饭饭TXT > 海外名作 > 《Therese Raquin(法文版)》作者:[法]Emile Zola【完结】 > 【书香门第☆凌落】《Therese Raquin》[法语版] 作者: Emile Zola (完结).txt

第 20 页

作者:法-Emile Zola 当前章节:15435 字 更新时间:2026-6-15 23:40

sans saisir une poignée de la chair molle de Camille. Il pensait alors

que le noyé venait se coucher entre eux, pour les empêcher de

s'étreindre. Il finit par comprendre que le noyé était jaloux.

Parfois, cependant, ils cherchaient à échanger un baiser timide pour

voir ce qui arriverait. Le jeune homme raillait sa femme en lui

ordonnant de l'embrasser. Mais leurs lèvres étaient si froides, que la

mort semblait s'être placée entre leurs bouches. Des nausées lui

venaient, Thérèse avait un frisson d'horreur, et Laurent, qui

entendait ses dents claquer, s'emportait contre elle.

--Pourquoi trembles-tu? lui criait-il. Aurais-tu peur de Camille?...

Va, le pauvre homme ne sent plus ses os, à cette heure.

Ils évitaient tous deux de se confier la cause de leurs frissons.

Quand une hallucination dressait devant l'un d'eux le masque blafard

du noyé, il fermait les yeux, il se renfermait dans sa terreur,

n'osant parler à l'autre de sa vision, par crainte de déterminer une

crise encore plus terrible. Lorsque Laurent, poussé à bout, dans une

rage de désespoir, accusait Thérèse d'avoir peur de Camille, ce nom,

prononcé tout haut, amenait un redoublement d'angoisse. Le meurtrier

délirait.

--Oui, oui, balbutiait-il en s'adressant à la jeune femme, tu as peur

de Camille.... Je le vois bien, parbleu!... Tu es une sotte, tu n'as

pas deux sous de courage. Eh! dors tranquillement. Crois-tu que ton

premier mari va venir te tirer par les pieds, parce que je suis couché

avec toi....

Cette pensée, cette supposition que le noyé pouvait venir leur tirer

les pieds, faisait dresser les cheveux de Laurent. Il continuait, avec

plus de violence, en se déchirant lui-même:

--Il faudra que je te mène une nuit au cimetière....

Nous ouvrirons la bière de Camille et tu verras quel tas de

pourriture! Alors tu n'auras plus peur, peut-être.... Va, il ne sait

pas que nous l'avons jeté à l'eau.

Thérèse, la tête dans les draps, poussait des plaintes étouffées.

--Nous l'avons jeté à l'eau parce qu'il nous gênait, reprenait son

mari.... Nous l'y jetterions encore, n'est-ce pas?... Ne fais donc pas

l'enfant comme ?a. Sois forte. C'est bête de troubler notre

bonheur.... Vois-tu, ma bonne, quand nous serons morts, nous ne nous

trouverons ni plus ni moins heureux dans la terre, parce que nous

avons lancé un imbécile à la Seine, et nous aurons joui librement de

notre amour, ce qui est un avantage.... Voyons, embrasse-moi.

La jeune femme l'embrassait, glacée, folle, et il était tout aussi

frémissant qu'elle.

Laurent, pendant plus de quinze jours, se demanda comment il pourrait

bien faire pour tuer de nouveau Camille. Il l'avait jeté à l'eau, et

voilà qu'il n'était pas assez mort, qu'il revenait toutes les nuits se

coucher dans le lit de Thérèse. Lorsque les meurtriers croyaient avoir

achevé l'assassinat et pouvoir se livrer en paix aux douceurs de leurs

tendresses, leur victime ressuscitait pour glacer leur couche. Thérèse

n'était pas veuve, Laurent se trouvait être l'époux d'une femme qui

avait déjà pour mari un noyé.

