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作者:法-Emile Zola 当前章节:15393 字 更新时间:2026-6-15 23:40

cela.... Mais, par grace, ne m'accuse pas d'avoir tué Camille. Garde

ton crime pour toi, ne cherche pas à m'épouvanter davantage.

Laurent leva la main pour frapper Thérèse au visage.

--Bats-moi, j'aime mieux ?a, ajouta-t-elle, je souffrirai moins.

Et elle tendit la face. Il se retint, il prit une chaise et s'assit à

c?té delà jeune femme.

--écoute, lui dit-il d'une voix qu'il s'effor?ait de rendre calme, il

y a de la lacheté à refuser ta part du crime. Tu sais parfaitement que

nous l'avons commis ensemble, tu sais que tu es aussi coupable que

moi. Pourquoi veux-tu rendre ma charge plus lourde en te disant

innocente? Si tu étais innocente, tu n'aurais pas consenti à

m'épouser. Souviens-toi des deux années qui ont suivi le meurtre.

Désires-tu tenter une épreuve? Je vais aller tout dire au procureur

impérial, et tu verras si nous ne serons pas condamnés l'un et

l'autre.

Ils frissonnèrent, et Thérèse reprit:

--Les hommes me condamneraient peut-être, mais Camille sait bien que

tu as tout fait.... Il ne me tourmente pas la nuit comme il te

tourmente.

--Camille me laisse en repos, dit Laurent pale et tremblant, c'est toi

qui le vois passer dans tes cauchemars, je t'ai entendue crier.

--Ne dis pas cela, s'écria la jeune femme avec colère, je n'ai pas

crié, je ne veux pas que le spectre vienne. Oh! je comprends, tu

cherches à le détourner de toi.... Je suis innocente!

Ils se regardèrent terrifiés, brisés de fatigue, craignant d'avoir

évoqué le cadavre du noyé. Leurs querelles finissaient toujours ainsi;

ils protestaient de leur innocence, ils cherchaient à se tromper

eux-mêmes pour mettre en fuite les mauvais rêves. Leurs continuels

efforts tendaient à rejeter à tour de r?le la responsabilité du crime,

à se défendre comme devant un tribunal, en faisant mutuellement peser

sur eux les charges les plus graves. Le plus étrange était qu'ils ne

parvenaient pas à être dupes de leurs serments, qu'ils se rappelaient

parfaitement tous deux les circonstances de l'assassinat. Ils lisaient

des aveux dans leurs yeux, lorsque leurs lèvres se donnaient des

démentis. C'étaient des mensonges puérils, des affirmations ridicules,

la dispute toute de mots de deux misérables qui mentaient pour mentir,

sans pouvoir se cacher qu'ils mentaient. Successivement, ils prenaient

le r?le d'accusateur, et, bien que jamais le procès qu'ils se

faisaient n'e?t amené un résultat, ils le recommen?aient chaque soir

avec un acharnement cruel. Ils savaient qu'ils ne prouveraient rien,

qu'ils ne parviendraient pas à effacer le passé, et ils tentaient

toujours cette besogne, ils revenaient toujours à la charge,

aiguillonnés par la douleur et l'effroi, vaincus à l'avance par

l'accablante réalité. Le bénéfice le plus net qu'ils tiraient de leurs

disputes était de produire une tempête de mots et de cris dont le

tapage les étourdissait un moment.

Et tant que duraient leurs emportements, tant qu'ils s'accusaient, la

paralytique ne les quittait pas du regard. Une joie ardente luisait

dans ses yeux, lorsque Laurent levait sa large main sur la tête de

Thérèse.

XXIX

Une nouvelle phase se déclara. Thérèse, poussée à bout par la peur, ne

sachant où trouver une pensée consolante, se mit à pleurer le noyé

tout haut devant Laurent.

Il y eut un brusque affaissement en elle. Ses nerfs trop tendus se

brisèrent, sa nature sèche et violente s'amollit. Déjà elle avait eu

des attendrissements pendant les premiers jours du mariage. Ces

attendrissements revinrent, comme une réaction nécessaire et fatale.

Lorsque la jeune femme eut lutté de toute son énergie nerveuse contre

le spectre de Camille, lorsqu'elle eut vécu pendant plusieurs mois

sourdement irritée, révoltée contre ses souffrances, cherchant à les

guérir par les seules volontés de son être, elle éprouva tout d'un

coup une telle lassitude qu'elle plia et fut vaincue. Alors, redevenue

femme, petite fille même, ne se sentant plus la force de se roidir, de

se tenir fiévreusement debout en face de ses épouvantes, elle se jeta

dans la pitié, dans les larmes et les regrets, espérant y trouver

quelque soulagement. Elle essaya de tirer parti des faiblesses de

chair et d'esprit qui la prenaient; peut-être le noyé, qui n'avait pas

cédé devant ses irritations, céderait-il devant ses pleurs. Elle eut

ainsi des remords par calcul, se disant que c'était sans doute le

meilleur moyen d'apaiser et de contenter Camille. Comme certaines

dévotes, qui pensent tromper Dieu et en arracher un pardon en priant

des lèvres et en prenant l'attitude humble de la pénitence, Thérèse

s'humilia, frappa sa poitrine, trouva des mots de repentir, sans avoir

au fond du coeur autre chose que de la crainte et de la lacheté.

