et de Laurent resta digne et savante. Ils se

témoignaient une amitié tendre et prévenante, simplement. Ils avaient

l'air d'accomplir un acte de dévouement suprême. Rien dans leur

physionomie ne pouvait faire soup?onner les terreurs, les désirs qui

les secouaient. Mme Raquin les regardait avec de pales sourires, avec

des bienveillances molles et reconnaissantes.

Il y avait quelques formalités à remplir. Laurent dut écrire à son

père pour lui demander son consentement. Le vieux paysan de Jeufosse,

qui avait presque oublié qu'il e?t un fils à Paris, lui répondit, en

quatre lignes, qu'il pouvait se marier et se faire pendre, s'il

voulait; il lui fit comprendre que, résolu à ne jamais lui donner un

sou, il le laissait ma?tre de son corps et l'autorisait à commettre

toutes les folies du monde. Une autorisation ainsi accordée inquiéta

singulièrement Laurent.

Mme Raquin, après avoir lu la lettre de ce père dénaturé, eut un élan

de bonté qui la poussa à faire une sottise. Elle mit sur la tête de sa

nièce les quarante et quelques mille francs qu'elle possédait, elle se

dépouilla entièrement pour les nouveaux époux, se confiant à leur bon

coeur, voulant tenir d'eux toute sa félicité. Laurent n'apportait rien

à la communauté; il fit même entendre qu'il ne garderait pas toujours

son emploi et qu'il se remettrait peut-être à la peinture. D'ailleurs,

l'avenir de la petite famille était assuré; les rentes des quarante et

quelques mille francs, jointes aux bénéfices du commerce de mercerie,

devaient faire vivre aisément trois personnes. Ils auraient tout juste

assez pour être heureux.

Les préparatifs de mariage furent pressés. On abrégea les formalités

autant qu'il fut possible. On e?t dit que chacun avait hate de pousser

Laurent dans la chambre de Thérèse. Le jour désiré vint enfin.

XX

Le matin, Laurent et Thérèse, chacun dans sa chambre, s'éveillèrent

avec la même pensée de joie profonde: tous deux se dirent que leur

dernière nuit de terreur était finie. Ils ne coucheraient plus seuls,

ils se défendraient mutuellement contre le noyé.

Thérèse regarda autour d'elle et eut un étrange sourire en mesurant

des yeux son grand lit. Elle se leva, puis s'habilla lentement, en

attendant Suzanne qui devait venir l'aider à faire sa toilette de

mariée.

Laurent se mit sur son séant. Il resta ainsi quelques minutes, faisant

ses adieux à son grenier qu'il trouvait ignoble. Enfin, il allait

quitter ce chenil et avoir une femme à lui. On était en décembre. Il

frissonnait. Il sauta sur le carreau en se disant qu'il aurait chaud

le soir.

Mme Raquin, sachant combien il était gêné, lui avait glissé dans la

main, huit jours auparavant, une bourse contenant cinq cents francs,

toutes ses économies. Le jeune homme avait accepté carrément et

s'était fait habiller de neuf. L'argent de la vieille mercière lui

avait en outre permis de donner à Thérèse les cadeaux d'usage.

Le pantalon noir, l'habit, ainsi que le gilet blanc, la chemise et la

cravate de fine toile, étaient étalés sur deux chaises. Laurent se

savonna, se parfuma le corps avec un flacon d'eau de Cologne, puis il

procéda minutieusement à sa toilette. Il voulait être beau. Comme il

attachait son faux-col, un faux-col haut et raide, il éprouva une

souffrance vive au cou; le bouton du faux-col lui échappait des

doigts, il s'impatientait, et il lui semblait que l'étoffe amidonnée

lui coupait la chair. Il voulut voir, il leva le menton: alors il

aper?ut la morsure de Camille toute rouge; le faux-col avait

légèrement écorché la cicatrice. Laurent serra les lèvres et devint

pale; la vue de cette tache, qui lui marbrait le cou, l'effraya et

l'irrita, à cette heure. Il froissa le faux-col, en choisit un autre

qu'il mit avec mille précautions. Puis il acheva de s'habiller. Quand

il descendit, ses vêtements neufs le tenaient tout raide; il n'osait

tourner la tête, le cou emprisonné dans des toiles gommées. A chaque

mouvement qu'il faisait, un pli de ces toiles pin?ait la plaie que les

dents du noyé avaient creusée dans sa chair. Ce fut en souffrant de

ces sortes de piq?res aigu?s qu'il monta en voiture et alla chercher

Thérèse pour la conduire à la mairie et à l'église.

Il prit en passant un employé du chemin de fer d'Orléans et le vieux

目录
设置
设置
阅读主题
字体风格
雅黑 宋体 楷书 卡通
字体大小
适中 偏大 超大
保存设置
恢复默认
手机
手机阅读
扫码获取链接,使用浏览器打开
书架同步,随时随地,手机阅读
首 页 < 上一章 章节列表 下一章 > 尾 页