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作者:法-Hector Malot 当前章节:15437 字 更新时间:2026-6-15 17:07

chemin et la mouillaient comme une vraie pluie.

Elle redescendit et, en cherchant, elle finit par trouver dans une oseraie un petit sentier à peine tracé, qui

semblait conduire à l’aumuche; elle le prit. Mais, s’il y conduisait bien, il ne conduisait pas jusque dedans car

elle était construite sur un tout petit îlot planté de trois saules qui lui servaient de charpente, et un fossé plein

d’eau la séparait de l’oseraie, Heureusement un tronc d’arbre était jeté sur ce fossé, bien qu’il fut assez étroit,

bien qu’il fût aussi mouillé par la rosée qui le rendait glissant, cela n’était pas pour arrêter Perrine. Elle le

franchit et se trouva devant une porte en roseaux liés avec de l’osier qu’elle n’eut qu’à tirer pour qu’elle

s’ouvrît.

L’aumuche était de forme carrée et toute tapissée jusqu’au toit d’un épais revêtement de roseaux et de grandes

herbes: aux quatre faces étaient percées des petites ouvertures invisibles du dehors, mais qui donnaient des

vues sur les entours et laissaient aussi pénétrer la lumière; sur le sol était étendue une épaisse couche de

fougères; dans un coin un billot fait d’un troc d’arbre servait de chaise.

Ah! le joli nid! qu’il ressemblait peu à la chambre qu’elle venait de quitter. Comme elle eût été mieux là pour

dormir, en bon air, tranquille, couchée dans la fougère, sans autres bruits que ceux du feuillage et des eaux;

plutôt qu’entre les draps si durs de Mme Françoise, au milieu des cris de la Noyelle, et de ses camarades, dans

cette atmosphère horrible dont l’odeur toujours persistante la poursuivait en lui soulevant le coeur.

Elle s’allongea sur la fougère, et se tassa dans un coin contre la moelleuse paroi des roseaux en fermant les

yeux. Mais, comme elle ne tarda pas à se sentir gagnée par un doux engourdissement, elle se remit sur ses

jambes, car il ne lui était pas permis de s’endormir tout à fait, de peur de ne pas s’éveiller avant l’entrée aux

ateliers.

Maintenant le soleil était levé, et, par l’ouverture exposée à l’orient, un rayon d’or entrait dans l’aumuche

qu’il illuminait; au dehors les oiseaux chantaient, et autour de l’îlot, sur l’étang, dans les roseaux, sur les

branches des saules se faisait entendre une confusion de bruits, de murmures, de sifflements, de cris qui

annonçaient l’éveil à la vie de toutes les bêtes de la tourbière.

Elle mit la tête à une ouverture et vit ces bêtes s’ébattre autour de l’aumuche en pleine sécurité: dans les

roseaux, des libellules voletaient de çà et de là; le long des rives, des oiseaux piquaient de leurs becs la terre

humide pour saisir des vers, et, sur l’étang couvert d’une buée légère, une sarcelle d’un brun cendré, plus

mignonne que les canes domestiques, nageait entourée de ses petits qu’elle tâchait de maintenir près d’elle par

des appels incessants, mais sans y parvenir, car ils s’échappaient pour s’élancer à travers les nénuphars fleuris

où ils s’empêtraient, à la poursuite de tous les insectes qui passaient à leur portée. Tout à coup un rayon bleu

rapide comme un éclair l’éblouit, et ce fut seulement après qu’il eut disparu qu’elle comprit que c’était un

martin-pêcheur qui venait de traverser l’étang.

Longtemps, sans un mouvement qui, en trahissant sa présence, aurait fait envoler tout ce monde de la prairie,

En famille, by Hector Malot

elle resta à sa fenêtre, à le regarder. Comme tout cela était joli dans cette fraîche lumière, gai, vivant, amusant,

nouveau à ses yeux, assez féerique pour qu’elle se demandât si cette île avec sa hutte n’était point une petite

arche de Noé.

