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作者:法-Hector Malot 当前章节:15407 字 更新时间:2026-6-15 17:07

par des qualificatifs qui disaient mieux que des phrases la façon dont on le jugeait: la Fouine, l’Mince, Judas.

Alors Perrine éprouva un sentiment bizarre dont les contradictions l’étonnèrent: elle voulait être tout oreilles,

sentant de quelle importance pouvaient être pour elle les renseignements qu’elle entendait; et d’autre part elle

était gênée, comme honteuse d’écouter ces propos.

Cependant ils allaient leur train, mais si vagues bien souvent, ou si personnels qu’il fallait connaître ceux à qui

ils s’appliquaient pour les comprendre; ainsi elle fut longtemps sans deviner que la Fouine, l’Mince et Judas

ne faisaient qu’un avec Talouel, qui était la bête noire des ouvriers, détesté de tous autant que craint, mais

avec des réticences, des réserves, des précautions, des hypocrisies qui disaient quelle peur on avait de lui.

Toutes les observations se terminaient par le même mot ou à peu près:

«N’empêche que ce soit ein ben brav’ homme!

-- Et juste donc!

-- Oh! pour ça!»

Mais tout de suite une autre ajoutait:

En famille, by Hector Malot

«N’empêche aussi...»

Alors les preuves étaient données de façon à montrer cette bonté et cette justice.

«S’il ne fallait point gagner son pain!»

Peu à peu les langues se ralentirent.

«Si on dormait, dit une voix alanguie.

-- Qui t’en empêche?

-- La Noyelle n’est pas rentrée.

-- Je viens de la voir.

-- Ça y est-il?

-- En plein.

-- Assez pour qu’elle ne puisse pas monter l’escalier?

-- Ça je ne sais pas.

-- Si on fermait la porte à la cheville?

-- Et le tapage qu’elle ferait.

-- Ça va recommencer comme l’autre dimanche.

-- Peut-être pire encore.»

À ce moment on entendit un bruit de pas lourds et hésitants dans l’escalier.

«La voila.»

Mais les pas s’arrêtèrent et il y eut une chute suivie de gémissements.

«Elle est tombée.

---Si elle pouvait ne pas se relever.

-- Elle dormirait aussi ben dans l’escalier qu’ici.

-- Et nous dormirions mieux.»

Les gémissements continuaient mêlés d’appels.

«Viens donc, Laïde: un p’tit coup de main, m’n’éfant.

-- Plus souvent que je vas y aller.

En famille, by Hector Malot

-- Ohé! Laïde, Laïde!»

Mais Laïde n’ayant pas bougé, au bout d’un certain temps les appels cessèrent.

«Elle s’endort.

-- Quelle chance.»

Elle ne s’endormait pas du tout; au contraire, elle essayait à nouveau de monter l’escalier, et elle criait:

«Laïde, viens me donner la main, m’n’éfant, Laïde, Laïde.»

Elle n’avançait pas évidemment, car les appels partaient toujours du bas de l’escalier de plus en plus pressants

à chaque cri, si bien qu’ils finirent par s’accompagner de larmes:

«Ma p’tite Laïde, ma p’tite Laïde, p’tite, p’tite; l’escalier s’enfonce, oh! la! la!»

Un éclat de rire courut de lit en lit.

«C’est-y que t’es pas rentrée, Laïde, dis, dis Laïde, dis; je vas aller te qu’ri.

-- Nous v’là tranquilles, dit une voix.

-- Mais non, elle va chercher Laïde qu’elle ne trouvera pas, et quand elle reviendra dans une heure, ça

recommencera.

-- On ne dormira donc jamais!

-- Va lui donner la main, Laïde.

-- Vas-y, té.

-- C’est té qu’é veut.»

Laïde se décida, passa un jupon et descendit.

«Oh! m’n’éfant, m’n’éfant», cria la voix émue de la Noyelle.