XXIII

Peu à peu, Laurent en vint à la folie furieuse. Il résolut de chasser

Camille de son lit. Il s'était d'abord couché tout habillé, puis il

avait évité de toucher la peau de Thérèse. Par rage, par désespoir, il

voulut enfin prendre sa femme sur sa poitrine, et l'écraser plut?t que

de la laisser au spectre de sa victime. Ce fut une révolte superbe de

brutalité.

En somme, l'espérance que les baisers de Thérèse le guériraient de ses

insomnies l'avait seule amené dans la chambre de la jeune femme.

Lorsqu'il s'était trouvé dans cette chambre, en ma?tre, sa chair,

déchirée par des crises plus atroces, n'avait même plus songé à tenter

la guérison. Et il était resté comme écrasé pendant trois semaines, ne

se rappelant pas qu'il avait tout fait pour posséder Thérèse, et ne

pouvant la toucher sans accro?tre ses souffrances, maintenant qu'il la

possédait.

L'excès de ses angoisses le fit sortir de cet abrutissement. Dans le

premier moment de stupeur, dans l'étrange accablement de la nuit de

noces, il avait pu oublier les raisons qui venaient de le pousser au

mariage. Mais sous les coups répétés de ses mauvais rêves, une

irritation sourde l'envahit qui triompha de ses lachetés et lui rendit

la mémoire. Il se souvint qu'il s'était marié pour chasser ses

cauchemars, en serrant sa femme étroitement. Alors il prit brusquement

Thérèse entre ses bras, une nuit, au risque de passer sur le corps du

noyé, et la tira à lui avec violence.

La jeune femme était poussée à bout, elle aussi; elle se serait jetée

dans les flammes, si elle e?t pensé que la flamme purifiat sa chair et

la délivrat de ses maux. Elle rendit à Laurent son étreinte, décidée à

être br?lée par les caresses de cet homme ou à trouver en elles un

soulagement.

Et ils se serrèrent dans un embrassement horrible. La douleur et

l'épouvante leur tinrent lieu de désirs. Quand leurs membres se

touchèrent, ils crurent qu'ils étaient tombés sur un brasier. Ils

poussèrent un cri et se pressèrent davantage, afin de ne pas laisser

entre leur chair de place pour le noyé. Et ils sentaient toujours des

lambeaux de Camille, qui s'écrasaient ignoblement entre eux, gla?ant

leur peau par endroits, tandis que le reste de leur corps br?lait.

Leurs baisers furent affreusement cruels. Thérèse chercha des lèvres

la morsure de Camille sur le cou gonflé et raidi de Laurent, et elle y

colla sa bouche avec emportement. Là était la plaie vive; cette

blessure guérie, les meurtriers dormiraient en paix. La jeune femme

comprenait cela, elle tentait de cautériser le mal sous le feu de ses

caresses. Mais elle se br?la les lèvres, et Laurent la repoussa

violemment, en jetant une plainte sourde; il lui semblait qu'on lui

appliquait un fer rouge sur le cou. Thérèse, affolée, revint, voulut

baiser encore la cicatrice; elle éprouvait une volupté acre à poser sa

bouche sur cette peau où s'étaient enfoncées les dents de Camille. Un

instant elle eut la pensée de mordre son mari à cet endroit,

d'arracher un large morceau de chair, de faire une nouvelle blessure,

plus profonde, qui emporterait, les marques de l'ancienne. Et elle se

disait qu'elle ne palirait plus alors en voyant l'empreinte de ses

propres dents. Mais Laurent défendait son cou contre ses baisers; il

éprouvait des cuissons trop dévorantes, il la repoussait chaque fois

qu'elle allongeait les lèvres. Ils luttèrent ainsi, ralant, se

débattant dans l'horreur de leurs caresses.

Ils sentaient bien qu'ils ne faisaient qu'augmenter leurs souffrances.