D'ailleurs, elle éprouvait une sorte de plaisir physique à

s'abandonner, à se sentir molle et brisée, à s'offrir à la douleur

sans résistance.

Elle accabla Mme Raquin de son désespoir larmoyant. La paralytique lui

devint d'un usage journalier; elle lui servait en quelque sorte de

prie-Dieu, de meuble devant lequel elle pouvait sans crainte avouer

ses fautes et en demander le pardon. Dès qu'elle éprouvait le besoin

de pleurer, de se distraire en sanglotant, elle s'agenouillait devant

l'impotente, et là, criait, étouffait, jouait à elle seule une scène

de remords qui la soulageait en l'affaiblissant.

--Je suis une misérable, balbutiait-elle, je ne mérite pas de grace.

Je vous ai trompée, j'ai poussé votre fils à la mort. Jamais vous ne

me pardonnerez!... Et pourtant si vous lisiez en moi les remords qui

me déchirent, si vous saviez combien je souffre, peut-être auriez-vous

pitié.... Non, pas de pitié pour moi. Je voudrais mourir ainsi à vos

pieds, écrasée par la honte et la douleur.

Elle parlait de la sorte pendant des heures entières, passant du

désespoir à l'espérance, se condamnant, puis se pardonnant; elle

prenait une voix de petite fille malade, tant?t brève, tant?t

plaintive; elle s'aplatissait sur le carreau et se redressait ensuite,

obéissant à toutes les idées d'humilité et de fierté, de repentir et

de révolte qui lui passaient par la tête. Parfois même elle oubliait

qu'elle était agenouillée devant Mme Raquin, elle continuait son

monologue dans le rêve. Quand elle s'était bien étourdie de ses

propres paroles, elle se relevait chancelante, hébétée, et elle

descendait à la boutique, calmée, ne craignant plus d'éclater en

sanglots nerveux devant ses clientes. Lorsqu'un nouveau besoin de

remords la prenait elle se hatait de remonter et de s'agenouiller

encore aux pieds de l'impotente. Et la scène recommen?ait dix fois par

jour.

Thérèse ne songeait jamais que ses larmes et l'étage de son repentir

devaient imposer à sa tante des angoisses indicibles. La vérité était

que, si l'on avait cherché à inventer un supplice pour torturer Mme

Raquin, on n'en aurait pas à coup s?r trouvé de plus effroyable que la

comédie du remords jouée par sa nièce. La paralytique devinait

l'égo?sme caché sous ces effusions de douleur. Elle souffrait

horriblement de ces longs monologues qu'elle était forcée de subir à

chaque instant, et qui toujours remettaient devant elle l'assassinat

de Camille. Elle ne pouvait pardonner, elle s'enfermait dans une

pensée implacable de vengeance, que son impuissance rendait plus

aigu?, et, toute la journée, il lui fallait entendre des demandes de

pardon, des prières humbles et laches. Elle aurait voulu répondre;

certaines phrases de sa nièce faisaient monter à sa gorge des refus

écrasants, mais elle devait rester muette, laissant Thérèse plaider sa

cause, sans jamais l'interrompre. L'impossibilité où elle était de

crier et de se boucher les oreilles l'emplissait d'un tourment

inexprimable. Et, une à une, les paroles de la jeune femme entraient

dans son esprit, lentes et plaintives, comme un chant irritant. Elle

crut un instant que les meurtriers lui infligeaient ce genre de

supplice par une pensée diabolique de cruauté. Son unique moyen de

défense était de fermer les yeux, dès que sa nièce s'agenouillait

devant elle; si elle l'entendait, elle ne la voyait pas.

Thérèse finit par s'enhardir jusqu'à embrasser sa tante. Un jour,

pendant un accès de repentir, elle feignit devoir surpris dans les

yeux de la paralytique une pensée de miséricorde; elle se tra?na sur

les genoux, elle se souleva, en criant d'une voix éperdue: ? Vous me

pardonnez! vous me pardonnez! ? puis elle baisa le front et les joues

de la pauvre vieille, qui ne put rejeter la tête en arrière. La chair

froide sur laquelle Thérèse posa lès lèvres, lui causa un violent

dégo?t. Elle pensa que ce dégo?t serait, comme les larmes et les

remords, un excellent moyen d'apaiser ses nerfs; elle continua à

embrasser chaque jour l'impotente, par pénitence et pour se soulager.

--Oh! que vous êtes bonne! s'écriait-elle parfois. Je vois bien que

mes larmes vous ont touchée.... Vos regards sont pleins de pitié....

Je suis sauvée....