Il semblait qu’elles n’avaient qu’à monter l’escalier qui ne s’enfoncerait plus, mais la joie de voir Laïde

chassa cette idée:

«Viens avec mé, je vas te payer un p’tiôt pot.»

Laïde ne se laissa pas tenter par cette proposition.

«Allons nous coucher, dit-elle.

-- Non, viens avec mé, ma p’tite Laïde.»

La discussion se prolongea, car la Noyelle, qui s’était obstinée dans sa nouvelle idée, répétait son mot,

toujours le même:

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«Un p’tiot pot.

-- Ça ne finira jamais, dit une voix.

-- J’voudrais pourtant dormir, mé.

-- Faut s’lever demain.

-- Et c’est comme ça tous les dimanches.»

Et Perrine qui avait cru que, quand elle aurait un toit sur la tête, elle trouverait le sommeil le plus paisible!

Comme celui en plein champ, avec les effarements de l’ombre et les hasards du temps, valait mieux cependant

que cet entassement dans cette chambrée, avec ses promiscuités, son tapage et l’odeur nauséeuse qui

commençait à la suffoquer d’une façon si gênante qu’elle se demandait comment elle pourrait la supporter

après quelques heures.

Au dehors, la discussion durait toujours et l’on entendait la voix de la Noyelle qui répétait: «Un p’tiot pot», à

laquelle celle de Laïde répondait:

«Demain».

«Je vas aller aider Laïde, dit une des femmes, ou ça durera jusqu’à demain.»

En effet elle se leva et descendit; alors dans l’escalier se produisit un grand brouhaha de voix, mêlé à des

bruits de pas lourds, à des coups sourds et aux cris des habitants du rez-de- chaussée, furieux de ce tapage:

toute la maison semblait ameutée.

À la fin la Noyelle fut traînée dans la chambre, pleurant avec des exclamations désespérées:

«Qu’est-ce que je vous ai fait?»

Sans écouter ses plaintes, on la déshabilla et on la coucha; mais pour cela elle ne s’endormit point et continua

de pleurer en gémissant.

«Qu’est que je vos ai fait pour que vous me brutalisiez? Je suis- t’y malheureuse! Je suis-t’y une voleuse

qu’on ne veut pas boire avec mé? Laïde, j’ai sef.»

Plus elle se plaignait, plus l’exaspération contre elle montait dans la chambrée, chacune criant son mot plus ou

moins fâché.

Mais elle continuait toujours:

«Salut, turlututu, chapeau pointu, fil écru, t’es rabattu.»

Quand elle eut épuisé tous les mots en u qui amusaient son oreille, elle passa à d’autres qui n’avaient pas plus

de sens.

«Le café, à la vapeur, n’a pas peur, meilleur pour le coeur; va donc, balayeur; et ta soeur? Bonjour, monsieur

le brocanteur. Ah! vous êtes buveur? ça fait mon bonheur, peut-être votre malheur. Ça donne la jaunisse; faut

aller à l’hospice; voyez la directrice; mangez de la réglisse; mon père en vendait et m’en régalait, aussi ça

m’allait. Ce que j’ai sef, monsieur le chef, sef, sef, sef!»

En famille, by Hector Malot

De temps en temps la voix se ralentissait et faiblissait comme si le sommeil allait bientôt se produire; mais

tout de suite elle repartait plus hâtée, plus criarde, et alors celles qui avaient commencé à s’endormir se

réveillaient en sursaut en poussant des cris furieux qui épouvantaient la Noyelle, mais ne la faisaient pas taire:

«Pourquoi que vous me brutalisez? Écoutez, pardonnez, c’est assez.

-- Vous avez eu une belle idée de la monter!

-- C’est té qu’as voulu.

-- Si on la redescendait?

-- On ne dormira jamais;»

C’était bien le sentiment de Perrine qui se demandait si c’était vraiment ainsi tous les dimanches, et comment

les camarades de la Noyelle pouvaient supporter son voisinage: n’existait-il pas à Maraucourt d’autres

logements où l’on pouvait dormir tranquillement?