À un certain moment elle vit l’étang se couvrir d’une ombre noire qui passait capricieusement, agrandie,

rapetissée sans cause apparente, et cela lui parut d’autant plus inexplicable que le soleil qui s’était élevé

au-dessus de l’horizon continuait de briller radieux dans le ciel sans nuage. D’où pouvait venir cette ombre?

Les étroites fenêtres de l’aumuche ne lui permettant pas de s’en rendre compte, elle ouvrit la porte et vit

qu’elle était produite par des tourbillons de fumée qui passaient avec la brise, et venaient des hautes

cheminées de l’usine où déjà des feux étaient allumés pour que la vapeur fût en pression à l’entrée des

ouvriers.

Le travail allait donc bientôt commencer, et il était temps qu’elle quittât l’aumuche pour se rapprocher des

ateliers. Cependant avant de sortir, elle ramassa un journal posé sur le billot qu’elle n’avait pas aperçu, mais

que la pleine lumière qui sortait par la porte ouverte lui montra, et machinalement elle jeta les yeux sur son

titre: c’était le Journal d’Amiens du 25 février précédent, et alors elle fit cette réflexion que de la place

qu’occupait ce journal sur le seul siège où l’on pouvait s’asseoir, aussi bien que de sa date, il résultait la

preuve que depuis le 25 février l’aumuche était abandonnée, et que personne n’avait passé sa porte.

XVI

Au moment où sortant de l’oseraie elle arrivait dans le chemin, un gros sifflet fit entendre sa voix rauque et

puissante au-dessus de l’usine, et presque aussitôt d’autres sifflets lui répondirent à des distances plus ou

moins éloignées, par des coups également rythmés.

Elle comprit que c’était le signal d’appel des ouvriers qui partait de Maraucourt, et se répétait de villages en

villages, Saint-Pipoy, Hercheux, Bacourt, Flexelles dans toutes les usines Paindavoine, annonçant à leur

maître que partout en même temps on était prêt pour le travail.

Alors, craignant d’être en retard, elle hâta le pas, et en entrant dans le village elle trouva toutes les maisons

ouvertes; sur les seuils, des ouvriers mangeaient leur soupe, debout, accolés au chambranle de la porte; dans

les cabarets d’autres buvaient, dans les cours, d’autres se débarbouillaient à la pompe; mais personne ne se

dirigeait vers l’usine, ce qui signifiait assurément qu’il n’était pas encore l’heure d’entrer aux ateliers, et que,

par conséquent, elle n’avait pas à se presser.

Mais trois petits coups qui sonnèrent à l’horloge, et qui furent aussitôt suivis d’un sifflement plus fort, plus

bruyant que les précédents firent instantanément succéder le mouvement à cette tranquillité: des maisons, des

cours, des cabarets, de partout sortit une foule compacte qui emplit la rue comme l’eût fait une fourmilière, et

cette troupe d’hommes, de femmes, d’enfants, se dirigea vers l’usine; les uns fumant leur pipe à toute vapeur;

les autres mâchant une croûte hâtivement en s’étouffant; le plus grand nombre bavardant bruyamment: à

chaque instant des groupes débouchaient des ruelles latérales et se mêlaient à ce flot noir qu’ils grossissaient

sans le ralentir.

Dans une poussée de nouveaux arrivants Perrine aperçut Rosalie en compagnie de la Noyelle, et en se

faufilant elle les rejoignit:

«Où donc que vous étiez? demanda Rosalie surprise.

-- Je me suis levée de bonne heure, pour me promener un peu.

-- Ah! bon. Je vous ai cherchée.

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-- Je vous remercie bien; mais il ne faut jamais me chercher, je suis matineuse.»