Ils avaient beau se briser dans des étreintes terribles, ils criaient

de douleur, ils se br?laient et se meurtrissaient, mais ils ne

pouvaient apaiser leurs nerfs épouvantés. Chaque embrassement ne

donnait que plus d'acuité à leurs dégo?ts. Tandis qu'ils échangeaient

ces baisers affreux, ils étaient en proie à d'effrayantes

hallucinations; ils s'imaginaient que le noyé les tirait par les pieds

et imprimait au lit de violentes secousses.

Ils se lachèrent un moment. Ils avaient des répugnances, des révoltes

nerveuses invincibles. Puis ils ne voulurent pas être vaincus; ils se

reprirent dans une nouvelle étreinte et furent encore obligés de se

lacher, comme si des pointes rougies étaient entrées dans leurs

membres. A plusieurs fois, ils tentèrent ainsi de triompher de leurs

dégo?ts, de tout oublier en lassant, en brisant leurs nerfs. Et chaque

fois, leurs nerfs s'irritèrent et se tendirent en leur causant des

exaspérations telles qu'ils seraient peut-être morts d'énervement

s'ils étaient restés dans les bras l'un de l'autre. Ce combat contre

leur propre corps les avait exaltés jusqu'à la rage; ils s'entêtaient,

ils voulaient l'emporter. Enfin une crise plus aigu? les brisa; ils

re?urent un choc d'une violence inou?e et crurent qu'ils allaient

tomber.

Rejetés aux deux bords de la couche, br?lés et meurtris, ils se mirent

à sangloter.

Et, dans leurs sanglots, il leur sembla entendre les rires de triomphe

du noyé, qui se glissait de nouveau sous le drap avec des ricanements.

Ils n'avaient pu le chasser du lit; ils étaient vaincus. Camille

s'étendit doucement entre eux, tandis que Laurent pleurait son

impuissance et que Thérèse tremblait qu'il ne pr?t au cadavre la

fantaisie de profiter de sa victoire pour la serrer à son tour entre

ses bras pourris, en ma?tre légitime. Ils avaient tenté un moyen

suprême; devant leur défaite, ils comprenaient que, désormais, ils

n'oseraient plus échanger le moindre baiser. La crise de l'amour fou

qu'ils avaient essayé de déterminer pour tuer leurs terreurs, venait

de les plonger plus profondément dans l'épouvante. En sentant le froid

du cadavre, qui, maintenant, devait les séparer à jamais, ils

versaient des larmes de sang, ils se demandaient avec angoisse ce

qu'ils allaient devenir.

XXIV

Ainsi que l'espérait le vieux Michaud en travaillant au mariage de

Thérèse et de Laurent, les soirées du jeudi reprirent leur ancienne

gaieté, dès le lendemain de la noce. Ces soirées avaient couru un

grand péril, lors de la mort de Camille. Les invités ne s'étaient plus

présentés que craintivement dans cette maison en deuil; chaque

semaine, ils tremblaient de recevoir un congé définitif. La pensée que

la porte de la boutique finirait sans doute par se fermer devant eux

épouvantait Michaud et Grivet, qui tenaient à leurs habitudes avec

l'instinct des brutes. Ils se disaient que la vieille mère et la jeune

veuve s'en iraient un beau matin pleurer leur défunt à Vernon ou

ailleurs, et qu'ils se trouveraient ainsi sur le pavé, le jeudi soir,

ne sachant que faire; ils se voyaient dans le passage, errant d'une

fa?on lamentable, rêvant à des parties de dominos gigantesques. En

attendant ces mauvais jours, ils jouissaient timidement de leurs

derniers bonheurs, ils venaient d'un air inquiet et doucereux à la

boutique en se répétant chaque fois qu'ils n'y reviendraient peut-être

plus. Pendant plus d'un an, ils eurent ces craintes, ils n'osèrent

s'étaler et rire en face des larmes de Mme Raquin et des silences de

Thérèse. Ils ne se sentaient plus chez eux comme au temps de Camille,

ils semblaient, pour ainsi dire, voler chaque soirée qu'ils passaient

autour de la table de la salle à manger. C'est dans ces circonstances

désespérées que l'égo?sme du vieux Michaud le poussa à faire un coup

de ma?tre en mariant la veuve du noyé.