Il n’y avait pas que le tapage qui fût exaspérant dans cette chambrée, l’air aussi qu’on y respirait commençait

à n’être plus supportable pour elle: lourd, chaud, étouffant, chargé de mauvaises odeurs dont le mélange

soulevait le coeur ou le noyait.

À la fin cependant le moulin à paroles de la Noyelle se ralentit, elle ne lança que des mots à demi formés, puis

ce ne fut plus qu’un ronflement qui sortit de sa bouche.

Mais, bien que le silence se fût maintenant établi dans la chambre, Perrine ne put pas s’endormir: elle était

oppressée, des coups sourds lui battaient dans le front, la sueur l’inondait de la tête aux pieds.

Il n’y avait pas à chercher la cause de ce malaise: elle étouffait parce que l’air lui manquait, et si ses

camarades de chambrée n’étouffaient pas comme elle, c’est qu’elles étaient habituées à vivre dans cette

atmosphère, suffocante pour qui couchait ordinairement en plein champ.

Mais puisque ces femmes, des paysannes, s’étaient bien habituées à cette atmosphère, il semblait qu’elle le

pourrait comme elles: sans doute il fallait du courage et de la persévérance; mais si elle n’était pas paysanne,

elle avait mené une existence aussi dure que la leur pouvait l’être; même pour les plus misérables, et dès lors

elle ne voyait pas de raisons pour qu’elle ne supportât pas ce qu’elles supportaient.

Il n’y avait donc qu’à ne pas respirer, qu’à ne pas sentir, alors viendrait le sommeil, et elle savait bien que

pendant qu’on dort l’odorat ne fonctionne plus.

Malheureusement, on ne respire pas quand on veut, ni comme on veut: elle eut beau fermer la bouche, se

serrer le nez, il fallut bientôt ouvrir les lèvres, les narines et faire une aspiration d’autant plus profonde qu’elle

n’avait plus d’air dans les poumons; et le terrible fut que, malgré tout, elle dut répéter plusieurs fois cette

aspiration.

Alors quoi? Qu’allait-il se produire? Si elle ne respirait pas, elle étouffait; si elle respirait, elle était malade.

Comme elle se débattait, sa main frôla le papier qui remplaçait une des vitres de la fenêtre, contre laquelle sa

couchette était posée.

Un papier n’est pas une feuille de verre, il se crève sans bruit et, crevé, il laissait entrer l’air du dehors. Quel

mal y avait-il à ce qu’elle le crevât? Pour être habituées à cette atmosphère viciée, elles n’en souffraient pas

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moins certainement. Donc, à condition de n’éveiller personne, elle pouvait très bien déchirer ce papier.

Mais elle n’eut pas besoin d’en venir à cette extrémité qui laisserait des traces; comme elle le tâtait, elle sentit

qu’il n’était pas bien tendu, et de l’ongle elle put avec précaution en détacher un côté. Alors se collant la

bouche à cette ouverture, elle put respirer, et ce fut dans cette position que le sommeil la prit.

XV

Quand elle se réveilla une lueur blanchissait les vitres, mais si pâle qu’elle n’éclairait pas la chambre; au

dehors des coqs chantaient, par l’ouverture du papier pénétrait un air froid; c’était le jour qui pointait

Malgré ce léger souffle qui venait du dehors, la mauvaise odeur de la chambrée n’avait pas disparu; s’il était

entré un peu d’air pur, l’air vicié n’était pas du tout sorti, et en s’accumulant, en s’épaississant, en

s’échauffant, il avait produit une moiteur asphyxiante.

Cependant tout le monde dormait d’un sommeil sans mouvements que coupaient seulement de temps en

temps quelques plaintes étouffées.