On arrivait à l’entrée des ateliers, et le flot s’engouffrait dans l’usine sous l’oeil d’un homme grand, maigre,

qui se tenait à une certaine distance de la grille, les mains dans les poches de son veston, le chapeau de paille

rejeté en arrière, mais la tête un peu penchée en avant, le regard attentif, de façon que personne ne défilât

devant lui sans qu’il le vît.

«Le Mince», dit Rosalie d’une voix sifflée.

Mais Perrine n’avait pas besoin de ce mot; avant qu’il lui fût jeté, elle avait deviné dans cet homme le

directeur Talouel.

«Est-ce qu’il faut que j’entre avec vous? demanda Perrine.

-- Bien sûr.»

Pour elle, le moment était décisif, mais elle se raidit contre son émotion: pourquoi ne voudrait-il pas d’elle

puisqu’on acceptait tout le monde?

Quand elles arrivèrent devant lui, Rosalie dit à Perrine de la suivre et, sortant de la foule, elle s’approcha sans

paraître intimidée:

«M’sieu le directeur, dit-elle, c’est une camarade qui voudrait travailler.»

Talouel jeta un rapide coup d’oeil sur cette camarade:

«Dans un moment nous verrons», répondit-il.

Et Rosalie, qui savait ce qu’il convenait de faire, se plaça à l’écart avec Perrine.

À ce moment un brouhaha se produisit à la grille et les ouvriers s’écartèrent avec empressement, laissant le

passage libre au phaéton de M. Vulfran, conduit par le même jeune homme que la veille: bien que tout le

monde sût qu’il ne pouvait pas voir, toutes les têtes d’hommes se découvrirent devant, lui, tandis que les

femmes saluaient d’une courte révérence.

«Vous voyez qu’il n’arrive pas le dernier», dit Rosalie.

Le directeur fit quelques pas pressés au-devant du phaéton:

«Monsieur Vulfran, je vous présente mon respect, dit-il le chapeau à la main.

-- Bonjour, Talouel.»

Perrine suivit des yeux la voiture qui continuait son chemin, et, quand elle les ramena sur la grille, elle vit

successivement passer les employés qu’elle connaissait déjà: Fabry l’ingénieur, Bendit, Mombleux et d’autres

que Rosalie lui nomma.

Cependant la cohue s’était éclaircie, et maintenant ceux qui arrivaient couraient, car l’heure allait sonner.

«Je crois bien que les jeunes vont être en retard», dit Rosalie à mi-voix.

L’horloge sonna, il y eut une dernière poussée, puis quelques retardataires parurent à la queue leu leu,

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essoufflés, et la rue se trouva vide; cependant Talouel ne quitta pas sa place et, les mains dans les poches, il

continua à regarder au loin, la tête haute.

Quelques minutes s’écoulèrent, puis apparut un grand jeune homme qui n’était pas un ouvrier, mais bien un

monsieur, beaucoup plus monsieur même par ses manières et sa tenue soignée que l’ingénieur et les

employés; tout en marchant à pas hâtés il nouait sa cravate, ce qu’il n’avait pas eu le temps de faire

évidemment.

Quand il arriva devant le directeur, celui-ci ôta son chapeau comme il l’avait fait pour M. Vulfran, mais

Perrine remarqua que les deux saluts ne se ressemblaient en rien.

«Monsieur Théodore, je vous, présente mon respect», dit Talouel.

Mais bien que cette phrase fût formée des mêmes mots que celle qu’il avait adressée à M. Vulfran, elle ne

disait, pas du tout la même chose, cela était évident aussi.

«Bonjour, Talouel. Est-ce que mon oncle est arrivé?

-- Mon Dieu oui, monsieur Théodore, il y a bien cinq minutes.

-- Ah!

-- Vous n’êtes pas le dernier; c’est M. Casimir qui aujourd’hui est en retard, bien que comme vous il n’ait pas

été à Paris; mais je l’aperçois là-bas.»

Tandis que Théodore se dirigeait vers les bureaux, Casimir avançait rapidement.