Le jeudi qui suivit le mariage, Grivet et Michaud firent une entrée

triomphale. Ils avaient vaincu. La salle à manger leur appartenait de

nouveau, ils ne craignaient plus qu'on les en congédiat. Ils entrèrent

en gens heureux, ils s'étalèrent, ils dirent à la file leurs anciennes

plaisanteries. A leur attitude béate et confiante, on voyait que, pour

eux, une révolution venait de s'accomplir. Le souvenir de Camille

n'était plus la; le mari mort, ce spectre qui les gla?ait, avait été

chassé par le mari vivant. Le passé ressuscitait avec ses joies.

Laurent rempla?ait Camille; toute raison de s'attrister disparaissait,

les invités pouvaient rire sans chagriner personne, et même ils

devaient rire pour égayer l'excellente famille qui voulait bien les

recevoir. Dès lors, Grivet et Michaud, qui depuis près de dix-huit

mois venaient sous prétexte de consoler Mme Raquin, purent mettre leur

petite hypocrisie de c?té et venir franchement pour s'endormir, l'un

en face de l'autre, au bruit sec des dominos.

Et chaque semaine ramena un jeudi soir, chaque semaine réunit une fois

autour de la table ces têtes mortes et grotesques qui exaspéraient

Thérèse jadis. La jeune femme parla de mettre ces gens à la porte, ils

l'irritaient avec leurs éclats de rire bêtes, avec leurs réflexions

sottes. Mais Laurent lui fit comprendre qu'un pareil congé serait une

faute; il fallait autant que possible que le présent ressemblat au

passé; il fallait surtout conserver l'amitié de la police, de ces

imbéciles qui les protégeaient contre tout soup?on. Thérèse plia; les

invités, bien re?us, virent avec béatitude s'étendre une longue suite

de soirées tièdes devant eux.

Ce fut vers cette époque que la vie des époux se dédoubla en quelque

sorte.

Le matin, lorsque le jour chassait les effrois de la nuit, Laurent

s'habillait en toute hate. Il n'était à son aise, il ne reprenait son

calme égo?ste que dans la salle à manger, attablé devant un énorme bol

de café au lait, que lui préparait Thérèse. Mme Raquin, impotente,

pouvant à peine descendre à la boutique, le regardait manger avec des

sourires maternels. Il avalait du pain grillé, il s'emplissait

l'estomac, il se rassurait peu à peu. Après le café, il buvait un

petit verre de cognac. Cela le remettait complètement. Il disait: ? A

ce soir ?, à Mme Raquin et à Thérèse, sans jamais les embrasser, puis

il se rendait à son bureau en flanant. Le printemps venait; les arbres

des quais sa couvraient de feuilles, d'une légère dentelle d'un vert

pale. En bas, la rivière coulait avec des bruits caressants; en haut,

les rayons des premiers soleils avaient des tiédeurs douces. Laurent

se sentait rena?tre dans l'air frais: il respirait largement ces

souffles de vie jeune qui descendent des cieux d'avril et de mai; il

cherchait le soleil, s'arrêtait pour regarder les reflets d'argent qui

moiraient la Seine, écoutait les bruits des quais, se laissait

pénétrer par les senteurs acres du matin, jouissait par tous ses sens

de la matinée claire et heureuse. Certes, il ne songeait guère à

Camille; quelquefois il lui arrivait de contempler machinalement la

Morgue, de l'autre c?té de l'eau; il pensait alors au noyé en homme

courageux qui penserait à une peur bête qu'il aurait eue. L'estomac

目录
设置
设置
阅读主题
字体风格
雅黑 宋体 楷书 卡通
字体大小
适中 偏大 超大
保存设置
恢复默认
手机
手机阅读
扫码获取链接,使用浏览器打开
书架同步,随时随地,手机阅读
首 页 < 上一章 章节列表 下一章 > 尾 页