Comme elle essayait d’agrandir l’ouverture du papier, elle donna maladroitement un coup de coude contre une

vitre, assez fort pour que la fenêtre mal ajustée dans son cadre résonnât avec des vibrations qui se

prolongèrent. Non seulement personne ne s’éveilla, comme elle le craignait, mais encore il ne parut pas que ce

bruit insolite eût troublé une seule des dormeuses.

Alors son parti fut pris. Tout doucement elle décrocha ses vêtements, les passa lentement, sans bruit, et

prenant ses souliers à la main, les pieds nus, elle se dirigea vers la porte, dont l’aube lui indiquait la direction.

Fermée simplement par une clenche, cette porte s’ouvrit silencieusement et Perrine se trouva sur le palier,

sans que personne se fût aperçu de sa sortie. Alors elle s’assit sur la première marche de l’escalier et, s’étant

chaussée, descendit.

Ah! le bon air! la délicieuse fraîcheur! jamais elle n’avait respiré avec pareille béatitude; et par la petite cour

elle allait la bouche ouverte, les narines palpitantes, battant des bras, secouant la tête: le bruit de ses pas

éveilla un chien du voisinage qui se mit à aboyer, et aussitôt d’autres chiens lui répondirent furieux.

Mais que lui importait: elle n’était plus la vagabonde contre laquelle les chiens avaient toutes les libertés, et

puisqu’il lui plaisait de quitter son lit, elle en avait bien le droit sans doute, -- un droit payé de son argent.

Comme la cour était trop petite pour son besoin de mouvement, elle sortit dans la rue par la barrière ouverte,

et se mit à marcher au hasard, droit devant elle, sans se demander où elle allait. L’ombre de la nuit emplissait

encore le chemin, mais au-dessus de sa tête elle voyait l’aube blanchir déjà la cime des arbres et le faite des

maisons; dans quelques instants il ferait jour. À ce moment une sonnerie éclata au milieu du profond silence:

c’était l’horloge de l’usine qui, en frappant trois coups, lui disait qu’elle avait encore trois heures avant

l’entrée aux ateliers.

Qu’allait-elle faire de ce temps? Ne voulant pas se fatiguer avant de se mettre au travail, elle ne pouvait pas

marcher jusqu’à ce moment, et dès lors le mieux était qu’elle s’assit quelque part où elle pourrait attendre.

De minute on minute, le ciel s’était éclairci et les choses autour d’elle avaient pris, sous la lumière rasante qui

les frappait, des formes assez distinctes pour qu’elle reconnût où elle était.

Précisément au bord d’une entaille qui commençait là, et paraissait prolonger sa nappe d’eau, pour la réunir à

d’autres étangs et se continuer ainsi d’entailles en entailles les unes grandes, les autres petites, au hasard de

l’exploitation de la tourbe, jusqu’à la grande rivière. N’était-ce pas quelque chose comme ce qu’elle avait vu

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en quittant Picquigny, mais plus retiré, semblait-il, plus désert, et aussi plus couvert d’arbres dont les files

s’enchevêtraient en lignes confuses?

Elle resta là un moment, puis, la place ne lui paraissant pas bonne pour s’asseoir, elle continua son chemin

qui, quittant le bord de l’entaille, s’élevait sur la pente d’un petit coteau boisé; dans ce taillis sans doute elle

trouverait ce qu’elle cherchait.

Mais, comme elle allait y arriver, elle aperçut au bord de l’entaille qu’elle dominait une de ces huttes en

branchages et en roseaux qu’on appelle dans le pays des aumuches et qui servent l’hiver pour la chasse aux

oiseaux de passage. Alors l’idée lui vint que, si elle pouvait gagner cette hutte, elle s’y trouverait bien cachée,

sans que personne pût se demander ce qu’elle faisait dans les prairies à cette heure matinale, et aussi sans

continuer à recevoir les grosses gouttes de rosée qui ruisselaient des branches formant couvert au-dessus du

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