Celui-là ne ressemblait en rien à son cousin, pas plus dans sa personne que dans sa tenue; petit, raide, sec;

quand il passa devant le directeur, cette raideur se précisa dans la courte inclinaison de tête qu’il lui adressa

sans un seul mot.

Les mains toujours dans les poches de son veston, Talouel lui présenta aussi son respect, et ce fut seulement

quand il eut disparu qu’il se tourna vers Rosalie:

«Qu’est-ce qu’elle sait faire ta camarade?

Perrine répondit elle-même à cette question:

«Je n’ai pas encore travaillé dans les usines», dit-elle d’une voix qu’elle s’efforça d’affermir.

Talouel l’enveloppa d’un rapide coup d’oeil, puis s’adressant à Rosalie:

«Dis de ma part à Oneux de la mettre aux wagonets[1], et ouste! plus vite que ça.

-- Qu’est-ce que c’est que les wagonets?» demanda Perrine en suivant Rosalie à travers les vastes cours qui

séparaient les ateliers les uns des autres. Serait-elle en état d’accomplir ce travail, en aurait-elle la force,

l’intelligence? fallait-il un apprentissage? toutes questions terribles pour elle, et qui l’angoissaient d’autant

plus que maintenant qu’elle se voyait admise dans l’usine, elle sentait qu’il dépendait d’elle de s’y maintenir.

«N’ayez donc pas peur, répondit Rosalie qui avait compris son émotion; rien n’est plus facile.»

Perrine devina le sens de ces paroles plutôt qu’elle ne les entendit; car, depuis quelques, instants déjà, les

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machines, les métiers s’étaient mis en marche dans l’usine, morte lorsqu’elle y était entrée, et maintenant un

formidable mugissement, dans lequel se confondaient mille bruits divers, emplissait les cours; aux ateliers, les

métiers à tisser battaient, les navettes couraient, les broches, les bobines tournaient, tandis que dehors les

arbres de transmission, les roues, les courroies, les volants, ajoutaient le vertige des oreilles à celui des yeux.

«Voulez-vous parler plus fort? dit Perrine, je ne vous entends pas.

-- L’habitude vous viendra, cria Rosalie, je vous disais que ce n’est pas difficile; il n’y a qu’à charger les

cannettes sur les wagonets; savez-vous ce que c’est qu’un wagonet?

-- Un petit wagon, je pense.

-- Justement, et quand le wagonet est plein, à le pousser jusqu’au tissage où on le décharge; un bon coup au

départ, et ça roule tout seul.

-- Et une cannette, qu’est-ce que c’est au juste?

-- Vous ne savez pas ce que c’est qu’une cannette? oh! Puisque je vous ai dit hier que les cannetières étaient

des machines à préparer le fil pour les navettes; vous devez bien voir ce que c’est.

-- Pas trop.»

Rosalie la regarda, se demandant évidemment si elle était stupide; puis-elle continua:

«Enfin, c’est des broches enfoncées dans des godets, sur lesquelles s’enroule le fil; quand elles sont pleines,

on les retire du godet, on en charge les wagonets qui roulent sur un petit chemin de fer, et on les mène aux

ateliers de tissage; ça fait une promenade; j’ai commencé par là, maintenant je suis aux cannettes.»

Elles avaient traversé un dédale de cours, sans que Perrine, attentive à ces paroles, pour elles si pleines

d’intérêt, put arrêter ses yeux sur ce qu’elle voyait autour d’elle, quand Rosalie lui désigna de la main une

ligne de bâtiments neufs, à un étage, sans fenêtres, mais éclairés à l’exposition du nord par des châssis vitrés

qui formaient la moitié du toit.

«C’est là», dit-elle.

Et aussitôt ayant ouvert une porte, elle introduisit Perrine dans une longue salle, où la valse vertigineuse de

milliers de broches en mouvement produisait un vacarme assourdissant.

Cependant, malgré le tapage, elles entendirent une voix d’homme qui criait:

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