Et elle l'accablait de caresses, elle posait sa tête sur ses genoux,

lui baisait les mains, lui souriait d'une fa?on heureuse, la soignait

avec les marques d'une affection passionnée. Au bout de quelque temps,

elle crut à la réalité de cette comédie, elle s'imagina qu'elle avait

obtenu le pardon de Mme Raquin, et ne l'entretint plus que du bonheur

qu'elle éprouvait d'avoir sa grace.

C'en était trop pour la paralytique. Elle faillit en mourir. Sous les

baisers de sa nièce, elle ressentait cette sensation acre de

répugnance et de rage qui l'emplissait matin et soir, lorsque Laurent

la prenait dans ses bras pour la lever ou la coucher. Elle était

obligée de subir les caresses immondes de la misérable qui avait trahi

et tué son fils, elle ne pouvait même essuyer de la main les baisers

que cette femme laissait sur ses joues. Pendant de longues heures,

elle sentait ces baisers qui la br?laient. C'est ainsi qu'elle était

devenue la poupée des meurtriers de Camille, poupée qu'ils

habillaient, qu'ils tournaient à droite et à gauche, dont ils se

servaient selon leurs besoins et leurs caprices. Elle restait inerte

entre leurs mains, comme si elle n'avait eu que du son dans les

entrailles, et cependant ses entrailles vivaient, révoltées et

déchirées, au moindre contact de Thérèse ou de Laurent. Ce qui

l'exaspéra surtout, ce fut l'atroce moquerie de la jeune femme qui

prétendait lire des pensées de miséricorde dans ses regards, lorsque

ses regards auraient voulu foudroyer la criminelle. Elle fit souvent

des efforts suprêmes pour jeter un cri de protestation, elle mit toute

sa haine dans ses yeux. Mais Thérèse, qui trouvait son compte à se

répéter vingt fois par jour qu'elle était pardonnée, redoubla de

caresses, ne voulant rien deviner. Il fallut que la paralytique

acceptat des remerciements et des effusions que son coeur repoussait.

Elle vécut, dès lors, pleine d'une irritation amère et impuissante, en

face de sa nièce assouplie qui cherchait des tendresses adorables pour

la récompenser de ce qu'elle nommait sa bonté céleste.

Lorsque Laurent était là et que sa femme s'agenouillait devant Mme

Raquin, il la relevait avec brutalité:

--Pas de comédie, lui disait-il. Est-ce que je pleure, est-ce que je

me prosterne, moi?... Tu fais tout cela pour me troubler.

Les remords de Thérèse l'agitaient étrangement. Il souffrait davantage

depuis que sa complice se tra?nait autour de lui, les yeux rougis par

les larmes, les lèvres suppliantes. La vue de ce regret vivant

redoublait ses effrois, augmentait son malaise. C'était comme un

reproche éternel qui marchait dans la maison. Puis, il craignait que

le repentir ne poussat un jour sa femme à tout révéler. Il aurait

préféré qu'elle restat roidie et mena?ante, se défendant avec apreté

contre ses accusations. Mais elle avait changé de tactique, elle

reconnaissait volontiers maintenant la part qu'elle avait prise au

crime, elle s'accusait elle-même, elle se faisait molle et craintive,

et partait de là pour implorer la rédemption avec des humilités

ardentes. Cette attitude irritait Laurent. Leurs querelles étaient,

chaque soir, plus accablantes et plus sinistres.

--écoute, disait Thérèse à son mari, nous sommes de grands coupables,

il faut nous repentir, si nous voulons go?ter quelque tranquillité....

Vois, depuis que je pleure, je suis plus paisible. Imite-moi. Disons

ensemble que nous sommes justement punis d'avoir commis un crime

horrible.

--Bah! répondait brusquement Laurent, dis ce que tu voudras. Je te

sais diablement habile et hypocrite. Pleure, si cela peut te

distraire. Mais, je t'en prie, ne me casse pas la tête avec tes

larmes.

--Ah! tu es mauvais, tu refuses le remords. Tu es lache, cependant, tu

as pris Camille en tra?tre.

--Veux-tu dire que je suis seul coupable?

--Non, je ne dis pas cela. Je suis coupable, plus coupable que toi.

J'aurais d? sauver mon mari de tes mains. Oh! je connais toute

l'horreur de ma faute, mais je tache de me la faire pardonner, et j'y

réussirai, Laurent, tandis que toi, tu continueras à mener une vie

désolée.... Tu n'as pas même le coeur d'éviter à ma pauvre tante la

vue de tes ignobles colères, tu ne lui as jamais adressé un mot de

regret.

Et elle embrassait Mme Raquin, qui fermait les yeux. Elle tournait

autour d'elle, remontant l'oreiller qui lui soutenait la tête, lui

prodiguant mille amitiés. Laurent était exaspéré.

--Eh! laisse-la, criait-il, tu ne vois pas que ta vue et tes soins lui

sont odieux. Si elle pouvait lever la main, elle te souffletterait.

Les paroles lentes et plaintives de sa femme, ses attitudes résignées

le faisaient peu à peu entrer dans des colères aveugles. Il voyait

bien quelle était sa tactique: elle voulait ne plus faire cause

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